Histoire de Wallis-et-Futuna

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L'histoire de Wallis-et-Futuna fait partie intégrante de celle de l'Océanie. Peuplées aux environ du Ier millénaire av. J.-C. par des austronésiens de la civilisation lapita, les îles 'Uvea (Wallis) et Futuna font ensuite partie de la Polynésie ancestrale jusqu'aux premiers siècles après J.C. : il s'agit du foyer originel des polynésiens (Hawaiki), qui partagent une langue et une culture commune. Par la suite, une différenciation s'opère entre ces îles : chacune d'entre elle développe une langue, une culture et une organisation sociale spécifique, tout en restant intégrées au sein d'un grand réseau insulaire avec les archipels voisins (Tonga, Samoa, Fidji, Tokelau, Tuvalu...). Wallis est conquise par les Tongiens, qui laissent une influence durable dans la société wallisienne, tandis que Futuna, plus isolée, résiste mieux aux envahisseurs tongiens et préserve ses relations avec Samoa.

Les premiers contacts avec les Européens ont lieu au XVIIe et au XVIIIe siècles, mais les îles sont relativement préservés des intrusions occidentales. Au milieu du XIXe siècle, Wallis et Futuna sont converties au catholicisme par des missionnaires maristes français. C'est seulement à partir de cette époque que les deux îles sont regroupés ensemble, et coupées des archipels voisins. Elles deviennent un protectorat français en 1887 (en grande partie sur demande des missionnaires maristes), mais ne sont pas colonisées à proprement parler. Depuis cette période, l'équilibre du pouvoir entre la chefferie coutumière, l'église catholique et l'État français est toujours fragile. Durant la seconde guerre mondiale, Wallis devient une base militaire américaine. En 1961, Wallis-et-Futuna devient un territoire d'outre-mer français par référendum. Une émigration de masse se développe alors vers la Nouvelle-Calédonie, résultant en une diaspora wallisienne et futunienne trois à quatre fois plus nombreuses que dans les deux îles d'origine.

Sommaire

Questions méthodologiques et historiographiques[modifier | modifier le code]

Les sources : tradition orale et missionnaires[modifier | modifier le code]

L'étude de l'histoire pré-européenne de Wallis et de Futuna est rendue plus difficile par l'absence de sources écrites. Pour Frédéric Angleviel, cette période sans écriture correspond à la protohistoire de l'Océanie[1]. Les historiens ont recours à l'archéologie, la linguistique, ainsi qu'à la tradition orale : Bernard Vienne et Daniel Frimigacci se livrent à une ethnohistoire[VF 1]. Les recherches dans ce domaine sont assez récentes (années 1980 à aujourd'hui). L'histoire de Wallis-et-Futuna est également moins connue des auteurs anglophones, qui ont concentré leurs recherches sur Tonga et Samoa[2].

Les premières sources écrites sur l'histoire de Wallis-et-Futuna ont été produites par les missionnaires maristes venus convertir les populations locales au XIXe siècle : « les missionnaires s'appliquent dès leur arrivée à l'étude des langues [locales]. Parallèlement, les missionnaires explorent systématiquement le pays, inventorient ses ressources physiques, sociales et culturelles. »[AngA 1]. Ils ont souvent eu des analyses ethnocentristes, remplies de préjugés, orientées religieusement et sans réelle méthode historique : ils menaient avant tout un travail de conversion et ils maîtrisaient mal les codes culturels des sociétés polynésiennes[3]. Les sources missionnaires ne sont donc pas exemptes de critiques, mais comme l'indique Claire Laux, elles sont indispensables pour connaître l'histoire de Wallis-et-Futuna : « les sources les plus fiables et surtout les plus accessibles [sur l'histoire de la Polynésie] sont (...) souvent d'origine exogène »[4]. La tradition orale, à l'inverse, tend souvent à constituer des mythes[4].

À Wallis-et-Futuna, les missionnaires ont fixé par écrit une partie de la tradition orale locale. C'est le cas notamment de l'ouvrage du père Henquel, Talanoa ki Uvea nei. Rédigé en wallisien, il recueille les généalogies et l'histoire traditionnelle de Wallis, après quarante ans de recherches (1889-1919)[5] auprès des aristocrates de l'île[6].

Les récits de voyageurs et marins constituent également des sources primaires précieuses pour connaître les sociétés wallisienne et futunienne d'avant le contact.

L'histoire du protectorat est en revanche beaucoup mieux connue grâce à l'abondance de sources administratives et l'ouvrage de Mgr Alexandre Poncet, Histoire de l’île Wallis. Tome 2: Le protectorat français, publié par la Société des Océanistes en 1972[7].

Le premier scientifique à étudier sur le terrain Wallis-et-Futuna est l'anthropologue Edwin Grant Burrows, qui décrit les sociétés wallisienne[8] et futunienne[9] dans les années 1930 et recueille de nombreux chants et légendes[10]. Les autres publications scientifiques reposaient auparavant sur des récits d'informateurs, la plupart du temps occidentaux[11].

Perception occidentale et polynésienne de l'histoire[modifier | modifier le code]

La christianisation a en outre bouleversé la représentation du temps qu'avaient les Wallisiens et les Futuniens. L'époque pré-chrétienne a été dénommée temi pagani (« les temps païens », néologisme formé à partir du latin) : tout ce qui a eu lieu avant l'arrivée des missionnaires est perçu négativement. Pour l'historienne et anthropologue Françoise Douaire Marsaudon, les missionnaires ont ainsi contraint les Wallisiens et les Futuniens à oublier voire dénigrer leur propre histoire[12]. « Aujourd'hui, parler ouvertement des esprits des ancêtres, (...) c'est retomber dans l'obscurité de ce temps qui devrait être considéré par tous aujourd'hui comme révolu : le temps du paganisme. D'une certaine manière (...), c'est refuser le temps de la lumière, celui de l'évangélisation. »[12].

Finalement, le rôle des missionnaires dans la connaissance des sociétés polynésiennes est ambivalent : « Les missionnaires se trouvent donc à la fois avoir été acteurs de la disparition des sociétés traditionnelles et des témoins précieux de ce qu'ont été ces mondes primitifs. »[4]. Les recherches actuelles en ethnohistoire insistent au contraire sur l'importance de prendre en compte les traditions orales polynésiennes dans l'écriture de l'histoire de ces deux îles.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Wallis-et-Futuna (avec des tirets) désigne le protectorat français (1887), puis le territoire d'Outre-Mer créé en 1961 et qui rassemble en réalité trois îles : Wallis (en wallisien 'Uvea, parfois dénommée « îles Wallis » au pluriel pour y inclure les îlots du lagon de 'Uvea) et Futuna et Alofi d'autre part (îles Hoorn). Avant le XIXe siècle, Wallis et Futuna sont donc deux îles distinctes, et leur histoire est traitée séparément dans cet article.

Des Lapita aux Polynésiens[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Peuplement de l'Océanie et Lapita.

Peuplement : les lapita[modifier | modifier le code]

Carte de l'Océanie montrant les différentes migrations (migrations du Sunda, du Sahul, austronésienne, puis polynésienne). Wallis-et-Futuna sont intégrées au sein de l'aire lapita.
Les premiers habitants de Wallis-et-Futuna sont des austronésiens de la civilisation Lapita. Avec les îles voisines Tonga et Samoa, ils forment la « société polynésienne ancestrale » (Kirch et Green 2001).

Les premiers habitants de Wallis et de Futuna étaient des austronésiens appartenant à la civilisation lapita[13].

Le peuplement du Pacifique s'est fait en deux vagues successives. Vers 40 000 ans av. J.-C., des habitants originaires d'Asie du Sud-Est s'installent en Nouvelle-Guinée puis dans l'archipel Bismarck. Un deuxième mouvement migratoire a lieu bien plus tard, entre 1500 et 1100 av. J.-C. : des austronésiens arrivent dans la région et introduisent l'art de la céramique. Leurs poteries élaborées, appelées lapita, ont donné le nom à la civilisation qui est née des échanges et des métissages avec les habitants déjà présents[13].

Vers 1110 av. J.-C., un groupe de lapita part à la conquête des îles Salomon. En deux siècles, parcourant l'océan Pacifique sur des pirogues à balancier, ils s'étendent sur une très grande région (plusieurs milliers de kilomètres) incluant le Vanuatu, la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie occidentale (Samoa, Tonga, Wallis et Futuna).

La société polynésienne ancestrale[modifier | modifier le code]

La Polynésie ancestrale vers le 1er millénaire (Fidji n'en fait pas partie).

Cinq à sept siècles plus tard, les Polynésiens vont se distinguer des autres lapita restés en Mélanésie[Note 1]. En se basant sur l'archéologie, l'ethnologie et la linguistique, Patrick Kirch et Robert Green (2001)[KG 1] concluent que les populations de Wallis, Futuna, Tonga et Samoa ont formé la « société polynésienne ancestrale »[13] : pendant environ sept siècles, au 1er millénaire av. J.-C., ces îles partagent une culture commune et parlent la même langue, le proto-polynésien. 'Uvea et Futuna font donc partie de Hawaiki, cette zone que les Polynésiens considèrent comme leur foyer originel et qui a pris au fil du temps une dimension mythique[KG 2].

Les sociétés polynésiennes de cette période sont de petits groupes peu nombreux démographiquement, mais elles ont déjà développé une culture complexe avec une structure sociale élaborée. On ne peut donc pas considérer ces premiers habitants comme moins avancés ou plus primitifs que leurs successeurs, même s'ils étaient sans doute plus égalitaires que les sociétés polynésiennes stratifiées qui suivirent dans les siècles suivants[KG 3].

Ces polynésiens ancestraux sont à la fois de fins navigateurs et de bons agriculteurs. Ils prennent possession des terres et commencent à les exploiter, récoltant diverses plantes (taros, ignames...) sur des terres volcaniques fertiles. Ils modifient leur environnement, parfois au prix de bouleversements écologiques (disparition de plusieurs espèces animales, modification des sols)[KG 4]. Ils se nourrissent également des produits de la pêche et font cuire leurs légumes dans des grands fours en terre, les 'umu[KG 5], qui aujourd'hui font encore partie intégrante de la cuisine wallisienne et futunienne. Les habitants exploitent également la noix de coco pour sa chair et son huile.

Dès cette époque, les Wallisiens et les Futuniens transforment l'écorce de mûrier en un tissu, le tapa, aussi appelé siapo ou ngatu en proto-polynésien selon ses usages[KG 6]. Vu le faible nombre d'armes retrouvés par les archéologues pour cette période, pour Kirch et Green, les conflits sont peu nombreux dans ces sociétés pacifiques.

'Uvea et Futuna sont alors intégrées dans un vaste réseau d'échanges avec les autres îles de Polynésie (Tonga, Samoa, Tuvalu, Tokelau...) et Fidji.. Ces échanges interinsulaires ont continué jusqu'à environ la moitié du XIXe siècle et l'arrivée des missionnaires européens. Cependant, bien que Wallis et Futuna soient proches (entre un et sept jour de voyage en pirogue)[AngA 2], elles ont connu une histoire séparée et distincte : ce n'est qu'avec l'arrivée des occidentaux que Futuna et Wallis commencent à être associées spécifiquement ensemble, jusqu'à former une entité politique commune (protectorat puis territoire d'outre-mer).

Wallis et Futuna dans l'influence samoane puis tongienne[modifier | modifier le code]

Carte de la Polynésie montrant deux groupes d'îles : au nord, le groupe polynésien nucléaire (Wallis, Futuna, Samoa, Niuafo'ou, Niuatoputapu) et au sud le groupe tongique (Tonga, Niue)
La différenciation linguistique du proto-polynésien en deux sous-groupes illustre la séparation des Polynésiens ancestraux en deux ensembles distincts.

D'après Christophe Sand, cette société polynésienne ancestrale a connu une première séparation en deux groupes :

  • d'un côté, le groupe polynésien nucléaire, qui incluait Samoa, Wallis, Futuna mais aussi Niuafoʻou, Niuatoputapu et Tafahi
  • de l'autre, au sud, l'archipel des Tonga.

Ces différences sont avant tout observables au niveau linguistique : le proto-polynésien s'est séparé en deux dialectes[2]. Durant cette période, 'Uvea et Futuna ont donc une culture et une langue très proche de celle de leurs voisins, notamment samoans ou de Niuatoputapu[Sa 1]. Des relations directes entre Samoa et 'Uvea ont été observées[2] et une tradition orale samoane rapporte même que l'île de Savai'i aurait été peuplée originellement par des uvéens [V 1]. Pour Christophe Sand, c'est avant tout Samoa qui a influencé la construction des forts à Wallis.

Cette influence samoane s'est largement perdue à 'Uvea avec l'arrivée des invasions tongiennes au XVeet XVIe siècles. C'est l'époque de l'expansionnisme tongien dans toute la Polynésie occidentale, qui a donné naissance à ce que certains auteurs appellent l'empire maritime tongien[Sa 2]. Les tongiens arrivent à 'Uvea et imposent peu à peu leur structure sociale ; la langue wallisienne se transforme en profondeur, intégrant de nombreux éléments du tongien. L'influence tongienne a eu des conséquences durables sur l'histoire locale wallisienne et futunienne[RX 1].

Futuna, à l'inverse, a résisté aux invasions tongiennes. Elle a réussi à maintenir sa culture d'origine, ce qui fait de cette île l'une des plus proches (culturellement et linguistiquement) de la Polynésie ancestrale[2]. La tradition orale rapporte de riches liens avec Samoa : les souverains du royaume d'Alo, par exemple, sont originaires de Samoa (lignée de Fakavelikele). L'arrivée des samoans à Futuna se faisait de manière pacifique. Des similitudes dans les constructions ont été également observées. Cependant, C. Sand indique que Futuna était assez différente de Samoa, ayant gardé une autonomie culturelle et politique propre[2].

Chronologie détaillée de l'histoire wallisienne et futunienne pré-européenne[modifier | modifier le code]

Carte topographique en couleur de 'Uvea (Wallis). Les trois passes dans le lagon sont visibles sur la gauche (ouest)
Les premiers habitants de 'Uvea sont arrivés par l'ouest et se sont installés en face des trois passes dans le récif.

'Uvea[modifier | modifier le code]

La date exacte du peuplement de 'Uvea (Wallis) fait débat. Daniel Frimigacci l'estime à 1300 av. J.-C.[14], tandis que pour Christophe Sand, les premiers habitants n'ont pu arriver avant 850 et 800 av. J.-C. à Wallis[15]. Ces premiers occupants se sont installés à Utuleve, sur la côte ouest, « en face des trois grandes passes dans le récif »[14] (passes Avatolu, Fuga'uvea et Fatumanini).

Bernard Vienne et Daniel Frimigacci divisent l'histoire d'Uvea en quatre périodes[Note 2] distinctes[VF 2],[V 2] :

  • Utuleve (1000 av. J.-C.- an mil)
  • Atuvalu (an mil - 1400)
  • Période des Forts (1400-1460)
  • Période dynastique (1460 jusqu'à aujourd'hui)

Utuleve : installation des premiers habitants[modifier | modifier le code]

La période dite Uteleve correspond à l'installation des premières populations Lapita vers 1300 av. J.C. Ces lapita résident en bord de mer. Lorsque les lapita cessent de décorer leurs poterie (on parle de la période d'Utuleve II), ils commencent à explorer et habiter le reste de l'île[V 3]. Néanmoins, la partie centrale et désertique de l'île, le toafa, n'a jamais été occupée et reste inhabitée.

Croissance démographique, transformations économiques et premières chefferies[modifier | modifier le code]

À partir de l'an 1000 de notre ère succède une deuxième période, appelée Atuvalu, qui dure jusqu'à 1400. C'est une époque de forte croissance démographique. Durant cette période, les uvéens passent d'une économie tournée autour de la pêche et de la collecte à une économie centrée sur l'agriculture, en particulier la culture du taro. Les habitants se sédentarisent, en même temps qu'on observe une forte hausse de la population. Les terres étant devenues plus rares, on voit apparaître de grandes tarodières sur la côte est de Wallis. Ces transformations de l'espace et du système de production ont des répercussions sociales importantes. En effet, c'est à la même période que naît le royaume de 'Uvea avec une chefferie hiérarchisée[V 4]. Aux premières chefferies autonomes, au sud et au nord de l'île, succèdent les premiers « rois » (en wallisien hau) de 'Uvea. Il est difficile d'établir avec précision leur existence, mais ils sont très importants au niveau symbolique, car ils fondent la royauté wallisienne. Ces rois plus ou moins mythiques sont tous enterrés dans un même lieu, Atuvalu (ce qui signifie en wallisien, « les huit [rois] alignés »)[V 5].

Conquête tongienne de 'Uvea[modifier | modifier le code]

Comme le rappellent Bernard Vienne et Daniel Frimigacci, « ’Uvea n’a pas évolué en vase clos. Elle faisait partie intégrante d’un environnement insulaire »[V 6]. Ces relations avec les îles environnantes n'ont pas toujours été les mêmes, elles ont évolué au cours du temps et ont contribué à modeler l'histoire locale. Cependant, Wallis a une histoire intimement liée à celle de Tonga.

Photo en couleur d'un trilithe en pierre.
Le monument Haʻamonga ʻa Maui, érigé à Tonga vers le XIIe siècle, aurait été construit par des tailleurs venus de 'Uvea.

Des tongiens arrivent durant la période d'Atuvalu et commencent à marquer l'île de leur influence. Ainsi, vers le XIIe siècle, les sources tongiennes mentionnent déjà un contrôle des îles de 'Uvea, Samoa, Fidji et même Rotuma[Sa 3]. Durant cette période, le Haʻamonga ʻa Maui, un trilithe en pierre, est construit à Tongatapu. La tradition rapporte que les pierres ayant servi à sa construction auraient été transporté depuis Wallis[16],[17], mais pour Christophe Sand, ce seraient simplement des ouvriers wallisiens, réputés pour leur compétence, qui auraient érigé ce monument avec le corail présent sur l'île de Tongatapu[Sa 4]. Pour autant, on ne peut pas encore parler de contrôle direct de Tonga sur Wallis. C'est plutôt l'influence samoane qui prédomine à l'époque : la langue parlée à 'Uvea est encore très proche du samoan et on retrouve à Wallis de grandes constructions basaltiques surélevées, typiques des plateformes samoanes[Sa 5].

Kau'ulufonua fekai[modifier | modifier le code]

C'est avec le règne du Tu'i Tonga Kau'ulufonua fekai (autour du XVe siècle) que l'empire tongien s'étend. Suite à l'assassinat de son père Takalaua, Kau'ulufonua lance une vaste expédition maritime pour retrouver les meurtriers. Partis de Tongatapu, les tongiens s'emparent de Niuafo'ou, Niuatoputapu (encore indépendantes à l'époque) et retrouvent les assassins à 'Uvea, qu'ils punissent sévèrement[Note 3].

Kau'ulufonua fekai laisse à 'Uvea un gouverneur, Tauloko. Il s'installe à Ha'afuasia (est de l'île) et y est enterré, marquant pour Christophe Sand « une volonté délibérée, dès le départ, de mettre en place un système culturel reproduisant les traditions de Tongatapu »[Sa 6].

La période des forts[modifier | modifier le code]
Ruines du fort du Talietumu, à Kolonui, qui servit de résidence au chefs tongiens.

Après Tauloko succède le Tu'i Tonga Ga'asialili. Il entreprend de conquérir l'île de 'Uvea et partage le territoire avec trois chefs : Hoko, Kalafilia et Fakate. C'est l'apogée de la présence tongienne à Wallis. Pour asseoir leur domination, les tongiens occupent et construisent de nombreux forts[Note 4], renforçant les défenses avec des pierres volcaniques. Le fort le plus important est celui de Kolonui, au sud d'Uvea, encore visible aujourd'hui après restauration dans les années 1970 ; d'autres forts existent autour du lac Lanutavake et à Utuleve. Les tongiens aménagent un grand réseau de routes pour relier toutes ces places défensives, signe d'une volonté de contrôler étroitement le territoire dans le district de Mu'a et de se protéger des chefferies indépendantes du nord (Hihifo). Cela montre également l'existence d'un pouvoir politique fort, capable de mobiliser la population wallisienne pour réaliser ces grands travaux[Sa 7]. 'Uvea doit en outre envoyer une sorte de tribut à Tongatapu lors de la fête des prémices (inasi), en particulier des huîtres perlières, spécialité wallisienne[Sa 8].

Cette période est dite des Forts et dure de 60 à 100 ans. Elle s'arrête vers 1500, avec la mise en place d'un système politique dynastique calqué sur le modèle tongien : une chefferie de type pyramidal, avec à sa tête un hau (que les européens traduisent improprement par « roi »). C'est à partir de la période dynastique, vers 1500, que débutent les généalogies des rois successifs de Wallis (Lavelua).

Après avoir imposé son pouvoir à 'Uvea, Ga'asialili part à la conquête de Futuna, mais il est tué par les futuniens.Sa mort déclenche une guerre de succession entre les différents chefs tongiens à 'Uvea : « de multiples lignages de nobles rivaux d'origine tongienne s'affrontèrent pour le contrôle du pouvoir au cours des générations suivantes »[Sa 9].

Résistances du nord : la guerre du Molihina[modifier | modifier le code]

Les tongiens ne parviennent pas pour autant à imposer totalement leur domination et doivent composer avec des chefs locaux wallisiens. En outre, toute la partie nord de Wallis, Hihifo, a résisté aux tongiens et a maintenu son autonomie. Cette résistance entraîne de nombreux conflits, dont la guerre du Molihina, « guerre d'indépendance (...) contre la domination politique tongienne » (Sand)[Sa 10]. Des combattants venus du village d'Alele se heurtent aux guerriers du sud rassemblés autour du Tui Agalau : les guerriers du nord sont massacrés à Utuleve, au lieu-dit To'ogatoto, « les marais sanglants ». En représailles, les tongiens massacrent tous les habitants d'Alele[18]. Ce récit de la tradition orale, recueilli par l'anthropologue Burrows en 1932, a surtout une valeur symbolique : en réalité, les conflits entre le nord et le sud se sont étendus sur de nombreuses années. La guerre mythique du Molihina et le massacre des marais sanglants constitue « l'un des épisodes les plus épiques » de la tradition orale wallisienne[19]. Tout au long de l'histoire wallisienne, le district de Hihifo se distingue du reste de Wallis : lieu de résistance à l'envahisseur tongien, le nord garde encore aujourd'hui, au XXe siècle, une volonté de se démarquer du sud de l'île d'Uvea[Sa 10].

Fin de l'emprise tongienne[modifier | modifier le code]

Environ un siècle après la conquête tongienne, 'Uvea prend progressivement son autonomie vis-à-vis de Tonga[20], jusqu'à ce qu'un des Tu'i Tonga proclame l'indépendance de l'île. Néanmoins, Vienne et Frimigacci écrivent : « Les relations entre Uvea et Tonga ne cesseront, semble-t-il, qu'à l'arrivée en Océanie des missions chrétiennes rivales, voire ennemies, rassemblées chacune sous les bannières catholique ou protestante. »[VF 3].

Interprétation des relations entre Wallis et Tonga[modifier | modifier le code]

L'histoire de ʻUvea se caractérise donc par une forte influence exercée par les Tonga. La chefferie et la « royauté » wallisiennes sont calquées sur le modèle tongien. Sur le plan linguistique, le wallisien a intégré de nombreux éléments au tongien, rendant sa classification difficile au sein des langues polynésiennes[21] : plus de la moitié du vocabulaire wallisien a été emprunté au tongien, selon Bruce Biggs[Sa 11]. Même si 'Uvea est indépendante du royaume des Tonga depuis environ 1500[VF 4], l'influence tongienne est resté forte jusqu'au XIXe siècle: les tongiens envoient des chefs dans leurs anciennes dépendances, renforçant les liens familiaux avec les chefs wallisiens. De même, certains récits de la tradition orale wallisienne relatent que Wallis aurait été peuplée originellement par trois tongiens[14] (alors que les recherches archéologiques ont prouvé que des habitants étaient là bien avant la présence tongienne).

Christophe Sand estime que dès le départ, les tongiens ont voulu imposer leur modèle culturel et asseoir leur domination politique et militaire sur toute l'île. Pour lui, Il s'agit donc bel et bien d'une colonisation aux conséquences profondes sur la société wallisienne. Les tongiens imposent par exemple leurs rites funéraires, leur langue et leur organisation sociale : « tout indique, d'après les données des traditions orales et les structures archéologiques relevées, la mise en place d'une organisation coloniale dans le sud d'Uvea »[Sa 11].

À l'inverse, Bernard Vienne et Daniel Frimigacci réfutent le terme de « colonisation tongienne ». En effet 'Uvea n'a pas été intégrée politiquement dans l'espace tongien, et on ne peut d'ailleurs pas parler de 'Uvea comme une entité territoriale homogène : « son organisation s'apparente plutôt à celle d'une confédération de tribus plus ou moins autonomes et antagonistes »[V 7].

Relations de 'Uvea avec les autres îles de Polynésie et du Pacifique[modifier | modifier le code]

Outre ses relations avec Samoa, rapidement éclipsées par celles avec Tonga, 'Uvea a également entretenu des rapports avec les atolls de Tokelau et de Tuvalu, ainsi qu'avec Rotuma.

Vienne et Frimigacci indiquent que 'Uvea a également pu être le point de départ du peuplement de plusieurs exclaves polynésiennes aux îles Salomon[V 8] :

Enfin, les uvéens sont à l'origine du peuplement de l'île d'Ouvéa, dans les îles Loyauté (Nouvelle-Calédonie). Cette île est appelée Uvea lalo, « 'Uvea d'en bas », par opposition à 'Uvea mama'o, « 'Uvea lointaine » (du point de vue des habitants d'Ouvéa). Pour la linguiste Claire Moyse-Faurie, cette migration a eu lieu à une époque où l'influence tongienne était minime (au moins linguistiquement). À l'inverse, la migration vers Anuta « a dû avoir lieu à une époque plus récente, après que le faka'uvea ait subi l'influence du tongien »[22]

Les populations polynésiennes nées de ces grands voyages océaniques ont donné naissance à plusieurs langues polynésiennes descendant (plus ou moins directement) du wallisien : l'anuta, le tikopia, le rennell-bellona et le fagauvea.

Futuna[modifier | modifier le code]

Carte en marron et noir, montrant deux îles. Futuna, la plus grande, est en forme triangulaire. Légende en anglais.
Carte de Futuna et d'Alofi.

Ce qui caractérise Futuna, c'est surtout son éloignement et son isolement au sein de l'océan Pacifique. Ne possédant pas de lagon, Futuna est en effet difficile d'accès par bateau. Angleviel et Moyse-Faurie écrivent : « Avant même l'arrivée des Occidentaux, Futuna était perçue comme une île difficile d'accès et dont les habitants ne visitaient qu'occasionnellement leurs voisins. »[23]. Néanmoins, Futuna a subi l’influence des îles Samoa. La langue samoane et la langue futunienne présentent des similitudes très fortes. De même, plusieurs conflits ont opposé les futuniens aux Tongiens. Futuna a également été en contact avec des îles de l'archipel des Fidji[VF 5].

L'histoire futunienne se divise en trois grandes périodes :

  • le temps de la « terre noire » (en futunien Kele ʻUli) (env. 800 av. J.-C. - 700)
  • le temps de la « terre ocre » (Kele Mea) (env. 700-1700)
  • le temps de la « terre brune » (Kele Kula) (1700-aujourd'hui)

Le temps de la terre noire[modifier | modifier le code]

Le temps de la « terre noire » (en futunien Kele ʻUli), correspondant à l'arrivée des premiers habitants à Futuna vers 800 av. J.C. et se termine vers l'an 700. On peut le comparer à la préhistoire[VF 6].

Le temps de la terre ocre[modifier | modifier le code]

Vient ensuite le temps de la « terre ocre » (Kele Mea), en référence à la terre ocre des plateaux montagneux sur lesquels la population futunienne s'installe : face à la poussée tongienne dans la région, les habitants sont forcés de se replier vers l'intérieur des terres et construisent de nombreux forts (kolo)[VF 7]. Vienne et Frimigacci en ont dénombré trente-cinq. À l'époque, Futuna est donc morcelée en de multiples groupes rivaux qui s'affrontent régulièrement, même si certains ont noué des alliances en cas de danger commun (les envahisseurs tongiens, par exemple)[VF 8]. Ainsi, les futuniens réussissent à repousser l'expédition de Kau'ulufonua fekai au XVe siècle[Sa 6]. Cette période, marquée par l'insécurité et plusieurs affrontements avec les tongiens, se termine vers 1700.

Le temps de la terre brune[modifier | modifier le code]

Enfin, la dernière période est celle de la « terre brune », (Kele Kula), en référence à la terre brune des tarodières : les habitants quittent les montagnes pour s'installer de nouveau en bord de mer[VF 6]. Durant cette phase, les différentes entités politiques indépendantes et rivales de Futuna vont progressivement s'unifier. Les différentes places fortes (kolo) se rassemblent autour de chefs. Lorsque les missionnaires maristes débarquent à Futuna en 1837, il ne reste plus que deux entités politiques : le royaume de Sigave et celui de Tuʻa, bientôt renommé en royaume d'Alo[VF 9]. La guerre de Vai, dernière guerre que Futuna ait vécu, le 10 août 1839, fixe les frontières entre les deux royaumes et consacre la victoire du royaume d'Alo. Le missionnaire Pierre Chanel en est le témoin. Ces deux royaumes coutumiers, avec à leur tête un aliki sau, sont reconnus officiellement lorsque Wallis-et-Futuna devient un territoire d'outre-mer en 1961.

Les chinois (Tsiaina) à Futuna, une invention occidentale ?[modifier | modifier le code]

Carte des Philippines, montrant en rouge les îles Sangir.
Autour du XVIIe ou XVIIIe siècle, des populations venues d'Asie du Sud-Est (peut-être des îles Sangir, ici en rouge) débarquent à Alofi. La tradition futunienne les appelle Tsiaina. La réalité de cette migration est encore débattue.

Depuis environ 1875 circule à Futuna un récit repris dans la tradition orale futunienne : des Chinois, ayant fait naufrage, auraient débarqué vers le XVIIIe siècle sur l'île d'Alofi. Accueillis par la population futunienne, ils se métissèrent parmi les habitants et, selon les versions, leur apprirent de nouvelles techniques d'agriculture et de construction, mais finirent par être tous massacrés par les Futuniens. Cet épisode est resté dans la tradition orale futunienne comme le débarquement des « chinois » (Tsiaina). Pour l'anthropologue E.G. Burrows, les Chinois étaient plus vraisemblablement des micronésiens (sans doute provenant des îles Marshall).

Volker Harms s'est livré à une analyse détaillé de cet épisode et a émis de forts doutes quant à son authenticité[24]. En recoupant les différentes sources, Harms conclut que cette tradition orale a été inventée de toute pièces par les européens[24]. La confusion vient sans doute du mot futunien Tsiaina, qui fit croire à un occidental anglophone présent sur l'île qu'il s'agissait de la traduction de China (Chine) en anglais. De là fut créé l'histoire du débarquement des « Chinois » à Futuna[24].

Au contraire, Robert Langdon estime que ces Tsiaina ont bel et bien débarqué à Futuna, vers le XVIIe siècle[25]. Ils venaient probablement d'Asie du Sud-Est (peut-être des îles Sangir), leur voyage ayant été favorisé par le phénomène El Niño d'une intensité exceptionnelle cette année-là. Ce phénomène météorologique se caractérise par l'absence de pluie. En conséquence, les Tsiaina s'empressèrent de creuser un puits pour obtenir de l'eau, ce qui est confirmé par les différentes traditions orales. Pour Robert Landgon, ces Tsiaina ont apporté plusieurs innovations : le tambour en bois (le lali), une nouvelle manière de fabriquer le tapa (tissu végétal) et l'amélioration des techniques agricoles avec des tarodières irriguées. Langdon estime que ces Tsiaina, originaires d'une société asiatique hautement stratifiée, ont également introduit le langage honorifique dans la langue futunienne. Ces asiatiques ont eu une influence politique très forte à Futuna et plusieurs de leurs descendants sont partis dans les différentes îles de Polynésie, propageant ces innovations techniques et linguistiques aux îles alentours. Leur présence s'est étalée sur plusieurs générations[25].

Premiers contacts avec les Européens[modifier | modifier le code]

Premiers explorateurs européens[modifier | modifier le code]

Gravure en noir et blanc représentant une île montagneuse avec une frégate située à l'embouchure d'un fleuve. Un canot est entouré de petites pirogues ; un des hommes sur le canot tire un mousquet sur ses poursuivants
Cette gravure de 1618 montre l'équipage de Willem Schouten tentant d'échapper aux pirogues des futuniens. Les hollandais sont les premiers européens à aborder Futuna en 1616.

Le premier contact de Futuna avec des Européens a lieu en 1616 : les Hollandais Willem Schouten et Jacob Le Maire, sur l'Eendracht (350 tonneaux) et le Hoorn (100 tonneaux), jettent l'ancre le dans l'embouchure de la rivière Futuna et abordent en chaloupe le 22 mai 1616. Ils baptisent les deux îles Futuna et Alofi îles de Hoorn en référence à leur port d'embarquement. Ils restent environ 8 jours sur l'archipel avant de repartir vers la Nouvelle-Guinée et les Moluques. Louis-Antoine de Bougainville atteint Futuna le 11 mai 1768 et, frappé par son isolement, la nomme « l'enfant perdu du Pacifique »[23].

Dessin en noir sur fond beige, montrant un navire européen (XVIIIe siècle) dans une baie, entouré de petits canots ; au fond, l'île de Wallis est représentée, avec des collines.
En 1767, le capitaine britannique Samuel Wallis aborde l'île d'Uvea et lui donne son nom. Dessin réalisé par Samuel Wallis mentionnant « Wallis Island », vers 1767.

L'île de Wallis n'est visitée par les Européens que 150 ans après Futuna. Le 17 août 1767, le capitaine britannique Samuel Wallis, de retour de Tahiti, aborde l'île - mais n'y débarque pas du fait de l'hostilité des wallisiens. Il donne son nom actuel à l'île[AngA 3]. Les autochtones la nomment Uvéa (en wallisien ʻUvea), nom encore très utilisé. Selon Raymond Mayer, Samuel Wallis n'est pas passé au sud par la passe de Honikulu, mais serait arrivé au niveau du district nord de Hihifo, en passant par la passe Fatumanini ou la passe Fugauvea[26].

En 1781, une expédition espagnole conduite par le capitaine Francisco Antonio Mourelle de la Rúa aborde ʻUvea[27] (ou Futuna)[pas clair], qui est baptisée Consolación[28]. Le 5 août 1791, le capitaine Edward Edwards, à la poursuite des révoltés du Bounty, s'arrête à Wallis. il tente d'offrir des cadeaux aux habitants, mais les wallisiens s'enfuient par peur[27],[29].

Loin des routes empruntées par les navires européens, 'Uvea et Futuna restent longtemps en marge des contacts qui deviennent à cette époque de plus en plus nombreux entre océaniens et occidentaux dans le reste de la Polynésie, ce qui explique notamment qu'elles aient pu maintenir de nombreux traits culturels jusqu'à aujourd'hui et qu'elles n'aient pas subi de véritable colonisation.

Lors du contact avec les Européens, 'Uvea et Futuna étaient relativement peu peuplées : Patrick Kirch estime que 'Uvea comptait 4000 habitants et Futuna 2000 environ, soit moins que les îles voisines (à titre de comparaison, Tonga comptait à la même époque environ 40 000 habitants)[K 1].

Gravure montrant une île assez plate, avec des îlots où se trouvent des palmiers.
Vue de l'île de Wallis en 1773 par le capitaine Cook. L'îlot rocheux de Nukufotu est visible sur la gauche : il s'agit du nord de l'île, dans le district de Hihifo. Le relief de l'île a été exagéré[26].

Le temps des baleiniers et des beachcombers[modifier | modifier le code]

Carte topographique de Wallis avec l'océan pacifique en bleu, les terres en brun et le district du sud de l'île en blanc
Au XIXe siècle, le district de Muʻa fut souvent visité par des navires européens. En 1831, un commerçant tenta même de s'implanter sur l'îlot de Nukuatea, en face de la passe d'Honikulu.

Au cours du XIXe siècle, des beachcombers (« écumeurs des plages »), matelots déserteurs, commencent à arriver à Wallis et à Futuna. D'après Frédéric Angleviel, le premier navire européen connu accoste à Wallis en 1825 ; d'autres baleiniers suivront en 1828[AngA 4]. Les chefs du sud de Wallis, là où abordent les bateaux, acquièrent assez rapidement un pouvoir important. Certains wallisiens maîtrisent même l'anglais et peuvent donc contrôler le commerce avec l'extérieur. Cela ne manque pas de déstabiliser le Lavelua, souverain de l'île. À la même époque, certains marins commencent à s'installer durablement sur Uvea. Cette période dure trente-six ans[AngA 5]. Entre 1825 et 1858, 110 passages de navires occidentaux ont été enregistrés à Wallis[30]. D'après Frédéric Angleviel, « ces beachcombers ou « batteurs de grève » s'intègrent progressivement à la société wallisienne tout en bénéficiant de leur statut d'Européens. »[30]. Accueillis par la population locale et servant d'intermédiaire avec les navires de passage, leur nombre reste cependant limité (une dizaine tout au plus). Certains voyagent entre Wallis, Futuna et Fidji et se marient parfois avec des femmes autochtones[30].

Les rencontres entre marins occidentaux (pour la plupart anglais ou américains) et polynésiens ne sont pas sans heurts, et aboutissent parfois à des massacres.

En 1830, le commerçant George Marina, métis espagnol, débarque à Wallis. Il emmène le chef Takala et plusieurs wallisiennes jusqu'à Hawaï, où il recrute un équipage pour la pêche des holothuries (bêches de mer). Il revient à Wallis au début de 1831, à l'îlot Nukuatea, qu'il achète au chef Takala en échange de pacotille (couteaux, haches, tissus et autres objets divers). Marina et son équipage hawaïen installent sur l'îlot une grande maison, un atelier de préparation des bêches de mer et des huttes pour loger les travailleurs. « Dès lors, les Européens se considèrent propriétaires à la mode occidentale de l'île et essayent de s'en réserver l'usage. Or, ce mode de possession exclusif n'existe pas dans la société traditionnelle wallisienne et les altercations commencent »[AngA 6]. Rapidement, la situation dégénère en conflit armé. Marina et ses hommes attaquent la résidence royale, occasionnant plusieurs morts. Le chef Takala est nommé Lavelua, mais la population wallisienne n'accepte pas son autorité et Vaimua Takumasiva redevient le roi de Wallis. La victoire de Marina est de courte durée : fin janvier 1832, il est assassiné et une grande partie des hawaïens sont massacrés[AngA 7].

Gravure en noir et blanc montrant de nombreuses pirogues avec des hommes à leur bord, accoster un grand navire noir, très haut. Des trous pour les canons sont visibles dans la coque.
Des pirogues à balancier wallisiennes accostent un navire français, 1900.

L'année suivante, un nouveau massacre a lieu. Le 26 mars 1832, le baleiner britannique Holdham mouille à Wallis. En réponse au vol des vêtements de marins par les wallisiens, les hommes d'équipage pillent le village de Fagatoto et s'en prennent violemment aux habitants[AngA 7]. De plus, le capitaine, sous l'emprise de l'alcool, annonce qu'il veut tuer le roi. Ces agressions entraînent la vengeance de Takala et de ses hommes, qui attaquent le navire le 12 avril. Armés de haches et d'armes à feu, ils tuent presque tous les hommes d'équipage du Holdham[AngA 8],[31]. Le lendemain, un navire américain découvre la tuerie et prévient un navire de guerre britannique, le H.M.S. Zebra. Ce sloop arrive à 'Uvea en juin 1832 et bientôt des échanges de tirs ont lieu : plusieurs wallisiens sont tués, dont Takala. Les marins britanniques sont ensuite reçus par le Lavelua, et sous la menace des armes, les wallisiens rendent les objets qu'ils ont pillé dans la cargaison du Holdham[AngA 9]. Les vexations subies par les wallisiens avec George Marina expliquent en partie pourquoi, après avoir été pillés par les marins anglais, les uvéens se sont vengés aussi violemment[31].

La présence européenne à Wallis-et-Futuna n'est cependant significative qu'au XIXe siècle avec l'arrivée de missionnaires catholiques.

Conversion au catholicisme[modifier | modifier le code]

Tentatives tongiennes sur 'Uvea (1835-36)[modifier | modifier le code]

Le roi tongien George Tupou 1er, baptisé par des missionnaires wesleysiens, voit dans la religion protestante un moyen pour reprendre le contrôle des îles anciennement conquises par l'empire du Tu'i Tonga au XVe siècle : Rotuma, Niue, Lau (aux Fidji) et 'Uvea. Les tongiens sont donc les premiers à tenter d'introduire le christianisme à Wallis : une expédition est lancée en 1835 par le chef de Niuatoputapu, Gogo Ma'atu. En dépit d'un début prometteur (80 convertis), les tongiens sont rapidement massacrés par les wallisiens. Une deuxième expédition tongienne échoue également, et pousse les autorités coutumières à interdire l'adoption d'une religion apportée par des Océaniens : « les tongiens ne doivent pas (...) apporter la religion des Papalagi [occidentaux] à 'Uvea. Si une nouvelle religion papalagi devait être introduite à 'Uvea, il faudrait d'abord discuter avant de l'accepter. » (Henquel, 1908)[32].

Conversion de l'île de 'Uvea (1837-1842)[modifier | modifier le code]

Gravure en noir et blanc montrant un homme âgé à la stature imposante, avec une longue barbe, assis, tenant un livre dans sa main
Monseigneur Bataillon, missionnaire de la Société de Marie, évangélise Wallis à partir de 1837 et la transforme en véritable théocratie missionnaire.

Le , deux missionnaires maristes arrivent à Wallis : le père Pierre Bataillon et le frère Joseph Xavier[AngA 10]. Aidés par un interprète protestant qui parle wallisien, les missionnaires obtiennent la permission du Lavelua (roi) Soane Patita Vaimu'a de rester sur l'île, officiellement pour apprendre la langue locale. Les maristes ont déjà gagné à leur cause le chef de Mua, Tangahala. Après une semaine, la goélette repart vers Futuna. À l'époque, trois européens résident à Wallis, deux français et un anglais : les missionnaires ne sont donc pas les premiers étrangers sur l'île. Pour Angleviel, le soutien de Tangahala met en évidence les luttes d'influence entre chefs wallisiens, plus qu'une réelle adhésion religieuse[AngA 11]. Dès 1838 ont lieu les premiers baptêmes, mais ils restent limités car les wallisiens ne souhaitent pas se convertir, en premier lieu le Lavelua. Pendant cette période, le père Bataillon rédige un dictionnaire et une grammaire du wallisien[AngA 12].

Assez rapidement cependant, le roi se fâche de l'influence qu'ont pris les missionnaires et organise des expéditions punitives pour tous ceux qui se sont convertis. Des chrétiens sont tués, leurs plantations razziées. La petite communauté chrétienne (300 personnes) se réfugie alors sur l'îlot de Nukuatea, au sud de Wallis, où ils bénéficient de la protection du chef Tangahala[AngA 13].

En octobre 1840, la majorité de la population wallisienne s'est convertie : les missionnaires s'emploient à les christianiser avant de pouvoir les baptiser. Quatre églises sont construites[AngA 14].

Pour accélérer la conversion des wallisiens, le père Bataillon fait détruire les idoles païennes (nommées atua muni en wallisien)[4].

Conversion de Futuna[modifier | modifier le code]

Peinture d'un homme blanc, habillé en noir, tenant une croix dans ses mains et la tête entourée d'une auréole
Pierre Chanel arrive à Futuna en 1837 et convertit la population locale avant d'être tué par Musumusu. Il devient le premier martyr catholique de l'Océanie.

Le 7 novembre 1837, deux autres missionnaires sont déposés à Futuna, dont le père Pierre Chanel. Ce dernier arrive à convertir une partie de la population futunienne, mais se met à dos une partie des nobles. Il est finalement tué par Musumusu, un parent du roi de Futuna, le 28 avril 1841. Après cet épisode, toute la population de Futuna se convertit au catholicisme par peur des représailles françaises[33] : l'évêque Mgr Pompallier arrive en effet à Futuna sur un navire de guerre français[PT 1]. Peu après, la population wallisienne se convertit également à cette nouvelle religion en 1842 et le Lavelua (Soane Patita Vaimu'a) est baptisé le 30 octobre 1842[PT 1]. Suite au baptême de leur souverain, tous les wallisiens deviennent chrétiens à leur tour.

L'établissement d'une théocratie missionnaire[modifier | modifier le code]

La conversion de Wallis et de Futuna ne s'est pas faite uniquement pour des motifs religieux, mais obéit également à des facteurs politiques. Les chefs coutumiers wallisiens ont vu dans le catholicisme apporté par des Français un moyen de lutter contre l'influence des Tongiens protestants[32]. Cette période correspond également à une concurrence missionnaire dans tout le pacifique entre catholiques et protestants.

L'arrivée des missionnaires et la conversion des populations locales au christianisme entraîne de profondes transformations au sein des sociétés wallisienne et futunienne. Tout d'abord, la religion traditionnelle disparaît, absorbée par le catholicisme. Les prêtres et prêtresses traditionnels sont remplacés par les missionnaires ; la cérémonie du kava, autrefois dédiée aux divinités traditionnelles, est dédiée au Dieu des chrétiens[PT 2]. Cependant, les missionnaires ne détruisent pas la culture pré-chrétienne : au contraire, ils prennent soin de préserver la coutume pour y intégrer le christianisme. Pour Dominique Pechberty et Epifania Toa, il s'agit donc d'un véritable syncrétisme[PT 3],[Note 5].

C'est également la fin des beachcombers : la mission catholique s'évertue à éloigner ces « corrupteurs de mœurs » et met en place un très fort contrôle des mœurs. Les missionnaires interdisent également les voyages en haute mer (tāvaka) afin d'isoler les îles des influences extérieures[2], notamment les protestants[32]. C'est pendant cette période que les liens historiques unissant Wallis, Futuna et les îles alentour (Tonga, Samoa, Fidji, etc.) sont progressivement stoppés. Wallis-et-Futuna sont peu à peu coupées du monde extérieur.

Un fort contrôle social et une nouvelle organisation politique[modifier | modifier le code]

Image en noir et blanc montrant la couverture d'un livre, avec le titre en wallisien : Ko te tohi lotu katoliko faka uvea, et la mention de l'imprimeur à Lyon en 1864.
Livre de prières en wallisien, écrit par Monseigneur Bataillon et édité en 1864 à Lyon par les pères maristes.

Le père Bataillon est à l'origine du premier code écrit de lois de Wallis, publié en 1870 (Tohi Fono o Uvea[34]) et adopté le 20 juin 1870. Frédéric Angleviel indique qu'il sert de constitution et de loi jusqu'aux années 1960[AngA 15]. D'après Sophie Chave-Doarten, ce code « [impose] définitivement des règles de vie d’inspiration chrétienne à la population wallisienne »[35]. Un contrôle social très fort est ainsi imposé à l'ensemble de la population wallisienne. Pour Jean-Claude Roux, en effet, « l'ordre moral a été le souci constant de la mission Mariste dès (...) son établissement »[36]. Différentes amendes sont prévues pour l'adultère, le vol, etc. Les maristes interdisent également la polygamie, courante dans la société wallisienne, mais n'arrivent pas à l'éradiquer totalement.

À la même époque, les maristes mettent en place le premier système d'éducation à Wallis. Il s'agit de contrôler la jeunesse et de la soustraire à l'influence jugée néfaste de leur famille, afin de leur transmettre une éducation chrétienne. Les enfants wallisiens apprennent à lire et à écrire en wallisien (les missionnaires sont les premiers à codifier la langue wallisienne) et apprennent des chants religieux. Dans l'esprit des missionnaires, « il était inutile d'avoir une formation moderne, de parler le français ou l'anglais (...). Par contre, lire les livres religieux (...) les catéchismes, chanter les chants latins étaient les buts recherchés de cette éducation édifiante »[37], écrit Jean-Claude Roux. Une imprimerie est créé à Lano (district de Hihifo) en 1843, ce qui permet l'édition de livres à Wallis.

Fixant de nouvelles règles pour la transmission des terres, le code du père Bataillon fixe également l'organisation politique de la chefferie wallisienne « afin de juguler les ambitions des principaux chefs et d’organiser des institutions comparables à la royauté française »[35]. L'intention des pères maristes est donc de mettre fin aux luttes de pouvoir entre les chefs et apaiser la situation politique, tout en contrôlant les mœurs de la population wallisienne.

Le temps du protectorat (1887-1961)[modifier | modifier le code]

Installation du protectorat français[modifier | modifier le code]

Premières demandes infructueuses (1842-47)[modifier | modifier le code]

Groupe de wallisiens devant leur fale au début du XXe siècle.

Le milieu du XIXe siècle en Océanie est marqué par les luttes d'influences entre les grandes puissances européennes, à la fois au niveau stratégique, commercial et religieux (protestants contre catholiques). Comme le résume Jean-Claude Roux, « derrière l'écran missionnaire allait se jouer longtemps une délicate partie entre marins, consuls, colons, commerçants, pour le contrôle des archipels du Pacifique sud »[RX 2].

Sous l'influence des pères maristes, le souverain wallisien font une première demande de protectorat à la France en février 1842, puis en octobre de la même année : le Lavelua transmet (par l'intermédiaire des maristes) ces demandes aux différents capitaines de navires qui accostent à Wallis. Pour Jean-Claude Roux, « la nécessité de protection des missionnaires maristes fit que la Marine française s'attribua de facto un droit de regard sur les affaires de Wallis et Futuna »[RX 3]. La Marine française cherchait à l'époque à augmenter les ports où ses navires pouvaient faire escale.

Mais la France refuse initialement cette demande de protectorat, car une crise diplomatique a éclaté avec l'Angleterre, dite « affaire Pritchard », autour du protectorat établi à Tahiti : les annexions françaises dans le Pacifique s'arrêtent alors pour quelque temps pour apaiser les Britanniques[RX 4].

Dans les années 1880, la situation diplomatique et stratégique change. Wallis-et-Futuna jouissent d'un regain d'intérêt auprès du ministère des colonies, et les visées tongiennes sur 'Uvea inquiètent de plus en plus les wallisiens. En 1881 et 1884, la reine de Wallis, Amelia Amélia Togakahau (fille du Lavelua Soane Patita Vaimu'a) réitère sa demande de protectorat aux officiers français qui font escale à Wallis. Ce n'est qu'en 1886 que la demande de protectorat auprès de la France aboutit enfin, cinquante ans après l'installation des pères maristes.

Création du protectorat (1887)[modifier | modifier le code]

Cet article du Honolulu Star-Advertiser s'inquiète du projet d'annexion de Wallis-et-Futuna par la France en 1913 : « la France étend son bras jusque dans les îles ». Mais l'annexion ne sera pas mise en œuvre.
Photo en noir et blanc montrant une foule assise, hommes habillés en blanc, devant un grand bâtiment à un étage (le palais royal). Au fond à gauche se tiennent des marins français et un groupe d'officiers. Enfin, contre le mur du palais, les dignitaires wallisiens (Lavelua, chefs), l'évêque et le résident de France.
Le 22 juin 1913, les officiers du croiseur français Kersaint organisent une cérémonie d'« annexion » des îles Wallis, levant le drapeau français devant le palais royal (photo) à Mata-Utu. Mais cette annexion sera rejetée par la France en 1922.

La reine Amélia signe un traité de protectorat ratifié par la France le 5 avril 1887. Un an plus tard, les rois Anise Tamole pour Sigave et Malia, Soane, Musulamu pour Alo demandent eux aussi leur rattachement à la France. Les souverains de Futuna et Wallis gardent toute leur autorité coutumière sur leur sujets[38] : ce n'est donc pas à proprement parler une conquête ou une colonisation. Le premier résident de France arrive à Wallis en 1888[RX 5]. Le protectorat de Wallis-et-Futuna est alors créé.

Ce rattachement s'inscrit dans le contexte de compétition entre la couronne britannique et la France dans le Pacifique, après l'annexion anglaise de Fidji en 1874 qui brise l'équilibre précaire entre les deux nations, les Français souhaitent eux aussi affirmer leur position dans l'Océanie lointaine[38]. Il est souhaité par les maristes, qui veulent avoir la protection de la France. Mais pour Jean-Claude Roux, en 1900 « Wallis et Futuna ne présentaient plus une quelconque valeur stratégique »[RX 6]. Ce n'est qu'à la fin des années 1890 que les deux îles présentent un petit intérêt économique avec la production de coprah[RX 7]. Pour Filihau Asi Talatini, « sans la mission catholique, la France ne serait pas présente dans l'archipel »[32].

Wallis-et-Futuna sont rattachées à la Nouvelle-Calédonie, mais restent en pratique très autonomes.

Le traité de protectorat de 1910 et la tentative d'annexion (1913)[modifier | modifier le code]

Le nouveau texte, valide jusqu'en 1961, limite les pouvoirs du roi de Wallis, mis en situation de sujétion par rapport au résident, et ceux des missionnaires. Ce nouveau traité de 1910 est censé préparer à l'annexion, demandée officiellement par le roi en 1913 (sous l'influence du le résident Victor Brochard), mais elle n'aboutit pas. En 1922, l'annexion est jugée trop coûteuse par la France et est abandonnée[RX 8]. L'annexion devient en France un projet de loi en 1917, voté par la Chambre des Députés en 1920 mais refusée par le Sénat en 1924[AngA 16].

Administration française, mission catholique et chefferie traditionnelle[modifier | modifier le code]

À Futuna[modifier | modifier le code]

Il n'y a pas à proprement parler de colonisation à Wallis-et-Futuna, le pouvoir du résident français se limitant aux affaires extérieures. Le résident habite Wallis et ne visite Futuna que quelques jours au total durant sa mission. Futuna reste donc très isolée et relativement indépendante du pouvoir politique français. Cette situation se poursuit jusqu'aux années 1960, l'administration ne s'installant à Futuna qu'en 1959[38]. Cette situation rend également difficile la connaissance de l'histoire locale futunienne, du fait du peu d'archives écrites disponibles, tandis que l'histoire de Wallis à cette époque est connue avec précision. On peut également interpréter cette situation comme caractéristique de la relation inégale entre Wallis-et-Futuna, cette dernière étant toujours subordonnée à son « île sœur ». Cette situation perdure encore aujourd'hui[39].

Frédéric Angleviel indique que pendant longtemps au XIXe siècle, les deux royaumes de Futuna sont très instables et sont souvent dans des luttes rivales chroniques, Sigave voulant prendre sa revanche sur Alo. Ces affrontements sont toutefois à remettre en parallèle avec la petite taille de la population (1200 à 1500 habitants)[AngA 17]. De manière générale, la royauté à Futuna est très instable, les deux rois (de Sigave et d'Alo) étant démis au bout de quelques années, voire quelques mois. Pour Jean-Claude Roux, cette instabilité est structurelle : entre 1900 et 1960, vingt rois se succèdent à Alo et treize à Sigave[RX 9].

À Wallis[modifier | modifier le code]

Photo en noir et blanc montrant trois prêtres français entourés de cinq séminaristes wallisiens, assis sur des marches et prenant la pose.
Des pères maristes et des séminaristes à Lano (Wallis), vers 1890.

L'histoire de Wallis sous le protectorat est marquée par les luttes d'influence entre la mission catholique et l'administration française (réduite à un résident de France et son chancelier). Entre ces deux acteurs, la chefferie coutumière soutient tour à tour l'un ou l'autre. Jusqu'à l'arrivée du résident Viala en 1905, le protectorat est assez instable[RX 9] ; par la suite, les résidents restent sur l'île en moyenne quatre ans[RX 9]. En 1906, le Lavelua demande qu'un médecin soit affecté à Wallis. « Pendant la première moitié du XXe siècle, les médecins affectés à l’île de Wallis (et Futuna) en étaient aussi les « patrons » sous la dénomination de Médecin-Résident. Ils remplissaient les fonctions de gouverneur avec mission de maintenir l’ordre public et de contrôler le budget qu’ils acceptaient ou refusaient »[40].

Après une longue période de stabilité où seulement cinq souverains se succèdent entre 1831 et 1901, dont la reine Amélia qui règne pendant vingt-quatre ans, la royauté à Wallis devient plus instable[RX 9].

La mission catholique détient un pouvoir très important sur la population wallisienne. Monseigneur Bataillon avait réussi à transformer Wallis en une véritable théocratie insulaire et son pouvoir demeure très importante jusqu'à sa mort en 1877[PT 4]. Les fêtes religieuses rythment le calendrier et la participation à la messe est obligatoire. Selon Jean-Claude Roux, « [la mission] donne l'exemple d'une stabilité proche du fixisme »[RX 9]. À l'époque, Wallis-et-Futuna font partie de l'évêché du Pacifique Central. En 1935, les deux îles deviennent un vicariat apostolique autonome, jusqu'à la création du diocèse de Wallis-et-Futuna en 1966[41].

Vie économique[modifier | modifier le code]

Carte du Pacifique en couleur : en rouge les territoires anglais, en bleu clair les territoires français, en marron les territoires allemands, en orange les territoires japonais, en jaune les territoires néerlandais
Pendant la première guerre mondiale, Wallis-et-Futuna restent à l'écart des conflits et des recompositions des empires coloniaux (carte : l'Océanie en 1914).
Le coprah a longtemps représenté la seule exportation de Wallis-et-Futuna.

Les habitants continuent à vivre de leurs cultures vivrières : taro, bananier, igname, kapé. L'élevage porcin est destiné à l'accomplissement de cérémonies coutumières. La seule culture d'exportation est celle du cocotier dont les fruits sont transformés en coprah[38]. En 1867, l'allemand Théodore Weber met au point une nouvelle technique de séchage du coprah vert, introduite à Wallis via les Samoa. Les résidents de France fondent le développement de l'île sur cette monoculture, introduisant la monnaie dans l'archipel et favorisant l'établissement de comptoirs. En conséquence, les plantations de cocotiers s'étendent, mais cette industrie est ruinée dans les années 1930 par l'effet conjugué d'une invasion d'oryctes en 1930 et la chute du cours des oléagineux consécutive à la Grande Dépression[38].

En 1910, la société australienne Burns Philp s'installe à Wallis, consolidant ainsi sa présence dans le Pacifique Sud. Julien Brial, un français, est responsable du comptoir de Wallis. Marié à une wallisienne, il s'implique fortement dans la vie politique locale, jusqu'à devenir « le chef occulte d'une faction wallisienne opposée à la mission qui jouera un rôle important jusqu'à nos jours »[RXa 1]. Son influence sur les insulaires est importante et il devient également un interlocuteur des résidents. En 1912, deux sociétés chinoises basées à Sydney s'implantent également sur l'île pour y faire le commerce du coprah[RXa 2].

Les relations entre les commerçants et les autorités locales n'ont pas toujours été faciles. Pour Jean-Claude Roux, « au souci de "bonnes affaires" des commerçants, correspondait chez les insulaires le souci de tirer le maximum des "étrangers" »[RXa 3].Dans les années 1910-1920, les rois coutumiers décrètent des interdits (tapu) sur le coprah afin de s'opposer aux abus des négociants.

Wallis-et-Futuna restent largement en dehors de la Première Guerre Mondiale, contrairement à certaines îles voisines qui subissent les recompositions des empires coloniaux de l'époque (ainsi, les Samoa allemandes passent sous domination néozélandaise). Cependant, l'influence commerciale de Fidji (alors colonie britannique) se fait fortement ressentir, culminant en des « guerres du coprah » opposant commerçants wallisiens et futuniens à des commerçants fidjiens dans les années 1920[42].

Alain Gerbault à Wallis (1926)[modifier | modifier le code]

En 1926, le navigateur Alain Gerbault séjourne à Wallis pendant quatre mois. Lors d'une tempête, la quille en plomb de son navire se brise et il s'échoue sur la plage de MatāʻUtu le 20 août 1926. Il est contraint de rester sur l'île en attendant de pouvoir réparer son bateau, le Firecrest[43].

Rapidement, Gerbault devient très populaire auprès de la population wallisienne. Il introduit le port du paréo (aussi appelé manou, en wallisien kie) et le football. La vie wallisienne lui plaît beaucoup et il se lie d'amitié avec Fakate, chef du village de Ahoa. Il est également accueilli favorablement par les européens résidant sur l'île, qui lui viennent en aide. Le roi Tomasi le convie à une cérémonie du kava, des fêtes sont organisées en son honneur dans plusieurs villages[43].

Cependant, Gerbault devient la source de troubles politiques dans l'île. Plusieurs wallisiens lui demandent en effet de soutenir une pétition auprès du gouvernement français pour mettre fin aux travaux forcés (le fatogia), et certains souhaitent même l'élire en tant que roi[43]. Il se montre également critique vis-à-vis des missionnaires maristes. Finalement, l'aviso Casiopée arrive à Wallis et Gerbault peut réparer son navire. Il quitte l'île le 10 décembre 1926, au grand soulagement des autorités locales.

Plus tard, Gerbault revint dans les mers du Sud. « Mais les résidents de Wallis, craignant des troubles politiques si on l’y revoyait, lui firent savoir que son retour dans l’île n’était pas désirable. » (A. Poncet)[43].

Wallis-et-Futuna pendant les années 1930[modifier | modifier le code]

Le parasite Oryctes Rhinoceros détruisit les plantations de cocotiers à Wallis dans les années 1930, entraînant l'effondrement des exportations de coprah.

Durant les années 1930, Wallis est en proie à de nombreuses crises politiques. Les rois coutumiers se succédèrent à rythme fréquent. Un recensement mené par le résident Renaud en 1931 révèle qu'il y a une cinquantaine d'étrangers à Wallis-et-Futuna, dont 21 français (y compris les missionnaires), douze chinois, sept anglais et neuf métis de père anglais. Futuna ne compte qu'une douzaine d'étrangers, parmi eux uniquement quatre français. En les contrôlant, l'administration française cherche à taxer la seule activité économique de l'archipel, le coprah, pour assurer ses recettes fiscales[RXa 4].

En outre, l'exportation du coprah s'interrompt suite aux dommages causés par le parasite oryctes. Le résident de France décide alors de réorienter l'économie du territoire vers la Nouvelle-Calédonie. Pour Jean-Marc Regnault, on peut y voir les prémisses des liens toujours plus forts qui uniront Wallis-et-Futuna avec la Nouvelle-Calédonie[R 1]. C'est la fin de l'autosuffisance économique pour les deux îles, qui deviennent de plus en plus dépendantes de l'extérieur[RXa 5].

À l'époque (1931), aucun Wallisien ou Futunien ne parle français[R 2],[44]. L'enseignement dispensé par les missionnaires se fait en wallisien et en futunien.

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

La Seconde Guerre mondiale a entraîné de nombreux bouleversements à Wallis. L'île n'a pas été le théâtre de combats, mais a souffert de l'isolement complet pendant dix-sept mois avant d'être investie par les américains, qui y installent une base de 1942 à 1946. À l'inverse, Futuna reste largement à l'écart de ces mutations.

Wallis-et-Futuna, dernière colonie du Pacifique fidèle à Vichy[modifier | modifier le code]

Après la reddition de la France à l'Allemagne en 1940, les territoires français du Pacifique se rallient au général de Gaulle : les Nouvelles-Hébrides le 20 juillet 1940, les établissements français d'Océanie (EFO) le 1er septembre et la Nouvelle-Calédonie le 19 septembre 1940[R 3]. Monseigneur Poncet, évêque de Wallis-et-Futuna, est un antirépublicain et pétainiste convaincu : il refuse catégoriquement de rejoindre la France libre. Wallis-et-Futuna, alors dépendants de la Nouvelle-Calédonie, se retrouvent très isolés : le territoire est la dernière possession française du Pacifique à rester fidèle au régime de Vichy[45]. Wallis devient coupée de ses voisins (Tonga, Samoa, Fidji), qui ont rejoint le camp des alliés. Plus aucun navire n'aborde l'île pendant 17 mois[45].

Le résident de France, Léon Vrignaud, arrivé à Wallis en juillet 1940[R 4], cherche avant tout à préserver les intérêts du territoire. Il doit concilier les positions opposées de la mission, vichyste, et d'un commerçant influent sur l'île, partisan du général de Gaulle. Il veut également obtenir au plus vite du ravitaillement. Rapidement, il se rend compte du pouvoir qu'exercent les missionnaires à Wallis et comprend qu'il doit se faire de Mgr Poncet un allié. Il reste donc lui aussi fidèle à Vichy. L'unique moyen d'obtenir des vivres est de faire appel aux colonies françaises en Asie (Indochine française), distantes de plusieurs milliers de kilomètres.

Pour Jean-Marc Regnault, le refus de la France libre est essentiellement le fait des quelques européens résidant sur l'île : l'évêque, le résident Vrignaud et le chancelier Alexis Bernast, « sans tenir compte de l'avis ou de l'intérêt des populations locales »[R 5]. Regnault explique le refus catégorique de l'évêque : « pour les responsables catholiques, le problème du ravitaillement est secondaire par rapport à l'idéologie. Si les habitants des îles manquent de produits importés, ils retourneront cultiver la terre et pêcher »[R 6]. D'ailleurs, un message radio envoyé d'Indochine française le 16 avril 1941 félicite « les Français de Wallis d'avoir accepté la famine plutôt que la farine qu'ils auraient pu facilement obtenir de Nouméa s'ils s'étaient ralliés à la dissidence »[R 6].

Si certains chefs wallisiens ont pu se montrer favorables au général de Gaulle, « pour les autochtones, la France devait rester une abstraction et les querelles Londres-Vichy ne les concernaient pas », écrit Regnault[R 6]. Le ralliement des Wallisiens à la cause gaulliste est donc, pour Regnault, une « légende »[R 7].

Ralliement à la France libre et installation d'une base américaine[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Carte de l'Asie et du Pacifique, montrant l'avancée des troupes japonaises. Wallis-et-Futuna sont tout près de cette zone.
Face à l'avancée japonaise dans le Pacifique, Wallis devient un lieu stratégique pour l'armée américaine, qui y installe une base en mai 1942.

Le général de Gaulle ordonne la reconquête de Wallis, craignant de voir l'île tomber dans les mains allemandes[R 8]. L'opération est validée par le général le 22 février 1941, mais retardée pendant un an en raison d'une fuite d'informations (le résident Vrignaud apprend les projets de débarquement) et divers soucis techniques[R 9]. Mais Wallis prend une importance stratégique soudaine avec la poussée japonaise dans le Pacifique.

De 1942 à 1946, l'armée américaine installe une base à Wallis. La présence américaine a un profond impact sur la société wallisienne. (Images d'archives de 1943 de la marine américaine).

Le 8 décembre 1941, à la suite de l'attaque de Pearl Harbor par le Japon, s'ouvre la guerre du Pacifique. L'Empire du Japon progresse en Mélanésie, occupant une partie de la Nouvelle-Guinée et des Îles Salomon. Pour faire face à la menace japonaise, les américains établissent des bases dans plusieurs îles de Polynésie. Parmi celles-ci, Wallis tient une place stratégique : sa situation près des Samoa occidentales (occupées par les États-Unis en mai 1942) et de Fidji, permet aux avions américains de surveiller la zone et d'empêcher les japonais d'y pénétrer[46].

Des soldats américains s'entraînent au mortier, puis détruisent la carcasse d'un bombardier B-24 à la dynamite, sur l'île de Wallis en 1943.

Le commandement américain décide d'installer une base à Wallis. Les négociations entre les Alliés et de Gaulle sont difficiles (derrière la question de la récupération des colonies se pose le problème de qui les administrera, et comment, le système centralisé français étant très différent de l'indirect rule anglo-saxonne). De Gaulle insiste pour que, partout, soit respectée la souveraineté française[R 10]. Il est donc primordial pour lui que la France Libre prenne le contrôle de Wallis avant l'armée américaine[R 11].

Chronologie des évènements[modifier | modifier le code]

Le plan initial des américains prévoyait que la flotte américaine entre dans le lagon de Wallis le 28 mai, avec à sa tête le navire de la France Libre. Cependant, le capitaine du bateau (l'aviso Chevreuil) décide d'outrepasser les ordres et entre un jour avant la date prévue, afin d'affirmer la souveraineté française sur Wallis-et-Futuna[45].

Le 27 mai 1942, l'aviso Chevreuil, de la France Libre, franchit la passe de Honikulu (au sud) et entre dans le lagon de Wallis. Un corps expéditionnaire conduit par le capitaine Molina (de son vrai nom Jean José España[47]) débarque sur l'île. Ils sont accueillis par le résident Vrignaud[48], qui accepte de se rendre. Le ralliement à la France libre se fait donc sans aucune violence. Le lendemain, les américains découvrent avec stupéfaction que les français sont déjà là.

Les soldats américains sont partis de Tutuila à Samoa, attendent trois semaines le temps des tractations diplomatiques[49], puis vont à Apia avant de partir pour Wallis le 25 mai 1942. Ils proviennent essentiellement du 8e Bataillons de marines de défense (en). L'île reçoit les noms de code Strawboard[46], Atom et Lameduck[50].

Wallis au temps des Amelika (1942-1946)[modifier | modifier le code]

L'arrivée de la civilisation technologique[modifier | modifier le code]

L'armée américaine effectue des réparations sur la base de Wallis, en 1943 (images d'archives).

Le commandement américain fait débarquer 2 000 GI's sur l'île, et leur nombre s'élève à 6 000 durant les deux années suivantes[38]. En juin 1942, les soldats du génie (seabees) arrivent sur l'île[46]. Les Américains construisent de nombreuses infrastructures : une base aérienne à Hihifo pour bombardiers et une autre à Lavegahau, construites au bulldozer (un engin jamais vu sur l'île), une hydrobase à la pointe Muʻa, un port à Gahi (construit avec des pierre volcaniques, du bois et du sable locaux[49]) et un hôpital de 70 lits[49], ainsi que des routes[51]. Ils acheminent une quantité importante d'armements, DCA, avions, tanks, etc.. En revanche, Futuna n'est pas investie par les Américains[38].

Des aumôniers catholiques américains sont présents, ce qui facilite les relations de la mission avec l'armée américaine. Dans le même temps, la crainte d'une attaque japonaise reste persistante : « Dès l’arrivée des Américains à Wallis, on pouvait craindre des raids aériens sur cette île, et même la possibilité d’une attaque par mer n’était pas exclue (...) le danger était donc évident », relate Mgr Poncet[51]. Les américains organisent des exercices d'attaques et font construire abris et tranchées pour la population.

Bouleversements de la société wallisienne[modifier | modifier le code]

Cette période a de profondes répercussions sur la société wallisienne : les soldats américains introduisent de nombreux matériels (voitures, bulldozers...) et construisent des infrastructures qui aujourd'hui encore ont laissé leur empreinte (une des pistes construites par l'armée américaine est devenue l'aérodrome de Hihifo, par exemple). De plus, les GI's arrivent avec un important pouvoir d'achat, et Wallis est reliée par avion et bateau aux îles Samoa. En conséquence, écrit Frédéric Angleviel, « il en résulte une extraordinaire prospérité économique à la fois inattendue, brève et sans lendemain. Une véritable folie de consommation s’abat sur l’île malgré les efforts de réglementation de la résidence »[AngB 1]. Les recettes fiscales du protectorat augmentent grandement grâce aux taxes douanières sur les produits américains. Les Américains introduisent les boîtes de conserve, notamment le corned beef (appelé tini pipi en wallisien[52]). Les wallisiens en sont très friands, tandis que les Américains raffolent de la viande fraîche procurée par les animaux vivant sur l'île.

Outre l'arrivée soudaine de la société de consommation sur l'île, la présence des américains bouleverse l'autorité de la chefferie et des missionnaires. En effet, les roturiers (tuʻa) s'enrichissent rapidement en travaillant pour l'armée américaine. En conséquence, l'administration française se voit obligée de revaloriser de 1000% l'indemnité des chefs en 1943[AngB 2]. Pour autant, Judith A. Benett indique que les 250 travailleurs wallisiens employés par les américains étaient parmi les moins bien payés de tout le Pacifique, à 20 cents de l'heure[53]. Les américains avaient au départ une perception très négative des wallisiens : ils les considéraient fainéants et porteurs de maladies contagieuses (tuberculose, pian, lèpre et filariose). Soixante-dix lépreux sont mis en quarantaine sur l'îlot de Nukuatea et les médecins américains ont examiné toute la population wallisienne[54].

Les pères maristes ont tenté de contrôler les mœurs de la population uvéenne, mais des relations amoureuses et sexuelles se sont développées entre GI's et wallisiennes[55]. Là encore, la perception est assez différente : la mission se plaint d'un relâchement des mœurs et des actes mole katoliko (« pas catholiques »), tandis que les américains trouvent les wallisiennes très farouches[AngB 2]. Plusieurs enfants métis naissent de ces unions[55].

La fin du rêve américain[modifier | modifier le code]

En février 1944, le démantèlement puis l'évacuation des bases américaines aux Samoa et à Wallis débute[46]. Les soldats quittent 'Uvea [56],[57], Il ne reste plus que 300 soldats en mars et seulement douze américains en juin 1944 à 'Uvea[56]. En avril 1946, les derniers Américains quittent Wallis[AngB 3]. La période fastueuse de richesse et de gaspillage s'interrompt aussi brutalement qu'elle a commencé. Les wallisiens se retrouvent face à des difficultés économiques : les cultures vivrières ont été négligées, les plantations de cocotier ont été abandonnées faute d'export du coprah, et les volailles sont menacées de disparition. Même le lagon a été abîmé par la pêche à la dynamite[AngB 4]. La population doit se remettre au travail.

L'isolement de Futuna pendant la seconde guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Futuna, dépourvue de station de radio, se retrouve dans une situation encore plus délicate durant la seconde guerre mondiale puisqu'elle est totalement isolée et coupée du monde extérieur. Pendant deux ans, l'administration française et la mission à Wallis n'ont aucune nouvelle de Futuna et les habitants, privés des denrées de premières nécessité (farine, blé, huile, tissus...), survivent uniquement grâce à l’agriculture vivrière. L'arrivée des américains rompt quelque peu cette situation, mais Futuna n'est pas occupée par l'armée américaine et reste très isolée. Le père 'O Reilly écrit : « [1945] Sans aucune liaison maritime, Futuna, sans farine sans sucre, sans remèdes et sans habits, connaît des jours difficiles. […] Le 23 juin 1946, un sous-marin américain de passage à Futuna donna à la mission, sans ravitaillement depuis 2 ans, un peu de farine. »[58]. Cet hydravion anti sous-marins rompt l'isolement de Futuna en emmenant 45 autochtones en Nouvelle-Calédonie : ils sont les premiers à s'engager hors de leur île natale[AngB 5].

Un des marchands de coprah aurait profité de la situation pour abuser des futuniens, en échangeant du tissu pour les vêtements contre des parcelles de cocotiers. Il aurait même, selon Marcel Gaillot, troqué des sacs de coprah en guise de vêtement. À l'époque, la société futunienne n'était pas du tout monétarisée. Cependant, en 1945, le résident Mattei l'obligea à rendre les parcelles acquises frauduleusement[58].

Marcel Gaillot indique que Futuna n'a été reliée au monde extérieure uniquement en 1968, quand un aérodrome a été construit à Vele. Jusqu'à cette période, les denrées et les courriers étaient lâchés par avion ; l'unique moyen de communiquer était la radio[58]. L'isolement de Futuna s'est donc poursuivi tout au long des années 1950 et 1960 (Angleviel parle de « quasi-abandon »)[AngB 5].

1946-1961 : une période de transition[modifier | modifier le code]

La période post-1945 est marquée par la multiplication des crises politiques entre la mission, l'administration et la chefferie et les nombreuses révolutions de palais. Cinq rois se succèdent de 1945 à 1959 à Wallis, preuve de la forte instabilité politique qui règne.

La création de l'Union Française en 1946 n'affecte pas Wallis-et-Futuna : en effet, le territoire était « considéré comme un Territoire d'outre mer où les lois de la république étaient limitées par les pouvoirs traditionnels des souverains. »[RXa 6].

Déséquilibres politiques à Wallis[modifier | modifier le code]

Le 25 mars1946, le lieutenant américain Zinchek (qui commande les 12 derniers soldats restés à Wallis), apporte une pétition demandant « l’annexion de Wallis aux États-Unis et le départ des Français »[AngB 4]. Finalement, Zinchek est rappelé par le commandement américain, mais cette crise a des répercussions coutumières. En avril 1947, le Lavelua Leone Manikitoga est destitué. Pelenato Fuluhea, originaire de Mu'a, lui succède. Trois ans plus tard, en 1950, un mouvement social l'oblige à démissionner[AngB 6].

Les ministres coutumiers élisent alors Emmanuel Brial, commerçant français d'ascendance wallisienne par sa mère, mais face à l'opposition du résident et de la mission, c'est Kapeliele Tufele qui devient Lavelua. Assez vite, des différends l'opposent au résident de France. En 1953, suite à une nouvelle crise successorale, c'est Aloisia Brial qui est élue reine de Wallis. La famille Brial joue un rôle économique important dans le territoire, représentant les établissements Ballande, mais son influence est rapidement devenue politique[RXa 7].

Le début d'une immigration de masse vers la Nouvelle-Calédonie[modifier | modifier le code]

Wallis-et-Futuna, territoire d'outre-mer[modifier | modifier le code]

Les îles deviennent en 1961 un territoire d'outre-mer (TOM) après référendum. Le roi d'Uvea, Tomasi Kulimoetoke II (1916-2007), est signataire de cet accord. Après la révision constitutionnelle du 28 mars 2003, les îles Wallis-et-Futuna deviennent une collectivité d'outre-mer à statut particulier sans que le régime de 1961 ne change.

Référendum de 1959 et statut de Territoire d'outre-mer (1961)[modifier | modifier le code]

Photo en couleur d'un homme âgé ceint d'une natte traditionnelle (ta'ovala) et vêtu d'une chemise blanche, assis sur un trône en bois, devant une grande porte en bois et un mur en pierres apparentes.
Le Lavelua Tomasi Kulimoetoke règne sur 'Uvea de 1959 à 2007, le plus long règne de l'histoire de Wallis.

À la suite de la démission forcée de la reine Alosia et au terme de longues négociations, Tomasi Kulimoetoke est élu Lavelua en mars 1959. (À Wallis, le roi est choisi parmi les familles royales et élu par ces mêmes familles. Il s'agit donc d'une monarchie non pas héréditaire mais aristocratique élective). Il inaugure une période de stabilité d'une longévité inégalée dans l'histoire récente de Wallis, puisqu'il reste roi jusqu'à sa mort en 2007.

Tomasi Kulimoetoke est une figure ayant marqué l'histoire de Wallis-et-Futuna, puisque c'est sous son règne que les deux îles passent du statut de protectorat à celui de Territoire d'Outre-Mer. En 1959 est organisé un référendum sur le changement de statut. Le « oui » l'emporte très massivement (100 % à Wallis où la population, suivant les indications de la mission et de la chefferie, vote unanimement pour ; à Futuna, le  « oui » l'emporte à 84,50 % à Alo et 68,60 % à Sigave[58]). Désormais, les Wallisiens et Futuniens sont citoyens français à part entière, même s'ils disposent d'un statut spécial qui ne s'applique que sur le territoire.

Le statut de 1961 est fondamental, puisqu'il maintient et reconnaît l'organisation traditionnelle (chefferie et monarchie), le droit coutumier est maintenu pour le civil, l'enseignement catholique est reconnu. Surtout, l'article trois stipule que « La République garantit aux populations du territoire des îles Wallis et Futuna le libre exercice de leur religion, ainsi que le respect de leurs croyances et de leurs coutumes en tant qu'elles ne sont pas contraires aux principes généraux du droit et aux dispositions de la présente loi.(...) »[59]

Les institutions actuelles de Wallis-et-Futuna prennent forme : une assemblée territoriale élue au suffrage universel est instituée. Comptant vingt membres, elle est secondée par le conseil territorial, composé de chefs coutumiers. Wallis-et-Futuna se sont également vus attribuer un député et un sénateur. Le territoire est également représenté par un conseiller économique et social. Le poste de résident de France est remplacé par celui d'Administrateur supérieur de Wallis-et-Futuna.

Wallis-et-Futuna ont donc bénéficié d’un statut sur mesure, adapté à l’organisation sociale et politique des deux îles.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La distinction entre Mélanésie, Micronésie et Polynésie proposée par Dumont d'Urville a été largement critiquée, notamment par Roger Green (1991) qui propose de la remplacer par les concepts d'Océanie proche et Océanie lointaine.
  2. En l'absence de traces écrites, la délimitation temporelle de ces périodes ne saurait être interprétée trop strictement. De plus, certains transformations profondes (apparition de la chefferie, par exemple) se déroulent sur le long terme et il est difficile de les dater précisément.
  3. Les deux assassins ont les dents arrachées puis on leur fait mâcher une racine de kava, avant de les exécuter. Kau'ulufonua gagne alors le surnom de fekai, « cruel ».
  4. Certains forts avaient été construits avant l'arrivée des tongiens et pourraient remonter à l'influence samoane sur 'Uvea (Sand et al. 2006).
  5. Le terme de syncrétisme est critiqué par Françoise Douaire Marsaudon (Douaire-Marsaudon et al. 2006)

Références[modifier | modifier le code]

Ouvrages et articles scientifiques[modifier | modifier le code]

Histoire pré-européenne[modifier | modifier le code]
  • (en) Patrick Vinton Kirch et Roger C. Green, Hawaiki, Ancestral Polynesia: An Essay in Historical Anthropology, Cambridge University Press, , 394 p. (ISBN 978-0-511-06700-6)
  1. Kirch et Green 2001, p. 77-79
  2. Kirch et Green 2001, p. 100 : « Beyond the shadow of a doubt, the Ancestral Polynesian homeland consisted of ‘‘the central area of West Polynesia, i.e. the area bounded by Samoa, Uvea, Futuna, and Tonga. »
  3. Kirch et Green 2001, p. 282
  4. Kirch et Green 2001, p. 115, 126
  5. Kirch et Green 2001, p. 147
  6. Kirch et Green 2001, p. 184-187
  • Daniel Frimigacci, Bernard Vienne et Jean-Paul Siorat, Wallis, Futuna : 3 000 ans d'histoire, Nouméa, Association de la jeunesse wallisienne et futunienne de Nouvelle-Calédonie, , 64 p.
  • Christophe Sand, « Empires maritimes préhistoriques dans le Pacifique : Ga'asialili et la mise en place d'une colonie tongienne à Uvea (Wallis, Polynésie occidentale) », Journal de la Société des océanistes, vol. 108, no 1,‎ , p. 103–124 (DOI 10.3406/jso.1999.2081, lire en ligne)
  1. Sand 1999, p. 115
  2. Sand 1999, p. 104
  3. Sand 1999, p. 105
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  5. Sand 1999, p. 108
  6. a et b Sand 1999, p. 110
  7. Sand 1999, p. 112
  8. Sand 1999, p. 115
  9. Sand 1999, p. 121
  10. a et b Sand 1999, p. 115
  11. a et b Sand 1999, p. 114
  • Bernard Vienne et Daniel Frimigacci, « Les fondations du royaume de 'Uvea. Une histoire à revisiter », Journal de la Société des Océanistes,‎ (lire en ligne)
XIXe siècle et protectorat[modifier | modifier le code]
  • Frédéric Angleviel, Les Missions à Wallis et Futuna au XIXe siècle, Centre de recherche des espaces tropicaux de l’université Michel de Montaigne (Bordeaux III), , 243 p. (lire en ligne)
  • Jean-Claude Roux, Espaces coloniaux et société polynésienne de Wallis-Futuna (Pacifique central) (Thèse de doctorat ès Lettres), Paris, Université de Paris I : Panthéon-Sorbonne, , 1019 p. (lire en ligne)
  1. Roux 1991, p. 206
  2. Roux 1991, p. 205
  3. Roux 1991, p. 211
  4. Roux 1991, p. 219-220
  5. Roux 1991, p. 221
  6. Roux 1991, p. 202
  7. Roux 1991, p. 328
  • Jean-Claude Roux, Wallis et Futuna : Espaces et temps recomposés. Chroniques d'une micro-insularité, Presses universitaires de Bordeaux, , 404 p. (ISBN 2-905081-29-5, lire en ligne)
  1. Roux 1995, p. 5 "Le fait essentiel, à travers tous les pointillés de l'histoire locale, reste (...) l'ancienne et longue appartenance de Wallis-et-Futuna, quelle que soit ses péripéties [sic], à la mouvance du longtemps dynamique « empire maritime » de Tonga".
  2. Roux 1995, p. 129
  3. Roux 1995, p. 128
  4. Roux 1995, p. 131
  5. Roux 1995, p. 283
  6. Roux 1995, p. 7
  7. Roux 1995, p. 14
  8. Roux 1995, p. 134-138
  9. a, b, c, d et e Roux 1995, p. 281
  • Dominique Pechberty et Epifania Toa, Vivre la coutume à ʻUvea (Wallis), L'Harmattan, (lire en ligne)
Seconde guerre mondiale[modifier | modifier le code]
  • Jean-Marc Regnault, « La France Libre, Vichy et les Américains : Des relations difficiles dans le Pacifique en guerre. L'exemple des îles Wallis et Futuna (1940-1942) », Outre-mers, vol. 91, no 344,‎ , p. 181–200 (DOI 10.3406/outre.2004.4118, lire en ligne)
  1. Regnault 2004, p. 183-184
  2. Regnault 2004, p. 182
  3. Regnault 2004, p. 184-185
  4. Regnault 2004, p. 185
  5. Regnault 2004, p. 181
  6. a, b et c Regnault 2004, p. 187
  7. Regnault 2004, p. 200
  8. Regnault 2004, p. 189 "il est impossible de laisser hors de notre contrôle Wallis-et-Futuna dont la station de sans fil pourrait être utilisée par les corsaires allemands"
  9. Regnault 2004, p. 189
  10. Regnault 2004, p. 194, 198
  11. Regnault 2004, p. 196
  1. Angleviel 2006, p. 62
  2. a et b Angleviel 2006, p. 63
  3. Angleviel 2006, p. 61, 64
  4. a et b Angleviel 2006, p. 64
  5. a et b Angleviel 2006, p. 65
  6. Angleviel 2006, p. 66

Autres références[modifier | modifier le code]

  1. Frédéric Angleviel, « Environnement et anthropisation dans le Pacifique, dégradations et mutations », Journal de la Société des Océanistes,‎ , p. 113-126 (lire en ligne)
  2. a, b, c, d, e et f (en) Christophe Sand, « A View from the West: Samoa in the Culture History of `Uvea (Wallis) and Futuna (Western Polynesia) », The Journal of Sāmoa Studies, vol. 2,‎ (lire en ligne)
  3. Claire Laux, « L’histoire océanienne écrite par les missionnaires francophones : pertinence et excès des critiques, problèmes méthodologiques », dans Frédéric Angleviel (dir.), Histoire de la Franconésie. Regards croisés sur le Pacifique Sud, Les Indes savantes, Paris - Pacific History Association, , 281 p. (présentation en ligne)
  4. a, b, c et d Claire Laux, « Les missionnaires et la mémoire des civilisations polynésiennes », Revue d'Histoire de l'Eglise de France, vol. 89,‎ , p. 69–80 (ISSN 0048-7988, DOI 10.1484/J.RHEF.2.304877, lire en ligne)
  5. Frimigacci et Vienne 1990, p. 9
  6. Raymond Mayer, Malino Nau, Eric Pambrun et Christophe Laurent, « Chanter la guerre à Wallis (’Uvea) », Le Journal de la Société des Océanistes,‎ , p. 153–171 (ISSN 0300-953x, DOI 10.4000/jso.614, lire en ligne)
  7. Alexandre Poncet, Histoire de l'île Wallis, tome 2, Société des océanistes, , 1234 p. (ISBN 9782854300949, lire en ligne)
  8. (en) Edwin G. Burrows, Ethnology of Uvea (Wallis Island), Honolulu, Bishop Museum, , 176 p. (lire en ligne)
  9. (en) Edwin Grant Burrows, Ethnology of Futuna, Honolulu (Hawaï), Bernice P. Bishop Museum, , 239 p. (lire en ligne)
  10. (en) Edwin Grant Burrows, Songs of Uvea and Futuna, Honolulu (Hawaï), Bernice P. Bishop Museum, , 121 p. (lire en ligne)
  11. Ces publications incluent par exemple (en) S. Percy Smith., « Futuna; or Horne Island and its people. Western Pacific. », Journal of the Polynesian Society, vol. 1, no 1,‎ (lire en ligne) ou bien Dr. Viala, « Les îles Wallis et Horn », Bulletin de la Société neuchâteloise de géographie, vol. 28,‎ (résumé).
  12. a et b Françoise Douaire Marsaudon, « Christianisation et ancestralité à Tonga, Wallis et Futuna », dans F. Douaire-Marsaudon, B. Sellato, C. Zheng, Dynamiques identitaires en Asie et dans le Pacifique, vol. 2 : Systèmes symboliques en transition, Presses de l'Université de Provence, , p. 131
  13. a, b et c Éric CONTE, « Le Pacifique d’avant le contact : un espace de culture globale ? (encadré) », Hermès,‎ (ISSN 0767-9513, DOI 10.4267/2042/51469, lire en ligne)
  14. a, b et c Daniel Frimigacci, « La préhistoire d'Uvea (Wallis). Chronologie et périodisation », Journal de la Société des océanistes, vol. 111, no 2,‎ , p. 135-163 (lire en ligne)
  15. Christophe Sand, « La datation du premier peuplement de Wallis et Futuna : contribution à la définition de la chronologie Lapita en Polynésie occidentale », Journal de la Société des océanistes, vol. 111, no 2,‎ , p. 165-172 (lire en ligne)
  16. (en) Institute for Business Research, Tongan Heritage Tourism Scoping Study. Final Report Volume II, (lire en ligne), p. 19
  17. (en) David Stanley, South Pacific Handbook, (lire en ligne), p. 403
  18. Daniel Frimigacci, J.P. Siorat et Bernard Vienne, Inventaire des sites archéologiques et ethnohistoriques de l'ile d'Uvea, Orstom, (lire en ligne), p. 79
  19. Atoloto Malau, Atonio Takasi et Frédéric Angleviel, 101 mots pour comprendre Wallis et Futuna, Nouméa, Île de Lumière, , p. 94 ("Tōʻagatoto")
  20. Atoloto Malau, Atonio Takasi et Frédéric Angleviel, 101 mots pour comprendre Wallis et Futuna, Nouméa, Île de Lumière, , p. 95 ("Tongiens")
  21. (en) Yuko Otsuka, History of Polynesian Languages (cours de l'université de Hawaï), (lire en ligne), p. 24
  22. Claire Moyse-Faurie, Te lea faka'uvea. Le wallisien, Société linguistique de Paris, Peeters, , 271 p. (lire en ligne), p. 12
  23. a et b Frédéric Angleviel et Claire Moyse-Faurie, « Futuna ou "l'enfant perdu"... un timide biculturalisme », Hermès, La Revue, no 32-33,‎ , p. 377-384 (DOI 10.4267/2042/14395, résumé, lire en ligne [PDF])
  24. a, b et c Volker Harms, « Le débarquement des Chinois à Futuna : une histoire inventée par des Européens ? », Journal de la Société des océanistes, vol. 90, no 1,‎ (lire en ligne)
  25. a et b (en) Robert Langdon, « The legacy of Futuna's Tsiaina in the languages of Polynesia », dans Jan Tent, Paul Geraghty, Borrowing: A Pacific perspective, Australian National University,, (DOI 10.15144/PL-548.177, lire en ligne)
  26. a et b Raymond Mayer, « Un millier de légendes aux îles Wallis et Futuna et divers centres d'intérêt de la tradition orale », Journal de la Société des océanistes, vol. 29,‎ , p. 69–100 (DOI 10.3406/jso.1973.2413, lire en ligne)
  27. a et b (en) Edward Edwards et George Hamilton, Voyage of H.M.S. Pandora, by Edward Edwards and George Hamilton : DESPATCHED TO ARREST THE MUTINEERS OF THE 'BOUNTY' IN THE SOUTH SEAS, 1790-91, Londres, Francis Edwards, (lire en ligne), p. 64
  28. (es) Miguel Ángel Puig-Samper, « Las expediciones científicas españolas en el siglo XVIII », Revista del Instituto Alicantino de Cultura Juan Gil-Albert, no 57,‎ , p. 20-41 (lire en ligne)
  29. (en) William H. Pearson, « The reception of european voyagers on Polynesian islands, 1568-1797. », Journal de la Société des océanistes, vol. 26,‎ , p. 121–154 (DOI 10.3406/jso.1970.2151, lire en ligne)
  30. a, b et c Frédéric Angleviel, « Wallis 1825-1858. Contacts, mutations, permanences. », Revue française d'histoire d'outre-mer, vol. 76, no 284,‎ , p. 95-110 (lire en ligne)
  31. a et b (en) Anonyme, « Massacre of the Crew of the Ship Oldham by the Natives of Wallis Island », Nautical magazine, Londres, vol. 2, no 17,‎ , p. 376-383 (lire en ligne)
  32. a, b, c et d Filihau Asi Talatini, « "Lotu mavae" : identité religieuse en mutation à Wallis et Futuna », dans Elise Huffer, Mikaele Tui, Uvea, University of the South Pacific/Service des Affaires Culturelles de Wallis, (lire en ligne)
  33. Françoise Douaire-Marsaudon, « Christianisation et ancestralité à Tonga, Wallis et Futuna », dans F. Douaire-Marsaudon, B. Sellato, C. Zheng, Dynamiques identitaires en Asie et dans le Pacifique, vol. 2 : Systèmes symboliques en transition, Presses de l'Université de Provence, , p. 129
  34. (fr+wls) Karl H. Rensch, Tohi Fono o Uvea : Code de Wallis 1870, Canberra, Archipelago Press, , 33 p. (ISBN 0959378715)
  35. a et b Sophie Chave-Dartoen, « Le paradoxe wallisien : une royauté dans la République », Ethnologie française, vol. 32,‎ , p. 637–645 (ISSN 0046-2616, DOI 10.3917/ethn.024.0637, lire en ligne)
  36. Jean-Claude Roux, Espaces coloniaux et société polynésienne de Wallis-Futuna (Pacifique central) (Thèse de doctorat ès Lettres), Paris, Université de Paris I : Panthéon-Sorbonne, , 1019 p. (lire en ligne), p. 82
  37. Roux 1991, p. 85
  38. a, b, c, d, e, f et g Marc Soulé, « Les bouleversements de la société coutumière lors de la présence américaine à Wallis (1942 - 1946) », dans Sylvette Boubin-Boyer (dir.), Révoltes, conflits et Guerres mondiales en Nouvelle-Calédonie et dans sa région, L'Harmattan, (ISBN 9782296051225)
  39. Yves Challant, « La diglossie du français avec une langue polynésienne, le futunien », 2ème congrès de la commission Asie-Pacifique, Le français et la diversité francophone en asie-pacifique, Fédération Internationale des Professeurs de Français,‎ , p. 203-211 (lire en ligne)
  40. André Borgomano, « Le roi David », Bulletin de l'ASNOM (Association Santé Navale et d'Outre-Mer), no 127,‎ (lire en ligne)
  41. « Données statistiques concernant les missions du Pacifique Sud établies d'après les documents reçus à la suite de l'enquête menée en 1967-68 », Journal de la Société des océanistes, vol. 25, no 25,‎ , p. 1-41 (DOI 10.3406/jso.1969.2471, lire en ligne)
  42. Roux 1991, p. 213
  43. a, b, c et d Poncet 1977, p. 86-92 (Chapitre XIV. Alain Gerbault à Wallis (1926))
  44. Edgar Aubert de la Rüe, « Les îles Wallis et Futuna : Le pays et les habitants », La Terre et la Vie, Société nationale de protection de la nature et d'acclimatation de France, no 2,‎ , p. 31-66 (lire en ligne)
  45. a, b et c Claude Lestrade, « Le ralliement de Wallis à la « France libre » (1942) », Journal de la Société des océanistes, vol. 105, no 2,‎ , p. 199-203 (lire en ligne)
  46. a, b, c et d (en) Gordon L. Rottman, World War II Pacific Island Guide : A Geo-military Study, Greenwood Publishing Group, , 477 p. (lire en ligne), p. 90-92
  47. « Livre - Jean-José España », sur http://www.chateaubriant.org/ (consulté le 15 février 2016)
  48. Mattei 1957
  49. a, b et c (en) Building the Navy's Bases in World War II : A History of the Bureau of Yards and Docks and the Civil Enginner Corps, 1940-1946, vol. 2, Washington, US Government Printing Office, , 522 p. (lire en ligne), p. 194-195, 216-218
  50. (en) Gordon L. Rottman, U.S. Marine Corps World War II Order of Battle, Greenwood Publishing Group, , 594 p. (lire en ligne), p. 573
  51. a et b Alexandre Poncet, « Chapitre XXII. Les Américains à Wallis (1942-1946) », dans Alexandre Poncet, Histoire de l'île Wallis, t. 2, Société des Océanistes, , 1234 p. (ISBN 9782854300949, lire en ligne)
  52. (fr+wls) Karl H. Rensch, Tikisionalio Fakauvea-Fakafalani - Dictionnaire wallisien-français, Archipelago Press, (lire en ligne), p. 390
  53. (en) Judith A. Bennett, Natives and Exotics : World War II and Environment in the Southern Pacific, Honolulu, University of Hawaï Press, , 439 p. (lire en ligne), p. 146
  54. Bennett 2009, p. 67
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  56. a et b Bennett 2009, p. 181
  57. Jean-Marie Breton (dir.), Patrimoine, tourisme, environnement et développement durable (Europe - Afrique - Caraïbe - Amériques - Asie - Océanie), Karthala Editions, , 444 p. (lire en ligne), p. 48
  58. a, b, c et d Marcel Gaillot, « Futuna. Un isolement pénalisant », Journal de la Société des océanistes, no 135,‎ , p. 265-268 (lire en ligne)
  59. Loi n° 61-814 du 29 juillet 1961 conférant aux îles Wallis et Futuna le statut de territoire d'outre-mer (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Histoire de la Polynésie[modifier | modifier le code]

  • (en) Patrick Vinton Kirch, The Evolution of the Polynesian Chiefdoms, Cambridge University Press, (ISBN 0521273161, lire en ligne)
  1. Kirch 1984, p. 98

Ouvrages et articles scientifiques sur Wallis-et-Futuna[modifier | modifier le code]

  • Daniel Frimigacci et Bernard Vienne, Aux temps de la terre noire : ethnoarchéologie des îles Futuna et Alofi, Paris, Peeters Selaf, , 272 p. (lire en ligne)
  • Malia Sosefo-Drouet Manufekai (dir.) (préf. Marie-Claude Tjibaou, postface Savelio Felomaki), Tāvaka Lanu'imoana : Mémoires de voyages, Nouméa, Agence de développement de la culture kanak/Tāvaka, , 213 p. (ISBN 9782909407708) (histoire des migrations wallisiennes et futuniennes en Nouvelle-Calédonie)

Témoignages de première main[modifier | modifier le code]

  • E. Dubouzet, Capitaine de corvette l'Allier, « N°1 - Rapport adressé à M. le capitaine de vaisseau LAVAUD, commandant la station de Nouvelle-Zélande, par M. le capitaine de corvette E. Dubouzet, commandant la corvette de charge l'Allier, sur les résultats de sa mission aux îles Vavao, Wallis, Futuna », dans M. Bajot et M. Poirré, Annales maritimes et coloniales : Recueil de lois et ordonnances royales, règlements et décisions ministérielles, mémoires, observations et notices particulières, concernant tout ce qui peut intéresser la marine et les colonies sous les rapports militaires, administratifs, judiciaires, nautiques, consulaires et commerciaux., t. 1 : 28ème année, Paris, Imprimerie Royale, , 1140 p. (lire en ligne), p. 5-61
  • Alexandre Poncet, Histoire de l'île Wallis, tome 2, Société des océanistes, , 1234 p. (ISBN 9782854300949, lire en ligne) (l'histoire de Wallis, du protectorat au référendum de 1961, racontée par l'évêque de Wallis-et-Futuna)
  • Jean-Baptiste MATTEI, « Le Ralliement des Îles Wallis », Revue de la France libre, no 99,‎ (lire en ligne) : récit du ralliement de Wallis à la France libre en 1942 par le Médecin Commandant Mattei, qui devint résident de France.

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]