Achille Mbembe

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Achille Mbembe, né en 1957[1] au Cameroun, est un philosophe théoricien du post-colonialisme, politologue, historien et enseignant universitaire[2].

Il est actuellement membre de l'équipe du Wits Institute for Social & Economic Research (WISER) de l'université du Witwatersrand de Johannesburg en Afrique du Sud[2].

Ses principaux centres d'intérêts sont l'histoire de l'Afrique, la politique africaine et les sciences sociales[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

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Jeunesse[modifier | modifier le code]

Achille Mbembe est né au centre du Cameroun en juillet 1957. Il appartient à l’ethnie bassa, l'une des plus importantes du Cameroun. Il a passé une bonne partie de son enfance à Malandè, petit village situé non loin d’Otélé, important carrefour sur la ligne du chemin de fer Douala-Yaoundé. Mbembe a été éduqué à l'internat par les pères dominicains. Il s’engagera dans la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) où, très rapidement, il aura la responsabilité du journal du mouvement, Au large.

Sa région d'origine fut un bastion du mouvement nationaliste camerounais. Il se souvient particulièrement du récit de l’assassinat de Ruben Um Nyobè, le fondateur de l'UPC, sauvé de l’oubli officiel par la mémoire populaire.

Il est impliqué dans des grèves au collège, puis à l’université de Yaoundé qu’il fréquente à partir de 1978. Son mémoire de maîtrise d’histoire porte sur les violences qui accompagnèrent le processus de décolonisation du Cameroun. Il ne fera jamais l’objet d’une défense publique, les autorités académiques de l’époque s’étant désistées.

Grâce à son engagement dans la JEC, il entreprend la découverte du Nord-Cameroun et, de manière générale, la connaissance de son pays et plus particulièrement de la vie de ses paysans. Avec ses camarades, il participe à des cours d’alphabétisation, organisés l’été pour les paysans, dans le village de Mokong, non loin de Maroua, l’un des principaux centres commerciaux de la région.

Voyage en Tanzanie[modifier | modifier le code]

À la suite de son voyage en Tanzanie en 1980, il entrera en contact avec la pensée du « Mwalimu » Julius Nyerere. En effet, dans les années 1970-1980, Dar Es Salam est un centre de bouillonnement intellectuel et de lutte pour la libération du continent. Le Comité de l’Organisation de l’unité africaine y est basé. Julius Nyerere pourvoit argent et soutien logistique à tous les mouvements de libération sur le continent. Par ailleurs l’université de Dar es Salaam est un grand lieu de la production intellectuelle du marxisme africain.

Arrivée à Paris[modifier | modifier le code]

Arrivé à Paris en 1982, Mbembe poursuit des études d’histoire à l’université de Paris-I (Panthéon-Sorbonne), tout en multipliant les écrits dans la presse de gauche (dont Le Monde diplomatique). Il commence une thèse de doctorat d’État, sous la direction de Catherine Coquery-Vidrovitch, historienne de l’Afrique, qui est la continuation de ses travaux sur le mouvement nationaliste camerounais. Il s’inscrit également à l'Institut d'études politiques de Paris où il travaille sous la direction de Jean Leca. Ayant grandi et vécu au Cameroun, Jean-François Bayart devient son « mentor » parisien. Il lui ouvre les pages de sa revue Politique africaine et de son école de pensée (le politique par le bas en Afrique).

Il obtient son doctorat en histoire à l'université Panthéon-Sorbonne en 1989[3]. Par ailleurs, il est titulaire d'un DEA en science politique de l'Institut d'études politiques de Paris.

Sa formation terminée, Mbembe obtient un poste de professeur assistant à l'université Columbia.

Aux États-Unis et au CODESRIA[modifier | modifier le code]

Achille Mbembe part aux États-Unis en 1986, bénéficiant d'une bourse de la fondation Ford, pour rédiger son livre Afriques indociles. Richard Joseph, aujourd’hui professeur d’études africaines à l'université Northwestern à Chicago, facilita à l’époque son séjour. Il enseigne aussi dans plusieurs universités, dont l'université de Californie à Irvine au sein de laquelle il intervient toujours actuellement.

Lorsque après une année aux États-Unis il revient soutenir sa thèse à Paris, il a déjà acquis une aura internationale incontestable. Après trois ans d’enseignement à l’université Columbia, il passe une année à la Brookings Institution à Washington avant de rejoindre l’université de Pennsylvanie en 1992. En 1996, il obtient la bourse de la Fondation MacArthur.

Après son expérience américaine, il obtient le poste de Secrétariat Exécutif du Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (Codesria) à Dakar (juillet 1996-janvier 2000). Il démissionne en janvier 2000.

Mbembe s’établit ensuite au Cap en Afrique du Sud où il finit d'écrire De la postcolonie. Puis, après un congé sabbatique à Berkeley, l’université du Witwatersrand à Johannesburg demanda son concours en vue de l’établissement d’un nouvel Institut de recherche, le Witwatersrand Institute of Social and Economic Research, où il exerce depuis 2001 les fonctions de directeur de recherche.

De la démocratie en Afrique[modifier | modifier le code]

Mbembe distingue plusieurs éléments freinant la démocratisation en Afrique[4]. D’abord la faillite de l’État et l’informalisation des économies, conséquence de la « diffraction sociale »[note 1]. Il ajoute le double impératif d’une ouverture politique et économique. Enfin il rappelle que l’apathie des intellectuels africains, restés muets et sourds sur la nécessité de réfléchir sur un modèle de démocratie sur le continent, peut être un facteur explicatif de la difficulté de ce régime politique à s’enraciner sur le continent.

Prises de positions[modifier | modifier le code]

Deux jours après la réception à l'Elysée de plus de 300 représentants de la « diaspora africaine » le 11 juillet 2019[6], il dénonce ce qu’il considère être un moyen d’éviter de « discuter avec des intellectuels africains critiques » car ceux-ci risqueraient alors de « poser toutes les questions qui gênent » et d’ « opposer des arguments sérieux auxquels » le président Emmanuel Macron « n'a aucune réponse plausible » : « Ils risquent de remettre publiquement en cause les trois piliers de la politique française - le militarisme, le mercantilisme et le paternalisme mâtiné, comme toujours, de racisme ». Il soutient que cette réception officielle escamote les « vrais dilemmes », le « scandale néocolonial »[7].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Achille Mbembe est marié à Sarah Nuttall, qui est professeure de littérature et études culturelles et dirige le Wits Institute for Social and Economic Research à l'Université du Witwatersrand à Johannesbourg. Ils ont co-écrit plusieurs textes et ont deux enfants[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « À ces données fondamentales s’ajoute l’événement qu’aura été la grande diffraction sociale commencée au milieu des années 1980. Cette diffraction de la société a conduit à peu près partout à une informalisation des rapports sociaux et économiques, à une fragmentation sans précédent du champ des règles et des normes, et à un processus de dés-institutionalisation qui n’a pas épargné l’État lui-même. Cette diffraction a également provoqué un grand mouvement de défection de la part de nombreux acteurs sociaux, ouvrant dès lors la voie à de nouvelles formes de la lutte sociale –une lutte sans pitié pour la survie centrée autour de l’accès aux ressources[5]. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. catalogue.bnf.fr
  2. a b et c (en) « Achille Mbembe », sur wiser.wits.ac.za
  3. SUDOC 043791263
  4. Achille Mbembe, « Vers une nouvelle géopolitique africaine », Manière de voir, no 51,‎ (lire en ligne)
  5. Achille Mbembe, « Cinquante ans de décolonisation africaine », sur le blog d'Achille Mbembe, Mediapart,
  6. « Invité Afrique - «Diasporas africaines» à l'Élysée: «Un coup de com du président français» », sur RFI, (consulté le 16 juillet 2019)
  7. « Comédie à l'Élysée, tragédie au Panthéon : les deux visages du néo-machiavélisme », sur www.facebook.com, (consulté le 16 juillet 2019)
  8. (en) Percy Zvomuya, « Wits all the Wiser for its vital literary couple », sur The M&G Online (consulté le 13 mars 2019)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]