Georges Guingouin

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Georges Guingouin
Fonctions
Maire de Limoges
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Magnac-Laval (Haute-Vienne, France)
Date de décès (à 92 ans)
Lieu de décès Troyes (Aube, France)
Nationalité Drapeau de la France française
Parti politique PCF (1935/1961-réintégré en 1998)
Profession Instituteur

Georges Guingouin, né le à Magnac-Laval en Haute-Vienne et décédé le à Troyes, est un résistant et homme politique français, militant jusqu'en 1952 du Parti communiste français (PCF). Il joue un rôle de premier plan dans la résistance, se fait appeler « Raoul » en étant à la tête des maquis de la montagne limousine (il est surnommé « lou Grand » et le « Préfet du Maquis »).

Après la libération, il est mis en cause, par des personnalités qui avaient collaboré avec le régime de Vichy pendant la guerre, pour de présumées exactions, commises sous son autorité durant l'« épuration sauvage » de 1944. Cette affaire entraîne la fin de sa carrière politique, puis son éviction du PCF. Un temps emprisonné, il est finalement blanchi en 1959.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Le père de Georges Guingouin, sous-officier de carrière, fut tué dans la région de Bapaume le . Sa mère, fille d'un ouvrier porcelainier, était directrice d'école primaire. Guingouin est d'abord élève à l'école primaire supérieure de Bellac (Haute-Vienne), puis il est admis à l'École Normale Générale d'Instituteurs de Limoges de 1931 à 1934. Il est appelé sous les drapeaux en 1934, titulaire du fascicule no 6 lui demandant de rejoindre le centre de mobilisation, il est secrétaire d'état-major à la 6e Compagnie du train à l'École militaire à Paris. Il prend le soin avant son départ de camoufler dans la grange d'un camarade de Saint-Gilles-les-Forêts, la Ronéo et la machine à écrire du rayon avec un stock important de papier, de stencils et d'encre, il détruit des archives et, en particulier, les listes d'adhérents des cellules régionales… Précautions fort sages : quand les inspecteurs de police viennent perquisitionner chez lui pendant qu'il était au front, ils durent s'en retourner bredouilles ![réf. nécessaire] Après son service militaire, il est nommé, en octobre 1935 à 22 ans, instituteur à Saint-Gilles-les-Forêts (Haute-Vienne) est devient également secrétaire de mairie.

Ce jeune instituteur est très préoccupé par l’engagement politique[1]. Il a une taille inhabituelle pour l'époque et dégage une impression de puissance tranquille, de solidité et aussi d'obstination. Il est taillé en force, massif, le visage épais, le cheveu planté dru, les épaules lourdes. Il adhère au parti communiste en 1935, devient secrétaire général du « rayon » d'Eymoutiers, qui regroupe alors cinq cantons ruraux de l'Est du département. Il écrit des articles de politique étrangère dans l'hebdomadaire du Parti, Le Travailleur du Centre. « En pleine effervescence, grâce notamment à l’action des leaders paysans du PCF, Renaud Jean et Marius Vazeilles, le communisme rural obtient de bons scores et de nombreux candidats ruraux élus lors des élections de 1936 » confirme l'historien Max Lagarrigue et ajoute : « Guingouin prend la direction de la campagne électorale pour la Haute-Vienne. Son action lui vaut d’être nommé au comité fédéral puis au bureau régional du PCF »[1]. À l'occasion de la préparation des élections de 1936 par le parti, apparaît une première divergence fondamentale, le rejet par la direction de la candidature d'un militant de base. Ce dernier, Marcel Lenoble, étant soutenu par Guingouin ; la direction fédérale lui préfère un apparatchik, dont les résultats furent décevants[2].

Le « Préfet du maquis »[modifier | modifier le code]

Cette formulation est la sienne. C'est ainsi qu'il écrit signe et édite des lettres, affiches et tracts subversifs clandestins critiquant avec virulence et énonçant des règles de résistance au régime de Vichy, notamment pour lutter contre les bas prix des réquisitions.

Mobilisé le 23 août 1939 comme soldat de 2e classe, au groupe de transport 120/124, il est blessé le 17 juin 1940 à l'arcade sourcilière gauche, coupure à la langue, uniforme souillé par du sang séché, il est évacué le 18 juin 1940 et soigné à l'hôpital militaire Sainte-Madeleine de Moulins (Allier). La ville étant attaquée par les Allemands, il quitte volontairement ces lieux pour éviter d'être arrêté, après avoir été informé d'une visite de gendarmes pétainistes, et rejoint sous la mitraille le poste de secours d'un groupe d'infanterie tout proche en traversant les jardins de l'hôpital grâce aux tranchées-abris creusées dans ceux-ci suivi d'un autre blessé… et se fait évacuer sur Montluçon. De retour à Saint-Gilles-les-Forêts par ses propres moyens, empruntant des lignes d'autocars, il retrouve son foyer et ses amis.

Il est soigné par un médecin d'Eymoutiers le docteur Jules Fraisseix, qui l'ausculte et lui fait une piqûre antitétanique. Après une convalescence de 20 jours, il reprend dans la clandestinité ses activités de militant communiste sous le pseudonyme de Raoul et rédige et diffuse en un « appel à la lutte armée» contre l'occupant. Ses problèmes avec le gouvernement de Vichy sont liés, non à son appartenance au PCF, mais à ses activités « illégales » en usant de son rôle de secrétaire de mairie, il fabrique des faux papiers grâce aux registres d'état civil de personnes nées à Saint-Gilles, mais ayant quitté le village. Une seule précaution, mais impérative : la personne munie de tels papiers ne doit porter sur elle aucun document compromettant, car, en cas de fouille, la police aura tôt fait de retrouver l'officine de faux papiers. Ayant quand même été repéré et prévenu qu'il allait être arrêté, il s'enfuit et entre ainsi dans la clandestinité. En , révoqué par le rectorat de ses fonctions d'enseignant après 5 ans d'activité, il reprend contact avec l'appareil clandestin du Parti et devient secrétaire fédéral de la Haute-Vienne. Il décide toutefois de ne pas diffuser le no 9 du bulletin La Vie du parti (septembre 1940) qui déclare entre autres : « Nous devons être sans haine vis-à-vis des soldats allemands. Nous sommes contre de Gaulle et le clan capitaliste dont les intérêts sont liés à Vichy[3]. »…

La clandestinité[modifier | modifier le code]

Il publie en le premier numéro du Travailleur limousin, un journal clandestin. Il écrira plus tard qu'il s'abstenait de toute attaque contre De Gaulle et le Royaume-Uni, s'écartant ainsi de la ligne officielle du parti. En février 1941, il échappe de peu aux inspecteurs de police venus l'arrêter à son domicile. En , apprenant qu'il était de nouveau recherché en Haute-Vienne, il quitte le département et prend le maquis en Corrèze aux "Plaines" à Soudaine-Lavinadière[4], en habitant un jour chez un camarade qui vit dans une maison isolée avec ses 2 filles, un autre dans des cahutes faites de rondins de bois, des maisons inhabitées, ou même dans des souterrains. Les conditions de vie sont très dures. Il organise des distributions massives de tracts qu'il rédige et imprime avec sa Ronéo et les fait distribuer dans les foires régionales. Il obtient une fausse identité en prenant le nom d'un neveu du camarade chez qui il habite, André Dupuy, parti de la région vers l'âge de neuf ans, en se rappelant impérativement qu'il a 2 sœurs. D'après Philippe Robrieux, cela aurait provoqué l'étonnement de Gabriel Roucaute, l'un des représentants de la direction du Parti en zone sud[5]. En septembre 1941, pour contrer les vols de cartes d'alimentation et mettre en difficulté les membres de l'appareil clandestin dans les centres urbains, le gouvernement de Vichy décide d'imprimer de nouvelles cartes d'un modèle différent qui doivent entrer en vigueur le . Ces nouvelles cartes sont déjà en dépôt dans les mairies. Un seul moyen pour s'en procurer : faire un prélèvement avant distribution. Mais pour cela il faut bien connaitre les lieux. Guingouin pense tout de suite à son ancienne mairie de Saint-Gilles-les-Forêts. Les gendarmes multiplient les patrouilles la nuit, il faut être armé. Guingouin à la tête d'un groupe prend la direction de son ancien village et organise dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre 1941 la première récupération à main armée de cartes d'alimentation en cambriolant la mairie de Saint-Gilles-les-Forêts, récupérant un paquet de 210 cartes, les feuillets trimestriels de tickets, le cachet de la mairie (pouvant plus tard être modifié pour resservir) et des documents importants. Cela lui vaudra d'être condamné par contumace aux travaux forcés à perpétuité par le tribunal militaire de la 12e région le 26 janvier 1942[4]. Cette divergence précoce entre Guingouin et le Parti fut contestée par Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre au vu d'archives qui attesteraient l'absence de différends avant avril 1942[6].

À partir de ce moment-là, les vols vont se multiplier dans la région et au-delà, le plus retentissant sera celui de Tulle le 26 juin 1943, par les F.T.P qui voleront les tickets trimestriels destinés à tout le département de la Corrèze.

Il fonde les Francs-tireurs et partisans[modifier | modifier le code]

Il baptise ses premiers groupes armés de Châteauneuf, les « Francs-tireurs et partisans » et crée « la Brigade de marche limousine » structurée en compagnies et bataillons à une époque où les groupes de Francs-tireurs et partisans (FTP) n'existent pas encore. En , alors que certains militants communistes se sont désormais engagés dans la lutte armée contre l'occupant, mais uniquement dans les centres urbains, Gabriel Roucaute, un responsable local, lui demande solennellement d'arrêter son action et de la déplacer à Limoges. Guingouin refuse d'obéir à cet ordre, ne voulant pas abandonner les hommes qu'il a organisés en groupes de combat. À la fois chef et soldat, il va diriger personnellement de nombreuses actions de sabotage contre les moyens de transports et d'usines stratégiques pour l'occupant. Ses relations avec le Parti deviennent tendues[7]. Par la suite, il intègre physiquement les "Francs-tireurs et partisans". Le 25 janvier 1943, il organise un vol d'explosifs de nuit, dans la poudrière de la mine de la Société WOLFRAM située à proximité de Saint Léonard en dérobant 47 caisses de dynamite, soit 1 772 kg, avec l'aide de camarades de son organisation. Malgré des gardes renforcées, deux autres raids auront lieu à Puy-les-Vignes, les 15 et pour se procurer du matériel complémentaire, cordons de mèches lentes, détonateurs, "crayons" retardateurs de mise à feu, etc. Les autorités occupantes s'inquiéteront de ces audacieux coups de main, lourds de menaces pour elles, et une compagnie de la Wehrmacht viendra cantonner à la mine pour en assurer la protection. Mais les vols d'explosifs continus dans la région de Cussac avec le , 45 kg de Cheddite chez un carrier et à Bersac, le , 30 kg de dynamite. L'exemple en créant l'émulation, joue un rôle important dans la guerre des partisans contre l'occupant.

Les Trois Chevaux, camp secret des Partisans[modifier | modifier le code]

Surnommé « Lou Grand » (Le Grand) par les paysans, sa taille étant inhabituelle pour l'époque, il organise ses premiers groupes de maquisards. Dans la forêt de Châteauneuf, au lieu-dit " Les Trois Chevaux", les partisans ont établi leur campement et des abris pour y vivre. Cette forêt s'étend sur 14 Kilomètres. Sa largeur varie de 4 à 10 kilomètres. Il est difficile de s'y orienter. Tout y est pour se cacher, de nombreuses sources vives, des fourrés inextricables où des sangliers ont leur bauge. Ce camp est rigoureusement secret. Jamais une liaison n'y arrive. Les contacts ont lieu ailleurs pour le recrutement. En général se sont des gars de la région que l'on connait. De ce fait aucun mouchard ne pourra s'infiltrer. Par mesure de prudence, au cours de l'été 1943, le camp essaimera sur d'autres versants de la forêt. En septembre, trois camps voisins seront créés, au lieu-dit "Les Trois Hêtres", afin de s'épauler en cas d'attaque.

Vivre en groupe au milieu des bois, cela peu paraître romantique. En réalité, ce n'est pas simple. Les conditions de vie sont dures, pommes de terre et eau claire aux débuts. Des vols de légumes ont lieu dans des jardins et des fermes. Ensuite ils seront ravitaillés par des connaissances paysannes ralliées à leur cause, en légumes, viandes, pain frais et vins. Toutes les randonnées se feront à pied par des chemins tortueux la nuit et retour au petit jour pour ne pas être repéré.

La lutte armée[modifier | modifier le code]

En date du 12 décembre 1942, il donne le signal d'une campagne qui empêchera la livraison de fourrage aux Allemands en faisant détruire dans toute la région des presses à fourrage du Ravitaillement général destinées aux réquisitions de foin imposées par le gouvernement de Vichy. À deux heures du matin, Guingouin se rend seul avec une bombe artisanale et détruit la botteleuse stationnée sur un quai dans la gare d'Eymoutiers face à la Gendarmerie. L'armée allemande utilise encore de nombreux moyens hippomobiles. Le bruit est terrible et va réveiller tout le quartier (une plaque commémorant cette action est apposée sur la façade de la gare côté rue). Un rapport détaillé du Commissaire divisionnaire Chauvin daté du est transmis aux autorités de Police judiciaire régionale qui conclu "Jusqu'à présent, aucun indice ni soupçon". La botteleuse de Meymac sautera le 15 décembre. Le Ravitaillement général envoie une autre botteleuse à Eymoutiers. Les paysans doivent de nouveau apporter du fourrage. Elle est gardée, la nuit. À 21 heures le 16 février 1943, la seconde botteleuse saute. Sauteront aussi celles de La Croisille et de Nedde, opérations exécutées par deux groupes de trois hommes. Les rondes de Gendarmerie étant de plus en plus fréquentes. Guingouin constitue ainsi une unité fixe, la « 1re brigade de marche limousine », et des unités « volantes » à effectifs variables de trois à quatre hommes, qui se disperses très rapidement et sont difficilement repérables.

Le 16 février 1943, de nouveaux décrets sont pris par le gouvernement de Vichy, instituant le STO - (Service du Travail obligatoire). Les classes 39, 40, 41 en partie et la classe 42 en totalité sont concernées. En mars 1943, un convoi doit partir de la gare d'Eymoutiers pour l'Allemagne. De jeunes agriculteurs et des bûcherons ont reçu leurs convocations des mains des gendarmes. Ceux-ci intégrés à des groupes clandestins de résistants sont bien décidés à ne pas partir. Il faut frapper un grand coup, empêcher le convoi de partir, en faisant sauter un ouvrage sur la ligne de chemin de fer. L'objectif est vite trouvé. Un viaduc enjambe la vallée. C'est l'endroit rêvé pour couper la ligne SNCF de façon durable. Par la même occasion, on fera sauter le canal d'amenée de la centrale hydroélectrique de Bussy qui un moment longe la voie ferrée.

À la nuit tombée, neuf hommes, dont Guingouin, se trouvent au pied du viaduc, en ayant apporté un tube en fonte contenant 30 kg de dynamite. La charge est placée dans un petit canal situé en haut d'une pile recevant les eaux pluviales de la voie ferrée. À 2 h 30, dans un fracas de tonnerre, la pile s'effondre, entraînant deux arches du viaduc de Bussy-Varache sur la ligne Limoges-Ussel, dans la nuit du  ; les dégâts sont très importants : les rails et traverses de la voie ferrée pendent dans le vide [voir photo] et l'ouvrage ne sera pas réparé avant la fin de la guerre, ce qui gênera considérablement les troupes d'occupation.

Dans la région de Limoges se trouve une usine de régénération de caoutchouc essentielle pour l'économie allemande, produisant 15 à 20 tonnes par jour. Dans la nuit du , à la demande des Anglais, Guingouin dirige personnellement un commando de six hommes dont un ouvrier de l'usine qui coupe la ligne téléphonique, Guingouin profitant de la pause des surveillants à minuit se faufile entre les bâtiments et met une bombe dans le foyer de chacune des deux chaudières des Éts Wattelez et Cie (usine de Puits Moulinier) du Palais-sur-Vienne, qui régénérait du caoutchouc avec des vieux pneus usagés. À l'aube, grâce à un système de cartouches à retardement, juste avant la rentrée des ouvriers, les deux générateurs seront détruits, et feront ainsi perdre pendant cinq mois à l'économie allemande la production de la deuxième usine de caoutchouc de France.

Au retour, les deux Tractions AV du commando ayant pris du retard sur l'opération, phares allumés, sont repérées de loin dans la nuit et échappent de peu à un barrage de Gendarmerie, en le forçant tous feux éteints. Guingouin au volant avec trois hommes dans la première voiture, mitraillettes à la portière, ne donne aucun coup de feu. Les gendarmes par contre ripostent en ouvrant le feu sur sa voiture. L'embuscade fait un mort, un gendarme tué par Guingouin, descendu de sa voiture pour protéger le passage de la deuxième. Malgré des impacts de balles sur la carrosserie des deux voitures, personne ne sera touché, un miracle. Le retour vers leurs caches dans la forêt de Châteauneuf sera difficile et se fera en plusieurs étapes, en cachant leurs véhicules dans des cours de ferme, grâce à des relations paysannes acquises à leurs causes. Avec ce nouveau coup d'éclat, une partie de la population se rend compte de la force et de l'organisation des réseaux clandestins de résistants, ce qui aura pour conséquence une nouvelle arrivée de jeunes hommes réfractaires au STO.

Le , c'est un véritable raid militaire qui va être organisé, avec la destruction du câble souterrain de téléphone reliant, via Limoges-Eymoutiers-Ussel-Clermont-Ferrand, la base sous-marine de Bordeaux, et l'État-Major de la Kriegsmarine à Berlin.

Les forces de police ont la rage au ventre… Les sabotages se succèdent, mais les enquêtes sont au point mort. La population se tait, mais applaudit à tout ce carnage. Sous la direction du général Bois aux ordres de Vichy, 15 escadrons de la Garde républicaine, 12 escadrons de Groupes mobiles de réserve et des forces supplétives de la gendarmerie sont envoyés pour le maintien de l'ordre dans le Limousin, sans grand résultat. En août 1943, Georges Guingouin entreprend à nouveau d'empêcher les récoltes et donc les réquisitions, et stopper les livraisons de blé aux Allemands en détruisant la nuit à l'explosif des batteuses repérées dans des fermes ; à la suite de cette action, les Allemands appellent le Limousin « la petite Russie »[8].

Le blé récupéré est redistribué à la population comme le stipulent des affiches clandestines placardées dans la région signée "Préfet du Maquis".

Septembre 1943 étant arrivé, l'instituteur de Saint-Gilles-les-Forêts reprend ses fonctions d'instituteur, mais reste sur ses gardes. Craignant une arrestation à l'aube, il ne couche plus chez lui. Il a prévu aussi la possibilité d'être appréhendé pendant son travail : c'est pourquoi il a soin de laisser toujours une fenêtre ouverte à l'opposé de la porte d'entrée de sa classe. Les voitures sont rares à Saint-Gilles : à la moindre alerte, un cent mètres et le petit bois à proximité sera vite atteint… Comme « préfet du maquis », il réglemente également les barèmes agricoles ainsi que les taux de blutage pour la fabrication du pain, ceci afin de contrer la vente sur le marché noir et les nombreuses tricheries et magouilles. À la même époque, il reçoit les premiers parachutages de nuit, d'armes du SOE anglais sur des prairies repérées par ses unités.

En quête de fonds[modifier | modifier le code]

Le percepteur d'Eymoutiers, Mr Raillitte, un ami de la Résistance, accepte de fournir des renseignements précieux pour se procurer de l'argent. Le , des sacs postaux seront envoyés par le tramway départemental 401. Un groupe de 8 à 9 individus va tendre une embuscade en barrant la route avec un autocar détourné de sa ligne régulière Chamberet-Eymoutiers, faisant croire à une panne sur la voie du tramway, pour faire arrêter le convoi à Saint-Bonnet-sur-Briance, et enlever tous les sacs postaux présents. Sont ainsi acquis facilement 450 000 francs par la Résistance. La Brigade de Châteauneuf-la-Forêt va immédiatement ouvrir une enquête en contactant un peloton de gardes mis sur pieds pour enquêter, mais les coupables, une nouvelle fois, ne seront pas rejoints. D'autres coups de force seront faits au Trésor public, Recettes des PTT, Perceptions et Succursales de Banque…

Pendant le mois de janvier 1944, la zone d'influence du Maquis, montée d'un cran, couvre maintenant toute la partie Est de la Haute-Vienne. Guingouin réunit secrètement au « château de Ribérie », situé au bas de la colline de Saint-Gilles, annexé par son organisation (les gardiens sont des amis du maquis), un détachement de 120 volontaires pour une formation et un entraînement paramilitaire avec des formateurs de premier plan. Des sous-officiers de carrière vont former l'encadrement pour des raids de plus en plus élaborés. L'entraînement se fait à tir réel. Dans la région la population est tout acquise au maquis. Une fois formés, des groupes affrontent une nouvelle fois les forces de l'ordre de Vichy lors de nombreuses attaques et embuscades : au château de Farsac le , aux combats de La Ribéyrie le , de Plainartige en avril 1944 et de Martoulet en mai 1944. À la suite de ces événements, début avril 1944, la division allemande du général Brehmer est envoyée dans la région pour lutter contre ces « terroristes » en attaquant de petits groupes du fief de Guingouin, qui se sentant trop faible, refuse le combat et fait disperser ses troupes dans la nature.

À partir de février-mars 1944, des affiches clandestines apparaissent sur les murs de certaines villes comme Saint-Léonard, Eymoutiers, Panazol, avertissant la population que certains vols et actes de pillage commis récemment dans les environs ne sont pas l'œuvre du maquis qui les réprouvent et en recherche les auteurs pour les punir.

Il apparaît que l'ordre a changé de bord, même pour ceux qui, revêtus de leurs uniformes sont chargés de le maintenir. Ce qui permet aux quelques gendarmes résistants de convaincre leurs collègues d'établir dans un premier temps un modus vivendi avec le maquis, en attendant de prendre part aux combats, les armes à la main pour aider la résistance locale. Les enquêtes d'usage ne sont pas poussées : pour la distribution de tracts par exemple, alors que ce sont les femmes de certains gendarmes qui en ont effectué la distribution. Certains membres de brigades de gendarmerie collaborent de plus en plus secrètement avec la résistance.

La Résistance en Haute-Vienne au Printemps 1944[modifier | modifier le code]

A la formation des M.U.R. (Mouvement Unitié de Résistance), l'instituteur Jean Sénamaud est désigné comme responsable de cette organisation à Bellac, puis dans le secteur D. "Reconnu" dans ses fonctions par le gouvernement provisoire de la République Française, à partir du printemps 1944, il est davantage en contact avec le délégué militaire régional représentant le Général De Gaulle qu'avec les responsables régionaux des M.U.R.


Quelques semaines avant la libération, dira-t-il plus tard, notre organisation armée comprenait une douzaine de Maquis, bien pourvus en armes légères, dont le plus petit comptait 2 sections et le plus important 7 sections de 30 hommes. En tout un effectif de plus de 40 sections de 30 hommes assez efficaces dans les combats de guérilla... les survivants des colonnes Allemandes remontant du Sud pendant l'Eté 1944 en savent quelles choses....


En mai 1944, la Haute-Vienne compte environ plus de 8 500 hommes armés organisés en groupes volants de 4 hommes. C'est le département qui en compte le plus dans toute la France. Après la fusion des mouvements de résistance Armée secrète avec 4 100 individus, ORA avec 1 050 individus et FTPF avec 3 600 individus, pour former les FFI avec 8 750 individus, dont Georges Guingouin et un officier de l'Armée secrète assurent le commandement dans le département, les structures de la Résistance armée demeurent toutefois confuses, puisqu'en dépit de l'organisation commune, les FTPF ont conservé la possibilité d'agir de façon relativement autonome. Des photos de ce maquis et de son chef ont été prises à l'époque par le photographe Izis Bidermanas qui avait pris les armes avec lui.

Les ruines actuelles d'une grange d'Oradour-sur-Glane

Après le débarquement en Normandie du , tous les maquisards valides de la Haute-Vienne sont mobilisés pour effectuer avec acharnement et courage le plus grand nombre de sabotages possibles, afin de paralyser les communications allemandes, avec des plastiquages de voies ferrées provoquant des déraillements, de ponts routiers coupant les voies de communications, sabotages et coupures de lignes téléphoniques, etc. Le 9/6/1944, un pont à Saint-Denis-des-Murs sur La Combade datant de 1868 est détruit à l'explosif par la résistance locale pour ralentir la remontée de la division Waffen SS Reich. Le Pont du Râteau à proximité sur La Vienne (rivière française) subira le même sort et conduira le lendemain à faire 8 prisonniers en représailles à Masléon dont 6 vont mourir en déportation à Dachau. La division SS Das Reich (exactement 2e PzD SS), qui a quitté le Tarn-et-Garonne pour rejoindre la Normandie est attaquée plusieurs fois dans sa progression, pour atteindre Limoges le 9 juin 1944 dans l'après-midi. Des résistants tiennent tête à la division en subissant plusieurs attaques aériennes et au sol. Le 9 juin au soir, des maquisards de la « 1re Brigade du Limousin » capturent le Sturmbannführer SS (commandant) Helmut Kämpfe, considéré comme le « héros » de la division. Le 10 juin, un détachement de cette division, la troisième compagnie, menée par le commandant Adolf Diekmann et le capitaine Otto Kahn, cherche et essaye de retrouver Kämpfe, qui pourrait être séquestré par des maquisards (terroristes pour les Allemands) dans un des bourgs autour de Limoges ; leurs longues recherches étant vaines, l'ordre est donné pour se venger, du massacre d'Oradour-sur-Glane. Le colonel Sylvester Stadler, chef du 3e régiment Der Führer, demande en vain avec l'aide d'un maquisard relâché, sa libération en échange de 40 résistants emprisonnés et la somme de 40 000 francs. Georges Guingouin, qui a eu connaissance du massacre d'Oradour-sur-Glane, refuse ; le Sturmbannführer SS enlevé et prisonnier est exécuté sur-le-champ par des maquisards, ce qui entraîne de nouvelles représailles, mais va faire perdre 48 heures à la Division Das Reich, laquelle ne repartira de Limoges vers la Normandie que le 12 au matin. Ce retard de 3 jours sera considéré par le Général Eisenhower comme un élément important et déterminant dans l'issue de la bataille de Normandie, en retardant de plusieurs jours l'arrivée de renforts allemands.

Pendant ce temps des groupes très actifs de Guingouin réussissent à libérer les internés des camps de Saint Paul d'Evaux et de Nexon leur évitant la mort ou la déportation.

La dernière bataille[modifier | modifier le code]

Au début du mois de juillet 1944, Guingouin avait été averti qu'une offensive allemande se préparait contre le maquis qu'il dirigeait. Le 18, la « 1re Brigade » de Guingouin est attaquée par la brigade allemande du général von Jesser arrivée sur les lieux, forte d'environ 500 véhicules divers, appuyée par divers renforts, ce qui déclenche la bataille du Mont Gargan qui prend fin le 24 juillet : les maquisards de Guingouin perdent 97 hommes (38 morts, 5 disparus et 54 blessés), contre 342 tués ou blessés pour les Allemands[9]. C'est l'un des rares combats de la Résistance de l'intérieur dans une bataille rangée face à l'adversaire. Un monument gravé a été érigé au sommet de cette colline et est devenu un lieu de mémoire où, tous les ans, une cérémonie est organisée pour le jour anniversaire de cette bataille.

La libération de Limoges[modifier | modifier le code]

Au début de juin 1944, Guingouin avait reçu de Léon Mauvais, cadre important du Parti communiste, chef des FTP en zone sud, l'ordre de prendre Limoges. Il avait refusé, estimant l'action prématurée et dangereuse pour la population, citant pour justifier sa décision l'exemple tragique de la libération prématurée de Tulle (en représailles, 99 hommes avaient été pendus aux balcons des maisons et immeubles de l'artère principale de la ville et 139 autres déportés, dont 101 ne revinrent pas[10]). Ce refus pèsera lourd, par la suite, dans les relations de Guingouin avec la hiérarchie du parti communiste.

Le , le colonel Guingouin devient chef départemental des FFI de la Haute-Vienne. Le COMAC lui ayant ordonné de prendre Limoges, Guingouin à la tête de 8000 hommes et avec l'aide d'une mission militaire interalliée prépare les opérations de libération de la ville et préfère encercler la ville le 21 août en exigeant la capitulation de la garnison de la ville. Il fait recevoir par Jean d'Albis (agent consulaire suisse à Limoges de 1939 à 1951) un représentant du général Gleiniger, mais ce dernier doit faire face à la rébellion du 19e Régiment de police SS qui refuse de se rendre, le faisant enlever et l'exécute. Le capitaine Stoll, officier allemand, remettra l'acte de capitulation sans conditions de la garnison occupant la ville. La reddition se déroula sans la moindre effusion de sang. Guingouin, nommé lieutenant-colonel des Forces françaises de l'intérieur, entre à pied à la tête d'une colonne groupée de résistants dans Limoges libéré. Il est au faîte de sa gloire lorsque le 5 septembre 1944, il transmet ses pouvoirs au nouveau commissaire gaulliste de la République Pierre Boursicot, sans que les raisons en soient clairement explicitées[11].

Épuration sauvage[modifier | modifier le code]

Par la suite, Georges Guingouin sera accusé d'être directement ou indirectement responsable de la justice insurrectionnelle, c'est-à-dire d'exactions qui accompagnèrent la libération et l'épuration de Limoges et du Limousin par l'exécution de collaborateurs et de miliciens. Un tribunal d'exception est mis en place dès le 22 août par Georges Guingouin. 300 personnes comparaitront devant cette cour de justice improvisée, du 24 août au 14 septembre. 74 sont condamnées à mort et exécutées[12]. Dans les années 1950, plusieurs de ces condamnations « expéditives » seront rejugées. Quatre seront cassées[12].

Henri Amouroux rapporte que le tribunal de Limoges, présidé par un capitaine FTP de 25 ans, assisté de deux lieutenants de 23 ans, jugea et condamna à mort en une semaine 45 personnes dont une seule échappa au poteau (les premiers des accusés n'eurent pas de défenseurs). Citant Georges Guingouin, Henri Amouroux précise que ce tribunal « travaillait de six à douze heures par jour, les samedi et dimanche compris. »[13]

Guingouin fut aussi accusé à propos d'une affaire d'appropriation du magot d'un ancien chantier de jeunesse à Chamberet (Corrèze) qui devait se solder par six exécutions sommaires (dont trois membres de l'Armée secrète)[14].

Le « paria » du Parti communiste[modifier | modifier le code]

Le 20 novembre 1944, Georges Guingouin est grièvement blessé au cours d'un accident de voiture (il évoque le sabotage de son véhicule, une petite Simca, la direction ayant lâché dans un virage) et est hospitalisé à Limoges. Il est réformé en avril 1945 après une longue convalescence. En mai 1945, il est élu maire de Limoges sur une liste « Union républicaine et résistante ». Ses relations avec le Parti se détériorent rapidement. Il n'est pas proposé pour siéger au Comité central ni investi à la députation. À l'assemblée des élus municipaux communistes français, le 12 novembre 1945, il est l'objet d'une attaque de la part d'Auguste Gillot (proche de Maurice Thorez et de Jacques Duclos) qui lui reprochent d'avoir augmenté le tarif des tickets de tramway de Limoges — ce qui est faux. Guingouin n'a pas la possibilité de lui répondre faute de temps, la séance étant levée aussitôt[15]. Le mois suivant, il est démis brutalement de ses fonctions au sein de la fédération communiste de la Haute-Vienne. À la suite de cette exclusion, de nombreuses cellules communistes cessent pratiquement toute activité par solidarité. Le mouvement s'étend aux départements voisins : la Creuse, la Corrèze, la Dordogne…

Aux élections de 1947, Guingouin perd la mairie de Limoges au profit du socialiste Léon Betoulle, maire de Limoges avant-guerre, qui avait voté les pleins pouvoirs à Pétain, tandis que son vieil adversaire, le socialiste SFIO Jean Le Bail, méprisé par tous les « authentiques résistants »[16], est devenu député de la Haute-Vienne. La même année, le 19 mai, la Cour d'appel de Grenoble prononce un arrêt condamnant dans des termes particulièrement sévères le journal L'Époque qui avait accusé dix-sept mois auparavant Georges Guingouin des pires crimes et exactions. On lit notamment dans les attendus : « La très mauvaise foi de l'auteur des articles résulte, avec une évidence invincible (sic), de l'ensemble des termes incriminés, de la perfidie des attaques (…) avec le désir manifeste de ruiner le prestige dont jouit Georges Guingouin ». La condamnation du journal est lourde : 10 000 F d'amende et 500 000 F de dommages et intérêts (somme considérable à l'époque)[17].

En février 1950, Guingouin semble être rentré dans les grâces du parti puisque, devenu secrétaire de la section communiste de Limoges, il bénéficie du statut de permanent. Ce n'est qu'une illusion, car il est sournoisement combattu (on lui reproche toujours d'avoir désobéi aux ordres du Parti en n'investissant pas Limoges de force en juin 1944), et son franc-parler notamment à l'égard de hauts responsables du Parti (dont Léon Mauvais) n'arrange rien[réf. nécessaire]. En privé, et ses propos furent certainement rapportés en haut lieu au carrefour de Châteaudun, siège national parisien du PCF à l'époque, Guingouin ne cachant pas ses inquiétudes devant les « dérives staliniennes » du Parti, le culte de la personnalité voué à Maurice Thorez, les « procès » intentés à des militants suspects de déviationnisme et contraints de s'humilier publiquement ou de se voir exclus, etc.[réf. nécessaire]. Au XIIe congrès du parti, 27 des 84 membres élus du comité central ne sont pas réélus. C'est le début des purges, qui conduisent à l'exclusion de grandes figures du parti, tels André Marty, « le mutin de la Mer noire », Charles Tillon, ancien chef des FTPF, ainsi que Guingouin. Dans les trois cas, Léon Mauvais tient le rôle d'accusateur en établissant des faux dossiers à charge[réf. nécessaire]. Des proches de Guingouin sont aussi jugés. Lui-même finit par être mis en cause. Sommé de se soumettre aux décisions du parti, il abandonne ses fonctions de permanent en mars 1952 lors d'une réunion en déchirant sa carte du parti avant de quitter la salle et demande à la suite sa réintégration dans l'enseignement. Dans une réunion publique en septembre 1952 à Nantiat, Jacques Duclos en personne s'en prend à Guingouin et reprend à son compte une partie des accusations portées naguère par L'Époque à propos d'un trésor de guerre que l'ancien préfet du maquis aurait détourné à son profit. En octobre, les instances communistes demandent à la cellule à laquelle appartient Guingouin de l'exclure ; les membres de celle-ci refusant, il est affecté autoritairement à une autre plus complaisante qui prononce son exclusion le mois suivant.

L'analyse de cette exclusion - qui fait suite, notamment, à l'exclusion des dirigeants André Marty et Charles Tillon - montre aussi le rôle joué dans les luttes de pouvoir entre les dirigeants communistes qui appuient leur légitimité sur leur rôle dans la résistance (tels Georges Guingouin ou Charles Tillon) face à ceux qui appuient leur légitimité sur leur appartenance à la classe ouvrière (tel Maurice Thorez)[18].

Lutte de pouvoir[modifier | modifier le code]

C'est alors que Guingouin demande et obtient sa mutation comme instituteur dans l'Aube, département d'origine de sa femme Henriette (ils se sont mariés en 1945 à Limoges). Il enseigne à Montiéramey, à Saint-André-les-Vergers et enfin à Troyes.

Le , il est convoqué devant le juge d'instruction de Tulle au passé pétainiste au sujet d'une affaire de meurtre de deux paysans dans laquelle sont accusés des membres de la Résistance qui auraient agi sous son autorité. Le dossier est à charge et monté de toutes pièces par d'anciens collaborateurs qui veulent se venger[19] ; il apostrophe le juge, est arrêté et incarcéré à la prison de Brive. Une fois emprisonné, Georges Guingouin est violemment frappé et blessé. On le fait passer pour fou : "séjour en prison et même en hôpital psychiatrique" [20]. C'est grâce à la création d'un comité de soutien et à la mobilisation de ses proches et d'anciens résistants qu'il sort de prison. La chambre des mises en accusation de Lyon lui accorde un non-lieu le 13 novembre 1959[21]. À propos de ce passage en prison, le 21 novembre 2001, lors d'une conférence devant des professeurs d'histoire de l'Aube, Georges Guingouin déclarait : « Arrêté à la veille de Noël 1953, incarcéré à la prison de Brive, je devais y subir de tels sévices que, par deux fois, je parcourus le chemin des agonisants qui revoient leur vie à l'envers dans leurs derniers instants jusqu'à l'éblouissante lumière. »

En mars 1957, il adhère au Mouvement communiste démocratique et national d'Auguste Lecœur et Pierre Hervé. En 1961, il entre en pourparlers avec le PCF en vue d'une réintégration : on lui propose, affirme-t-il, « de le réintégrer moyennant son silence ». Refusant cette proposition, il se consacre alors à son métier d'instituteur et prend sa retraite en 1969.

La presse, dont le magazine Historia, reprend les accusations portées antérieurement contre Guingouin, le désignant comme responsable des exécutions sommaires commises dans la région de Limoges.

En janvier 1998, le parti communiste « réhabilite » officiellement Georges Guingouin malgré l'indifférence de ce dernier. Le 13 février 1998, une lettre de Robert Hue est publiée dans le journal l’Écho du centre :

« Le 6/02/1998, le secrétaire national du PCF a adressé une lettre à Georges Guingouin pour lui faire part du travail approfondi de la commission présidée par madame Francette LAZARD sur les affaires le concernant. Sans attendre les conclusions de ces travaux, Robert Hue a tenu à lui confirmer combien le PCF reconnait la gravité du tort qu'il a ainsi fait à ces hommes et ces femmes et le tort qu'il s'est fait à lui-même. Le PCF assure la totalité de son histoire et condamne sans appel les comportements qui ont douloureusement bouleversé la vie des siens. Nous savons quels procédés ont été utilisés et mesurons toute l'injustice que représente votre exclusion[22]. »

Décédé à Troyes le 27 octobre 2005 à 92 ans, Georges Guingouin est inhumé, suivant son souhait, dans le petit cimetière communal de Saint-Gilles-les-Forêts aux côtés de sa femme Henriette (1918-2004).

Marie-George Buffet a fait, au nom du parti communiste, une déclaration rendant hommage à Georges Guingouin. Elle a évoqué dans un discours à l'occasion de sa visite à Limoges, l'exclusion de Guingouin du parti, la qualifiant d'« inacceptable », et a précisé qu'elle avait tenu à rendre hommage à ce grand résistant lors de son 90e anniversaire.

Georges Guingouin, qui avait adhéré en 1948 au groupe Francisco-Ferrer de la Libre Pensée limousine, a par ailleurs été franc-maçon après avoir quitté la vie active. Il fut initié à Troyes le 13 novembre 1969 par la loge L'aurore sociale du Grand Orient de France[23], loge à laquelle avait appartenu un autre héros de la résistance, Pierre Brossolette.

Le peintre limousin Paul Rebeyrolle, lui aussi "exilé" dans l'Aube (puis en Côte-d'Or), lui a dédié en 1987 une œuvre monumentale intitulée Le Cyclope : hommage à Georges Guingouin[24].

Un rond-point à Feytiat, une avenue et un pont de Limoges au-dessus de La Vienne (rivière) portent le nom de Georges Guingouin. Depuis le 25 septembre 1998, le collège d'Eymoutiers est devenu le collège Georges-Guingouin [25].

Décorations[modifier | modifier le code]

Citation à l'ordre de la Libération[modifier | modifier le code]

« De 1940 à 1942, Georges Guingouin a été le "hors-la-loi", l'incarnation de la résistance civile en limousin. Les condamnations aux travaux forcés — une à perpétuité, puis deux autres de vingt ans — témoignent de l'obstination des tribunaux de Vichy à se débarrasser de cet adversaire.

En 1942, il organise les premiers éléments du Maquis du Limousin qui allait devenir un des premiers de France, le plus redouté de la police de Laval et de Darnand, celui sur lequel les miliciens et les Allemands allaient s'acharner vainement.

Pour la période historique 1942-1944, il est difficile de faire un choix parmi les innombrables faits d'armes du lieutenant-colonel Guingouin. Chef et soldats, il a participé, à la tête de ses troupes, à tous les coups de main, à toutes les embuscades périlleuses, non seulement dans son secteur, mais également et à maintes reprises loin de sa zone d'habitation habituelle. Pendant la bataille du Mont-Gargan, du 17 au 24 juillet 1944, il a donné, à chaque instant, le plus magnifique exemple d'héroïsme, de maîtrise de soi, au mépris le plus total de la mort.

Extraordinaire entraîneur d'hommes que son exemple galvanise, le lieutenant-colonel Guingouin constitue une des plus belles figures de la Résistance. »

(texte écrit au verso du livre : 4 ans de lutte sur le sol limousin)

Écrits de Georges Guingouin[modifier | modifier le code]

  • Quatre ans de lutte sur le sol limousin, coll. « La Libération de la France », Le Puy Fraud éditeur, 1974 ; réédition 2015.
  • Georges Guingouin (avec Gérard Monédiaire), premier maquisard de France, éditions Lucien Souny, 1983.
  • Marcel Parent, Georges Guingouin, Les écrits et les actes, Le Temps des Cerises, 227 p., 2006.
  • Intervention de Georges Guingouin à la conférence-débat réunissant les professeurs d'histoire du département de l'Aube sous la présidence de l'inspecteur d'académie, Jacques Marchal, à Troyes, le 21 novembre 2001.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Bourdrel, L'épuration sauvage 1944-45, Perrin, 2002
  • Roger Faligot, Rémi Kaufer, Les Résistants, Fayard, 1989
  • Marc Ferro, Les individus face aux crises du XXe siècle : l'histoire anonyme, Paris, O. Jacob, (ISBN 2738115683), « Le parti, la patrie », p. 201-228.
  • Fabrice Grenard, Une légende du maquis, Georges Gingouin, du mythe à l’histoire, Éditions Vendémiaire, 2014
  • Xavier Laroudie, Un seul châtiment pour les traîtres — Haute-Vienne, 1944 — Épuration et Libération dans la douleur, préface de Jean-Marc Berlière, Geste éditions, 2016
  • Jean Maitron, article in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Éditions ouvrières.
  • Marcel Parent (coordonnateur), Communisme et résistance de Georges Guingouin : actes du colloque organisé le 24 mars 2007 à Limoges, Amphithéâtre du Conseil régional du Limousin, Pantin, Temps des cerises, (ISBN 9782841097197).
  • Philippe Robrieux, Histoire intérieure du parti communiste, tomes 2 et 4, Fayard, 1980-84
  • Raymond Ruffin, Ces chefs de maquis qui gênaient, Paris, Presses de la Cité, (ISBN 2258007763)
  • Michel Taubmann, L'affaire Guingouin, la véritable histoire du premier maquisard de France, éditions Lucien Souny, 1994-2004.
  • Pierre Trouillé, Journal d'un préfet sous l'Occupation, Gallimard, 1964
  • Yann Fastier, Guingouin, un chef du maquis, album, L'atelier du poisson soluble, 2015.
  • Laurent Bourdelas, Histoire de Limoges, Geste Éditions, 2014.

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Armand Gatti, Les cinq noms de Résistance de Georges Guingouin, Éditions Le bruit des autres, Cercle Gramsci de Limoges, 2006 (un long poème épique et expérimental racontant la Résistance de Georges Guingouin).

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Max Lagarrigue, questions… La France durant l'Occupation, CNDP, 2007.
  2. Michel Patinaud, Eymoutiers, laboratoire du communisme rural, mémoire de maîtrise, université de Toulouse Le Mirail, 1991, publié en partie en 1995 dans Ethnologia - Études Limousines sous le titre Eymoutiers, un canton rouge : essai d'anthropologie politique et sociale (1945-1992). Patinaud cite les mémoires manuscrites de M. Lenoble et le témoignage oral de Guingouin lui-même.
  3. Cité par Georges Guingouin lui-même dans la biographie qu'il a rédigée pour l'Ordre de la Libération, dont il est membre
  4. a et b Jean Maitron, article in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Éditions ouvrières.
  5. Philippe Robrieux, Histoire intérieure du parti communiste, tomes 2 et 4, Fayard, 1981, p. 35-37
  6. Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, L'affaire Guy Môquet : enquête sur une mystification officielle, Paris, Larousse, (ISBN 9782035845986)
  7. Philippe Robrieux, Histoire intérieure du parti communiste, Tome 2, Fayard, 1981, p. 35-37
  8. Dominique Lormier, La Gestapo et les Français. Pygmalion (éditions Flammarion), 2013, (ISBN 978-2-7564-0589-6), p. 30
  9. Dominique Lormier, Les Grandes Affaires de la Résistance, Lucien Souny, 2005, p. 195.
  10. Voir l'article Massacre de Tulle
  11. Alain Guérin, Chronique de la Résistance, Place des Éditeurs, , p. 1130
  12. a et b Épuration : « cette partie de l’histoire me chagrine beaucoup », lepopulaire.fr, 20 août 2016.
  13. « ASMP - La justice du Peuple en 1944 par M. Henri Amouroux. », sur www.asmp.fr
  14. Michel Taubmann, L'affaire Guingouin, éd. Lucien Souny 1994 : « L'affaire de Chamberet », p. 160-171.
  15. Michel Taubmann, Ibid., p. 172-173.
  16. Michel Taubmann, Ibid., p. 192.
  17. Cité par Michel Taubmann, Ibid., p. 183.)
  18. Cela est notamment analysé dans le film universitaire en ligne Des vies en rouge
  19. Résistants/collabos, une lutte à mort, Franck Mazuet, Christophe Weber, France 3, 24/11/2015
  20. Dictionnaire historique de la France sous l'Occupation - article signé par Charles Louis Foulon - Attaché de recherche au centre d'histoire culturelle de l'Université de Versailles p. 359.
  21. Michel Taubmann, Ibid., p. 36.
  22. Robert Hue, document affiché au Musée de la résistance de Limoges avec une photo de Georges Guingouin, dans la salle réservée aux maquis limousins.
  23. Michel Laguionie, Petit dictionnaire maçonnique des rues du Limousin, Saint-Paul : Le Puy Fraud éditeur, 2011.
  24. https://geoculture.fr/le-cyclope-hommage-a-georges-guingouin
  25. Dictionnaire historique de la France sous l'Occupation - Ibid - p. 359.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • Fouché Jean-Jacques, Juchereau Francis, Monédiaire Gérard : Georges Guingouin, chemin de résistances, éditions Lucien Souny, Cercle Gramsci Limoges
  • Parcours et Témoignages militants, L'Affaire Georges Guingouin, Fonds d'Archives Jean René Chauvin, UMR 8058

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]