Maryse Condé

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Condé.

Maryse Condé née Marise Liliane Appoline Boucolon le à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), est une écrivaine française. Elle a publié de nombreux romans historiques, dont Segou et Moi, Tituba sorcière… (1984-1985).

Biographie[modifier | modifier le code]

Marise Boucolon naît en Guadeloupe, d'une mère institutrice, dans une famille de huit enfants dont elle est la benjamine[1]. En 1953, elle part étudier en métropole au lycée Fénelon, puis à la Sorbonne où elle étudie l'anglais. Elle rencontre Mamadou Condé, un acteur guinéen jouant alors dans la première mise en scène de la pièce Les Nègres de Jean Genet ; elle l'épouse en 1959 prend alors le nom de Maryse Condé. Ses études terminées, elle enseigne le français en Guinée, au Ghana et au Sénégal. Puis dans les années 1970, elle quitte l'Afrique pour retourner vivre en France[2].

En 1975, elle obtient à la Sorbonne Nouvelle un doctorat en littérature comparée grâce à sa thèse portant sur les stéréotypes à l'encontre des Noirs dans la littérature caribéenne[3]. L'année suivante elle publie son premier roman, Heremakhonon, réédité plus tard sous le titre En attendant le bonheur[4].

En 1981, elle divorce et épouse en secondes noces Richard Philcox, le traducteur de la plupart de ses romans vers l'anglais.

C'est grâce au roman Moi, Tituba sorcière... Noire de Salem (1986) qu'elle reçoit en 1987 son premier prix littéraire : le Grand Prix littéraire de la Femme[5]. Puis elle reçoit en 1993 le prix Puterbaugh, décerné aux États-Unis à un écrivain de langue française pour l'ensemble de son œuvre et dont elle est la première femme à en être honorée[6]. En 1995, elle publie La Migration des cœurs, réécriture caribéenne des Hauts de Hurlevent d'Emily Brontë[7], classique de la littérature britannique qu'elle a lu à 14 ans après en avoir reçu un exemplaire comme récompense scolaire pour ses qualités d'écriture[8]. Le prix Marguerite-Yourcenar est décerné à l'écrivaine en 1999 pour Le Cœur à rire et à pleurer, écrit autobiographique qui fait le récit de son enfance[9].

Après de nombreuses années d'enseignement à l'université Columbia, dont elle préside le Centre des études françaises et francophones depuis sa fondation en 1997 jusqu'en 2002[3], elle partage son temps entre son île natale et New York.

Les romans de Condé explorent des questions de sexes, de races et de cultures, dans différents lieux et époques historiques, y compris les procès de sorcellerie à Salem, dans Moi, Tituba sorcière… Noire de Salem (1986) et le royaume bambara de Ségou (actuel Mali) au XIXe siècle dans Segou. Elle écrit également des romans pour le magazine Je bouquine. Elle a été aussi journaliste à la BBC et en France.

En France, Maryse Condé a été successivement élevée au rang de Commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres en 2001, Commandeur de l'ordre national du Mérite en 2007 et Officier de l’ordre national de la Légion d’honneur en 2014[10].

Suite aux démissions du jury et à l'annulation exceptionnelle du Prix Nobel de littérature en 2018, quatre personnalités du monde culturel - Ann Palsson, Lisbeth Larrson, Peter Stenson et Gunilla Sandin - fondent une Nouvelle académie de 109 intellectuels suédois[11]. Celle-ci décerne alors, selon une procédure ouverte au public, un "prix Nobel alternatif de littérature" à Maryse Condé en octobre 2018[12]. L'Académie alternative a annoncé l'avoir honorée car :

« Elle décrit dans son oeuvre les ravages du colonialisme et le chaos post-colonial dans une langue à la fois précise et bouleversante[13]. »

Comité pour la mémoire de l'esclavage[modifier | modifier le code]

Elle préside le Comité pour la mémoire de l'esclavage créé en janvier 2004 pour l'application de la loi Taubira qui a reconnu en 2001 la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. À ce titre, c'est sur sa proposition que le président Jacques Chirac a fixé au 10 mai la Journée de commémoration de l'esclavage, célébrée pour la première fois en 2006[14].

Prix, distinctions, hommages[modifier | modifier le code]

Prix[modifier | modifier le code]

  • 1987 - Grand prix littéraire de la Femme : prix Alain-Boucheron, pour Moi, Tituba sorcière... Noire de Salem
  • 1988 - Prix de l'Académie française, pour La Vie scélérate
  • 1988 - Prix LiBeratur (Allemagne), pour Ségou : Les murailles de terre
  • 1993 - Prix Puterbaugh, pour l'ensemble de son œuvre
  • 1994 - 50e grand prix littéraire des jeunes lecteurs de l'Île-de-France, pour Moi, Tituba, sorcière noire de Salem
  • 1997 - Prix Carbet de la Caraïbe, pour Desirada
  • 1999 - Prix Marguerite-Yourcenar, pour Le Cœur à rire et à pleurer
  • 2003 - Grand prix Metropolis bleu
  • 2005 - Hurston/Wright Legacy Award (catégorie fiction), pour Who Slashed Célanire's Throat?
  • 2006 - Certificat d'honneur Maurice Gagnon du Conseil international d'études francophones (CIEF)
  • 2007 - Prix Tropiques, pour Victoire, les saveurs et les mots
  • 2008 - Trophée des arts afro-caribéens (catégorie fiction), pour Les Belles Ténébreuses
  • 2010 - Grand prix du roman métis, pour En attendant la montée des eaux
  • 2018 - "Nouveau prix de littérature", substitut du Nobel, institué par la "Nouvelle académie"

Distinctions[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

  • Depuis 2001, son nom est associé à un prix, le prix littéraire FETKANN ! MARYSE CONDÉ « Mémoire des pays du Sud, Mémoire de l’Humanité »[17], créé à la suite du vote de la loi Taubira.
  • 2011 - Le collège de l'île de La Désirade (971 Guadeloupe), anciennement nommé collège Jean-Bellot-Hervagault, est devenu collège Maryse-Condé, à compter du 10 décembre 2012.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Heremakhonon (1976)
  • Une saison à Rihata (1981)
  • Segou, tome 1 : Les Murailles de terre (1984)
  • Segou, tome 2 : La Terre en miettes (1985)
  • Moi, Tituba sorcière… Noire de Salem (1986)
  • Haïti chérie (1986) qui est renommé Rêves amers (2005)
  • La Vie scélérate (1987)
  • En attendant le bonheur (1988)
  • Hugo le terrible (1989)
  • The Children of Segu (1989)
  • Traversée de la mangrove (1989)
  • Quet de voix pour Guy Tirolien, coécrit Alain Rutil (1990) (OCLC 24289054)
  • Tree of Life (1992)
  • La Colonie du nouveau monde (1993)
  • La Migration des cœurs (1995)
  • Pays mêlé (1997)
  • Desirada (1997)
  • The Last of the African Kings (1997)
  • Windward Heights (1998)
  • Le Cœur à rire et à pleurer (1999)
  • Célanire cou-coupé (2000)
  • La Belle Créole (2001)
  • La Planète Orbis (2002)
  • Histoire de la femme cannibale (2005)
  • Uliss et les Chiens (2006)
  • Victoire, les saveurs et les mots (2006)
  • Comme deux frères (2007)
  • Les Belles Ténébreuses (2008)
  • En attendant la montée des eaux (2010)
  • La Vie sans fards (2012)
  • Mets et Merveilles (2015)
  • Le Fabuleux et Triste Destin d’Ivan et d’Ivana (2017)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Matthieu Garrigou-Lagrange et Françoise Vergès, « Maryse Condé (1/4) : Une voix singulière », France Culture, La Compagnie des auteurs,‎ (lire en ligne)
  2. « Conde Maryse », sur aflit.arts.uwa.edu.au (consulté le 12 octobre 2018)
  3. a et b (en) « Maryse Condé | Columbia | French », sur french.columbia.edu (consulté le 12 octobre 2018)
  4. Condé, Maryse., En attendant le bonheur : Heremakhonon : roman, Robert Laffont, (ISBN 2221085329 et 9782221085325, OCLC 36889160, lire en ligne)
  5. « Moi, Tituba sorcière... - Histoire romanesque - MERCURE DE FRANCE - Site Gallimard », sur www.gallimard.fr (consulté le 12 octobre 2018)
  6. Sansavior, Eva., Maryse Condé and the space of literature, Legenda/Modern Humanities Research Association and Maney Pub, (ISBN 9781906540944 et 1906540942, OCLC 796248352, lire en ligne)
  7. « Emily Brontë et Maryse Condé : Imaginaires des îles (Lecture d’été 5) », DIACRITIK,‎ (lire en ligne)
  8. « Maryse Condé by Rebecca Wolff - BOMB Magazine », sur bombmagazine.org (consulté le 12 octobre 2018)
  9. Condé, Maryse, 1937- ..., Le coeur à rire et à pleurer : contes vrais de mon enfance, France loisirs, (ISBN 2744128309 et 9782744128301, OCLC 468287172, lire en ligne)
  10. Jean Kebayo, « Maryse Condé – Une femme de lettres émérite venue de Guadeloupe – Courrier des Afriques », sur www.courrierdesafriques.net (consulté le 12 octobre 2018)
  11. Valérie Marin la Meslée, « Maryse Condé : « Pour moi, enfin, la voix de mon pays se fait entendre » », Le Point,‎ (lire en ligne)
  12. « Le prix Nobel alternatif de littérature décerné à Maryse Condé – JeuneAfrique.com », JeuneAfrique.com,‎ (lire en ligne)
  13. Reuters, « La Guadeloupéenne Maryse Condé lauréate du Nobel alternatif de littérature », Challenges,‎ (lire en ligne)
  14. « Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions », eduscol.education.fr (consulté le 13 août 2015).
  15. Décret du 13 mai 2011 portant élévation aux dignités de grand'croix et de grand officier.
  16. Décret du 7 mai 2007 portant promotion et nomination.
  17. Voir « Le genèse du prix » sur site.prix-fetkann.fr.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Noëlle Carruggi, Maryse Condé : rébellion et transgressions, Karthala, Paris, 2010, 232 p. (ISBN 978-2-8111-0362-0)
  • Marie Frémin, « Condé Maryse », dans Christiane Chaulet Achour, avec la collaboration de Corinne Blanchaud (dir.), Dictionnaire des écrivains francophones classiques : Afrique subsaharienne, Caraïbe, Maghreb, Machrek, Océan Indien, H. Champion, Paris, 2010, p. 106-111 (ISBN 978-2-7453-2126-8)
  • Lilyan Kesteloot, « Maryse Condé », in Anthologie négro-africaine. Histoire et textes de 1918 à nos jours, EDICEF, Vanves, 2001 (nouvelle éd.), p. 466-468
  • Melissa L. McKay, Maryse Condé et le théâtre antillais, P. Lang, New-York, 2002
  • Rose-Myriam Réjouis, Veillées pour les mots : Aimé Césaire, Patrick Chamoiseau et Maryse Condé, Karthala, Paris, 2005
  • Eva Sansavior, Maryse Condé and the Space of Literature, Routledge, Legenda Research Monographs in French Studies, London-New York, 2012 (ISBN 1906540942)
  • Françoise Simasotchi-Bronès (dir.), Maryse Condé : en tous ses ailleurs, l'Improviste, Paris, 2014, 202 p. (ISBN 978-2-913764-57-6)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • En 2011, France 5 lui consacre un portrait dans la collection « Empreintes » intitulé Maryse Condé, une voix singulière, un film de Jérôme Sesquin, écrit par Françoise Vergès, produit par Jaraprod.
  • En 2012, un documentaire de création lui est consacré Moi, Maryse C, écrivain noire et rebelle, un film de Dimitry S. Zandronis, produit par Kontras' Prod.

Liens externes[modifier | modifier le code]