Renaud Jean

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Renaud Jean
Image illustrative de l'article Renaud Jean
Fonctions
Député 1920-1940
Gouvernement IIIème République
Groupe politique SFIO (1920-1921)
PCF (1921-1940)
Biographie
Nom de naissance Jean Jean
Date de naissance
Date de décès (à 73 ans)
Résidence Lot-et-Garonne

Renaud Jean (1887-1961) est un syndicaliste et homme politique français. Il fut un leader du syndicalisme agricole de l'Entre-deux-guerres, et le premier député communiste issu du monde rural en 1920.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Samazan (près de Marmande, dans le Lot-et-Garonne) en 1887 dans un milieu paysan modeste – son père était un petit métayer politiquement engagé au parti radical-socialiste[1] – Renaud Jean s'engage très tôt politiquement. Adhérant en 1908 à la SFIO[2], il est élu en 1918 à la tête de la Fédération du Lot-et-Garonne de ce parti socialiste. Il devient en 1921 le premier député communiste (élu SFIO en 1919), dans la circonscription de Marmande.

Durant la guerre de 1914, il est mobilisé au 24e régiment d'infanterie coloniale. Grièvement blessé il est réformé en 1915.

Ayant acquis une solide réputation basée sur son engagement dans des actions militantes, entre autres auprès des résiniers des Landes, mais aussi contre les saisies à l'encontre des paysans, il est surnommé "le Tribun des paysans".

Il fut chargé, de 1920 à 1939, au sein du parti communiste français, de déterminer les relations entre le PCF et le monde paysan : Les dirigeants du PCF ayant surtout assis l'influence du parti sur la classe ouvrière, qui constitue leur socle social et électoral, ils connaissaient moins bien le monde paysan et cherchaient à y acquérir de l'influence.

Renaud Jean s'intéressa donc beaucoup à la question des structures agraires, et à la question de la répartition de la propriété foncière, et fut chargé par le parti de réfléchir à la diffusion d'un communisme agraire, mais ne parvint pas à concilier la doctrine marxiste (et ses conséquences : collectivisation et exploitation en commun des terres, sur le modèle russe, qu'il ne souhaitait pas) et les souhaits des paysans français ancrés dans d'autres revendications et d'autres valeurs, et militant plutôt pour une répartition plus juste de la terre (et en maintenant la propriété privée) et de ses revenus. « Authentique animateur d’un communisme « vert » ou agraire, Renaud Jean permit donc au jeune PCF de capter toute une génération de paysans qui avaient vu dans la Révolution d’octobre un avenir plus radieux », atteste l'historien et biographe de Renaud Jean, Max Lagarrigue (en)[3].

Critiqué par Trotsky au début des années 1920, pour ses positions non conformes à la doctrine léniniste (notamment lors de l'élaboration d'un programme communiste paysan, mais français, au congrès de Marseille en 1921), Renaud Jean demeure néanmoins indispensable au PCF en raison de sa compétence sur le monde paysan.

En 1935, dans la perspective des élections législatives de 1936, le PCF adopta ses propositions dans le but d'attirer l'électorat paysan.

Après la victoire du Front populaire, le PCF sur injonction de Staline ne prend pas part au gouvernement de Léon Blum, de sorte que Renaud Jean ne put assurer la direction d'un ministère de l'agriculture pour lequel il était pressenti, mais il fut quand même à l'origine de la création de l'Office du blé, et présida la commission agricole de la Chambre des députés.

La signature du pacte germano-soviétique, le , sonne toutefois le glas de sa carrière politique au sein des instances nationales du PCF. Très affecté, en effet, par la ligne politique adoptée par l'URSS et par incidence le PCF, l'ancien poilu de la « Grande Guerre », fer de lance des combats antifascistes du Front populaire, refuse, sans toutefois en faire état publiquement, ce traité avec l'ancien ennemi et la nouvelle ligne anti-impérialiste du Parti.

Membre du groupe ouvrier et paysan français qui remplaçait le groupe parlementaire communiste dissous, il est arrêté le , déchu de son mandat le et condamné le par le 3e tribunal militaire de Paris à quatre ans de prison avec sursis (en raison de ses graves blessures de guerre), 4 000 francs d'amende et cinq ans de privation de ses droits civiques et politiques[4]. Il refusera au cours de ses nombreuses auditions devant la justice militaire de renier le pacte germano-soviétique pour « ne pas donner des armes aux ennemis de toujours du Parti »[5] disait-il.

Il choisit de ne pas prendre part, à sa libération, à la Résistance dans laquelle les communistes se sont entre-temps engagés, dès l'automne 1939.

Restant toutefois un homme ayant gagné le respect et la sympathie des paysans, grâce à ses qualités intellectuelles et morales, il exerce de nouveau après-guerre des mandats locaux : maire de Samazan et membre de l'Assemblée départementale pour le canton du Mas D’Agenais. Ces deux mandats lui sont ensuite constamment renouvelés. Il s'éteint en 1961, étant resté communiste.

Renaud Jean a fait partie de cette génération de députés communistes qui, dans l'entre-deux-guerres, ont permis au PCF d'établir une relation avec le monde paysan. Parmi les 72 députés communistes élus en 1936, on trouvait, en plus de lui-même, Auguste Béchard (député d'Alès), André Parsal (député de Sceaux), Waldeck Rochet (député de Nanterre), Jean Duclos (député de Versailles), Henri Pourtalet (député de Cannes), Paul Loubradou (Dordogne), Gustave Saussot (Dordogne) et Marius Vazeilles (député d'Ussel).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Max Lagarrigue, Renaud Jean. Carnets d'un député paysan communiste, Atlantica, 2001.
  2. Jean Vigreux, « Renaud Jean. Le paysan rouge », L'Histoire, n° 417, novembre 2015, p.  40.
  3. Max Lagarrigue, Renaud Jean. Carnets d'un député communiste paysan, Atlantica, 2001.
  4. Florimond Bonte, Le chemin de l'honneur, Éditions Hier et Aujourd'hui, 1949, p. 347
  5. Max Lagarrigue, Renaud Jean. Carnet d'un député paysan communiste, Atlantica, 2001, p.

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]