Cyril Lionel Robert James

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Cyril Lionel Robert James
Naissance
Tunapuna, Trinité (Trinité-et-Tobago)
Décès (à 88 ans)
Londres (Royaume-Uni)
Activité principale
Écrivain, militant politique

Cyril Lionel Robert James ( - ) est un écrivain et militant politique, intellectuel, originaire de la colonie britannique de Trinité-et-Tobago aux Antilles.

Visionnaire, James commença à militer très tôt pour l'indépendance de son pays et défendait l'idée d'une fédération des Antilles britanniques (cette fédération vit le jour après l'indépendance, mais ne dura que quelques années). Il œuvra toute sa vie pour la révolution prolétarienne mondiale et pour la cause du panafricanisme. Il était l'auteur de nombreux ouvrages, dont une étude historique de la révolution de Saint-Domingue (Les Jacobins Noirs, 1938, traduit en français en 1949) et une pièce de théâtre sur la vie de Toussaint Louverture dans laquelle le chanteur et acteur noir américain Paul Robeson joua le rôle principal.

La collection C.L.R. James est inscrite au Registre Mémoire du monde de l'UNESCO depuis 2005[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

James quitte son pays natal en 1932 pour le Lancashire en Angleterre où il aida son ami, le joueur de cricket antillais Learie Constantine (le futur Lord Constantine) à écrire ses mémoires. Il passe quelque temps en France puis part aux États-Unis en 1938, où il milite pour les droits des Noirs.

En 1953, en situation irrégulière, il est expulsé des États-Unis et part pour l'Angleterre. Il ne retourne aux États-Unis qu'en 1968, pour enseigner à l'Université du District de Columbia.

James retourne à Trinidad en 1958, où il devient le rédacteur en chef de The Nation, le journal du People's National Movement du futur premier ministre, Eric Williams - un de ses anciens élèves et l'auteur d'un ouvrage historique important, Capitalism and Slavery (1964).

James passe les dernières années de sa vie en Angleterre à Brixton, quartier de Londres célèbre pour sa communauté antillaise. Loin d'être oublié, il eut une influence considérable sur la jeune génération de militants de la cause noire et de l'extrême gauche.

Œuvre et engagements[modifier | modifier le code]

L'opposition de gauche[modifier | modifier le code]

Dans le Lancashire, au début des années 1930, il côtoie de près les ouvriers de la ville « rouge » de Nelson et évolue rapidement vers la gauche. Se retrouvant à Paris pour faire de la recherche pour son livre sur Toussaint L'Ouverture, il est témoin des événements de février 1934, et devient convaincu que l'Internationale communiste sous Staline est une force contre-révolutionnaire.

D'abord membre du parti travailliste, il rejoint rapidement un petit groupe trotskiste, le Marxist Group, qui pratique l'entrisme dans l'Independent Labour Party. En 1937, il publie World Revolution, 1917-1936: The Rise and Fall of the Communist International, une étude remarquée, entre autres, par Léon Trotsky et George Orwell (lui-même pendant un temps membre de l'Independent Labour Party). Après avoir quitté l'ILP, le groupe de James fusionne en 1938 avec d'autres organisations pour former la « Revolutionary Socialist League ».

Pendant ces années, il se fait remarquer en tant que défenseur des droits des peuples colonisés. En 1935, il devient président d'une association de défense de l'indépendance de l'Abyssinie (actuellement l'Éthiopie), victime de l'agression de l'Italie mussolinienne. Il est également actif au sein de l'« International African Service Bureau ».

La question noire aux États-Unis[modifier | modifier le code]

En 1938, James part militer aux États-Unis, devenant un spécialiste de la « question noire » (ses débats avec Léon Trotsky sur cette question sont célèbres dans le mouvement trotskiste). En 1940, il rompt avec le principal groupe trotskiste américain, le « Socialist Workers' Party » et adhére au « Workers' Party » de Max Schachtman, formant une tendance (la tendance Johnson-Forest) avec Raya Dunayevskaya, qui avait été la secrétaire de Trotsky. À cette époque, il développe une version de la théorie selon laquelle l'Union soviétique n'était pas un « État ouvrier dégénéré » (position défendue par les trotskistes orthodoxes) mais une forme de « capitalisme d'État ».

À la même époque, il traduit en anglais la biographie démystificatrice de Boris Souvarine sur Staline.

En réponse à la tendance droitière du « Workers' Party »[Laquelle ?], le groupe de James réadhère au « SWP » américain en 1947. Deux ans plus tard, alors que le mouvement trotskiste international traverse partout une grave crise, il se sépare définitivement du trotskisme orthodoxe et prend un pas théorique important en rejetant la notion du parti d'avant-garde, tout en se réclamant de l'héritage révolutionnaire de Lénine.[pas clair]

James et l'Afrique[modifier | modifier le code]

Le rayonnement personnel et intellectuel de James aux Antilles britanniques, en Grande-Bretagne, aux États-Unis et en Afrique est considérable. À travers l'« International African Service Bureau » il retrouve un ami d'enfance, le communiste George Padmore, devenu l'un des théoriciens du mouvement panafricaniste, et rencontre Kwame Nkrumah[1], premier président de Ghana de 1960 à 1966 et leader du mouvement des pays non-alignés.

Il a une grande influence sur toute une génération de jeunes intellectuels aux Antilles et dans la diaspora antillaise comme Tim Hector (avec lequel il anima brièvement l'« International Caribbean Service Bureau ») et l'historien et militant Walter Rodney. Ses écrits sur Toussaint L'Ouverture inspirent le poète martiniquais Aimé Césaire, auteur lui-même d'une pièce de théâtre sur la révolution haïtienne, La Tragédie du roi Christophe (1963). Dans les années 1950, il collabore avec le philosophe Cornelius Castoriadis, fondateur de la revue Socialisme ou barbarie. Il est également proche de Daniel Guérin, l'auteur entre autres de Les Antilles décolonisées (1956).

Le chroniqueur de cricket et l'historien de la littérature[modifier | modifier le code]

Fait rare pour un militant léniniste, James était connu dès les années 1930 pour ses écrits sur le cricket (notamment pour le Manchester Guardian - ancêtre du Guardian actuel) dans lesquels il mélange aisément des références à l'histoire et à l'esthétique du cricket, à la lutte des classes, à l'histoire des peuples colonisés, à l'art, à la philosophie et à la littérature. Il est l'auteur d'une étude importante de l'écrivain américain Herman Melville, écrite dans le but d'empêcher son expulsion des États-Unis, et de plusieurs articles sur l'œuvre de William Shakespeare.

Bibliographie sélective[modifier | modifier le code]

  • 1938 : Les Jacobins noirs. Toussaint Louverture et la Révolution de Saint-Domingue, trad. française de Pierre Naville (1re éd. Gallimard, 1949), 2e éd. avec textes complémentaires, traduits par Claude Fivet-Demorel, Éditions caribéennes, 1983. Réédité 2008, Editions Amsterdam.

Ouvrages sur C.L.R. James[modifier | modifier le code]

  • 1996 : C.L.R. James. A Political Biography, Kent Worcester, State University of New York Press, New York

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « La collection C.L.R. James inscrite au Registre Mémoire du monde », sur unesco.org,‎ 2005 (consulté le 6 mars 2015).

Liens externes[modifier | modifier le code]