Rokhaya Diallo

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Rokhaya Diallo, née le 10 avril 1978 dans le 4e arrondissement de Paris, est une militante associative française , journaliste pour la télévision et la radio, réalisatrice et écrivain.

Selon le magazine Slate elle est classée en 2013 en 36e position parmi les 100 Françaises les plus influentes et figure parmi les 30 personnalités noires les plus influentes d’Europe selon le classement du britannique Powerful Media[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Diplômée en droit et en marketing, elle travaille dans la production audiovisuelle[2]. D'abord impliquée dans la vie locale, elle a présidé le Conseil local de la jeunesse de La Courneuve, tout en militant au sein de l'association anti-sexiste Mix-Cité et auprès de l'organisation altermondialiste ATTAC.

Née de parents sénégalais et gambien[3], un père mécanicien et une mère professeur de couture, sa famille déménage en 1989 à La Courneuve. Diplômée d'une maîtrise de droit international et européen, elle est diplômée d'une école de commerce qui la conduit à un court passage chez IBM, qu'elle quittera en 2002 parce qu'elle s'y sentait « comme un pion »[2]. Elle entreprend alors un master à la Sorbonne, Université Paris I, en marketing et distribution dans l’industrie audiovisuelle, qu'elle obtient en 2003[2]. En 2001, elle fréquente le service jeunesse de La Courneuve. Elle est ensuite sollicitée lors de la création du Conseil Local de la Jeunesse avant d'en devenir présidente et de le rester pendant deux ans. Féministe convaincue, elle est militante du mouvement Mix-Cité[4]. Elle s'engage aussi avec ATTAC notamment lors du festival Images mouvementées.

Les Indivisibles[modifier | modifier le code]

En 2006, à force d'entendre « chez la plupart de mes interlocuteurs, le fait d'être noire et d'origine populaire posait problème », elle fonde l'association Les Indivisibles. « Leur regard m'associait à un imaginaire et des stéréotypes gênants »[5]. « Quand on était petits, avec mon frère, on ne se posait pas la question avant qu’on nous demande : « D’où tu viens ? » La question liée à la provenance ne la gêne pas, mais elle n’apprécie pas que les gens plaquent sur elle leur mal d’exotisme[2]. L'association milite pour que cesse une partition de la nationalité française selon une apparence physique ou une provenance géographique et décerne annuellement depuis 2009 les Y'a bon Awards.

Elle devient chroniqueuse radio et télévision et publie en 2011 le livre Racisme, mode d'emploi, dans la collection du philosophe Vincent Cespedes. « La France est mon pays. Je connais plus Paris que le Sénégal. Mais comment faire dans un contexte structurellement raciste ? C'est la mentalité qui doit changer y compris dans le monde des médias, et surtout quand elle évoque l'origine d'un prévenu dans un fait divers [6] » La dénonciation de l'« islamophobie » prend une place grandissante, arguant que « La laïcité n'est aujourd'hui pratiquement évoquée que par rapport à l'islam, dont on veut nous faire croire qu'il n'est pratiqué en France que par des intégristes sexistes, violents et d'origine maghrébine[4]. »

Si son association dénonce les dérives de l'UMP[7], elle se montre très critique envers le Parti socialiste qu'elle juge « totalement absent et irresponsable. Le vieux fonds culturel laïcard et antireligieux l'empêche de toucher et comprendre les jeunes musulmans de France[4]. »

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

En 2004, elle participe comme comédienne, chanteuse et parolière à différents court-métrages humoristiques du collectif Une case en moins[8].

Depuis 2009, elle est chroniqueuse pour La Matinale de Canal+ ainsi qu'à RTL[9].

En mars 2010, elle est sélectionnée pour participer au programme International Visitor Leadership : invitée du gouvernement fédéral des États-Unis, elle visite le pays pour y étudier la diversité[10].

Avec quatre autres personnalités, François Durpaire, Marc Cheb Sun, Lilian Thuram, et Pascal Blanchard, elle lance un appel et cent propositions pour une « République multiculturelle et post-raciale »[11].

Depuis 2011, elle anime Fresh Cultures sur Le Mouv’ et présente et coréalise une émission mensuelle Égaux mais pas trop sur LCP.

Le 6 mars 2014, elle signe l'éditorial de l'hebdomadaire Politis à l'occasion de la journée internationale des droits des femmes»[12].

Prises de position[modifier | modifier le code]

Antiracisme[modifier | modifier le code]

L'action de Rokhaya Diallo se veut inscrite dans la lutte contre le racisme et « les préjugés ethno-raciaux et en premier lieu, celui qui nie ou dévalorise l’identité française des Français non-Blancs » (présentation des Indivisibles sur leur site)[13].

L'auteur d'un tweet anonyme de menaces contre elle, publié le 15 juin 2013, est condamné en janvier 2014 à 2 000 euros d'amende, dont 1 400 avec sursis et 1 000 euros de dommages et intérêts à la plaignante[14].

Engagement contre le racisme anti-noir[modifier | modifier le code]

Liens avec le Sénégal[modifier | modifier le code]

  • Dans une interview de juin 2010[19], elle explique soutenir son pays d'origine (le Sénégal) lors de rencontres de football et ne cache pas la joie qu'elle a ressentie de voir le Sénégal battre la France en Coupe du monde de football de 2002.
  • Elle a le projet de demander la nationalité sénégalaise[20] « pour résister à tout le débat sur la binationalité en France ».

Droits des homosexuels[modifier | modifier le code]

En décembre 2012, elle participe à la manifestation en faveur du projet de loi ouvrant le mariage à tous les couples, tout en y remarquant — selon elle — la faible présence de personnes noires[21].

Polémiques[modifier | modifier le code]

Éric Zemmour[modifier | modifier le code]

C'est son opposition à Eric Zemmour qui l'a révélée auprès du grand public. Elle s'est notamment illustrée en provoquant à deux reprises des propos polémiques d'Éric Zemmour et qualifiés de racistes par plusieurs associations :

  • dans l'émission Paris-Berlin sur Arte le 13 novembre 2008, au cours de laquelle Éric Zemmour déclare « j'appartiens à la race blanche, vous appartenez à la race noire »[22].
  • dans l'émission Salut les Terriens ! le 6 mars 2010[23] où il déclara que : « les Français issus de l'immigration étaient plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont Noirs et Arabes… c'est un fait[24]. » La LICRA décide de le poursuivre en justice pour diffamation raciale avant d'y renoncer[25]. Il sera néanmoins condamné pour d'autres propos tenus le même jour sur une autre chaîne.

Sur l'islam[modifier | modifier le code]

Au fil des années, Rokhaya Diallo et son association se centrent de plus en plus sur la dénonciation de l'islamophobie[réf. nécessaire]. Protestation contre la loi interdisant le voile intégral sur la voie publique[26], débats publics[27], tribune avec dix-neuf autres personnes dont Houria Bouteldja et Pierre Tevanian contre le soutien à Charlie Hebdo[28] après l'incendie de ses locaux, participation à des conférences sur l'islamophobie avec Michel Collon et remise en cause de la loi de 2004 interdisant le port ostentatoire de signes religieux à l'école, comme elle l'énonçait parmi les 100 propositions concrètes pour une république multiculturelle.

Critique de la notion de « racisme anti-blanc »[modifier | modifier le code]

Rokhaya Diallo fait partie des signataires d'une tribune[29] dénonçant le texte d’orientation adopté pour trois ans par le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) à son congrès du 30 mars et du 1er avril 2012 à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Cette tribune critique les références au "racisme anti-blanc" de ce texte. Rokhaya Diallo prétend en effet que le racisme ne peut être le fait que d'institutions ou être un fait de société, ce qui ne serait pas, selon elle, le cas du racisme anti-blanc, dû à des individus isolés en France.

Prostitution[modifier | modifier le code]

Le 21 novembre 2013, dans une tribune parue dans Libération, elle prend position contre la pénalisation des clients de la prostitution. Cette tribune, intitulée « Féministes, donc contre la pénalisation des clients » relaye les arguments du Strass, le syndicat des travailleurs du sexe et d'Act Up. Assumant que la pénalisation des clients va augmenter les cas de transmission du VIH aux prostitué(e)s, elle est signée par le « collectif du 8 mars pour toutes ».

Palestine[modifier | modifier le code]

En novembre 2012, elle est cosignataire d'une tribune demandant à la France de voter en faveur de l'admission de la Palestine comme membre observateur de l'ONU[30].

Critiques d'Alain Finkielkraut[modifier | modifier le code]

Quelques jours après les attentats du 22 juillet 2011 en Norvège, Rokhaya Diallo fustige le fait que des intellectuels français soient présents dans le pamphlet de l'auteur des crimes, notamment un passage d'Alain Finkielkraut à propos de l'antiracisme en France. Sur RTL, elle déclare[31] :

« On peut s’interroger sur la responsabilité des intellectuels, y compris les intellectuels français. […] Dans le rapport de 1 500 pages de ce terroriste, il cite plusieurs fois Alain Finkielkraut. »

Le 5 octobre, le site Afrik.com dénonce le mensuel dans un article intitulé « Les dérives du Courrier de l’Atlas »[32]. Interviewée, Rokhaya Diallo répond aux accusations non fondées en reprochant au journaliste du Courrier d'avoir « peut-être lu mon livre, mais les propos cités sont dénaturés. »

Police dans l'affaire Villiers-le-Bel[modifier | modifier le code]

Quelques jours avant le procès de cinq jeunes de Villiers-le-Bel en juin 2010 mis en examen pour attaques contre la police en 2007, elle est cosignataire avec entre autres Miguel Benasayag, Éric Hazan, Siné, Miss.Tic d'une tribune publiée dans Libération[33] de soutien aux inculpés, très critique envers la police. La qualification de la police de « force d'occupation » est critiquée par certains observateurs[34]. Sur i-Télé, quelques jours avant le verdict du procès en appel, elle dénonce une « poursuite »[35] des jeunes par la police, alors que l'accident a été causé par un choc frontal à une intersection (pendant que les jeunes fuyaient la police).

Télévision[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Le 21 janvier 2012, elle reçoit le prix de La Lutte contre le Racisme et la Discrimination de l'ONG internationale Cojep International[36]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Rokhaya Diallo », Radio France Internationale,‎ 14 juin 2014 (consulté le 17 juin 2014)
  2. a, b, c et d « Humour noir », Libération,‎ 17 mars 2009 (consulté le 19 mars 2009)
  3. « Rokhaya Diallo : « On peut être raciste en ayant de bonnes intentions » »
  4. a, b et c « Rokhaya Diallo : « L'islamophobie est un nouveau racisme » », Sud-Ouest,‎ 25 juin 2011 (consulté le 5 juillet 2011)
  5. « Française, sans commentaire ! », Telerama,‎ 18 décembre 2008 (consulté le 24 décembre 2008)
  6. « L'Université populaire et citoyenne a invité Rokhaya Diallo pour débattre sur le racisme », La Voix du Nord,‎ 1er juillet 2011 (consulté le 5 juillet 2011)
  7. « Quand il y a un raciste à l’UMP, ça va… », Les Indivisibles,‎ 11 mars 2011 (consulté le 5 juillet 2011)
  8. Davy Mourier, « Youpi et la Paille Magique, vidéo parodique d'animé japonais avec Rokhaya Diallo et Davy Mourier », sur Badstrip
  9. « Face à face Rokhaya Diallo-Anne Fulda », RTL
  10. « L'avenir de la France passe par la diversité" », Slate,‎ 20 janvier 2010 (consulté le 17 avril 2010)
  11. « Cinq personnalités lancent un appel à une "République multiculturelle et post-raciale" », LeMonde,‎ 20 janvier 2010 (consulté le 29 juin 2010)
  12. Rokhaya Diallo, Femmes, prenons la une !, page 3, Politis, n°1293, « éditorial »
  13. « Présentation des Indivisibles »
  14. Le tweet : « Il faut violer cette conne de rokaya, comme ça, fini le racisme... » « Une amende pour avoir appelé au viol de la militante antiraciste Rokhaya Diallo », Le Monde,‎ 24 janvier 2014 (consulté le 24 janvier 2014)
  15. « Rokhaya Diallo au black caucus à Washington »
  16. « Respect Mag « 100 % Noirs de France » »
  17. http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/02/02/apres-la-polemique-sur-son-article-sur-la-mode-noire-elle-se-defend-de-tout-racisme_1637912_3224.html
  18. « A quand une femme noire en couverture de "Elle" ? »,‎ 31 janvier 2012
  19. « “Rokhaya Diallo est très attachée à son pays” », Défrancisation.com,‎ 9 juin 2010
  20. « Rokhaya Diallo, nouvelle bête noire des racistes », Slate Afrique,‎ 11 juillet 2011
  21. « Rokhaya Diallo sur le mariage pour tous », Afrik.com,‎ 16 décembre 2012 (consulté le 10 janvier 2013)
  22. « Paris-Berlin, le débat : Demain, tous métis ? », Arte,‎ 13 novembre 2008
  23. « Rokhaya Diallo : « Je me suis sentie agressée par Éric Zemmour » », Elle,‎ 16 mars 2010
  24. « La Licra va poursuivre en justice Éric Zemmour »,‎ 16 mars 2010
  25. « Éric Zemmour reconnu coupable de provocation à la discrimination raciale »,‎ 18 février 2011
  26. « Les Indivisibles soutiennent le groupe Neutralité », Les Indivisibles.fr,‎ 8 août 2010 (consulté le 8 novembre 2011)
  27. « Islamophobie : état d’urgence », Foulexpress.com,‎ 31 octobre 2011 (consulté le 8 novembre 2011)
  28. « Pour la défense de la liberté d'expression, contre Charlie Hebdo », Les mots sont importants (consulté le 8 novembre 2011)
  29. tribune contre le texte du Mrap
  30. « La France doit dire oui à l'admission de la Palestine à l'ONU ! », LeMonde.fr,‎ 22 novembre 2012 (consulté le 27 novembre 2012)
  31. Blandine Grosjean, « Finkielkraut, malade de son obsession du métissage », Rue 89,‎ 27 juillet 2011 (consulté le 27 juillet 2011)
  32. « Presse : les dérives du Courrier de l’Atlas »,‎ 5 octobre 2011
  33. « Pour les cinq de Villiers-le-Bel », Libération,‎ 21 juin 2010 (consulté le 29 juin 2010)
  34. « Quand Libé fait l'apologie de la violence à Villiers-le-Bel », Marianne,‎ 25 juin 2010 (consulté le 29 juin 2010)
  35. « édito Rokhaya Diallo sur I-Télé sur le procès de Villiers-le-Bel », Facebook, vidéo You Tube,‎ 9 octobre 2011 (consulté le 14 novembre 2011)
  36. Voir sur le site de l'ONG.

Liens externes[modifier | modifier le code]