Études postcoloniales

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Les études postcoloniales (de l'anglais postcolonial studies), plus connues sous le terme de postcolonialisme, sont l’étude des théories postcolonialistes qui naissent dans les années 1980 (aux États-Unis, bien plus tard en Europe) au sein du discours postmoderne, en réaction à l’héritage culturel laissé par la colonisation. Les théories postcolonialistes sont plus qu’une simple tentative historiographique et s’inscrivent dans une démarche critique.

L’Orientalisme d’Edward Saïd (1978) est généralement considéré comme le texte fondateur des théories postcolonialistes.

Historique[modifier | modifier le code]

Les théories postcoloniales sont un courant de pensée anglophone né dans les années 1980-1990 qui réfléchit sur les héritages coloniaux britanniques en Inde, en Australie, en Afrique et au Moyen Orient des XIXe et XXe siècles. Ces auteurs s’inspirent essentiellement de la relecture du marxisme hétérodoxe impulsée par Antonio Gramsci et des tentatives de dépassement du marxisme, du post-structuralisme et de la critique de la métaphysique occidentale[1].

L'ouvrage d’Edward Saïd, L’orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, publié à New York en 1978, est généralement présenté comme le point de départ des études postcoloniales. L'auteur étudie l'évolution de la production savante occidentale sur l'Orient, principalement en France et en Grande-Bretagne à partir de la fin du XVIIe siècle. Empruntant à Michel Foucault la notion de discours, il affirme que l’orientalisme est un système épistémologique accumulant les connaissances pour produire des savoirs, mais aussi une représentation de soi et de l’autre conforme « à l’exercice direct et indirect de la domination occidentale »[2]. Celle-ci n'est plus seulement pensée selon les analyses marxistes en termes de « mises en dépendance » avant tout économique et politique mais également par la production de connaissances. Insistant sur la nécessité de contrecarrer les dispositifs idéologiques que la décolonisation aurait laissés intacts, il donne un nouvel essor à l’anticolonialisme[2].

A une époque où s'achèvent les espoirs révolutionnaires soulevés par la période des indépendances, Edward Saïd formule un « programme intellectuellement séduisant » qui tient « la balance égale entre érudition et engagement politique » son principal objet devenant le « discours colonial ». Il donne un sens politique à cette entreprise critique qui doit permettre la construction d’un autre discours[2].

Analyses critiques[modifier | modifier le code]

Pour Daniel Rivet, les études postcoloniales ne sont que la version « affadie, banalisée de l’anticolonialisme à la Memmi ou Fanon ». Ils constitueraient, selon l'historien, « une nébuleuse influente » notamment présente dans les médias[3].

Certains auteurs ont critiqués la différence entre le radicalisme politique revendiqué par les études postcoloniales et les résultats finalement assez conventionnels de ces travaux : « leur radicalisme rhétorique a été dénoncé comme une imposture »[2]. L'essor de ces études dans les universités américaines se serait fait au détriment des études sur le tiers-monde[2].

De surcroit, les études postcoloniales confrontées à la réalité de la globalisation économique formeraient un « leurre idéologique » qui « détourneraient l’attention en suscitant de faux débats », justifiant le multiculturalisme dont la globalisation économique a besoin pour se développer[2],[4].

Pour l'historien Arif Dirlik (en), les études postcoloniales reflèteraient surtout « les états d’âme des intellectuels du Sud » travaillant dans les universités américaines et parlant un langage étranger aux populations qu’ils prétendent incarner[2].

Théoriciens du postcolonialisme[modifier | modifier le code]

Historiens du postcolonialisme[modifier | modifier le code]

Penseurs du postcolonialisme[modifier | modifier le code]

Sujet d'étude[modifier | modifier le code]

Les études postcolonialistes ont pour sujet principal les processus de développement d’une identité culturelle nationale dans les pays colonisés. Ses notions principales et concepts clefs sont :

Influence foucaldienne sur le discours postcolonialiste[modifier | modifier le code]

Dans l'Orientalisme, Edward Saïd développe une idée du colonialisme selon la théorie du discours de Michel Foucault. L'influence foucaldienne sur le discours postcolonialiste s'est illustrée dans sa reconceptualisation des relations de pouvoir, non pas en tant que force unilatérale d'oppresseur à oppressé, mais comme un réseau de pouvoirs et de contre-pouvoirs qui circulent au sein de la société. Ainsi l'imposition du colonialisme par les pouvoirs impérialistes sur les populations indigènes n'est plus considérée seulement comme une simple relation de pouvoir unidirectionnelle mais comme une construction fragile qui doit constamment se légitimer et faire face aux contre-pouvoirs qu'elle développe dans un rapport de force en constant changement[réf. nécessaire].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Capucine Boidin, Études décoloniales et postcoloniales dans les débats français, Cahiers des Amériques latines, 62, 2009, 129-140.
  2. a, b, c, d, e, f et g Emmanuelle Sibeud, Post-Colonial et Colonial Studies: enjeux et débats, Revue d’histoire moderne & contemporaine, 2004/5 (no51-4bis)
  3. Daniel Rivet, Post-scriptum aux souvenirs des années 1960-1980 de Catherine Coquery-Vidrovitch, Afrique & histoire, 2009/1 (vol. 7), p. 321 - 330, (ISBN 9782864325826)
  4. (en) Arif Dirlik, « The Postcolonial Aura : Third World Criticism in the Age of Gobal Capitalism », Critical Inquiry, n° 20,1994, p. 328-356

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]