Lyudmila Alexeyeva

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Lyudmila Mikhaïlovna Alexeyeva, (russe : Людми́ла Миха́йловна Алексе́ева), née le à Eupatoria en Crimée et morte le à Moscou (Russie) est une historienne soviétique puis apatride et enfin américaine et russe, et une dissidente et militante des droits de l'homme, membre fondatrice du groupe Helsinki de Moscou[1], elle était l'une des dernières dissidentes soviétiques à être encore en activité en Russie[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

En URSS[modifier | modifier le code]

Lyudmila Alexeyeva est née à Eupatoria en Crimée. Elle suit une formation d'archéologue et est diplômée du département d'Histoire de l'université d'État de Moscou en 1950. Elle étudie ensuite à l'Institut d'économie et de statistiques de Moscou, en 1956. Elle rejoint le Parti Communiste en 1952. Entre 1959 et 1968, elle est éditrice à la section d'ethnographie et d'archéologie de la maison d'édition "Science".

Les idées politiques de Lyudmila Alexeyeva sont significativement affectées par l'assouplissement du régime sous l'ère Khrouchtchev. Elle appartient à un groupe de personnes, pour la plupart issues des milieux intellectuels , qui forme au cours des années 1960 un groupe d'opposants au régime.

En 1966, Lyudmila Alexeyeva fait campagne pour défendre Andrei Sinyavsky et Iouli Daniel, deux écrivains arrêtés et jugés à cause de la publication de leurs œuvres à l'étranger. À la fin des années 1960, elle signe des pétitions pour la défense des dissidents qui ont été poursuivis par les autorités soviétiques, notamment Alexandre Ginsburg et Iouri Galanskov.

En avril 1968, Lyudmila Alexeyeva est expulsée du Parti Communiste et congédiée de son poste dans l'édition. Néanmoins, elle continue ses activités, étant militante pour la défense des droits humains. Entre 1968 et 1972, elle est dactylographe, de manière clandestine, pour la première publication d'opposition nommée La Chronique des événements actuels[3], consacrée aux violations des droits de l'homme en URSS[3].

Entre 1970 et 1977, elle travaille à l'Institut d'Information sur les Sciences Sociales, affilié à l'Académie des Sciences de l'URSS. Désabusée par l'idéologie soviétique, Lyudmila Alexeyeva décide de ne pas soutenir sa thèse et abandonne sa carrière de chercheuse.

En 1976, elle est l'une des fondatrices du Groupe Helsinki de Moscou[3]. En tant que membre, elle participe à l'élaboration d'un certain nombre de documents émis par le groupe. Elle doit aussi éditer clandestinement et cacher ces publications.

Émigration[modifier | modifier le code]

En février 1977, Lyudmila Alexeyeva et sa famille sont obligées de quitter l'URSS, et s'installent aux États-Unis. Elle y poursuit ses activités sur les droits humains, devenant une représentante à l'étranger du Groupe Helsinki de Moscou. Elle écrit régulièrement sur le mouvement de dissidence soviétique, à la fois en anglais et en russe. En 1985, elle publie la première monographie exhaustive sur l'histoire de cette dissidence, intitulée Soviet Dissent, publié aux Wesleyan University Press[4]. Luydmila Alexeyeva, devient aussi journaliste indépendante à Radio Liberty, et anime le segment en Russe de Voice of America. En 1990, elle publie The Thaw Generation, une autobiographie dans laquelle elle décrit la formation du mouvement de dissidence soviétique. L'ouvrage est co-écrit avec Paul Goldberg[5].

Retour en Russie[modifier | modifier le code]

En 1989, Lyudmila Alexeyeva rejoint à nouveau le Groupe Helsinki de Moscou, relancé après sa dissolution en 1981. En 1993, après la dislocation de l'Union soviétique, elle revient en Russie, et devient présidente du Groupe en 1996. En 2000, Lyudmila Alexeyeva rejoint une commission mise en place pour conseiller le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, sur les questions de droits humains, un choix qui entraîne des critiques de certains autres militants des droits de l'homme en Russie.

En décembre 2004, Lyudmila Alexeyeva cofonde et copréside avec Garry Kasparov et Georgy Satarov (en) le Congrès Civique russe, qu'elle quitte après désaccords en janvier 2008. Par la suite, elle a cofonde la Réseau civique russe avec Satarov. En février 2009, elle rejoint le Conseil présidentiel russe pour les droits humains et la société civile auprès du président de la Fédération de Russie.

Elle est critique à l'encontre du Kremlin en matière de droits humains[6]. Elle accuse le gouvernement de nombreuses violations des droits humains, notamment la régulière interdiction de réunions et manifestations non-violentes, l'encouragement des mouvements extrémistes par le biais de politiques nationalistes, tels que les déportations de Géorgiens en 2006 et les raids de la police à l'encontre des étrangers qui travaillent dans les marchés[7]. Elle également également la politique menée en Ingouchie et souligne les risques de l'augmentation de la violence qui peut se propager selon elle dans toute la fédération[8]. En 2006, elle est accusée par les autorités russes de contacts avec les services anglais, et reçoit des menaces de groupes nationalistes[9].

Une femme âgée entourée d'une foule brandissant des micros en sa direction.
Lyudmila Alexeyeva lors des manifestations du mouvement Stratégie-31 du 31 août 2009.

À partir du 31 août 2009, Lyudmila Alexeyeva participe activement à Stratégie-31, qui milite pour la défense de l'article 31 de la Constitution de la Fédération de Russie, portant sur la liberté de réunion. En décembre 2009, lors d'une tentative de manifestation, Alexeyeva est arrêtée par les forces anti-émeute (OMON), avec des dizaines d'autres militants[10]. Cet événement provoque une forte réaction en Russie et à l'étranger. Jerzy Buzek, président du Parlement européen, de dit « profondément déçu et choqué » de ce traitement par les forces de l'ordre[11]. Le Conseil de sécurité nationale des États-Unis d'Amérique exprime « sa consternation » concernant les détentions qui ont suivi[12]. Le New York Times publie un article en première page sur cet événement[13].

En mars 2010, Lyudmila Alexeyeva est agressée en direct à la télévision dans la station de métro Park koultoury par un homme alors qu'elle est en train de rendre hommage aux victimes des attentats de Moscou du 29 mars 2010[14]. Elle est décrite comme une ennemie de la Russie par le mouvement nationaliste pro-Poutine Nachi[15],[16].

Le 22 juin 2012, elle annonce sa démission à Mikhaïl Fedotov, président du Conseil présidentiel russe pour les droits humains et la société civile. Selon elle, la nouvelle méthode d'élection des membres du Conseil par vote électronique demandée par Vladimir Poutine vise à détruire le conseil en tant qu'organisation de défense des droits de l'homme opérationnelle. Peu après,d'autres personnes actives membres du conseil démissionnent également[17].

Elle meurt à Moscou le 8 décembre 2018. « C'est une énorme perte pour l'ensemble du mouvement des droits de l'homme en Russie » déclare Mikhaïl Fedotov[18].

Prix et récompenses[modifier | modifier le code]

Lyudmila Alexeyeva a reçu plusieurs prix et distinctions pour ses activités en faveur des droits de l'homme :

Publications[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) New politics, New Politics Associates, , 133 p. (lire en ligne)
  2. (en) Maria Danilova (15 juin 2004), « Lyudmila Alexeyeva Speaks Her Mind »
  3. a b et c (en) Ellen Barry, « Russian Dissident’s Passion Endures Despite Tests », The New York Times,‎ (lire en ligne)
  4. (en) Barnes & Noble, « Soviet Dissent: Contemporary Movements for National, Religious, and Human Rights », sur Barnes & Noble (consulté le 2 juillet 2017)
  5. (en-US) Alexeyeva, Ludmilla et Goldberg, Paul, The thaw generation: coming of age in the post-Stalin era, Pittsburgh, University of Pittsburgh Press, (ISBN 0822959119, lire en ligne)
  6. (en-US) « Russian activists stand firm against Putin », sur Washington Post (consulté le 2 juillet 2017)
  7. (en) Gregory Feifer (7 mars 2007), « Russia's New Dissidents Defend Human Rights »
  8. (en-US) Situation in Ingushetia Threatens All of Russia – Alexeyeva
  9. (en) Russian NGO rejects spy 'smear'.
  10. (en) « Dissident, 82, detained at Moscow rally », Telegraph.co.uk,‎ (lire en ligne, consulté le 2 juillet 2017)
  11. (en) « Buzek: The EP appeals for the release of 2009 Sakharov Prize Winner Lyudmila Alexeyeva and other Russian human rights activists », 1er janvier 2010
  12. (en-US) The Associated Press, « Russia: Rights Protesters Detained », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 2 juillet 2017)
  13. (en-US) Ellen Barry, « Russian Dissident’s Passion Endures Despite Tests », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 2 juillet 2017)
  14. (en-US) Clifford J. Levy, « Russian Rights Advocate, 82, Attacked in Moscow », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 2 juillet 2017)
  15. (et) Triin Tael, « Vene noortelaagris aeti Eesti poliitikute pead teibasse », Õhtuleht,‎ (lire en ligne)
  16. (ru) Anton Oreh, « Ждем ответа », Ежедневный журнал,‎ (lire en ligne)
  17. (ru) « Л. Алексеева написала заявление о выходе из совета при президенте РФ по правам человека. », sur РБК (consulté le 9 décembre 2018)
  18. (en-GB) Agence France-Presse, « 'Wise and humane': Soviet dissident Lyudmila Alexeyeva dies aged 91 », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le 9 décembre 2018)
  19. (en) « Person of the Year Prize of the Federation of the Jewish Communities of Russia »
  20. (en) « Sakharov Prize 2009 awarded to Memorial »
  21. (en) « The Republic of Estonia honours 99 people with decorations on the eve of Independence Day »
  22. (en) « Václav Havel Human Rights Prize 2015 awarded to Ludmilla Alexeeva »
  23. (en-US) Yekaterina Sinelschikova, « Russia’s oldest human rights activist is awarded Vaclav Havel Prize », Russia Beyond The Headlines,‎ (lire en ligne, consulté le 2 juillet 2017)
  24. (ru) Указ о присуждении премий за достижения в области правозащиты и благотворительности

Liens externes[modifier | modifier le code]

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