Ferdinand Barbedienne

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Ferdinand Barbedienne
Ferdinand Barbedienne - Père-Lachaise 06.jpg

Henri Chapu, Buste de Ferdinand Barbedienne, Paris, cimetière du Père-Lachaise.

Naissance
Décès
Nationalité
Activités
ingénieur, fondeur +
Distinctions
chevalier de la Légion d'honneur‎ (d) ()
officier de la Légion d'honneur (d) ()
commandeur de la Légion d'honneur‎ (d) () +

Ferdinand Barbedienne, né le à Saint-Martin-de-Fresnay[1] et mort le [2] à Paris, est un industriel français, connu pour sa fonderie bronze d'art.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d’un modeste cultivateur normand, Ferdinand Barbedienne réalise une première fortune dans une affaire de papiers peints installée au 24 et 26 rue Notre-Dame-des-Victoires à Paris. En 1836, l'ingénieur, mécanicien et outilleur Achille Collas (en) (1795-1859) invente un procédé mécanique de réduction de sculptures en ronde bosse, en améliorant le pantographe des sculpteurs, dont il dépose le brevet en 1837[Notes 1],[3],[4].

Ferdinand Barbedienne s'associe avec Achille Colas en 1838, en fondant la Société Collas et Barbedienne, pour la production et la commercialisation de copies réduites de sculptures en utilisant divers matériaux, tels que le plâtre, le bois, le bronze ou l'ivoire. Ils reproduisent, en bronze et en réduction, un grand nombre d'œuvres sculptées, conservées dans des musées européens, destinées à orner les intérieurs modernes. De plus, ils mirent au point de nouveaux procédés chimiques pour patiner les bronzes.

Ils présentent une réduction de la Vénus de Milo[Notes 2] à l'Exposition nationale de 1839, ce qui leur vaut une médaille d'argent. L'idée fondamentale de Ferdinand Barbedienne est la démocratisation de l'art, en rendant financièrement accessible des reproductions fidèles de chefs-d'œuvre. Les thèmes choisis sont souvent allégoriques, et puisent largement dans le répertoire antique. Il est alors qualifié de « Gutenberg de la statuaire »[5].

Sous contrat d'édition[6] avec les artistes, posant ainsi les bases juridiques d'une nouvelle industrie[Notes 3] ,[7],[8], Ferdinand Barbedienne reproduit les œuvres de sculpteurs contemporains comme François Rude en 1843, Carrier-Belleuse, Barye, Emmanuel Fremiet, Gardet, Mène, Chapu, Fabio Stecchi ou Eugène Aizelin, et crée de très nombreux modèles de bronze d’ameublement, des émaux champlevés[9], ou émaux cloisonnés, en collaboration avec l'émailleur Alfred-Paul-Louis Serre (1837-1906), hauts et bas-reliefs en bois, etc.

Le procédé de duplication Collas est perfectionné dans une machine à copier d'un seul bloc, qui leur permet d'obtenir une nouvelle médaille d'argent à l'Exposition nationale de 1844, à Paris[10],[11].

La société envoie quelques pièces à l'Exposition universelle de 1851 à Londres, où elle y reçoit une médaille spéciale pour sa reproduction en demi-taille de la porte principale, créée par Lorenzo Ghiberti, pour le baptistère Saint-Jean de Florence[12]. Par la suite, Achille Collas reçoit la grande médaille d'honneur à l'Exposition universelle de 1855 à Paris[13].

À partir de 1855, le célèbre ornemaniste Louis-Constant Sévin (1821-1888) entre dans la société en qualité de sculpteur ornemaniste. À la mort d'Achille Collas, en 1859, Ferdinand Barbedienne devient seul propriétaire de la fonderie, qui compte alors 300 employés. En 1865, il devient président du comité des industries du bronze, poste qu'il conserva jusqu'en 1885[14].

Lors de la Guerre franco-allemande de 1870, et à cause de la pénurie de métaux bruts, il doit cesser son activité de fondeur d'art. Cependant, l'activité de l'atelier perdure grâce à une commande de 70 canons pour le ministère de la Défense nationale. L'activité reprend une fois la guerre terminée, et une grande partie de la production est destinée à l'exportation. Plus de 1 200 pièces sont produites chaque année. La qualité de la fonte, de la ciselure et de la patine, propres à la technique de Barbedienne, ont fait que la signature du fondeur a progressivement gagné en importance. Il est promu au grade de commandeur de la Légion d'honneur le .

L'hôtel Leblanc-Barbedienne, 63 rue de Lancry à Paris 10e (classé monument historique le ).

En 1878, la société présente une horloge monumentale de style néo-Renaissance, ornée d'émaux d'Alfred Serre, à l'Exposition universelle de 1878 à Paris, qui lui vaut une médaille d'or.

En 1879, Ferdinand Barbedienne acquiert 125 modèles de coulée à la vente successorale d'Antoine-Louis Barye[15], ce qui lui permet de consacrer un catalogue entier à ses œuvres[16].

En 1889, le catalogue compte 450 sujets déclinés en plusieurs dimensions, créés par 45 sculpteurs différents, dont une bonne moitié de contemporains à succès[17]. Cette même année, il coule, pour la première fois, une réduction de la Vénus de Milo en aluminium, métal dont la production à l'échelle industrielle prend alors son essor.

À l'Exposition universelle de 1889, à Paris, la maison Barbedienne présente de nouveau un grand nombre de ses compositions, dont la grande horloge néo-Renaissance de 1878[18]. Cette horloge a fait partie de la succession Leblanc-Barbedienne et a été donnée, par ses héritiers, à la ville de Paris, et est conservée à l'hôtel de ville[19].

À la mort de Ferdinand Barbedienne, le à Paris, l'entreprise compte plus de 600 salariés. Il est inhumé le à Paris au cimetière du Père-Lachaise (53e division)[20],[21].

Son monument funéraire est orné de son buste réalisé par Henri Chapu, et de trois statues allégoriques, œuvres d'Alfred Boucher. Sa sépulture est inaugurée le , en présence de nombreuses personnalités du monde artistique. Un discours faisant l'éloge du défunt est prononcé par le professeur Eugène Guillaume, sculpteur, et directeur de l'Académie de France à Rome[Notes 4],[Notes 5].

Postérité[modifier | modifier le code]

N'ayant pas eu d'enfant, c'est son neveu et successeur, Gustave Leblanc-Barbedienne, qui développe la fonderie en se spécialisant dans les bronzes monumentaux. En 1893, un décret présidentiel pris par Sadi Carnot autorise en effet Gustave Leblanc à s'appeler désormais Gustave Leblanc-Barbedienne. Les ateliers et salons d'exposition se trouvaient 63 rue de Lancry dans le 10e arrondissement de Paris[22].

Il signe un contrat avec Auguste Rodin, assurant à la compagnie l'exclusivité de Printemps éternel et du Baiser pour vingt ans. En 1895, il réalise la fonte des premières épreuves du groupe des Bourgeois de Calais.

Le nombre d'œuvres de toutes dimensions sorties des ateliers Barbedienne est très important, mais d'une qualité toujours exceptionnelle[réf. nécessaire]. L'activité à l'exportation est renforcée par l'ouverture d'une succursale à Berlin en 1913, tandis que des concessionnaires assurent la diffusion en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

Après la guerre de 1914-1918, pendant laquelle les ateliers sont en partie détruits par la Grosse Bertha lors des bombardements de Paris, l'entreprise réalisera d'innombrables monuments commémoratifs[23] et signera la production posthume des bustes de Daumier de 1929 à 1952.

Le changement progressif du goût du public entraînera une baisse lente mais inéluctable de la production, et la maison Barbedienne arrêtera définitivement son activité le [24].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • A. de Champeaux, Dictionnaire des fondeurs, ciseleurs, modeleurs en bronze et doreurs depuis le Moyen Âge jusqu’à l’époque actuelle, Paris, Rouam, Londres, Gilbert & Cie, 1886, vol. I (A - C), (Barbedienne, p. 59-68), (OCLC 41549554)
  • Catherine Chevillot, « Les Stands industriels d’édition de sculptures à l’Exposition universelle de 1889 : l’exemple de Barbedienne », in La Revue de l’Art, 1992, no 95, p. 61-67[25],[26].
  • Élisabeth Lebon, Dictionnaire des fondeurs de bronze d’art, France 1890-1950, Perth, Marjon éditions, 2003[27].
  • Bernard Metman, « La Petite sculpture au XIXe siècle. Répertoire », [Documents sur la sculpture française et répertoire des fondeurs du XIXe siècle], in Archives de l’art français (Société d’Histoire de l’Art français), 1989, t. XXX, p. 175-218
  • Florence Rionnet, « Barbedienne ou la fortune de la sculpture au XIXe siècle », in Bulletin de la Société de l’Histoire de l’Art français, année 2001, 2002, p. 301-324[28].
  • Florence Rionnet, La Maison Barbedienne. Correspondances d’artistes, Paris, CTHS, Collection « format » no 65, 2008, (ISBN 978-2-7355-0666-8)[29]

Archives[modifier | modifier le code]

Les papiers personnels de Ferdinand Barbedienne sont conservés aux Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine, sous la cote 368AP[30]

Sa sépulture[modifier | modifier le code]

« Sur un haut pilier carré de pierre des Vosges repose le buste en bronze du mort […] À droite et à gauche du pilier, à la tête du sarcophage qu'il surmonte, deux figures grandeur nature de femmes, en bronze également. Toutes deux portent des palmes, mais l'une d'elles, celle qui symbolise l'Art, est casquée ; une chimère se tord sur son casque. L'autre est armée d'un marteau c'est l'industrie qu'elle allégorise. Sur le soubassement qui porte le monument tout entier, au pied du sarcophage, une délicieuse figure d'enfant est assise. Son buste est nu, mais la nudité en est si profondément chaste qu'elle est attendrissante. D'un geste découragé et très simple, mais qui exprime une douleur vraiment inconsolable, elle laisse retomber sur la pierre un flambeau dont la flamme vacille et s'éteint. » — « Nouvelles diverses - Faits du jour », in Le Gaulois du [31] et « Bloc-Notes parisien - Le monument de Ferdinand Barbedienne », in Le Gaulois du [32].

Références dans la culture[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. Sous la direction de Marie-Thérèse Baudry - Principes d'analyse scientifique - La sculpture, méthode et vocabulaire, Imprimerie nationale, Paris, 1978.<
  2. Découverte en 1820.
  3. Depuis de nouvelles dispositions juridiques datant de 1968 et de 1981, les tirages d’épreuves originales sont limités en France, à douze exemplaires issus du même moule : 8 exemplaires numérotés de 1/8 à 8/8 (Décret n°95-172 du ), plus 4 exemplaires hors-commerce dits « épreuves d’artiste », numérotés de EA I/IV à EA IV/IV (code de déontologie des fonderies d'art du ). Avant cette obligation, les tirages des éditions originales étaient illimités.
  4. Villa Médicis.
  5. Eugène Guillaume, Inauguration du monument de Ferdinand Barbedienne au Cimetière du Père-Lachaise, le 24 novembre 1894, éditeur E. Capiomont à Paris, (OCLC 25830895)
Références
  1. « LH/107/30 », sur Base Léonore (consulté le 31 janvier 2013)
  2. « Informations », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  3. [PDF]Agnès Bracquemond - sculpture - Les procédés de reproduction, sur le site academieart-meudon.fr, consulté le 2 février 2015.
  4. Musée du Conservatoire National des Arts et Métiers : Tour à réduire les portraits par Achille Collas, sur le site cnum.cnam.fr, consulté le 21 février 2015.
  5. (en)Christie's - A french patinated bronze statue of Venus de Milo, sur le site christies.com, consulté le 7 février 2015.
  6. Gilles Perrault, L'œuvre originale et la sculpture d'édition, sur le site gillesperrault.com, consulté le 7 février 2015.
  7. [PDF]Fondeurs de France - Code de déontologie 2005, sur le site fondeursdefrance.org, consulté le 21 février 2015.
  8. Legifrance - Décret no 95-172 du 17 février 1995, sur le site legifrance.gouv.fr, consulté le 21 février 2015.
  9. (en)Christie's - Vase d'ornement en bronze doré et émail champlevé,sur le site christies, consulté le 7 février 2015
  10. [PDF]Christian Lavigne, Cybersculpture : Matériaux, procédés et histoire de la sculpture à l'ère numérique (voir paragraphe « Achille Collas », p. 28), sur le site christianlavigne.free.fr, consulté le 7 février 2015.
  11. (en)Reductions and enlargements, sur le site cantorfoundation.org, consulté le 18 février 2015.
  12. (en)Edinburgh University Library, Achille Collas (1795-1859), sur le site walterscott.lib.ed.ac.uk, consulté le 6 février 2015.
  13. (en)From Leonardo da Vinci to Joseph-Honoré Dalloz, sur le site tobaccopipeartistory.blogspot.fr, consulté le 5 février 2015.
  14. « Barbedienne », in Glossaire des fondeurs-éditeurs français de sculptures en bronze, sur le site artcult.fr, consulté le 7 février 2015.
  15. Les frères Goncourt, Antoine-Louis Barye, sur le site freres-goncourt.fr, consulté le 6 février 2015.
  16. Élisabeth Lebon, Dictionnaire des fondeurs de bronze d’art, France 1890-1950, Perth, Marjon éditions, 2003.
  17. INHA, Barbedienne Ferdinand, sur le site inha.revues.org, consulté le 7 février 2015.
  18. Ferdinand Barbedienne, sur le site marcmaison.fr, consulté le 7 février 2015.
  19. Archives Nationales, Papiers personnels de Ferdinand Barbedienne, sur le site siv.archives-nationales.culture.gouv.fr, consulté le 18 février 2015.
  20. « Informations », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  21. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents,‎ (ISBN 978-2914611480), p. 75-76
  22. Histoire et vies du 10e arrondissement - La maison Barbedienne, sur le site hv10.org, consulté le 5 février 2015.
  23. Université de Lille, Les monuments aux morts, sur le site monumentsmorts.univ-lille3.fr, consulté le 5 février 2015.
  24. La statuaire d'édition au XIXe siècle, sur le site aracade.net, consulté le 5 février 2015.
  25. Catherine Chevillot, Les Stands industriels d’édition de sculptures à l’Exposition universelle de 1889 : l’exemple de Barbedienne, p. 61-67, sur le site persee.fr, consulté le 5 février 2015.
  26. Catherine Chevillot à la Bibliothèque Nationale de France, sur le site data.bnf.fr, consulté le 3 mars 2015.
  27. Élisabeth Lebon à la Bibliothèque Nationale de France, sur le site data.bnf.fr, consulté le 3 mars 2015.
  28. Florence Rionnet à la Bibliothèque Nationale de France, sur le site data.bnf.fr, consulté le 3 mars 2015.
  29. cths.fr
  30. Notice des Archives nationales.
  31. « Nouvelles diverses - Faits du jour - Inauguration du monument de Ferdinand Barbedienne », in Le Gaulois du 25 novembre 1894, sur le site gallica.bnf.fr, consulté le 5 février 2015.
  32. « Bloc-Notes parisien - Le monument de Ferdinand Barbedienne », in Le Gaulois du 23 novembre 1894, sur le site gallica.bnf.fr, consulté le 5 février 2015.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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