Peter Sloterdijk

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Peter Sloterdijk
Image dans Infobox.
Peter Sloterdijk en 2009.
Naissance
Nationalité
Formation
École/tradition
Principaux intérêts
Idées remarquables
anthropotechnique, biosophie, « domestication de l'Être », immunologie, « le monstrueux », sphérologie
Influencé par
A influencé
Distinctions
Liste détaillée
Prix Ernst-Robert-Curtius (en) ()
Prix Friedrich-Märker (en) ()
Décoration autrichienne pour la science et l'art (en) ()
Prix Sigmund-Freud pour la prose scientifique ()
Prix de l'orateur Cicéron (d) ()
Prix européen de l'essai Charles-Veillon ()
Prix international Mendelssohn de Leipzig (d) ()
Prix BDA de la critique architecturale (d) ()
Ours de berlin ()
Prix Ludwig-Börne (en) ()
Prix Helmuth-Plessner (d) ()Voir et modifier les données sur Wikidata

Peter Sloterdijk [ˈpeːtɐ ˈsloːtɐˌdaɪk][1], né le à Karlsruhe, est un philosophe et essayiste allemand. Professeur de philosophie et d’esthétique à la Hochschule für Gestaltung de Karlsruhe, il fut recteur (Rektor) du même établissement entre 2001 et 2015. Il enseigne aussi à l’Académie des beaux-arts de Vienne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père est néerlandais et sa mère allemande. De 1968 à 1974, Sloterdijk suit des études de philosophie, d’histoire et de littérature allemande à l’université de Munich. En 1975, il soutient une thèse sur la philosophie et l’histoire de l’autobiographie[2] à l’université de Hambourg. Par la suite, il entreprend, avec succès, une carrière d’écrivain à quoi s’ajoutent, à partir de 1992, des enseignements aux universités de Vienne et de Karlsruhe.

Son premier essai philosophique, Critique de la raison cynique (Kritik der zynischen Vernunft), publié en 1983, bat le record de vente pour un livre de philosophie écrit en allemand et fut traduit en trente-deux langues[2]. L’ouvrage est salué par Jürgen Habermas qui le considère comme l’« événement le plus important depuis 1945 »[3]. Sloterdijk reçoit le prix littéraire Ernst-Robert-Curtius en 1993 et accroît sa renommée en enseignant, entre autres, à Paris, Zurich et New York.

À partir de 1998, Sloterdijk commence sa trilogie Sphères, qui fait de lui un personnage reconnu dans le monde des lettres germaniques. À cela s’ajoutent des capacités pédagogiques et une clarté de propos qui lui permettent d’animer, de 2002 à 2012, en collaboration avec Rüdiger Safranski, l’émission télévisuelle philosophico-littéraire Glashaus: Philosophische Quartett (« Maison de verre : le quatuor philosophique ») sur la chaîne ZDF.

En , il publie le texte d’une conférence intitulée « Règles pour le parc humain : une lettre en réponse à la Lettre sur l’humanisme de Heidegger » dans l’hebdomadaire Die Zeit, ce qui donne lieu à un scandale très médiatisé. Le philosophe y propose une réflexion sur l’humanisme, la génétique et les problèmes posés par ce qu’il nomme la « domestication de l’être humain ». L’emploi du mot « Selektion » (très chargé de connotations en Allemagne depuis le nazisme) dans son texte lui vaut d’être sévèrement critiqué, notamment par Habermas[4]. Le terme est employé deux fois dans la conférence, dans le contexte de la « sélection natale », et mis en parallèle avec le mot « Lektion » (« leçon »), par analogie avec « Auslesen » (le « choix » de l’anthologie)[5].

La controverse s’est également poursuivie en France où Sloterdijk — qui s'exprime parfaitement en français — reçoit l’appui notamment de son traducteur Olivier Mannoni, de Bruno Latour, Éric Alliez, Jean Baudrillard et Régis Debray[6].

Il est nommé président (Rektor) de l’Académie des arts et des médias (Hochschule für Gestaltung) de Karlsruhe en 2001. En 2005 lui est confiée la chaire Emmanuel-Levinas à Strasbourg pour deux semestres[7]. La même année, il dénonce le « non » français à la constitution européenne.

En 2006, il gravit le mont Ventoux à vélo[8], sport qu’il pratique en amateur, roulant plusieurs milliers de kilomètres par an. Cette passion l’a conduit à réfléchir sur le dopage et la « théologie » du cyclisme évoqués par Roland Barthes dans ses Mythologies.

Il est, en 2007, nommé membre de l’Académie des arts de Berlin[9] dans la section Littérature.

Prix[modifier | modifier le code]

  • 1993 : Ernst-Robert-Curtius-Preis für Essayistik (prix attribué à un essai) ;
  • 2000 : Friedrich-Märker-Preis für Essayistik (prix attribué à un essai) ;
  • 2001 : Christian-Kellerer-Preis für die Zukunft philosophischer Gedanken (prix pour la pensée philosophique de l’avenir) ;
  • 2005 : Wirtschaftsbuchpreis der Financial Times Deutschland (prix du livre d’économie) ;
  • 2005 : Prix Sigmund-Freud pour la prose scientifique ;
  • 2008 : Lessing-Preis für Kritik (prix pour la critique) ;
  • 2008 : Cicero-Rednerpreis (prix attribué à un conférencier) ;
  • 2008 : Prix européen de l’essai Charles-Veillon.

Pensée[modifier | modifier le code]

Dans Colère et Temps (2007), il entreprend une réflexion sur la politique à partir de ses expressions dans la colère. La colère devient le moteur de la politique. Cette colère peut se rassembler dans la société et former une « banque » pour une vengeance future. Après Nietzsche et Heidegger, Sloterdijk envisage le temps politique comme un vecteur de colère et de ressentiment. Cette étude de la colère d’un point de vue psychopolitique le mène, dans La Folie de Dieu (2008), à dénoncer les excès des trois monothéismes zélateurs se réclamant du récit d’Abraham, que sont le judaïsme, le christianisme et l’islam. S’il caractérise les forces en présence, son travail consiste à étudier les campagnes et les fronts soutenus historiquement par ces religions, à dessiner une matrice logico-psychologique expliquant l’intolérance de ces religions de l’Un, afin de proposer une manière ambitieuse de résoudre les conflits par un trialogue valorisant l’apprentissage d’une éthique de la civilisation.

De la même manière que Karl Marx et Friedrich Engels avaient écrit le Manifeste du parti communiste dans « l’idée de remplacer la fable d’un spectre répondant au nom de communisme par une auto-proclamation combative du communisme réel », il entend dans Tu dois changer ta vie ! (2011), substituer au spectre sans cesse annoncé d’un retour du religieux, ce qu’il appelle une anthropotechnique de la vie en exercice. Si nous sommes tous des pratiquants (d’un certain type), ce n’est pas à partir de la religion que doit être entendu l’impératif absolu (dont elle n’est qu’un véhicule) mais à partir de l’art. C’est à partir d’un célèbre poème de Rainer Maria Rilke qu’il nous donne à entendre « une autorité qui ne nous mette pas en esclavage », une autorité « dénuée d’arrogance ». Tu dois changer ta vie ! est un manifeste perfectionniste, un livre « pour tous et pour personne » à l’écoute d’un impératif absolu de transformation de soi au sens nietzschéen ; aux antipodes de ces faux appels au dépassement de soi qui projettent des verticalités inversées, acrobatiques, répétitives et tristement hiérarchiques.

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages traduits en français[modifier | modifier le code]

  • Critique de la raison cynique, 1987 (Kritik der zynischen Vernunft, 1983), éd. Christian Bourgois, 2000 (ISBN 2267005271)
  • L’Arbre magique. La naissance de la psychanalyse en l’an 1785, 1987, traduit par Jeanne Etoré (Der Zauberbaum. Die Entstehung der Psychoanalyse im Jahr 1785)
  • Le Penseur sur scène, 1990 (Der Denker auf der Bühne. Friedrich Nietzsches Materialismus, 1986)
  • La Mobilisation infinie : vers une critique de la cinétique politique, 2000 (Eurotaoismus. Zur Kritik der politischen Kinetik, 1989)
  • Dans le même bateau : essai sur l’hyperpolitique, 1997, traduit par Pierre Deshusses (Im selben Boot. Versuch über die Hyperpolitik, 1993)[10]
  • Si l’Europe s’éveille : réflexions sur le programme d’une puissance mondiale à la fin de l’ère de son absence politique, Mille et une nuits, 2003, traduit par Olivier Mannoni (Falls Europa erwacht. Gedanken zum Programm einer Weltmacht am Ende des Zeitalters ihrer politischen Absence, 1994)
  • Règles pour le parc humain, Mille et une nuits, 2000, traduit par Olivier Mannoni (Regeln für den Menschenpark. Ein Antwortschreiben zu Heideggers Brief über den Humanismus, 1999)
  • La Domestication de l’Être : pour un éclaircissement de la clairière, Mille et une nuits, 2000 (Die Domestikation des Seins : Für eine Verdeutlichung der Lichtung) ; traduit par Olivier Mannoni
  • La Compétition des bonnes nouvelles, Mille et une nuits, 2002, traduit par Olivier Mannoni (Über die Verbesserung der guten Nachricht. Nietzsches fünftes ’Evangelium’, 2000)
  • L’Heure du crime et le temps de l’œuvre d’art, 2000, traduit par Olivier Mannoni (Nicht gerettet. Versuche nach Martin Heidegger, 2000)
  • Sphères[11]
  1. Bulles, microsphérologie, Pauvert, 2002
  2. Globes, macrosphérologie, Maren Sell, 2010
  3. Écumes, sphérologie plurielle, Maren Sell, 2005
  • Derrida, un Égyptien, Maren Sell, 2006, traduit par Olivier Mannoni
  • Le Palais de Cristal. À l’intérieur du capitalisme planétaire, Maren Sell, 2006, traduit par Olivier Mannoni (Im Weltinnenraum des Kapitals. Für eine philosophische Theorie der Globalisierung, Francfort/M., Suhrkamp, 2005)
  • Colère et Temps. Essai politico-psychologique, éditions Maren Sell, 2007, traduit par Olivier Mannoni

Prix européen de l'essai Charles-Veillon en 2008.

  • Théorie des après-guerres, remarque sur les relations franco-allemandes depuis 1945 (Theorie der Nachkriegszeiten: Bemerkungen zu den deutsch-französischen Beziehungen seit 1945), éditions Maren Sell, 2008, traduit par Olivier Mannoni
  • La Folie de Dieu. Du combat des trois monothéismes, Libella-Maren Sell, 2008 (Gottes Eifer. Vom Kampf der drei Monotheismen. Verlag der Weltreligionen im Insel Verlag, 2007), traduit par Olivier Mannoni
  • Essai d’intoxication volontaire, suivi de L’Heure du crime et le temps de l’œuvre d’art, éditions Fayard, 2010 ; traduit par Olivier Mannoni
  • Tu dois changer ta vie ! [« Du mußt dein Leben ändern »] (trad. Olivier Mannoni), Maren Sell,
  • Repenser l'impôt. Pour une éthique du don démocratique [« Die nehmende Hand und die gebende Seite: Beiträge zu einer Debatte über die demokratische Neubegründung von Steuern »] (trad. Olivier Mannoni), Libella-Maren Sell,
  • Les Lignes et les Jours (notes 2008-2011) [« Zeilen und Tage. Notizen 2008–2011 »] (trad. Olivier Mannoni), Libella-Maren Sell,
  • Ma France (trad. Olivier Mannoni), Buchet Chastel, , 400 p. (ISBN 978-2-2830-2813-1)
  • Après nous le déluge. Les Temps modernes comme expérience antigénéalogique [« Die schrecklichen Kinder der Neuzeit »] (trad. de l'allemand par Olivier Mannoni), Paris, Payot, coll. « Essais Payot », , 512 p. (ISBN 978-2-228-91640-0)[12]
  • Réflexes primitifs : considérations psychopolitiques sur les inquiétudes européennes (trad. de l'allemand par Olivier Mannoni), Paris, Payot, (ISBN 978-2-228-92361-3)
  • Faire parler le ciel : de la théopoésie [« Den Himmel zum Sprechen bringen: Elemente der Theopoesie »] (trad. de l'allemand par Olivier Mannoni), Editions Payot & Rivages, , 400 p. (ISBN 978-2-228-92798-7)[a]

Ouvrages en collaboration[modifier | modifier le code]

Ouvrages non traduits[modifier | modifier le code]

  • Ein epischer Versuch zur Philosophie der Psychologie, 1985
  • Kopernikanische Mobilmachung und ptolemäische Abrüstung, 1987
  • Zur Sprache kommen - Zur Welt kommen, Frankfurter Poetik-Vorlesungen, 1988
  • Versprechen auf Deutsch. Rede über das eigene Land, 1990
  • Medien-Zeit. Drei gegenwartsdiagnostische Versuche, 1993
  • Weltfremdheit, 1993
  • Der starke Grund, zusammen zu sein. Erinnerungen an die Erfindung des Volkes, 1998
  • Die Verachtung der Massen. Versuch über Kulturkämpfe in der modernen Gesellschaft, 2000
  • Das Menschentreibhaus. Stichworte zur historischen und prophetischen Anthropologie, 2001
  • Luftbeben. An den Wurzeln des Terrors, 2002
  • Streß und Freiheit, Suhrkamp (Sonderdruck, Text der fünften Berliner Rede zur Freiheit), Berlin 2011  (ISBN 978-3-518-06207-4)
  • Im Schatten des Sinai. Fußnote über Ursprünge und Wandlungen totaler Mitgliedschaft, Berlin, Suhrkamp, 2013 (ISBN 978-3-518-12672-1)
  • Was geschah im 20. Jahrhundert?, Berlin, Suhrkamp, 2017 (ISBN 978-3518467817)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Quatrième de couverture : « La religion, dans les temps archaïques, c’est un rituel et un sacrifice. Mais depuis l’Antiquité, ce sont des procédés littéraires plus ou moins élaborés, le plus souvent poétiques, qui rapportent les actions, paroles et pensées des dieux. Pourquoi avons-nous fait parler les dieux ? D’où vient notre besoin de textes religieux ? Comment intériorisons-nous le divin ? Au sommet de son art, alliant érudition et mordant, l’un des penseurs les plus stimulants de notre époque explore tous les rouages du théâtre de la parole divine. ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. Prononciation en haut allemand standardisé retranscrite selon la norme API.
  2. a et b D'après Hans Jürgen Heinrichs, « Peter Sloterdijk », dans le Magazine littéraire, 2005, notice reprise sur Sloterdijk.net.
  3. Cité dans « Peter Sloterdijk : "Il faut être déchiré par quelque chose qui nous dépasse pour penser" », entretien avec Nicolas Truong, dans Philosophie magazine, n° 6, 2007.
  4. « L'affaire Sloterdijk », la polémique entre Sloterdijk et Jürgen Habermas disponible sur le site de Multitudes
  5. Voir Olivier Mannoni, « Note du traducteur », dans Règles pour le parc humain, Paris, Mille et une nuits, 2006 [2000], p. 6.
  6. Olivier Mannoni, « Peter Sloterdijk », dans Encyclopædia Universalis, en ligne.
  7. Information disponible sur Sloterdijk.net.
  8. (en) « Philosopher Peter Sloterdijk on the Tour de France. "The Riders are Just Regular Employees" », interview par Lothar Gorris et Dirk Kurbjuweit, dans Der Spiegel online international, 10 juin, 2008.
  9. (de) Peter Sloterdijk - Seit 2007 Mitglied der Akademie der Künste, Berlin, Sektion Literatur sur le site de l'Académie des arts de Berlin.
  10. Résumé de Dans le même bateau sur betapolitique.fr.
  11. Les premier et troisième volumes ont été traduits en 2002 et 2005, tandis que le second est paru ultérieurement, en 2010, à la demande de l'auteur. Voir la présentation aux extraits de Sphères III, dans Multitudes, 2005.
  12. Podcast sur Après nous le déluge de Sloterdijk.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yves Michaud, Humain, inhumain, trop humain réflexions philosophiques sur les biotechnologies, la vie et la conservation de soi à partir de l’œuvre de Peter Sloterdijk, Castelnau-le-Lez, Climats, « Micro-climats », 2002 (ISBN 2-84158-202-7) ; nouvelle édition revue et augmentée, suivi de Le Diable dans les détails, 2006 (ISBN 2-08-213126-2)
  • Dominique Quessada, Court traité d’altéricide, précédé de À tombeau ouvert, dialogue avec Peter Sloterdijk, Paris, Verticales/phase deux ; Gallimard, 2007 (ISBN 978-2-07-078412-7)
  • Jean-Hugues Barthélémy, La « révolution de l’espace » et l’architecture comme « réalisation de la philosophie » dans Écumes de Sloterdijk, sur Appareil
  • Dominic Desroches, « Sur la proximité de Dieu », sur le site de Espacestemps.net,
  • Dominic Desroches, « La politique du temps », sur le site de La vie des Idées,
  • Slavoj Žižek, « La colère, le ressentiment et l’acte. À propos de Colère et temps. Essai politico-psychologique de Peter Sloterdijk », dans La Revue internationale des livres et des idées, n° 3, janvier-
  • Pascal Duval, « Tu dois changer ta vie ! » un manifeste sur le site perfectionnisme.net,

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]