Géométrie non euclidienne

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On appelle géométrie non euclidienne une théorie géométrique ayant recours à tous les axiomes et postulats posés par Euclide dans les Éléments, sauf le postulat des parallèles.

La droite d est la seule droite passant par le point M et parallèle à la droite D. Tout autre droite passant par M (par exemple les droites tracées en pointillée) est sécante avec D.

Les différentes géométries non euclidiennes sont issues de la volonté de démontrer le cinquième postulat (le postulat d'Euclide) qui semblait peu satisfaisant car trop complexe, et peut-être redondant.

Ce à quoi Saccheri, procédant par l'absurde, avait échoué à la fin du XVIIe siècle.

Dans les Éléments d'Euclide, le postulat ressemble à la conclusion d'un théorème, mais qui ne comporterait pas de démonstration :

Si une droite, tombant sur deux droites, fait les angles intérieurs du même côté plus petits que deux droits, ces droites, prolongées à l'infini, se rencontreront du côté où les angles sont plus petits que deux droits

et qu'on peut comprendre comme :

Par un point extérieur à une droite, il passe toujours une parallèle à cette droite, et une seule.

Durant plusieurs siècles, la géométrie euclidienne a été utilisée sans que l'on mette en doute sa validité. Elle a même été longtemps considérée comme l'archétype du raisonnement logico-déductif. Elle présentait en effet l'avantage de définir les propriétés intuitives des objets géométriques dans une construction mathématique rigoureuse.

Le développement des géométries non euclidiennes[modifier | modifier le code]

Les géométries à n dimensions et les géométries non euclidiennes sont deux branches séparées de la géométrie, qui peuvent être combinées, mais pas obligatoirement. Une confusion s'est établie dans la littérature populaire à propos de ces deux géométries. Parce que la géométrie euclidienne était à trois dimensions, on en concluait que les géométries non euclidiennes comportaient nécessairement des dimensions supérieures.

C'est Gauss qui, dès 1813[1], a formulé la possibilité qu'il existe d'autres géométries que celle d'Euclide.

Ce constat fait par Gauss est le terme d'une longue suite de recherches et de tentatives d'éclaircissement du cinquième postulat d'Euclide (le postulat des parallèles). En effet, ce postulat a toujours paru un peu "à part" et non évident aux mathématiciens, notamment car il fait appel au concept d'infini, qui ont cherché soit à le remplacer par un postulat plus simple et plus direct, soit à le démontrer à partir des autres postulats d'Euclide. Ainsi, les mathématiciens arabes dont notamment Thābit ibn Qurra, Alhazen, et surtout Omar Khayyam ont étudié les liens entre le postulat des parallèles et la somme des angles des quadrilatères et des triangles. Khayyam propose ainsi dès le XIe siècle une alternative au cinquième postulat d'Euclide, et des tentatives de démonstration de ce postulat par l'absurde[1].

Au XVIIe siècle, John Wallis et surtout Giovanni Girolamo Saccheri se sont inspirés des travaux de ces mathématiciens et ont tenté de démontrer le postulat des parallèles. Saccheri consacra sa vie entière à essayer de démontrer le postulat des parallèles par l'absurde, sans y parvenir. Mais, postulant "l'hypothèse de l'angle aigu"[2], non seulement il n'aboutit à aucune contradiction mathématique flagrante, mais de plus il découvre tout un ensemble de nouveaux théorèmes, cohérents et riches. Il est sur le point de découvrir une géométrie non euclidienne (par exemple la géométrie hyperbolique, dans laquelle l'espace peut admettre une infinité de parallèles à une droite donnée et passant par un point hors de cette droite), mais il n'acceptera jamais ces nouveaux théorèmes qu'il considère comme « répugnants »[3].

Reprenant les travaux de Saccheri en 1766, Johann Heinrich Lambert reprend l'hypothèse de l'angle aigu, mais ne conclut pas à une contradiction. Il réalise, au moins dans les toutes dernières années de sa vie, qu'il doit être possible de bâtir des géométries cohérentes, soit à partir de l'hypothèse de l'angle aigu (géométrie hyperbolique), soit celle de l'angle obtus[4] (géométrie elliptique).

Lambert obtient notamment la formule \pi - (\alpha + \beta + \gamma) = C \Delta, C étant une constante[5], qui donne l'aire \Delta d'un triangle dont les trois angles sont \alpha, \beta, \gamma dans une géométrie fondée sur l'angle aigu (nommée de nos jours une géométrie hyperbolique).

On distingue les géométries à courbure négative, comme celle de Lobatchevski (1829) et Bolyai (1832) (somme des angles d'un triangle inférieure à 180°, nombre infini de parallèles possibles à une droite par un point, par exemple la géométrie hyperbolique), des géométries à courbure positive comme celle de Riemann (1867) (somme des angles d'un triangle supérieure à 180°, parallèles se rejoignant aux pôles, par exemple la géométrie elliptique).

La géométrie communément appelée « géométrie de Riemann » est un espace sphérique à trois dimensions, espace fini et cependant sans bornes, à courbure positive régulière, alternative au postulat euclidien des parallèles. Riemann a conçu par ailleurs une théorie étendue des géométries non euclidiennes à n dimensions (conférence de 1854).

L'idée de « géométrie non euclidienne » sous-entend généralement l'idée d'un espace courbe, mais la géométrie d'un espace courbe n'est qu'une représentation de la géométrie non euclidienne, précise Duncan Sommerville (en) dans The Elements of Non-Euclidean Geometry (Londres, 1914). Il existe des espaces non euclidiens à trois dimensions.

Les différents types de géométrie non euclidienne[modifier | modifier le code]

Il existe une infinité de droites qui, comme d1, d2 et d3, passent par le point M et sont parallèles à la droite D.

La géométrie hyperbolique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Géométrie hyperbolique.

Lobatchevski, Klein et Poincaré ont créé des modèles de géométrie dans lesquelles on peut tracer une infinité de parallèles à une droite donnée et passant par un même point.

Il est remarquable que seul le cinquième postulat d'Euclide ait été levé ; les géométries non euclidiennes respectent par ailleurs toutes les autres définitions d'Euclide. En particulier, une droite est toujours définie comme la ligne de plus court chemin joignant deux points sur une surface. Il existe plusieurs modèles de géométrie hyperbolique à deux dimensions : le disque de Poincaré, le demi-plan de Poincaré, …

Il n'existe aucune droite passant par le point M et parallèle à la droite D.

La géométrie elliptique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Géométrie elliptique.

Riemann a introduit un autre modèle de géométrie non euclidienne, la géométrie sphérique (parfois appelée géométrie elliptique sphérique). Dans ce cas, par un point extérieur à une droite on ne peut mener aucune parallèle (autrement dit, toutes les droites passant par un point extérieur à une droite donnée sont sécantes à cette droite, ou encore toutes les droites de l'espace sont sécantes entre elles). Le modèle est très simple :

  • les points sont les paires de points antipodes d'une sphère ;
  • les droites sont les grands cercles (c'est-à-dire dire les cercles ayant le même centre que la sphère).

Cette géométrie donne une courbure positive de l'espace (la somme des angles d'un triangle est supérieure à deux droits, ou la somme de deux angles successifs d'un quadrilatère est supérieure à deux droits, ou encore il existe un triangle dont tous les angles sont droits).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b A. Dahan-Dalmedico et J. Peiffer (lb), Une histoire des mathématiques – Routes et dédales,‎ 1986 [détail des éditions]
  2. Cette hypothèse postule que la somme des angles d'un quadrilatère est inférieure à quatre angles droits.
  3. La conclusion de Saccheri est resté célèbre : « L'hypothèse de l'angle aigu est absolument fausse car cela répugne à la nature de la ligne droite »
  4. La somme des angles d'un quadrilatère est supérieure à quatre angles droits
  5. Aujourd'hui, C est nommé la "courbure Gaussienne" du plan hyperbolique

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Jean-Pierre Bourguignon, Espaces courbes [détail des éditions]

Introduction non technique au sujet.

Aspects historiques[modifier | modifier le code]

  • (en) Marvin J. Greenberg, Euclidean & Non-Euclidean geometries - Development & History, W.H. Freeman & Co., New-York (3e édition-1996)
    Un livre de mathématiques qui retrace l'histoire et le développement des géométries non Euclidiennes, essentiellement à deux dimensions (géométries de Gauss, Bolai et Lobachevsky) ; accessible à l' « honnête homme cultivé ».
  • Luciano Boi, Le problème mathématique de l'espace - Une quête de l'intelligible, Springer-Verlag (1995)
    Une histoire philosophique du concept mathématique d'espace, de la géométrie euclidienne au développement des géométrie modernes non euclidiennes, dont la version riemannienne est indispensable pour la formulation de la relativité générale ; niveau premier cycle universitaire minimum.
  • (en) Max Jammer, Concepts of space - The history of theories of space in physics, Dover Publications, Inc. (3e édition-1993)
    Une histoire érudite du concept d'espace, depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours ; niveau premier cycle universitaire.

Ouvrages de mathématiques[modifier | modifier le code]

  • Jean-Marc Daudonnet, Bernard Fischer, Courbure des surfaces. Introduction aux géométries non euclidiennes, JIPTO 2009 (ISBN 2-35175-028-4)
  • Marcel Berger et Bernard Gostiaux, Géométrie différentielle : variétés, courbes et surfaces [détail des éditions]
  • (en) Marcel Berger, A Panoramic View of Riemannian Geometry [détail des éditions]
    Comme l'indique son titre, le grand géomètre français nous convie ici à une longue (824 pages) promenade panoramique dans le monde de la géométrie riemannienne ; les divers résultats sont pour la plupart donnés sans démonstrations détaillées, mais avec les références idoines pour le lecteur qui souhaiterait mettre « les mains dans le cambouis » ; le dernier chapitre donne les bases techniques du domaine.
  • (en) John Stillwell, Geometry of Surfaces, 1992, coll. « Universitext » (ISBN 978-0-387-97743-0, lire en ligne)
  • (en) Birger Iversen, Hyperbolic Geometry, London Mathematical Society Student Texts 25, Cambridge University Press, 1992 (ISBN 0-521-43528-5)
  • Boris Doubrovine (de), Anatoli Fomenko et Sergueï Novikov, Géométrie contemporaine - Méthodes et applications [détail des éditions] (Première partie : géométrie des surfaces, des groupes de transformations et des champs).
    Une introduction très pédagogique à la géométrie, avec des applications à la physique, écrite par des spécialistes russes. L'approche étant plutôt intuitive, cet ouvrage est accessible à partir du premier cycle universitaire pour un « bon » étudiant motivé.
  • (en) Michael Spivak (de), (A Comprehensive Introduction to) Differential Geometry [détail des éditions]
    Traité de référence en cinq volumes.
  • (en) Norbert A'Campo (de) et Athanase Papadopoulos, Notes on hyperbolic geometry, in: Strasbourg Master class on Geometry, pp. 1--182, IRMA Lectures in Mathematics and Theoretical Physics, Vol. 18, Zürich: European Mathematical Society (EMS), 461 pages, 2012 (ISBN 978-3-03719-105-7), DOI:10.4171/105
  • (en) Nikolai I. Lobachevsky, Pangeometry, Translator and Editor: A. Papadopoulos, Heritage of European Mathematics Series, Vol. 4, European Mathematical Society, 2010

Ouvrages pour physiciens théoriciens[modifier | modifier le code]

Aspects ludiques[modifier | modifier le code]

Jean-Pierre Petit, Le géométricon, bande dessinée de la collection Les aventures d'Anselme Lanturlu, éd. Belin,

Liens externes[modifier | modifier le code]