Yvonne de Gaulle

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Yvonne de Gaulle
Yvonne de Gaulle en février 1968.
Yvonne de Gaulle en février 1968.
Fonctions
Épouse du 18e président de la République française
8 janvier 195928 avril 1969
(10 ans, 3 mois et 20 jours)
Président Charles de Gaulle
Prédécesseur Germaine Coty
Successeur Claude Pompidou
Présidente de la Fondation Anne-de-Gaulle
30 mai 19458 novembre 1979
Prédécesseur Première présidente
Successeur Élisabeth de Gaulle
Biographie
Nom de naissance Yvonne Charlotte Anne Marie Vendroux
Surnom Tante Yvonne
Date de naissance 22 mai 1900
Lieu de naissance Calais, Pas-de-Calais
Date de décès 8 novembre 1979 (à 79 ans)
Lieu de décès Paris
Conjoint Charles de Gaulle
Enfant(s) Philippe de Gaulle
Élisabeth de Gaulle
(épouse de Boissieu)
Anne de Gaulle
Religion Catholicisme

Yvonne de Gaulle, née Yvonne Charlotte Anne Marie Vendroux le 22 mai 1900 à Calais et morte le 8 novembre 1979 à Paris, est l'épouse de Charles de Gaulle, 18e président de la République française du 8 janvier 1959 au 28 avril 1969.

Réputée très discrète, elle était affectueusement surnommée « Tante Yvonne » par les Français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son enfance à Calais[modifier | modifier le code]

Yvonne Vendroux est issue d'une famille d'industriels calaisienne d'origine bourguignonne. À l'origine, sa famille est néerlandaise, du nom de « Van Droeg » transformé en « Vendroux » quand cette famille de producteurs de tabac doit partir, Guillaume d'Orange ayant décidé de faire inonder des terres pour repousser l'avancée des troupes du roi de France Louis XIV. Un de leurs descendants, ancêtre d'Yvonne, épouse une Calaisienne au début de la Révolution française[1].

Son père, Jacques, est le président du Conseil d'administration d'une biscuiterie. Sa mère, Marguerite née Forest, issue d'une famille de notaires ardennais, est la sixième femme de France à obtenir un permis de conduire[1], et est la petite-fille d'Alfred Corneau, industriel de Charleville-Mézières. Les Vendroux passaient leurs étés dans le château ardennais de l’abbaye Notre-Dame de Sept-Fontaines.

Son frère aîné, Jacques Vendroux, né en 1897, deviendra maire de Calais et député.
Son frère cadet, né en 1901 à Calais, marié à Madeleine Schallier, père de sept enfants, décédera prématurément en 1956 dans un accident de voiture.
Sa sœur Suzanne Vendroux (née le 28 février 1905 à Calais, et décédée le 27 décembre 1980 à Worthing, en Angleterre) s'est mariée le 5 mars 1934 à Fagnon, avec Jean Rerolle (né le 12 juillet 1897 à Châteauroux et décédé le 23 mars 1978 à Neuilly-sur-Seine) avec lequel elle a deux enfants, Jacques-Henri (né le 21 janvier 1935, à Paris, dans le 17e arrondissement) et Marguerite-Marie.

L'éducation que lui donnent ses parents est stricte mais conforme aux usages de l'époque et de son milieu social relativement aisé. Le vouvoiement est de rigueur et les filles de la famille sont invitées à apprendre la couture. Pendant la Première Guerre mondiale, les enfants et leur gouvernante déménagent en Angleterre, à Canterbury, ne revenant voir leurs parents en France que pour les fêtes de fin d'année. Ils s'installent aussi à Wissant.

Les études[modifier | modifier le code]

Elle apprend à lire à la maison et étudie chez les dominicaines, à Asnières-sur-Seine. Un de ses bulletins permet de cerner l'élève qu'elle est alors : « Pleine d'idéal et de droiture, de caractère régulier et consciencieux »[1]. En 1918, elle suit les dominicaines qui se réfugient au couvent des visitandines de Périgueux.

Son mariage avec Charles de Gaulle[modifier | modifier le code]

En 1920, elle rencontre Charles de Gaulle, alors capitaine revenant d'une mission en Pologne. La rencontre est en fait arrangée en secret par la famille Vendroux ; leur première sortie est au Grand Palais, au salon d'automne, pour voir la toile La Femme en bleu de Kees van Dongen. Revenus ensuite prendre le thé, Charles aurait renversé sa tasse sur la robe de la jeune femme, qui l'aurait pris avec humour[1]. Leur première soirée est le bal de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr, à l'hôtel des Réservoirs, à Versailles (l'établissement où Charles de Gaulle avait fait ses études de 1908 à 1912, était alors basé dans la ville voisine de Saint-Cyr-l'École). Deux jours après, elle déclare à ses parents : « Ce sera lui, ou personne »[1]. Ils se fiancent le 11 novembre, avant la fin de la permission du capitaine de Gaulle et se marient le 7 avril 1921, en l’église Notre-Dame de Calais. De Gaulle est conscient d'épouser un beau parti, écrivant à l'un de ses amis « J'épouse les biscuits Vendroux »[2]. Leur lune de miel se passe dans le nord de l’Italie. De cette union naîtront trois enfants, un garçon et deux filles (dont la benjamine, Anne, était porteuse d’une trisomie 21) :

Nom Naissance Décès
1. Philippe de Gaulle 28 décembre 1921
2. Élisabeth de Gaulle, épouse de Boissieu 15 mai 1924 2 avril 2013 à 88 ans[3]
3. Anne de Gaulle 1er janvier 1928 6 février 1948 (d’une broncho-pneumonie)

Le rôle d’Yvonne de Gaulle pendant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1934, elle s'installe avec sa famille dans la propriété de « La Brasserie », aussitôt rebaptisée « La Boisserie », à Colombey-les-Deux-Églises. L'achat de cette propriété, entourée de hauts murs, avait entre autres pour fin de protéger leur fille Anne de l'indiscrétion du public. Passionnée d'horticulture, Yvonne de Gaulle prend le soin d'entretenir le jardin du domaine.

Lors de la débâcle de 1940, elle parvient, à partir de La Boisserie, à rallier Londres avec ses enfants. Sa biographe, Geneviève Moll, écrit : « […] lorsque la France est livrée à l'ennemi, avec une intuition inouïe du rôle que s'apprête à jouer son mari, sans nouvelles de lui, elle gagne l'Angleterre seule, avec leurs trois enfants[4] ». Yvonne et ses enfants suivent le général pendant les déplacements du gouvernement provisoire. Pour légitimer le général dans son rôle de chef de la France libre et le faire connaître aux yeux des Britanniques, Winston Churchill organise un reportage sur la vie quotidienne des de Gaulle : on peut ainsi voir Yvonne de Gaulle préparant le repas ou discutant avec son mari.

En 1948, à la mort de leur fille Anne, Yvonne de Gaulle et son époux fondent en sa mémoire la fondation Anne-de-Gaulle, au château de Vert-Cœur, à Milon-la-Chapelle (Yvelines). Georges Pompidou dirige cette fondation et devient à cette époque proche du général de Gaulle.

Pendant la « traversée du désert » de son époux, elle tente de convaincre ce dernier de renoncer à la politique ; le couple entame sa retraite à la Boisserie[5].

Épouse du président de la République française[modifier | modifier le code]

Yvonne de Gaulle, lors du baptême de la caravelle « Lorraine ».
Yvonne de Gaulle, avec Wilhelmine Lübke lors d’une réception à l’ambassade d’Allemagne à Paris (hôtel Beauharnais), le 3 février 1968.

« Désormais il va nous falloir vivre en meublé »[6], s'exclame Yvonne de Gaulle, devenue « première dame de France », le 21 décembre 1958, lors de la victoire du général. Le couple arrive au palais de l'Élysée en Citroën Traction Avant 15 chevaux.

Pendant la présidence de son mari, de 1959 à 1969, Yvonne de Gaulle mène au palais de l'Élysée, avec son époux, un train de vie simple et mesuré. Discrète sur la scène publique, elle est surnommée par les journalistes « Tante Yvonne ». Catholique pratiquante, elle influe sur le conservatisme de son mari en matière de morale, et veille même à ce l'on tînt à l'écart des gouvernements les personnes divorcées ou coupables d'adultère[7]. Une des premières choses qu'elle demande après être arrivée au palais est une pietà, que lui fournit le musée du Louvre[1]. Le général, qui invita l'actrice Brigitte Bardot, faillit décommander après les protestations de sa femme : en effet, elle refusait de recevoir au palais des personnes divorcées[5]. Selon Bertrand Meyer-Stabley, elle « incarne la tradition, le respect des valeurs morales et le sens du devoir »[1]. Ceci ne l'empêchera pas, cependant, d'intervenir auprès de son époux en faveur de la future loi Neuwirth, autorisant la contraception orale (la pilule)[8]. Son couturier attitré est Jacques Heim.

Une journée type d'Yvonne de Gaulle se décrit par les trois repas pris en tête à tête avec son époux. Au petit-déjeuner, elle lit Le Figaro. Ils regardent ensemble la télévision jusqu'à 23 heures. Le dimanche matin, ils vont ensemble à la messe célébrée dans la chapelle du palais[1]. Du palais de l'Élysée, elle dit au président des États-Unis Eisenhower « Tout le monde y est chez soi, sauf nous »[5]. En 1960, elle est la marraine du paquebot France, qu'elle baptise[9].

Elle est l'une des premières dames à véritablement jouer un rôle médiatique : en 1961, alors que le couple présidentiel américain John et Jackie Kennedy est convié par le général de Gaulle, elle prend l'initiative de tisser des liens avec la première dame américaine en l'emmenant visiter l'école de puériculture située boulevard Brune (14e arrondissement de Paris). Deux ans plus tard, après l'assassinat de son époux, J. Kennedy est conviée par Yvonne de Gaulle à venir se reposer et s'éloigner de la pression médiatique qui pèse alors sur elle.

En 1962, elle est, avec son mari, la cible de l'attentat du Petit-Clamart. Sauvé, le général lui dit : « Vous êtes brave Yvonne »[1]. Cet événement lui inspire cette seule phrase, restée célèbre « J'espère que les poulets n'ont rien eu », voulant parler non pas des policiers mais des volailles transportées dans le coffre de la DS[10]. Le fait, entre autres, que le commanditaire de la tentative d’assassinat, le lieutenant-colonel Bastien-Thiry, ait cherché à attenter à la vie d'une femme sans prendre de risques lui-même, et ait mis en danger des personnes innocentes (dont trois enfants et leurs parents[11]) incite le général de Gaulle à considérer cela comme une circonstance aggravante et à refuser d'accorder la grâce présidentielle à Bastien-Thiry qui avait été condamné à mort par la Cour militaire de justice. L'officier sera fusillé huit mois plus tard au Fort d'Ivry[12],[13].

Pendant les évènements de mai 1968, elle accompagne son mari dans son déplacement à Baden-Baden. Elle déclare : « Que les communistes usent de la rue pour arriver à leurs fins, je m'y oppose »[1].

Retraite et décès[modifier | modifier le code]

Son époux Charles ayant démissionné de la présidence de la République en 1969, elle l'accompagne dans sa retraite, notamment dans son voyage en Irlande, célèbre pour les photos du couple et de l'aide de camp du général, François Flohic, prises sur la plage.

Veuve en 1970, elle vit discrètement jusqu'en 1978, avant d'entrer dans la maison de retraite des sœurs de l'Immaculée Conception, à Paris. Elle meurt à l'hôpital du Val-de-Grâce, à Paris, à l'âge de 79 ans, le 8 novembre 1979, à la veille du neuvième anniversaire du décès de son mari. Elle repose dans le cimetière de Colombey aux côtés de son époux et de leur fille Anne.

Hommages[modifier | modifier le code]

  • La maison de retraite de Melun porte le nom d'Yvonne de Gaulle.
  • Devant la cathédrale Notre-Dame de Calais se trouve une stèle, en mémoire du mariage d'Yvonne Vendroux et Charles de Gaulle, avec la mention tirée de l'ouvrage de ce dernier, Mémoires d'espoir « Pour vous Yvonne, sans qui rien ne se serait fait ».
  • En 1963, l'accordéoniste René Saget sort une chanson, Le tango de Tante Yvonne, qui se vend à 10 000 exemplaires[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Bertrand Meyer-Stabley, Les Dames de l'Élysée – Celles d'hier et de demain, Librairie Académique Perrin, Paris.
  2. Frédérique Neau-Dufour, Yvonne de Gaulle, Fayard,‎ 2010, p. 41
  3. « Elisabeth de Gaulle est morte », in lemonde.fr, 5 avril 2013.
  4. Présentation de la biographie de Geneviève Moll, Yvonne De Gaulle, L'inattendue.
  5. a, b et c « Yvonne de Gaulle », sur linternaute.com.
  6. « Yvonne de Gaulle, la discrète surannée », sur liberation.fr.
  7. Dominique Jamet, « Il y a cent ans : Félix Faure », Marianne, 2 février 1998, sur marianne2.fr.
  8. Éric Roussel, Charles de Gaulle, éd. Gallimard, Paris, 2002, 1032 p. (ISBN 2-07-075241-0 et 978-2070752416), p. 851-852.
  9. « Lancé par le Général de Gaulle », sur linternaute.com.
  10. es Présidents de la République Pour les Nuls, First Éditions,‎ 2011 (lire en ligne), p. 205
  11. La famille qui circulait en sens inverse à cet endroit à cet instant.
  12. Jean Lacouture, Charles de Gaulle – Le souverain 1959-1970, t. III, éd. du Seuil, 1986 (ISBN 2-02-009393-6), p. 279-282.
  13. Max Gallo, De Gaulle, tome IV, La Statue du commandeur, éd. Robert Laffont, Paris, 1998 (ISBN 2-266-09305-3) ; rééd. Pocket, Paris, 2006, p. 29.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Geneviève Moll, Yvonne De Gaulle – L'inattendue, éd. Ramsay, 1999 (ISBN 9782841144105).
  • Florence d'Harcourt, Tante Yvonne, une femme d'officier, éd. Éditeur Indépendant, 2007 (ISBN 978-2353350735).
  • Émilie Aubry et Muriel Pleynet, Pas de deux à l'Élysée, éd. Héloïse d'Ormesson, 2006 (ISBN 2-35087-025-X[à vérifier : ISBN invalide]).
  • Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, éd. Gallimard, 2002 (ISBN 2-07-076506-7).
  • Bertrand Meyer-Stabley, Les Dames de l'Élysée – Celles d'hier et de demain, Librairie Académique Perrin, Paris.
  • Frédérique Neau-Dufour, Yvonne de Gaulle, éd. Fayard, 2010, 590 p.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]