Georges Guingouin

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Georges Guingouin
Fonctions
Maire de Limoges
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Magnac-Laval
(Haute-Vienne)
Date de décès (à 92 ans)
Lieu de décès Troyes
(Aube)
Nationalité Drapeau de la France française
Parti politique PCF 1935/1961- réintégré en 1998
Profession Instituteur

Georges Guingouin, né le à Magnac-Laval en Haute-Vienne et mort le à Troyes, est un résistant et homme politique français, militant jusqu'en 1952 du Parti communiste français (PCF). Il joue un rôle de premier plan dans la résistance, se fait appeler « Raoul » en étant à la tête des maquis de la montagne limousine (il est surnommé « lou Grand » et le « Préfet du Maquis »).

Après la libération, il est mis en cause, par des personnalités qui avaient collaboré avec le régime de Vichy pendant la guerre, pour de présumées exactions, commises sous son autorité durant l'« épuration sauvage » de 1944. Cette affaire entraîne la fin de sa carrière politique, puis son éviction du PCF. Un temps emprisonné, il est finalement blanchi en 1959 malgré son indifférence totale.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Le père de Georges Guingouin, sous-officier de carrière, fut tué à Bapaume en 1914. Sa mère, fille d'un ouvrier porcelainier, était directrice d'école primaire. Guingouin est d'abord élève à l'école primaire supérieure de Bellac (Haute-Vienne), puis il est admis à l'École normale d'instituteurs de Limoges. Après son service militaire, il est nommé, en octobre 1935 à 32 ans, instituteur à Saint-Gilles-les-Forêts (Haute-Vienne).

Ce jeune instituteur est très préoccupé par l’engagement politique[1]. Il adhère au parti communiste, devient secrétaire du « rayon » d'Eymoutiers, qui regroupe alors cinq cantons ruraux. Il écrit des articles de politique étrangère dans l'hebdomadaire du Parti, Le Travailleur du Centre. « En pleine effervescence, grâce notamment à l’action des leaders paysans du PCF, Renaud Jean et Marius Vazeilles, le communisme rural obtient de bons scores et de nombreux candidats ruraux élus lors des élections de 1936 » confirme l'historien Max Lagarrigue et ajoute : « Guingouin prend la direction de la campagne électorale pour la Haute-Vienne. Son action lui vaut d’être nommé au comité fédéral puis au bureau régional du PCF »[2]. À l'occasion des élections de 1936 apparaît une première divergence fondamentale, le rejet par la direction de la candidature d'un militant de base. Ce dernier, Marcel Lenoble, était soutenu par Guingouin; la direction fédérale lui préféra un apparatchik, dont les résultats furent décevants[3].

Le « Préfet du maquis »[modifier | modifier le code]

Cette formulation est la sienne. C'est ainsi qu'il éditait et signait des lettres, affiches ou tracts clandestins énonçant des règles de résistance au régime de Vichy, notamment pour lutter contre les bas prix des réquisitions.

Mobilisé en 1939 comme soldat de 2e classe, il est blessé à l'arcade sourcilière gauche le 18 juin 1940, soigné à l'hôpital militaire de Moulins (Allier) qu'il quitte volontairement pour éviter d'être arrêté après avoir été informé d'une visite de gendarmes pétainistes. De retour à Saint-Gilles-les-Forêts, il reprend dans la clandestinité ses activités de militant communiste et rédige en un « appel à la lutte ». Ses problèmes avec le gouvernement de Vichy sont liés, non à son appartenance au PCF, mais à des activités « illégales » (usant de son rôle de secrétaire de mairie, il fabriquait des faux papiers). Prévenu qu'il allait être arrêté, il s'enfuit et entra ainsi dans la clandestinité[réf. nécessaire]. En , révoqué de ses fonctions d'enseignant, il reprend contact avec l'appareil clandestin du Parti et devient secrétaire fédéral de la Haute-Vienne. Il décide toutefois de ne pas diffuser le no 9 du bulletin La Vie du parti (septembre 1940) qui déclare : « Nous devons être sans haine vis-à-vis des soldats allemands. Nous sommes contre de Gaulle et le clan capitaliste dont les intérêts sont liés à Vichy[4]. »…

Il publie en le premier numéro du Travailleur limousin clandestin. Il écrira plus tard qu'il s'abstenait de toute attaque contre de Gaulle et le Royaume-Uni, s'écartant ainsi de la ligne officielle du parti. En , apprenant qu'il était recherché en Haute-Vienne, il prend le maquis à Soudaine-Lavinadière[5], ce qui, d'après Philippe Robrieux, aurait provoqué l'étonnement de Gabriel Roucaute, l'un des représentants de la direction du Parti en zone Sud[6]. Il organise dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre la première récupération à main armée de cartes d'alimentation, ce qui lui vaudra d'être condamné par contumace aux travaux forcés à perpétuité par un tribunal militaire en janvier 1942[5]. Cette divergence précoce entre Guingouin et son parti a été contestée par Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre au vu d'archives qui attesteraient l'absence de différends avant avril 1942[7].

Il baptise ses premiers groupes armés, les "Francs-Tireurs Partisans" et créé la "1ère Brigade de Marche Limousine", à une époque où les Francs-tireurs et partisans (FTP) ne sont pas encore créés. En , alors que les communistes se sont franchement engagés dans la lutte armée, mais uniquement dans les centres urbains, Roucaute le somme d’arrêter son action. Guingouin refuse et ses relations avec le parti deviennent tendues[8]. Par la suite, il intègre les "Francs-tireurs partisans". Il organise des vols d'explosifs la nuit, dans la poudrière de la mine de la Société WOLFRAM située à proximité de Saint Léonard, en volant 47 caisses de dynamite avec l'aide de camarades de son organisation.

Surnommé « Lou Grand » (Le Grand) par les paysans, il organise ses premiers maquis, en construisant un premier camp de vie, et des abris notamment celui de la forêt de Châteauneuf-la-Forêt (Haute-Vienne) au lieux-dit « La Croix-Chevaux », mais les conditions de vie sont dures. Certains types d'action qu'il mène le feront surnommer le « préfet du maquis » : en , à la tête d'un commando de quelques hommes, il tente de stopper les réquisitions de foin et de blé pour l'ennemi en détruisant à l'explosif la botteleuse stationnée dans la gare d'Eymoutiers. Une plaque commémorant cette action est apposée sur la façade de la gare côté rue. Il constitue aussi une unité fixe, la « 1re brigade de marche limousine », et des unités « volantes », à effectifs variables de 3 à 4 hommes, difficilement repérable.

Son unité sabote et détruit également à l'explosif une arche du viaduc de Bussy-Varache sur la ligne Limoges-Ussel, dans la nuit du  ; les dégâts sont très important, (les rails et traverses de la voie ferrée pendent dans le vide, [voir photo]) et ne seront pas réparés avant la fin de la guerre, ce qui gênera considérablement les troupes d'occupation. Dans la nuit du , à la demande des Anglais, Guingouin dirige personnellement un commando qui sabote les chaudières de l'usine de caoutchouc des Ets Wattelez et Cie (usine de Puits Moulinier) du Palais-sur-Vienne, qui régénérait le caoutchouc avec des vieux pneus usagés, et fait ainsi perdre pendant cinq mois la production de la deuxième usine de caoutchouc de France. Au retour, le commando échappe de peu à une embuscade où un gendarme est tué par Guingouin. Le , le câble souterrain reliant la base sous-marine de Bordeaux à Berlin est saboté dans le Limousin. Sous la direction du général Bois aux ordres de Vichy, 15 escadrons de la Garde républicaine, 12 escadrons de Groupes mobiles de réserve et des forces supplétives de la gendarmerie sont envoyés pour le maintien de l'ordre dans le Limousin, sans grand résultat. En août 1943, Georges Guingouin entreprend à nouveau d'empêcher les livraisons de blé aux Allemands en détruisant des batteuses repérées dans des fermes ; à la suite de cette action, les Allemands appellent le Limousin « la petite Russie »[9]. Comme « préfet du maquis », il réglemente également les barèmes agricoles ainsi que les taux de blutage pour la fabrication du pain, afin de contrer la vente sur le marché noir et les tricheries et magouilles. À la même époque, il reçoit les premiers parachutages d'armes du SOE anglais sur des prairies repérées par ses unités. Pendant le mois de janvier 1944, il réunit au château de Ribérie annexé par son organisation, 120 volontaires pour une formation et un entraînement militaire. Début avril 1944, la division allemande du général Brehmer attaque le fief de Guingouin, qui refuse le combat et fait disperser ses troupes.

En mai 1944, la Haute-Vienne compte environ plus de 8 500 hommes armés[réf. nécessaire] organisés en groupes volants de 4 hommes. C'est le département qui en compte le plus dans toute la France. Après la fusion des mouvements de résistance (Armée Secrète avec 4100 individus, ORA avec 1050 individus et FTPF) avec 3600 individus, pour former les FFI avec 8750 individus, dont Georges Guingouin et un officier de l'Armée secrète assurent le commandement dans le département, les structures de la Résistance armée demeurent toutefois confuses, puisqu'en dépit de l'organisation commune, les FTPF ont conservé la possibilité d'agir de façon relativement autonome. Des photos de ce maquis et de son chef ont été prises à l'époque par le photographe Izis Bidermanas qui avait pris les armes avec lui.

Les ruines actuelles d'une grange d'Oradour-sur-Glane

Après le débarquement en Normandie du , les maquisards de la Haute-Vienne sont mobilisés pour effectuer le plus grand nombre de sabotages possibles, afin de paralyser les communications allemandes, avec des plastiquages de voies ferrées, de ponts routiers et de lignes téléphoniques, etc. La division SS Das Reich (exactement 2e PzD SS), qui a quitté le Tarn-et-Garonne pour rejoindre la Normandie, atteint Limoges le 9 juin. Le 9 juin au soir, des hommes de la « 1re Brigade du Limousin » capturent le Sturmbannführer SS (commandant) Helmut Kämpfe, considéré comme le « héros » de la division. Le 10 juin, un détachement de cette division, la troisième compagnie, menée par le commandant Adolf Diekmann et le capitaine Otto Kahn, cherche et essaye de retrouver Kämpfe, qui pourrait être séquestré par des maquisards dans un des bourg de Limoges, leurs longues recherches étant vaines, l'ordre est donné pour se venger, du massacre d'Oradour-sur-Glane. Le colonel Sylvester Stadler, chef du 3e régiment Der Führer, demande avec l'aide d'un maquisard relâché, sa libération en échange de 40 résistants emprisonnés et la somme de 40 000 francs. Guingouin, qui a eu connaissance du massacre d'Oradour-sur-Glane, refuse ; le Sturmbannführer est fusillé sur le champ, ce qui entraîne de nouvelles représailles, mais en fait, va faire perdre 48 heures à la Division Das Reich, laquelle ne repartira vers la Normandie que le 12 au matin. Ce retard sera considéré par Eisenhower comme un élément important et déterminant, dans l'issue de la bataille de Normandie, en retardant de plusieurs jours l'arrivée de renforts allemands.

Au début du mois de juillet 1944, Guingouin avait été averti qu'une offensive allemande se préparait contre le maquis qu'il dirigeait. Le 17, la « 1re Brigade » est attaquée par la brigade allemande du général von Jesser, forte d'environ 500 véhicules, appuyée par divers renforts, ce qui déclenche la bataille du Mont Gargan : les maquisards de Guingouin perdent 97 hommes (38 morts, 5 disparus et 54 blessés), contre 342 tués ou blessés pour les Allemands[10]. C'est l'un des rares combats de la Résistance de l'intérieur dans une bataille rangée. Un monument a été érigé au sommet de cette colline et est devenu un lieu de mémoire où tous les ans une cérémonie est organisée pour le jour anniversaire de cette bataille.

Au début de juin 1944, Guingouin avait reçu de Léon Mauvais, cadre important du parti communiste, chef des FTP en zone Sud, l'ordre de prendre Limoges. Il avait refusé, estimant l'action prématurée et dangereuse pour la population, citant pour justifier sa décision l'exemple tragique de la libération prématurée de Tulle (en représailles, 99 hommes avaient été pendus aux balcons des maisons et immeubles de l'artère principale de la ville et 139 autres déportés, dont 101 ne revinrent pas[11]). Ce refus pèsera lourd, par la suite, dans les relations de Guingouin avec la hiérarchie du parti communiste.

Le COMAC lui ayant ordonné de prendre Limoges, Guingouin préférera encercler la ville le 21 août et fera recevoir par Jean d'Albis (agent consulaire suisse à Limoges de 1939 à 1951) la capitulation des troupes du général Gleiniger dont tous les subordonnés n'étaient pas d'accord : l'un de ses régiments refusa de se rendre, l'abattit et s'échappa [réf. nécessaire] sans la moindre effusion de sang. Guingouin nommé lieutenant-colonel des FFI entre à pied à la tête d'une colonne groupée de résistants dans Limoges libéré. Il est au faîte de sa gloire lorsque le 5 septembre 1944, il transmet ses pouvoirs au nouveau commissaire gaulliste de la République Pierre Boursicot, sans que les raisons en soient clairement explicitées[12].

Épuration sauvage[modifier | modifier le code]

Par la suite, il sera accusé d'être directement ou indirectement responsable de la justice insurrectionnelle, c'est-à-dire d'exactions qui accompagnèrent la libération et l'épuration de Limoges et du Limousin par l'exécution de collaborateurs et de miliciens. Un tribunal d'exception est mis en place dès le 22 août par Georges Guingouin. 300 personnes comparaitront devant cette cour de justice improvisée, du 24 août au 14 septembre. 74 sont condamnées à mort et toutes exécutées[13]. Dans les années 50, plusieurs de ces condamnations « expéditives » seront rejugées. Quatre seront cassées[13].

Henri Amouroux rapporte que le tribunal de Limoges, présidé par un capitaine FTP de 25 ans, assisté de deux lieutenants de 23 ans, jugea et condamna à mort en une semaine 45 personnes dont une seule échappa au poteau (les premiers des accusés n'eurent pas de défenseurs). Citant Georges Guingouin, Henri Amouroux précise que ce tribunal « travaillait de six à douze heures par jour, samedi et dimanche compris. »[14]

Il fut aussi accusé à propos d'une affaire d'appropriation du magot d'un ancien chantier de jeunesse à Chamberet (Corrèze) qui devait se solder par six exécutions sommaires (dont trois membres de l'Armée secrète)[15].

Le « paria » du Parti communiste[modifier | modifier le code]

Le 20 novembre 1944, Georges Guingouin est grièvement blessé au cours d'un accident de voiture (il évoque un sabotage de son véhicule, la direction ayant lâché dans un virage) et est hospitalisé à Limoges. Il est réformé en avril 1945 après une longue convalescence. En mai 1945, il est élu maire de Limoges. Ses relations avec le Parti se détériorent rapidement. Il n'est pas proposé pour siéger au Comité central ni investi à la députation. À l'assemblée des élus municipaux communistes français, le 12 novembre 1945, il est l'objet d'une attaque de la part d'Auguste Gillot (proche de Maurice Thorez et de Jacques Duclos) qui lui reproche d'avoir augmenté le tarif des tramways de Limoges — ce qui est faux. Guingouin n'a pas la possibilité de lui répondre, la séance étant levée aussitôt[16]. Le mois suivant, il est démis de ses fonctions au sein de la fédération communiste de la Haute-Vienne.

En août 1945, par délibération, la municipalité communiste de Limoges, dirigée par le maire PCF, Georges Guingouin, fraîchement élu, souhaite donner un nouvel élan à la ville de Limoges, à travers la construction d’infrastructures collectives. Dans un souci d’équiper la ville en équipements sportifs « particulièrement défectueux », malgré « des circonstances économiques et notamment l’approvisionnement en matériaux de construction et la situation financière de la Ville […] ne permettant pas […] de poursuivre des aménagements multiples », le site du Stade municipal de Beaublanc est alors choisi prioritairement[réf. nécessaire]. Un bon nombre des projets communistes seront alors abandonnés. Le retour aux affaires de Léon Betoulle ne casse pas la dynamique entreprise par l’équipe municipale de Guingouin.

En 1947, Guingouin perd la mairie de Limoges au profit du socialiste Léon Betoulle, maire de Limoges avant guerre, qui avait voté les pleins pouvoirs à Pétain, tandis que son vieil adversaire, le socialiste SFIO Jean Le Bail, méprisé par tous les « authentiques résistants »[17], est devenu député de la Haute-Vienne. La même année, le 19 mai, la Cour d'appel de Grenoble prononce un arrêt condamnant dans des termes particulièrement sévères le journal L'Époque qui avait accusé dix-sept mois auparavant Georges Guingouin des pires crimes. On lit notamment dans les attendus : « La mauvaise foi de l'auteur des articles résulte, avec une évidence invincible (sic), de l'ensemble des termes incriminés, de la perfidie des attaques (…) avec le désir manifeste de ruiner son prestige [celui de Georges Guingouin] ». La condamnation du journal est lourde : 10 000 F d'amende et 500 000 F de dommages et intérêts (somme considérable à l'époque)[18].

En février 1950, Guingouin semble être rentré dans les grâces du parti puisque, devenu secrétaire de la section communiste de Limoges, il bénéficie du statut de permanent. Ce n'est qu'une illusion, car il est sournoisement combattu (on lui reproche toujours d'avoir désobéi aux ordres du Parti en n'investissant pas Limoges de force en juin 1944), et son franc-parler, notamment à l'égard de hauts responsables du parti (dont Léon Mauvais) n'arrange rien[réf. nécessaire]. En privé, et ses propos furent certainement rapportés en haut lieu au carrefour de Châteaudun, siège national parisien du PCF, Guingouin ne cachait pas ses inquiétudes devant les « dérives staliniennes » du Parti, le culte de la personnalité voué à Maurice Thorez, les « procès » intentés à des militants suspects de déviationnisme et contraints de s'humilier publiquement ou de se voir exclus, etc[réf. nécessaire]. Au XIIe congrès du parti, 27 des 84 membres élus du comité central ne sont pas réélus. C'est le début des purges, qui conduisent à l'exclusion de grandes figures du parti, tels André Marty, « le mutin de la Mer Noire », Charles Tillon, ancien chef des FTPF, ainsi que Guingouin. Dans les trois cas, Léon Mauvais tient le rôle d'accusateur en établissant des faux dossiers à charge[réf. nécessaire]. Des proches de Guingouin sont aussi jugés. Lui-même finit par être mis en cause. Sommé de se soumettre aux décisions du parti, il abandonne ses fonctions de permanent en mars 1952 lors d'une réunion en déchirant sa carte du parti avant de quitter la salle et demande sa réintégration dans l'enseignement. Dans une réunion publique en septembre 1952 à Nantiat, Jacques Duclos en personne reprend à son compte une partie des accusations portées naguère par L'Époque à propos d'un trésor de guerre que l'ancien préfet du maquis aurait détourné à son profit. En octobre, les instances communistes demandent à la cellule à laquelle appartient Guingouin de l'exclure ; les membres de celle-ci refusant, il est affecté autoritairement à une autre plus complaisante qui prononce son exclusion le mois suivant.

L'analyse de cette exclusion - qui fait suite, notamment, à l'exclusion des dirigeants André Marty et Charles Tillon - montre aussi le rôle joué par les luttes de pouvoir entre les dirigeants communistes qui appuient leur légitimité sur leur rôle dans la résistance (tels Georges Guingoin ou Charles Tillon) face à ceux qui appuient leur légitimité sur leur appartenance à la classe ouvrière (tel Maurice Thorez)[19]

Exil et persécution judiciaire[modifier | modifier le code]

C'est alors qu'il demande et obtient sa mutation comme instituteur dans l'Aube, département d'origine de sa femme, Henriette (ils se sont mariés en 1945 à Limoges).

Le 24 décembre 1953, il est convoqué devant le juge d'instruction de Tulle au passé pétainiste au sujet d'une affaire de meurtre de deux paysans dans laquelle sont accusés des membres de la Résistance qui auraient agi sous son autorité. Le dossier est à charge et monté de toutes pièces par d'anciens collaborateurs qui veulent se venger[20], il apostrophe le juge, est arrêté et incarcéré à la prison de Brive. Une fois emprisonné, Georges Guingouin est violemment frappé et blessé. On le fait passer pour fou.[réf. nécessaire] C'est grâce à la création d'un comité de soutien et à la mobilisation de ses proches et d'anciens résistants qu'il sort de prison. La chambre des mises en accusation de Lyon lui accorde un non-lieu le 13 novembre 1959[21]. À propos de ce passage en prison, le 21 novembre 2001, lors d'une conférence devant des professeurs d'histoire de l'Aube, Georges Guingouin déclarait : « Arrêté à la veille de Noël 1953, incarcéré à la prison de Brive, je devais y subir de tels sévices que, par deux fois, je parcourus le chemin des agonisants qui revoient leur vie à l'envers dans leurs derniers instants jusqu'à l'éblouissante lumière. »

En mars 1957, il adhère au Mouvement communiste démocratique et national d'Auguste Lecœur et Pierre Hervé. En 1961, il entre en pourparlers avec le PCF en vue d'une réintégration : on lui propose, affirme-t-il, « de le réintégrer moyennant son silence ». Refusant cette proposition, il se consacre alors à son métier d'instituteur et prend sa retraite en 1969.

La presse, dont le magazine Historia, reprend les accusations portées antérieurement contre Guingouin, le désignant comme responsable des exécutions sommaires commises dans la région de Limoges.

En janvier 1998, le parti communiste « réhabilite » officiellement Georges Guingouin malgré l'indifférence de ce dernier. Le 13/02/98, une lettre de Robert Hue est publiée dans le journal l’Écho du centre : « Le 6/02/1998, le secrétaire national du PCF a adressé une lettre à Georges Guingouin pour lui faire part du travail approfondi de la commission présidée par madame Francette LAZARD sur les affaires le concernant. Sans attendre les conclusions de ces travaux, Robert Hue a tenu à lui confirmer combien le PCF reconnait la gravité du tort qu'il a ainsi fait à ces hommes et ces femmes et le tort qu'il s'est fait à lui même. Le PCF assure la totalité de son histoire et condamne sans appel les comportements qui ont douloureusement bouleversés la vie des siens. Nous savons quels procédés ont été utilisés et mesurons toute l'injustice que représente votre exclusion », signé Robert Hue (document affiché au Musée de la résistance de Limoges) avec une photo de Georges Guingouin, dans la salle réservée aux maquis limousins.

Il eut comme connaissance Albert Chaminade (1912-2009) qui fut joueur du CSP Limoges et ensuite dirigeant, résistant, homme politique, et qui s'occupa notamment d'affaires sportives de la ville de Limoges.

Décédé à Troyes le 27 octobre 2005 à 92 ans, Georges Guingouin est inhumé, suivant son souhait, dans le petit cimetière communal de Saint-Gilles-les-Forêts aux côtés de sa femme Henriette (1918-2004).

Marie-George Buffet a fait, au nom du parti communiste, une déclaration rendant hommage à Georges Guingouin. Elle a évoqué dans un discours à l'occasion de sa visite à Limoges, l'exclusion de Guingouin du parti, la qualifiant d'« inacceptable », et a précisé qu'elle avait tenu à rendre hommage à ce grand résistant lors de son 90e anniversaire.

Une avenue et un pont de Limoges au dessus de La Vienne (rivière) portent le nom de Georges Guingouin.

Décorations[modifier | modifier le code]

Écrits de Georges Guingouin[modifier | modifier le code]

  • Georges Guingouin, Quatre ans de lutte sur le sol limousin, coll. « La Libération de la France », Hachette, 1974.
  • Georges Guingouin et Gérard Monédiaire, Georges Guingouin, premier maquisard de France, éditions Lucien Souny, 1983.
  • Marcel Parent, Georges Guingouin, Les écrits et les actes, Le Temps des Cerises, 227 p., 2006.
  • Intervention de Georges Guingouin à la conférence-débat réunissant les professeurs d'histoire du département de l'Aube sous la présidence de l'inspecteur d'académie, Jacques Marchal, à Troyes, le 21 novembre 2001.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Bourdrel, L'épuration sauvage 1944-45, Perrin, 2002
  • Roger Faligot, Rémi Kaufer, Les Résistants, Fayard, 1989
  • Marc Ferro, Les individus face aux crises du XXe siècle : l'histoire anonyme, Paris, O. Jacob, (ISBN 2738115683), « Le parti, la patrie », p. 201-228.
  • Fabrice Grenard, Une légende du maquis, Georges Gingouin, du mythe à l’histoire, Éditions Vendémiaire, 2014
  • Xavier Laroudie, Un seul châtiment pour les traîtres – Haute-Vienne, 1944 – Épuration et Libération dans la douleur, Préface de Jean-Marc Berlière, Geste éditions, 2016
  • Jean Maitron, article in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Éditions ouvrières.
  • Marcel Parent (coordonnateur), Communisme et résistance de Georges Guingouin : actes du colloque organisé le 24 mars 2007 à Limoges, Amphithéâtre du Conseil régional du Limousin, Pantin, Temps des cerises, (ISBN 9782841097197).
  • Philippe Robrieux, Histoire intérieure du parti communiste, tomes 2 et 4, Fayard, 1980-84
  • Raymond Ruffin, Ces chefs de maquis qui gênaient, Paris, Presses de la Cite, (ISBN 2258007763)
  • Michel Taubmann, L'affaire Guingouin, la véritable histoire du premier maquisard de France, éditions Lucien Souny, 1994-2004.
  • Pierre Trouillé, Journal d'un préfet sous l'Occupation, Gallimard, 1964
  • Yann Fastier, Guingouin, un chef du maquis, album, L'atelier du poisson soluble, 2015.
  • Laurent Bourdelas, Histoire de Limoges, Geste Editions, 2014.


Littérature
  • Armand Gatti, Les cinq noms de Résistance de Georges Guingouin, Éditions Le bruit des autres, Cercle Gramsci de Limoges, 2006 [un long poème épique et expérimental racontant la Résistance de Guingouin).

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Max Lagarrigue, questions… La France durant l'Occupation, CNDP, 2007.
  2. Max Lagarrigue, questions… La France durant l'Occupation, CNDP, 2007.
  3. Michel Patinaud, Eymoutiers, laboratoire du communisme rural, mémoire de maîtrise, université de Toulouse Le Mirail, 1991, publié en partie en 1995 dans Ethnologia - Études Limousines sous le titre Eymoutiers, un canton rouge : essai d'anthropologie politique et sociale (1945-1992). Patinaud cite les mémoires manuscrites de M. Lenoble et le témoignage oral de Guingouin lui-même.
  4. Cité par Georges Guingouin lui-même dans la biographie qu'il a rédigée pour l'Ordre de la Libération, dont il est membre
  5. a et b Jean Maitron, article in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Éditions ouvrières.
  6. Philippe Robrieux, Histoire intérieure du parti communiste, tomes 2 et 4, Fayard, 1981, p. 35-37
  7. Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, L'affaire Guy Môquet : enquête sur une mystification officielle, Paris, Larousse, (ISBN 9782035845986)
  8. Philippe Robrieux, Histoire intérieure du parti communiste, Tome 2, Fayard, 1981, p. 35-37
  9. Dominique Lormier, La Gestapo et les Français. Pygmalion (éditions Flammarion), 2013, (ISBN 978-2-7564-0589-6), p. 30
  10. Dominique Lormier, Les Grandes Affaires de la Résistance, Lucien Souny, 2005, p. 195.
  11. Voir l'article Massacre de Tulle
  12. Alain Guerin, Chronique de la Résistance, Place Des Editeurs, , p. 1130
  13. a et b Épuration : « cette partie de l’histoire me chagrine beaucoup », lepopulaire.fr, 20 août 2016.
  14. http://www.asmp.fr/travaux/communications/2006/amouroux.htm
  15. Michel Taubmann, L'affaire Guingouin, éd. Lucien Souny 1994 : « L'affaire de Chamberet », p. 160-171.
  16. Michel Taubmann, Ibid., p. 172-173.
  17. Michel Taubmann, Ibid., p. 192.
  18. Cité par Michel Taubmann, Ibid., p. 183.)
  19. Cela est notamment analysé dans le film universitaire en ligne Des vies en rouge
  20. Résistants / collabos, une lutte à mort, Franck Mazuet, Christophe Weber, FRance 3, 24/11/2015
  21. Michel Taubmann, Ibid., p. 36.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • Fouché Jean-Jacques, Juchereau Francis, Monédiaire Gérard : Georges Guingouin, chemin de résistances, éditions Lucien Souny, Cercle Gramsci Limoges

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]