Bob Maloubier

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Bob Maloubier (né le 2 février 1923 à Neuilly-sur-Seine) fut, pendant la Seconde Guerre mondiale, un agent secret français du Special Operations Executive. À ce titre, il fut d'abord parachuté clandestinement deux fois en France occupée comme saboteur dans le réseau SALESMAN de Philippe Liewer, dans la région de Rouen au deuxième semestre 1943, puis dans le Limousin à la Libération. Puis, ayant rejoint la Force 136, il fut parachuté au Laos en août 1945. Après la guerre, il fut officier de renseignement du SDECE (actuelle DGSE), participa à la création des premières unités de nageurs de combat et travailla en Afrique pour des compagnies pétrolières.

Identités[modifier | modifier le code]

  • État civil : Robert Maloubier
  • Comme agent du SOE, section F :
    • Enregistrement à Londres : 2Lt Robert Mortier (carte délivrée par le War Office, no 13191, 1er mars 1943)
    • Nom de guerre (field name) : « Clothaire »
    • Nom de code opérationnel : PORTER (en français PORTIER)
    • Faux papiers d’identité : Robert Mollier ; Robert Malvalle ; René-Maurice Hérault
    • Autre surnom : Paco

Parcours militaire :

  • SOE, section F ; grade : 2Lt (sous-lieutenant, au recrutement), lt (au premier parachutage en France occupée, 15 août 1943), captain.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Fils d'Eugène Maloubier, natif de Paris, engagé en 1914 et affecté à l'état-major du général Haig comme interprète, et de Henriette une Franc-Comtoise, née en 1880. Il a un frère aîné : Jacques (né en 1920). Ses parents professeurs aux États-Unis, quittent ce pays en 1920 et débarquent au Havre.

Il fait ses études au lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine. Sportif, il est notamment membre de l'équipe de natation du Racing Club de France[1].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

  • 1940. En mai, alors qu'il prépare son bac, « les épreuves du baccalauréat sont reportées à une date ultérieure ». En juin, il quitte Paris avant l’arrivée des Allemands. Il décide de rejoindre le général de Gaulle. Il essaie de partir par Bordeaux, par Saint-Jean-de-Luz, par Marseille, mais il échoue les trois fois. En décembre, il retourne à Paris embrasser ses parents une dernière fois. Retour à Marseille, avec un crochet par Royat, où il rencontre le colonel Émile Bonotaux, qui, se méfiant du général de Gaulle, lui conseille d’aller en Afrique plutôt qu'en Angleterre.
  • 1941. En janvier, il s’enrôle dans l’aviation de l’armée d’armistice, résolu, dès son premier lâcher seul aux commandes d’un avion, à mettre le cap sur Gibraltar ou Malte. Mais comme il y a déjà trop de pilotes, il est affecté à la garde de la base aérienne de Bizerte.
  • 1942. Le 8 novembre, la base est encerclée par les Allemands. Après l’assassinat de Darlan, Jacques Vaillant de Guélis le recrute comme agent secret du SOE.
  • 1943
  • Janvier. Le 10[3], il quitte Alger pour Londres, via Gibraltar.
  • Février. Il est brièvement interrogé par le MI5 à Patriotic School, puis est emmené à Orchard Court où les membres dirigeants et les officiers traitants de la section F rencontrent les agents opérationnels.
  • Mars. Il est inscrit à la session de mars en compagnie de Pierre Raynaud et d’Henri Silhol. Tous trois se joignent à une vingtaine de stagiaires, dont Diana Rowden, Éliane Plewman et Éric Cauchi : maniement des armes et des explosifs, liaisons radio, actions de commandos (Wanborough Manor) ; sécurité (New Forest) ; parachute (cinq sauts, dont un de nuit, à Ringway)
  • Août. Dans la nuit du 15 au 16, il est parachuté en France, à la périphérie de Louviers. Il atterrit, à minuit passé, dans un champ de blé. Au pied d’un pommier patiente un homme « jeune, plutôt petit, aux lèvres bien ourlées, au regard gris pétillant d’intelligence et d’humour ». C’est Philippe Liewer, qui sera son « boss », le chef du réseau SALESMAN. Maloubier vient remplacer Gabriel Chartrand comme saboteur du réseau. Secondé par Claude Malraux, Bob Maloubier mène alors une équipe de « terroristes » qui réalise plusieurs sabotages : un « tender » de sous-marins qui, depuis longtemps, force le blocus de la Royal Navy et accroît le rayon d’action des U-Boote ; une usine qui fabrique des pièces d’avions Focke-Wulf ; une centrale électrique qui alimente la région rouennaise.
  • Décembre. Le 20, mis en retard par un poivrot et trahi par un passager, il frôle de trop près le couvre-feu. Il est intercepté, arrimé, pistolet sur la nuque, sans espoir de sortie, par les Feldgendarmes. Il s’échappe et reçoit plusieurs balles. Traqué, il brise la banquise d’un canal qu’il traverse de façon que les chiens perdent son odeur. Il se couche sur la terre givrée, par moins dix. À l’aube, il se réveille surgelé et parvient à se rendre à Rouen, à quatorze kilomètres de là.

1944

  • Février. Dans la nuit du 4 au 5, un avion Hudson le ramène à Londres[5].
  • Mars. Pendant qu'ils sont à Londres, Philippe Liewer et Bob Maloubier apprennent que de nombreux membres du réseau ont été arrêtés.
  • Juin. Dans la nuit du 7 au 8, Philippe Liewer « Hamlet », Violette Szabo, Bob Maloubier et Jean-Claude Guiet « Virgile », l'opérateur radio, sont parachutés dans le Limousin. Ils viennent soutenir les maquis de la région.
  • 1945. Il est affecté à la Force 136. En août, il est parachuté au Laos et fait prisonnier par les Japonais[7] juste à la fin de la guerre.

Après la guerre[modifier | modifier le code]

  • 1945 Comme son profil de saboteur, dynamiteur et tireur d'élite n'est plus recherché depuis la fin de la guerre, il entre dans les services de renseignement extérieur. Il y restera quinze ans.
  • 1947. Il participe à la fondation du service action du SDECE (actuellel DGSE).
  • 1948. Le 8 juin, il témoigne au procès d’Henri Déricourt.
  • 1952. Il fonde l’unité « nageurs de combat » d'Arzew, avec Claude Riffaud, créateur du CINC d'Aspretto.
  • 1960. Il doit quitter le SDECE en raison de son amitié avec Jo Attia, un ancien résistant devenu gangster et « roi du non-lieu », qu'il avait recruté pour exécuter des contrats au Maghreb[8].

Au Gabon, il devient forestier (il y coupe du bois et gère des domaines forestiers). Il travaille parallèlement pour Jacques Foccart (le « Monsieur Afrique » du général de Gaulle) pour qui il met sur pied la garde personnelle du président gabonais.

  • 1962. Il est recruté par la société pétrolière Shell.
  • 1967. En mai, il est en poste à Lagos, capitale du Nigéria, lorsque s'y déclenche la guerre du Biafra[9]

Il termine sa carrière chez Elf.

  • 2010. Sélection au festival de Cannes de Film Socialisme de Jean-Luc Godard, dans lequel Bob Maloubier interprète le rôle d'un passager du paquebot. Il témoigne dans le documentaire Histoire des services secrets français.
  • 2011. Le 19 mars, il est élu président de la Fédération Nationale Libre Résistance.
  • 2013. Il participe à un débat télévisé sur les services secrets[10].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Bob Maloubier a reçu les distinctions suivantes :

France
Royaume-Uni
Laos

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bob Maloubier, Agent secret de Churchill, Tallandier,‎ 2011, p. 17
  2. Triple Jeu, p. 25-26
  3. La date du 10 janvier est celle indiquée par Bob Maloubier. Brooks Richards, p. 870, indique le 17 janvier.
  4. Triple Jeu, p. 26-27.
  5. Opération KNACKER organisée par Henri Déricourt ; terrain : ACHILLE, NE d’Angers, 1 km SE de Soucelles (49) ; appareil : Hudson ; pilotes : sqn Ldr L. F. Ratcliff, Flg Offs Woolridge et Johns, Plt Off Hall ; passager amené (1) : Gerry Morel (qui a instruction de ramener Henri Déricourt à Londres, mais qui rentrera sans lui) ; passagers ramenés (9) : Philippe Liewer, Bob Maloubier, Robert Benoist, H. Borosch, Madeleine Lavigne, Limousin, Le Barbu, l'aubergiste à Tiercé et son mari. [Source : Verity, p. 292]
  6. Plonge dans l'or noir, espion, p.30-31
  7. Robert Maloubier, interrogé le 20 octobre 2011 sur le sujet, conteste avoir été capturé par les Japonais, mais reconnait avoir été blessé par eux
  8. Roger Faligot, Pascal Krop, La piscine : les services secrets français, 1944-1984, Éditions du Seuil,‎ 1985, p. 93
  9. Les Ibo proclament leur indépendance et baptisent leur province « Biafra ». Le gouvernement nigérian met aussitôt en place un blocus. Débute une guerre civile qui va durer deux ans et demi et provoquer la mort de plus d’un million de personnes.
  10. Chaîne Public Sénat, « Le Débat » animé par Benoît Duquesne. Sur le thème Dans le secret des services, l’émission du 27 juillet 2013 réunit quatre invités : Bob Maloubier ; Jacques Gautier, sénateur ; Rémi Kauffer, journaliste et écrivain ; Dominique Fonvielle, ancien agent de la DGSE ; .
  11. Il est décoré par la reine Élisabeth II en personne. Cahiers bourbonnais, n° 229, 2014, p. 19.

Sources[modifier | modifier le code]

Outre les livres de Bob Maloubier, mentionnés plus haut à la section #Œuvres et qui constituent la source principale de l'article, il y a lieu de noter les ouvrages et sites suivants.