René Depestre

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René Depestre
Description de l'image René Depestre (25-02-2017).jpg.
Naissance (91 ans)
Jacmel, Haïti
Activité principale
poète, romancier et essayiste
Distinctions
Prix Goncourt de la nouvelle pour Alléluia pour une femme-jardin (1973)
Prix Tchicaya U Tam'si pour la poésie africaine (1991)
Prix Apollinaire pour son recueil poétique Anthologie personnelle (1993)
Prix Renaudot pour Hadriana dans tous mes rêves (1988)
.
Auteur

Œuvres principales

René Depestre est un poète, romancier et essayiste né le 29 août 1926 à Jacmel en Haïti.

Il publie en 1945 son premier recueil de poèmes, Étincelles. Activiste politique, il doit quitter Haïti après l'arrivée au pouvoir d'un régime militaire. Il s'installe à Paris et y suit des cours à la Sorbonne. Il rejoint Cuba en 1959 et soutient le nouveau régime de Fidel Castro, puis déçu par l'orientation de la révolution notamment après l’affaire du poète cubain Heberto Padilla en 1971, René Depestre décide de quitter l’île en 1978.

Dans les années 1980, il s'installe à Lézignan-Corbières. Son roman Hadriana dans tous mes rêves reçoit le Prix Renaudot en 1988.

Biographie[modifier | modifier le code]

René Depestre est né en 1926 en Haïti, à Jacmel. Il suit ses études primaires chez les Frères de l’Instruction chrétienne. Son enfance restera toujours une source d'inspiration : « Chaque fois que je prends la plume, je suis aussitôt projeté dans un matin jacmélien frémissant de lumière et de chants d’oiseaux ». Sa mère lui fait découvrir des cérémonies vaudou. En 1936, son père décède, il va alors vivre chez sa grand-mère qui le place comme apprenti tailleur ; il apprend alors la coupe et la couture[1].

De 1940 à 1944, il suit ses études secondaires au sein du lycée Alexandre-Pétion à Port-au-Prince[2]. En 1942, alors que René Depestre est en classe de troisième, il se lie d'amitié avec le poète cubain Nicolás Guillén, leur relation dure jusqu'à la rupture de René Depestre avec le régime castriste.

En 1945, il crée, avec d'autres intellectuels, la revue littéraire La Ruche et publie un premier recueil de poèmes, Étincelles. Il est alors reconnu comme un poète et un opposant au régime de l'époque. En 1946, il participe au mouvement révolutionnaire qui permet de renverser Élie Lescot. Mais à l'arrivée à la tête du pays d'un régime militaire, il est arrêté et emprisonné puis obligé de quitter son île. Il s'installe à Paris où il suit des études de lettres et de sciences politiques à la Sorbonne entre 1946 et 1950. Il côtoie alors les poètes surréalistes et s'intéresse au mouvement de la négritude. Très proche des mouvements de la décolonisation, il est expulsé du territoire français.

Il rejoint la Hongrie avec sa femme, Edith Gombos Sorel, d'origine hongroise qu'il a épousé en 1949, elle apparaît dans ses poèmes sous le nom de Dito[3]. Il s'installe à Prague qu'il doit quitter en 1952. Il rejoint Cuba mais le régime de Fulgencio Batista le fait expulser. Il voyage dans le monde et revient finalement à Cuba en 1959, à la suite de l'invitation de son ami Nicolás Guillén et de Che Guevara[4],[2].

Il travaille avec Che Guevara sur un projet de débarquement à Haïti pour y chasser la dictature de "Papa Doc". L'opération est finalement annulée par Fidel Castro après l'échec d'un débarquement similaire mené en République dominicaine contre Leónidas Trujillo[1][5].

Il continue à écrire des poésies et publie notamment Minerai noir en 1956, traduit en russe en 1961 par Pavel Antokolski, dans lequel il évoque les souffrances et les humiliations de l'esclavage.

S'il reconnait au régime de Fidel Castro le combat pour la décolonisation totale de l'Afrique et l'abolition du racisme institutionnel à Cuba, il critique cependant le manque de liberté d'expression[6]. En 1971, lors du procès et de l’incarcération du poète cubain Heberto Padilla, il défend ce dernier et dénonce le régime politique instauré à Cuba. À la suite de cette prise de position, il est écarté du pouvoir castriste et relégué à l'université de La Havane où il doit donner des cours à des policiers déguisés en faux étudiants : « Ma chaire était une fausse chaire et j’étais un faux professeur qui s’adressait à de faux étudiants. »[1]. Pour René Depestre : « C’est difficile, pour un poète, d’être un bon stalinien ». De ses vingt années à Cuba, il reconnait « des acquis sur le plan de la santé, de l’éducation, de l’émancipation des femmes »[7]. En 2016, il se considère toutefois « réconcilié » avec Cuba[6].

Il part pour Paris en 1978 où il travaille de nombreuses années pour l'UNESCO grâce à la recommandation d'Amadou-Mahtar M’Bow[7].

René Depestre poursuit son œuvre d'écrivain-poète à Lézignan-Corbières où il s'est installé dans les années 1980.

René Depestre est l'oncle de Michaëlle Jean, secrétaire générale de l'Organisation internationale de la francophonie et ex-gouverneure générale du Canada[8].

Récompenses[modifier | modifier le code]

Son roman Hadriana dans tous mes rêves (1988) reçoit le Prix Renaudot, le Prix du roman de la Société des gens de lettres et le Prix du roman de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. En 1991, il remporte le Prix Tchicaya U Tam'si pour la poésie africaine, et en avril 2007, il est le lauréat du prix Robert Ganzo de poésie pour son livre La rage de vivre édité aux éditions Seghers.

L'œuvre[modifier | modifier le code]

Poésie[modifier | modifier le code]

  • Étincelles, Port-au-Prince, Imprimerie de l'État, 1945.
  • Gerbe de sang, Port-au-Prince, Imprimerie de l'État, 1946.
  • Végétations de clarté, préface d'Aimé Césaire, Paris, Seghers, 1951.
  • Traduit du grand large, Paris, Seghers, 1952.
  • Minerai noir, Paris, Présence Africaine, 1956.
  • Journal d'un animal marin, Paris, Seghers, 1964.
  • Un Arc-en-ciel pour l'Occident chrétien, Paris, Présence Africaine, 1967.
  • Cantate d'octobre, édition bilingue, La Havane, Institut du Livre; Alger, SNED, 1968.
  • Poète à Cuba, préface de Claude Roy, Paris, Oswald, 1976.
  • En état de poésie, Paris, Éditeurs français réunis, 1980.
  • Au matin de la négritude, préface de Georges-Emmanuel Clancier, Paris, Euroediteur, 1990.
  • Journal d'un animal marin, choix de poèmes 1956-1990, Paris, Gallimard, 1990.
  • Anthologie personnelle, Arles, Actes Sud, 1993.
  • Adieu à la Révolution et En fils créole de la francophonie, dans Écrire la «parole de nuit», la nouvelle littéraire antillaise, Paris, Gallimard, Folio essais, 1994, 53-57.
  • Non-assistance à poètes en danger, préface de Michel Onfray, Paris, Seghers, 2005.
  • Étincelles suivi de Gerbes de sang, Port-au-Prince, Presses Nationales d'Haïti, 2006.
  • Rage de vivre, œuvres poétiques complètes, Paris, Seghers, 2007, 528 p.

Prose[modifier | modifier le code]

  • Pour la révolution pour la poésie, essai, Montréal, Leméac, 1974.
  • Le Mât de Cocagne, roman, Paris, Gallimard, 1979; Folio, 1998.
  • Bonjour et adieu à la négritude, essai, Paris, Laffont, 1980; 1989.
  • Alléluia pour une femme-jardin, récits, Paris, Gallimard, 1981; Folio, 1986, 1990.
  • Hadriana dans tous mes rêves, roman, Paris, Gallimard, 1988; Folio 1990.
  • Éros dans un train chinois, nouvelles, Paris, Gallimard, 1990; Folio, 1993.
  • Les aventures de la créolité, lettre à Ralph Ludwig, dans Écrire la «parole de nuit», la nouvelle littéraire antillaise, Paris, Gallimard, Folio essais, 1994, p. 159-170.
  • La mort coupée sur mesure dans Noir des Îles, collectif, Paris, Gallimard, 1995, p. 95-126.
  • Vive la lecture, dans En quête du livre, collectif, Paris, Paroles d'aube, 1997.
  • Ainsi parle le fleuve noir, Paris, Paroles d'Aube, 1998.
  • Le Métier à métisser, essai, Paris, Stock, 1998.
  • Comment appeler ma solitude, Paris, Stock, 1999.
  • Encore une mer à traverser, Paris: La Table Ronde, 2005.
  • L'Œillet ensorcelé et autres nouvelles, Paris, Gallimard, 2006.
  • Popa Singer, Paris, Éditions Zulma, 2016.

Traductions[modifier | modifier le code]

  • Nicolas Guillen, Le Grand Zoo, Paris, Seghers, 1966.
  • Poésie cubaine, 1959-1966, anthologie Heberto Padilla, édition bilingue, La Havane, Institut du Livre, 1967.
  • Roberto Fernández Retamar, Avec les mêmes mains, Paris, Oswald, 1968.
  • César Fernández Moreno, Un catalogue de vieilles automobiles, Paris, Saint-Germain-des-Prés/Unesco, 1988.

Préfaces[modifier | modifier le code]

  • Amin Khan, Arabian blues, Saint-Brieuc, MLD, 2012.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • René Depestre - romancier et poète de Sarah Maldoror (5 min - documentaire) 1984
  • René Depestre : Chronique d'un animal marin de Patrick Cazals (63 min - documentaire) 2004

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Léon-François Hoffmann Chronologie de René Depestre
  2. a et b Joëlle Vitiello René Depestre
  3. René Depestre Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges.
  4. René Depestre Ecole Normale Supérieure
  5. Pierre Kalfon, Che, Points
  6. a et b « René Depestre : « Je me suis réconcilié cette année avec Cuba » - Journal France-Antilles », France-Antilles Martinique,‎ (lire en ligne)
  7. a et b Littérature haïtienne : René Depestre, compositeur cosmique Jeune Afrique, 21 mars 2016
  8. AlterPresse, « Haïti/Canada : Michaëlle Jean vient renforcer les liens entre les deux pays », AlterPresse,‎ (lire en ligne).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Delpêche, Magouille d'une esthétique : René Depestre et le vodou, Éditions Caractères, Paris, 2005, 119 p. (ISBN 2-85446-380-3)
  • Lilyan Kesteloot, « René Depestre », in Anthologie négro-africaine. Histoire et textes de 1918 à nos jours, EDICEF, Vanves, 2001 (nouvelle éd.), p. 444-445
  • Nadève Ménard, « René Depestre », dans Christiane Chaulet Achour, avec la collaboration de Corinne Blanchaud (dir.), Dictionnaire des écrivains francophones classiques : Afrique subsaharienne, Caraïbe, Maghreb, Machrek, Océan Indien, H. Champion, Paris, 2010, p. 127-131 (ISBN 978-2-7453-2126-8)
  • Jérôme Poinsot, Hadriana dans tous mes rêves de René Depestre, Paris, Champion, coll. "Entre les lignes - Littérature Sud", 2016, 135 p. (ISBN 978-2-7453-3100-7)
  • Yopane Thiao, La quête de l'identité africaine à travers les œuvres de René Depestre et Nicolas Guillen, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, 2002, 2 vol., 597 p. (thèse)
  • Claude Couffon, René Depestre , collection Poètes d'aujourd'hui, Seghers, 1986 (ISBN 2-221-01254-2)

Liens externes[modifier | modifier le code]