Château de Suscinio

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Château de Suscinio
Image illustrative de l'article Château de Suscinio
Vue générale du château depuis la plage.
Période ou style Médiéval
Type Château fort
Début construction XIIIe siècle
Fin construction XVe siècle
Destination initiale Résidence de loisirs
Propriétaire actuel Conseil général du Morbihan
Destination actuelle Domaine visitable
Protection Logo monument historique Classé MH (1840)[1]
Site web http://www.suscinio.info/
Coordonnées 47° 30′ 46″ nord, 2° 43′ 46″ ouest[2]
Pays Drapeau de la France France
Anciennes provinces de France Bretagne
Région Région Bretagne
Département Morbihan
Commune Sarzeau

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Château de Suscinio

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Château de Suscinio

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Château de Suscinio

Le château de Suscinio, construit à la fin du Moyen Âge (au XIIIe et dans la seconde moitié du XIVe siècle[1]), résidence des ducs de Bretagne, est situé au bord de Mor braz (océan Atlantique) dans la commune de Sarzeau (Morbihan).

Le château est classé monument historique en 1840, alors qu'il était en ruines[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Conçu comme le centre de la gestion d'un domaine agricole, entre une forêt giboyeuse et le bord de mer, le château est fortifié progressivement.

Le premier logis, un manoir pour la chasse, est bâti pour le duc de Bretagne Pierre de Dreux, en 1218, entre des étangs d'eau douce au nord, des marais de Suscinio et des étiers au sud[3].

En 1229, son fils, Jean Ier le Roux poursuit la construction du château, et fait clôturer une bonne partie de la forêt de Rhuys qui deviendra parc de chasse. L'extension du domaine et du château entrainera petit à petit la disparition du Prieuré de Saint-Pabu[4] et la fondation de l'Abbaye de Prières, situé non loin de là à titre de pénitence[5].

Le duc Jean IV de Bretagne met le château à la disposition des Anglais, ses alliés. La forteresse, commandée depuis 1365 par un capitaine anglais, est reconquise pour la couronne de France par Bertrand du Guesclin en 1373. Le connétable fait démanteler tours, courtines et logis. Les ducs Jean IV et Jean V entreprennent des travaux de consolidation, d'agrandissement (construction du logis est après 1380 et du logis ouest vers 1430) et la construction d'une nouvelle tour. Au XVe siècle une casemate est aménagée pour abriter des pièces d'artillerie tandis que de grandes fenêtres sont percées dans les murs extérieurs, les progrès de l'artillerie et un climat politique plus serein faisant balancer entre les soucis de la défense et un désir plus grand de confort, d'air et de lumière. Ensuite le château est progressivement délaissé, les ducs de Bretagne privilégiant leur château de Nantes. Il devient en 1520 propriété de la couronne de France sous François Ier qui le confie en usufruit avec les terres alentour à de hauts personnages de la Cour, notamment une de ses maîtresses, qui perçoivent les revenus du domaine[6].

En 1798, le château — déjà très dégradé — est vendu pour cinq mille francs comme bien national à un marchand forain de Lorient qui l'exploite comme carrière de pierres à bâtir et bazarde les sculptures[7].

Acheté en 1852 par le vicomte Jules de Francheville, sa famille fait tout son possible pour sauver l'existant jusqu'au rachat en 1965 par le Conseil départemental du Morbihan, à l'initiative de son président Raymond Marcellin, conseiller général de Sarzeau, qui entreprend sa restauration[8].

En 1975, on découvre à proximité, la chapelle du prieuré, incendiée en 1370, qui possède un pavement remarquable, d'environ 300 m2. Celui-ci est étudié, restauré et exposé dans une salle du château.

Inscrit depuis 1990 sur la liste des établissements contrôlés par la Direction des Musées de France, le musée du château de Suscinio s'enrichit depuis plusieurs années de nouvelles collections. Au début du XXIe siècle, le château, désormais ouvert toute l'année à la visite, a retrouvé sa forme de forteresse médiévale intacte, même si les travaux de restauration continuent.

Depuis 2013, un programme de recherche archéologique est mené au château. Les fouilles ont notamment permis de révéler l’organisation interne du rez-de-chaussée d’un grand logis au niveau de la courtine nord, avec ses cuisines et son espace de stockage. Les niveaux archéologiques rencontrés dans la cour (aire de gâchage, foyers, aire de débitage, dépotoirs) renvoient à un chantier de construction qu’il est tentant de rattacher aux grands travaux commandés par Jean II, duc de Bretagne de 1286 à 1305[9].

Toponymie[modifier | modifier le code]

L'étymologie du toponyme Suscinio est discutée (grammatici certant).

Plusieurs orthographes du lieu-dit de Suscinio ont existé au travers des siècles: de façon non exhaustive il est possible de mentionner Succenio, Suceniou, Suchunyou, Succeniou, Succhenio, Sucenyo, Succenyo ou Sucinio[10], le sens du toponyme restant obscur.

Jean-Yves Le Moing, citant le linguiste français Albert Dauzat verrait cependant dans la racine succ-[11] de Suscinio une origine très ancienne, qu'il qualifie de pré-indoeuropéenne, et qui serait elle-même variante du préfixe cucc-. Toujours selon Albert Dauzat, des formes altérées truc et cruc seraient également apparues dans la toponymie locale, probablement sous l'influence du gaulois (de cruca = tas), cruc- existe bien en breton dans le Morbihan (lieux-dits de Crucuno ou de Crubelz par exemple) et signifie tertre, soit une butte de terre. Il faut noter à ce propos que Jean Auffret, dans son ouvrage « Colombiers et pigeonniers en Bretagne profonde » fait mention du colombier de Suscinio — encore bien visible sur le site — et qu'il décrit comme « juché sur un petit tertre qui dominait le ru pourvoyeur des douves du château ».

Aussi le mot breton contemporain tuchenn (pluriel tuchennoù), signifie tertre, motte d'un terrain marécageux[12], ou encore une colline, butte, motte telle que celles dont plusieurs nobles et autres prennent le nom pour leurs seigneuries[13] — on notera également l'orthographe thouchenn avec un th- doux présente dans le dictionnaire Catholicon de Jehan Lagadec en 1499 — on le retrouve dans de nombreux toponymes bretons tels Tuchenn Pol, Tuchenn er Gouc'h, Tuchenn Kador, Tuchenn et Hroëk, Tuchenn Cruguel, Tuchenn ar Follez, Goarem An Tuchen... Ainsi selon les règles de mutation consonantiques du breton, le pluriel tuchennoù mutera aisément en zuchennoù et sa prononciation, selon les règles du breton parlé de Sarzeau caractérisé par la mouillure systématique, zuchinïeù, se rapproche manifestement du toponyme Succenio/Sucinio. Suscinio signifierait donc les petits tertres voire le petit tertre si l'on doit considérer la terminaison en -o comme un diminutif et non comme un pluriel. Les anciennes orthographes connues avec terminaison en -ou qui est la terminaison commune des noms pluriels en breton (Suceniou, Suchunyou, Succeniou...) donne cependant un argument en faveur de la forme plurielle.

Dans son ouvrage « Le Pays vannetais, ou Bro-Gwened », Michel de Mauny revient sur une autre explication du toponyme qu'il juge fantaisiste:

« Pierre de Dreux, dit Mauclerc, séduit par la beauté du paysage, décida, en 1218, de bâtir un château sur le bord de la mer, au fond d'une vaste baie, et au milieu de la forêt qui couvrait, en ce temps- là, une grande partie de la presqu'Île de Rhuys. Ce fut surtout une habitation de plaisance, « un moult biau chastiel et maison de déduit pour le duc », selon l'expression de Froissart, ce qui n'autorise aucunement d'accepter l'étymologie fantaisiste imaginée par les historiens modernes, et qu'on répète à l'envie, pour expliquer le nom de Suscinio : « Souci n'y ot » (Souci n'y eut, Sans-Souci). »

De façon aussi anecdotique, certains historiens ont pu avancer que les Sussiniens, hypothétique peuplade locale de la Presqu'île de Rhuys auraient laissé leur nom au lieu-dit de Suscinio[14] :

« L'historien Le Beau parle d'une population de Sussiniens qui très anciennement habitaient devers midi et jouxte la mer, en un anglet faisant presqu'une île, laquelle on nomme Rhuys. Cette assertion offre une nouvelle étymologie du nom de Sussinio donné au château ducal et prouve qu'au XVème siècle on croyait, sur la tradition, que la population du pagus de Rhuys différait de celles des autres contrées de Broguérech. »

Plus récemment on a pu trouver l'explication du toponyme dans le breton diskenn[15]: « Son nom, à consonance italienne, vient en fait du breton Ziskennoù qui signifie à peu près lieu de repos pour les voyageurs, là où l’on descend. » sans que cela ne puisse être confirmé par une quelconque source écrite.

Architecture[modifier | modifier le code]

Vue aérienne du château, avec en avant-plan la courtine Est, trois tours et les culées du pont dormant.

Le château, ceint de douves (profondes de 3 à 4 m), affecte la forme d'un quadrilatère irrégulier (probablement quadrangulaire[16] dans la seconde moitié du XIIIe siècle) flanqué de sept tours, dont une quadrangulaire défendant la courtine Ouest. Ces tours ainsi que les courtines qu'elles commandent, sont dans leurs œuvres basses, essentiellement des vestiges du château du XIIIe siècle ; les œuvres hautes datent du XVe siècle. L'entrée est protégée par deux puissantes tours de 12 m de diamètre, un pont-levis précédé d'un pont dormant en pierre (d'époque moderne) et surveillée par quatre postes de guet ménagés dans le gros œuvre. Les tours et les courtines sont couronnés des mâchicoulis bretons, formés de consoles en pyramide décroissante. L'enceinte est épaulée vers le sud par deux bastions d'artillerie construits à la fin du XVIe siècle au temps des guerres de la Ligue[17].

Séparés par une vaste cour, deux corps de logis en moellons de granite, sont reliés par des courtines. La courtine nord devait principalement servir de passage reliant le logis est (résidence ducale, elle comprend notamment une salle de cérémonies, un guichet muni d'un passe-plat, la chambre à coucher du duc proche de la chambre à parer, des étuves, un oratoire qui donne sur la tour nord) au logis ouest (ouvert aux visiteurs en 2016 dans le cadre d'un itinéraire de découverte[18]), et abriter également un logis nord moins important au vu des quatre grandes baies à meneaux qui y ont été percées et dont deux sont murées[19].

La fontaine dite de la Duchesse, près du village de Folperdrix (au nord de Suscinio), alimentait en eau le château, par des conduits souterrains[20].

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Notice no PA00091728, base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Coordonnées vérifiées sur Géoportail
  3. Le Petit Futé Morbihan Par Dominique Auzias, Anne-Sophie Fesselier-Haguet, Tiphaine Doré, Richard Villalon, 2008-2009, p. 287
  4. (Chronique de Saint-Brieuc): « Quamdam abbatiam antiquam apud Suceniou existentem demolivit idem dux (Joannes 1us), et aliud monasterium , loco et in recompensatione jusdem abbatiæ destructæ, apud Preces in honore Virginis Mariæ fundavit et dotavit, qui conventum monachorum juxta suum manerium habere nolebat. »
  5. Histoire de saint Gildas de Rhuys, par l'abbé Luco, 1869, p. 233.
  6. Georges Ganuchaud, Petite Histoire du Château de Suscinio, Editions des Régionalismes, , p. 57
  7. La France inconnue, itinéraires archéologiques, par Georges Pillement, B. Grasset, 1958, 278 pages, p.132.
  8. Notice no IA00127658, base Mérimée, ministère français de la Culture
  9. « Suscinio : château des ducs de Bretagne (56) », sur Centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales, .
  10. « Dictionnaire topographique du département du Morbihan, Volume 108, Parties 22 à 24 »
  11. Jean-Yves Le Moing, « Noms de lieux de Bretagne », p. 21
  12. A. E. Troude, « Nouveau dictionnaire pratique Français-Breton du dialecte de Léon avec les acceptations diverses dans les dialectes de Vannes, Tréguer et Cornouailles »,
  13. Dom Louis Le Pelletier, « Dictionnaire de la langue bretonne : ou l'on voit son antiquité, son affinité avec les anciennes langues, l'explication de plusieurs passages de l'écriture sainte, et des auteurs profanes, avec l'étymologie de plusieurs mots des autres langues »,
  14. « Histoire de saint Gildas de Rhuys », p. 37
  15. « Sortie à Suscinio par l'équipe des enseignants bilingues de l'école Saint-Guen de Vannes »
  16. Il ne subsiste de cette enceinte initiale que la courtine nord et la tour nord-est.
  17. Georges Ganuchaud, Petite Histoire du Château de Suscinio, Editions des Régionalismes, , p. 18
  18. « Château de Suscinio. Le logis ouest se découvre », sur letelegramme.fr, .
  19. Michèle Bourret, Le patrimoine des communes du Morbihan, Flohic éditions, , p. 961
  20. Dictionnaire historique et géographique de Bretagne, par Ogée, nouvelle édition, vol. 2, 1853, p.886.
  21. Elle fait un diamètre de 14 m avec une épaisseur murale de 4 m. Chacun des trois étages est composé d'une salle hexagonale éclairée par deux larges baies et chauffée par une vaste cheminée.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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