La Païva

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La Païva
Esther Lachmann La Paiva.jpg
Esther Lachmann en 1850.
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Esther Pauline Blanche LachmannVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Conjoint
Autres informations
Propriétaire de
Hôtel de la Païva, château de Pontchartrain (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
La Païva dans les années 1860.
La Paiva, en 1860, portrait par Marie-Alexandre Alophe.

Esther Lachmann, née Esther Pauline Blanche Lachmann et généralement connue sous le nom « la Païva », comtesse Henckel von Donnersmarck (à compter du ), née le à Moscou et morte le au château de Neudeck en Silésie, est une célèbre courtisane et demi-mondaine du XIXe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines, enfance et premiers mariages[modifier | modifier le code]

Esther Pauline Blanche Lachmann est née de parents juifs polonais de Russie[1]. Son père, Martin Lachmann est tisserand : il a épousé Anna Amalia Klein vers 1815.

Le [2], on la marie à Antoine François Hyacinthe Villoing, tailleur français né vers 1810 et installé en Russie. Un fils, Antoine Villoing, naît en 1837. Mais dès l’année suivante, rebutée par une vie qu’elle trouve ennuyeuse, elle s’enfuit avec un inconnu, dans un long périple à travers l’Europe qui la conduit jusqu’à Paris.

Vie mondaine à Paris et à Londres[modifier | modifier le code]

Installée près de l’église Notre-Dame-de-Lorette, elle s’introduit dans le milieu de la prostitution où, sur le conseil d’une de ses collègues, elle adopte le pseudonyme de Thérèse. Vers 1840, elle rencontre le riche pianiste Henri Herz, qui tombe éperdument amoureux d’elle et qui lui fait connaître plusieurs autres artistes : les compositeurs Franz Liszt et Richard Wagner, les écrivains Théophile Gautier et Émile de Girardin. On suppose qu’un mariage – illégitime puisque l’épouse était déjà mariée en Russie à Antoine Villoing – eut lieu à Londres. De cette union, naît, vers 1847, une fille prénommée Henriette, aussitôt confiée aux parents de Herz[3]. L’enfant mourra prématurément en 1859.

Dès cette époque, Thérèse s’affirme comme l’une des femmes les plus élégantes de Paris.

En 1848, Herz part donner des concerts aux États-Unis. Restée en France, elle dilapide la fortune de son compagnon : la famille de ce dernier la chasse. Elle va tenter de refaire sa vie à Londres. Au Covent Garden, elle rencontre Lord Édouard Stanley, qui s’éprend d'elle et la comble de présents.

D’autres riches amants succèdent à Stanley. Fin 1848, elle regagne Paris où elle entretient une liaison avec le duc de Gramont. Son premier mari, Villoing, quitte la Russie pour la reconquérir mais elle le repousse. Désespéré, il meurt à Paris en 1849.

Le , la veuve (Villoing) séparée (de Herz) épouse un riche Portugais, Albino Francisco de Araújo de Païva, qui lui offre un hôtel au 28, place Saint-Georges, construit en 1840 par l’architecte Édouard Renaud, où elle réside jusqu’en 1852. Le lendemain du mariage, elle déclare à son mari que chacun ayant obtenu ce qu’il voulait, il convient d’en rester là. Le couple se sépare et le « marquis » de Païva retourne au Portugal, mais elle continue de porter le titre présumé de son époux en tant que « marquise de Païva, qui sonne bien ». Païva est le nom d'un château du Portugal sur le Douro, n’ayant jamais appartenu à Araújo, fils d’un roturier, Albino Gonçalves de Araújo, marchand colonial portugais, et son épouse, Mariana Vicência de Paiva. Il est possible que le titre trompeur d’Araújo de Païva provienne d’une supposition populaire affirmant qu’il se serait lié au vicomte de Paiva, ambassadeur du Portugal à Paris dans les années 1850, véritable détenteur du titre de noblesse lié au château homonyme.

En 1852, Thérèse devient la maîtresse d’un richissime prussien, un cousin du chancelier allemand Otto von Bismarck, le comte Guido de Donnersmarck, originaire de Silésie. Entre 1856 et 1865, il lui fait construire, au 25, avenue des Champs-Élysées, le somptueux hôtel de la Païva[4]. Son coût exorbitant (dix millions de francs-or) défraie la chronique. L’architecte Pierre Manguin choisit le style, alors en vogue, de la Renaissance italienne. Le bâtiment abrite aujourd’hui le Travellers Club. On y admire encore un grand escalier en onyx jaune d’Algérie, une salle de bains de style mauresque, de somptueuses cheminées par Barbedienne, des sculptures de Jules Dalou ou d’Albert-Ernest Carrier-Belleuse et des peintures de Paul Baudry[5].

En 1857, Donnersmarck lui offre aussi le château de Pontchartrain, où elle séjourne en villégiature[6].

Son fils Antoine Villoing meurt en 1862 alors qu’il était étudiant en médecine. Elle a pourvu à son éducation mais ne l’a jamais revu.

Son mariage avec le marquis de Païva est annulé le . Ce dernier revient en France mais, ruiné, il se suicide le [7].

Le , dans une église luthérienne de Paris, elle épouse son amant Donnersmarck, bientôt nommé gouverneur de la Lorraine annexée. Elle est utile à son nouveau mari : sa connaissance des milieux parisiens fortunés facilite le remboursement anticipé de l’indemnité de guerre de six milliards de francs-or exigée par Bismarck[8].

Exil en Allemagne[modifier | modifier le code]

Après la guerre franco-allemande de 1870, elle se mêle de politique. Cherchant à s’entremettre dans les négociations avec la Prusse, elle reçoit Léon Gambetta à Pontchartrain[9]. Mais le gouvernement français la soupçonne d’espionnage et, en 1877, elle doit quitter la France. Elle se retire en Silésie avec son époux, dans le château de Neudeck (aujourd’hui à Świerklaniec en Pologne).

Elle y meurt le , âgée de soixante-cinq ans[10].

Bijoux[modifier | modifier le code]

  • Aux termes d'une transaction secrète, elle possédait le collier de 600 000 francs ayant fait partie de la collection de l'impératrice Eugénie[11].
  • Le , Sotheby's vend à Genève, pour 3,5 et 5 millions de francs suisses (soit 2 et 3 millions d'euros), deux diamants jaunes dits Donnersmark lui ayant appartenu : l'un en forme de poire (pear shaped), pesant 82,48 carats ; l'autre en forme de coussin (cushion shaped), de 102,54 carats[12],[13].

Citations à son propos[modifier | modifier le code]

  • Son hôtel était surnommé qui paye y va (Païva)[14].
  • Sur son hôtel à peine achevé, Alexandre Dumas fils aurait dit : « C'est presque fini, il manque le trottoir »[15].
  • De même, les Frères Goncourt ont indiqué dans leur Journal, en date du vendredi , à la suite de leur venue à l'Hôtel de la Païva[16], que c'était « le Louvre du cul »[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. À l'époque, la majeure partie de la Pologne fait partie de l'Empire russe et de la « Zone de Résidence » des Juifs.
  2. Parisis (Émile Blavet) : La vie parisienne ; la ville et le théâtre ; préface de François Coppée, Paris, L. Boulanger, 1885, p. 46-47.
  3. Historia, janvier 1984, n°446, p. 76.
  4. Odile Nouvel-Kammerer (dir.), L'Extraordinaire Hôtel de la Païva, Paris, Les Arts Décoratifs, , 192 p. (ISBN 978-2-916914-57-2)
  5. Les heureux maitres de la Païva, sur le site lepoint.fr, consulté le 9 octobre 2014.
  6. Viel-Castel, Horace de : Mémoires sur le règne de Napoléon III (1851-1864). [4] ; préface par L. Léouzon Le Duc, éditeur : chez tous les libraires (Paris), édition : 1883-1884, p. 68.
  7. Historia, janvier 1984, n° 446, page 76.
  8. Alfred Colling, La Prodigieuse Histoire de la Bourse, Paris, Société d'éditions économiques et financières, , p. 286.
  9. Revue catholique des institutions et du droit Éditeur : [s.n.?], Paris, publication en série imprimée (Français), 1872, p. 266.
  10. une légende prétend que son mari, tout d'abord inconsolable, fit embaumer son corps dans un cercueil de verre, conservé dans les combles du château de Neudeck. Mais sa seconde épouse exigea que la dépouille fût inhumée.
  11. Gabrielle Houbre, Courtisanes sous surveillance in Dans les secrets de la police.
  12. L’ascension d’une courtisane au XIXe siècle : la marquise de la Païva, sur le site evous.fr, consulté le 9 octobre 2014.
  13. (en)The Donnersmarck Diamonds, sur le site royal-magazin.de, consulté le 25 janvier 2015.
  14. "La Païva, qui paye y va...", sur le site moniquetdany.typepad.fr, consulté le 9 octobre 2014.
  15. Émission La Marche de l'Histoire, 3 janvier 2013, Radio France.
  16. Les Frères Goncourt, « Journal des Frères Goncourt extrait », sur freres-goncourt.fr, (consulté le 9 octobre 2014).
  17. « La Païva, coûteuse mais endurante », sur leparisien.fr, (consulté le 9 octobre 2014).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notices[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]