Jean-François Bayart

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Icône de paronymie Cet article possède un paronyme, voir Bayard.
Jean-François Bayart
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Biographie
Naissance
Nationalité
Activité

Jean-François Bayart, né le à Boulogne-Billancourt, est un politologue français, directeur de recherche de classe exceptionnelle au CNRS, dont la spécialité est la sociologie historique comparée de l’État.

Il est notamment l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’Afrique subsaharienne et sur l’historicité du politique. Il est depuis 2015 professeur à l'Institut universitaire de hautes études internationales et du développement de Genève.

Il a été le fondateur des revues Politique africaine (en 1980) et Critique internationale (en 1998) et de la collection « Recherches internationales » (en 1998, aux éditions Karthala). Il a été le directeur du Centre d’études et de recherches internationales de Sciences Po Paris (de 1994 à 2000) et est le président-fondateur du Fonds d’analyse des sociétés politiques (depuis 2003). Il est commentateur de la politique internationale dans différents médias, notamment Mediapart. Il a été consultant permanent du Centre d’analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères de la République française (1990-2005), et membre de la Commission du Livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale (2012-2013). Il est le directeur scientifique du Focus des Rencontres des cinémas d’Europe de la Maison de l’image d’Aubenas (depuis 2010). Il a enseigné à l’Institut d’études politiques de Paris, à l’université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, à l’université de Lausanne, à l’université de Turin.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean-François Bayart est diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris en 1970. Il obtient un doctorat d'État en sciences politiques en 1977 sous la direction de Pierre Alexandre et Serge Hurtig[1].

Dès son premier ouvrage, L’État au Cameroun (1979), Jean-François Bayart a pris ses distances par rapport aux écoles qui dominaient alors la science politique – d’une part, les théories de la modernisation et du développement politique, d’origine nord-américaine, de l’autre, l’école dite de la dépendance, d’origine latino-américaine[2]. Les systèmes d'inégalité et de domination inhérents aux sociétés africaines précoloniales possèdent leur propre dynamique historique. Dès lors, les constructions nationales postcoloniales ne peuvent être appréhendées du seul point de vue de leurs relations avec les puissances occidentales et leur positionnement dans l'économie mondiale[2]. Les États africains doivent être analysés dans leur historicité, ce qui implique d'analyser les rapports de pouvoir aux seins des sociétés africaines contemporaines - notamment le rôle joué par la classe dominante de ses sociétés, de manière à mettre à jour l'ensemble des paramètres qui influencent le présent et le devenir de ces États[3],[2].

A partir de cette perspective, Jean-François Bayart a développé des concepts originaux, largement repris dans le champs des sciences sociales, tels que les concepts de :

  • rente de la dépendance;
  • État-rhizome ;
  • stratégie d'extraversion ;
  • assimilation réciproque des élites[4].

Le même genre de malentendu surviendra lors de la parution de La Criminalisation de l’État en Afrique (1997, en collaboration avec Stephen Ellis et Béatrice Hibou), qui fit scandale[réf. nécessaire], en partie parce que nombre de lecteurs prirent pour argent comptant le titre sans voir qu’il s’agissait d’une problématique de sociologie historique[interprétation personnelle], mais aussi la portée circonscrite à une poignée de pays[5].

Pourtant, l’année précédente, Jean-François Bayart avait critiqué le culturalisme dans L’Illusion identitaire (1996), un ouvrage dans lequel il prenait le contre-pied de la thèse de Samuel Huntington sur le « choc des civilisations » et développait une problématique permettant de penser les relations consubstantielles entre culture et politique « sans être culturaliste », un peu comme il avait essayé de penser la dépendance de l’Afrique « sans être dépendantiste » une dizaine d’années auparavant. Au-delà des débats et des polémiques du moment, ce livre s’inscrivait dans la continuité de L’État en Afrique, dont il aurait dû constituer originellement la dernière partie, et affinait les problématiques de l’énonciation du politique et de l’extraversion qu'il avait proposées dans les années 1980, tout en insistant sur le rôle central de l’imaginaire dans la production du politique et sur le rapport de celui-ci aux pratiques de la culture matérielle[6].

Les travaux de Jean-François Bayart se sont également imposés dans les années 1980[réf. nécessaire] en insistant sur la nécessité d’appréhender le politique « par le bas » et en attirant l’attention sur les « modes populaires d’action politique », notions qu’il avait mises en avant dans L’État au Cameroun (1979) et qu’il a reprises dans des articles de Politique africaine et de la Revue française de science politique (dont certains ont été rassemblés dans Le Politique par le bas en Afrique noire, publié, en collaboration avec Achille Mbembe et Comi Toulabor, en 1992 et réédité en 2008, dans une nouvelle version augmentée)[7]. Cette problématique du « politique par le bas » était d’ailleurs dans l’esprit du temps puisqu’elle rejoignait sur bien des plans les travaux concomitants de l’Alltagsgeschichte (l’histoire du quotidien) en Allemagne, des subaltern studies indianistes, ou encore de l’historien français Michel de Certeau qui participa à plusieurs reprises au séminaire de Jean-François Bayart au Centre d’études et de recherches internationales[8].

Après avoir consacré l’essentiel de son temps à la direction de ce laboratoire de 1994 à 2000, et avoir refusé la direction scientifique de la Fondation nationale des sciences politiques que lui proposa son administrateur, Richard Descoings, Jean-François Bayart s’attela à la rédaction d’un diptyque qui couronnait ses travaux antérieurs. Dans Le Gouvernement du monde. Une critique politique de la globalisation (2004), il revint sur la question de l’historicité de l’État en montrant que l’universalisation de celui-ci était une dimension de la globalisation qui prévalait depuis deux siècles, au contraire de ce que la théorie des relations internationales prétendait. Il introduisit alors dans sa réflexion le concept de « national-libéralisme », qu’il reprit ultérieurement sur un mode polémique dans un recueil d’articles engagés, non sans préciser que le national-libéralisme entretient avec le libéralisme le même genre de rapport que le national-socialisme avec le socialisme (Sortir du national-libéralisme. Croquis politiques des années 2004-2012, 2012)[9],[10]. En outre, il analysait, dans Le Gouvernement du monde, les processus de subjectivation qui produisent la globalisation, à l’interface de la culture matérielle et des techniques du corps, et qui interdisent de ne voir dans la mondialisation qu’une expérience d’aliénation[11].

Dans L’Islam républicain. Ankara, Téhéran, Dakar (2010), il montrait à nouveau, trois études de cas à l’appui, l’inanité de l’explication culturaliste du politique[réf. nécessaire] et lui substituait une interprétation sociologique en termes de formation de l’État, en insistant derechef sur l’historicité de celui-ci, sur les connexions entre trajectoires nationales ou impériales, sur l’imbrication des durées constitutives du politique, sur l’importance des pratiques de subjectivation[12].

Au-delà de sa portée monographique, ce livre se présentait implicitement comme un manifeste de sociologie historique comparée du politique, à l’instar du petit essai Les Études postcoloniales, un carnaval académique (2010)[13]. Il s’inscrivait notamment en faux contre le courant de la science politique dit de la « transitologie » en affinant le concept de « situation thermidorienne » qu’il avait avancé dès 1991 à propos de la République islamique d’Iran, et en le substituant à celui de la « transition » à la démocratie et à l’économie de marché dans le cas des régimes issus de révolutions.

Jean-François Bayart attache plus d’importance aux pratiques effectives des acteurs qu’aux discours[interprétation personnelle], aux idéologies ou aux représentations culturelles, en faisant la part belle aux paradoxes de l’histoire, en insistant sur l’indissociabilité de la coercition et de l’hégémonie, en mettant l’accent sur l’expérience vécue des acteurs, en proposant des concepts ou des notions neufs[réf. nécessaire], en allant et venant constamment de l’observation empirique à la problématisation et à la théorisation[14]. Il apparaît aujourd’hui que l’un des thèmes majeurs qui parcourent ses livres – outre celui de l’historicité – a trait à l’incomplétude des sociétés politiques et à l’ambivalence constitutive des rapports sociaux.

Jean-François Bayart s’est également fait connaître[réf. nécessaire] par sa critique de la politique étrangère de la France, depuis la publication de La Politique africaine de François Mitterrand (1984)[15], par sa dénonciation de la politique malthusienne de la « forteresse Europe » en matière d’immigration[16], et par son opposition résolue à l’application du New Public Management dans les domaines de l’Enseignement supérieur et de la Recherche[17].

Il a fondé deux revues, dont la première à l’âge de trente ans, et une collection d’ouvrages, ainsi que le Fonds d’analyse des sociétés politiques[18] ; il a dynamisé le Centre d’études et de recherches internationales[réf. nécessaire] quand il en a été le directeur (1994-2000), en conférant à celui-ci un surcroît de rayonnement international[réf. nécessaire] et en dé-bureaucratisant son fonctionnement ; il a créé, en 2010, le Focus des Rencontres des cinémas d’Europe, à la Maison de l’Image d’Aubenas[19].

Ainsi, selon Morgane Govoreanu, l’une des particularités de son parcours professionnel est d’avoir toujours distingué les rôles que celui-ci lui faisait endosser, et dont il n’a jamais manqué de souligner les logiques spécifiques : ceux du chercheur, de l’enseignant, de l’administrateur, de l’expert-consultant, du commentateur engagé[20],[21].

Fonctions[modifier | modifier le code]

  • 1994 à 2000 : Directeur du CERI[22]
  • 1980 à 1982 : fondateur et directeur de la revue Politique africaine
  • 1998 à 2003 : fondateur et directeur de la revue Critique internationale
  • depuis 1981 : membre du conseil scientifique de African Affairs
  • depuis 1998 : directeur de la collection Recherches internationales aux Éditions Karthala.
  • 1990 à 2005 : consultant permanent au Centre d’analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères
  • 2002 à 2006 : gouverneur de la European Cultural Foundation (Amsterdam)

Publications[modifier | modifier le code]

  • L'État au Cameroun, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1979 (2e édition augmentée : 1985) ; notes de lecture par Jean-François Médard, Christian Coulon, Yves-André Fauré, Jean-Claude Barbier, Jean Copans, in Politique africaine, no 1, mars 1981, p. 120-139, [lire en ligne]
  • La Politique africaine de François Mitterrand, Paris, Karthala, 1984
  • L'État en Afrique. La politique du ventre, Paris, Fayard, 1989 (2e édition augmentée, Fayard, 2006)
  • Les Temps modernes, « La France au Rwanda », CERI, Paris, 1995
  • L'Illusion identitaire, Paris, Fayard, 1996 (prix Jean-Jacques Rousseau, 1997), 2018
  • Le Gouvernement du monde. Une Critique politique de la globalisation, Paris, Fayard, 2004
  • Les Études postcoloniales. Un carnaval académique, Paris, Karthala, 2010
  • L’Islam républicain. Ankara, Téhéran, Dakar, Paris, Albin Michel, 2010
  • Africa en el Espejo. Colonizacion, criminalidad y estado, Mexico, Fondo de Cultura Economica, 2011
  • Sortir du national-libéralisme. Croquis politiques des années 2004-2012, Paris, Karthala, 2012
  • Le Plan cul. Ethnologie d'une pratique sexuelle, Paris, Fayard, 2014
  • Les Fondamentalistes de l'identité. Laïcisme versus djihadisme. Paris, Karthala, 2016
  • L'Impasse nationale-libérale, La découverte, coll. « Cahiers libres », (ISBN 978-2707194107)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Jean-François Bayart », sur www.sciencespo.fr, (consulté le 12 novembre 2017)
  2. a b et c Politique africaine
  3. Jean-François Bayart, Béatrice Hibou et Boris Samuel, « L'Afrique "cent ans après les indépendances":Vers quel gouvernement politique ? », Politique Africaine, no 119,‎ , p. 129-157 (lire en ligne)
  4. http://www.politique-africaine.com/numeros/pdf/037095.pdf
  5. Le crime transnational et la formation de l’État, Jean-François Bayart, Politique africaine, 2004/1 (no 93)
  6. Jean-François Bayart. L'illusion identitaire, Chavagneux Christian, Politique étrangère, Année 1996, Volume 61, Numéro 4, p. 931-932
  7. Le politique par le bas en Afrique noire : Contribution à une problématique de la démocratie, J.‑F. Bayart, A. Mbembe, C. Toulabor. Paris, Karthala, 1992 Collection Les Afriques, 268 p., Atiyihwè Awesso, apad.revues.org, Numéro 5, 1993
  8. http://www.fasopo.org/reasopo/n1/comparerparlebas.pdf
  9. Le bilan de Nicolas Sarkozy : la réalité a dépassé l’appréhension, Jean-François Bayart, blogs.mediapart.fr, 23 avril 2012
  10. Sortir du national-libéralisme, Croquis politiques des années 2004-2012, Jean-François Bayart, franceculture.fr, 23 juin 2012
  11. Le gouvernement du monde. Une critique politique de la globalisation, Jacquet Christophe, Politique étrangère, Année 2004, Volume 69, Numéro 4, p. 871-872
  12. http://www.canal-u.tv/video/ehess/06_conference_de_jean_francois_bayart_un_islam_republicain_est_il_possible.11481
  13. Relire Fanon, Jean-François Bayart, blogs.mediapart.fr, 18 octobre 2011
  14. (en) Jean-François Bayart on Globalization, Subjectification, and the Historicity of State Formation, entretien, theory-talks.org, 13 février 2012
  15. Obscénité franco-tchadienne, Jean-François Bayart, lemonde.fr, 12 février 2008
  16. Assez de collusions avec le régime de Kadhafi !, Jean-François Bayart, lemonde.fr, 13 avril 2011
  17. L’enjeu de la succession de Richard Descoings à Sciences Po, Jean-François Bayart, blogs.mediapart.fr, 12 juillet 2012
  18. www.fasopo.org
  19. http://www.maisonimage.eu/
  20. (Im)pertinences de Jean-François Bayart au séminaire d´ACT, Morgane Govoreanu, academia.edu
  21. A quoi servent les chercheurs en sciences sociales, Jean-François Bayart, esprit.presse.fr, décembre 1989
  22. « Jean-François Bayart sur le Site du CERI »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien interne[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]