Idiot utile

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L'expression « idiot utile » s'applique à des personnes qui servent des desseins qui contredisent leurs aspirations profondes. Elles sont de bonne foi mais manipulées.

Quelques exemples[modifier | modifier le code]

Historiquement, l'expression a parfois désigné des communistes occidentaux tel Jean-Paul Sartre qui soutenaient l'Union des républiques socialistes soviétiques[réf. souhaitée] . Sartre déclara à ses intimes qu'il ne fallait pas dire la vérité sur l'URSS pour « ne pas désespérer Billancourt », c'est-à-dire les ouvriers français embrigadés dans la CGT, à l'époque simple courroie de transmission du PCF de Maurice Thorez. De telles personnes furent pragmatiquement utilisées par les dirigeants de l'Union Soviétique. Citons encore Sartre en 1954: « La liberté de critique est totale en URSS et le citoyen soviétique améliore sans cesse sa condition au sein d'une société en progression continuelle. »[1]

Un tel sujet est considéré comme étant naïf, de bonne foi mais en plein déni de réalité à cause de sa fidélité.

Le terme est maintenant utilisé pour décrire une personne qui se laisse manipuler par un mouvement politique, un groupe terroriste ou un gouvernement hostile et ne s'applique plus uniquement aux communistes[réf. souhaitée].

L'origine nébuleuse[modifier | modifier le code]

Certains attribuent l'expression à Lénine (on ne retrouve cependant pas cette expression dans ses ouvrages publiés), et l'ont utilisée pour désigner et stigmatiser des intellectuels de gauche occidentaux dont la défense enthousiaste et naïve du régime soviétique semblait exempte de toute critique vis-à-vis de celui-ci.

Les premiers « idiots utiles » des communistes seraient d'abord le libéral hongrois Benkert, homme de lettres sous le pseudonyme de Karl-Maria Kertbeny, personnalité un peu excentrique, connu de Karl Marx et Friedrich Engels qui le considéraient effectivement comme un idiot pouvant être utile : on trouve dans la Correspondance Marx-Engels, ces remarques : « cet âne de Kertbeny » (lettre de Marx, 3 juin 1864), « voyons s'il peut nous servir à quelque chose » (lettre de Engels, 2 février 1868). Il était aussi connu de Charles Baudelaire, Pierre-Joseph Proudhon et George Sand. Ensuite Walter Duranty, journaliste au New York Times qui affirmait à ses lecteurs « qu'il n'y a pas de famine ou de disette véritable, et qu'il n'est pas vraisemblable qu'il y en ait », alors qu'il y eut véritablement une famine en Union soviétique au début des années 1930 (cf. famines soviétiques de 1931-1933). En France, Pierre George (1909-2006) entretint une semblable désinformation[2].

Pour Walter Duranty, les comptes rendus contraires, comme ceux des journalistes Malcolm Muggeridge ou Gareth Jones, n'étaient que « fabriques de rumeurs » révélant un « biais anti-soviétique ».

Ce qualificatif se rapporte surtout à toutes les personnes qui sont allées en Union Soviétique et qui, à la différence d'un André Gide, n'y ont vu que ce qu'ils avaient envie d'y voir, ou bien des personnes, sous influence d'agents soviétiques, ayant, de bonne foi mais contre les évidences, répandu les mensonges officiels du régime. On les a aussi appelés "compagnons de route". Ils étaient ainsi utiles à la machine de propagande et aux intérêts soviétiques.

Ce terme est aujourd'hui encore parfois utilisé par les conservateurs et néoconservateurs américains pour désigner de façon péjorative les intellectuels de gauche[3].

L'origine : les écrits[modifier | modifier le code]

Le terme « Useful Idiot » n'apparut aux États-Unis la première fois qu'en 1948 et ne fut attribué à Lénine que plusieurs décennies plus tard. Cette expression a alors été utilisée dans un article du New York Times à propos de la politique italienne. L'expression semble ensuite n'avoir plus été utilisée dans la presse écrite jusqu'en 1961.

Les détracteurs de la parenté historique de cette expression argumentent que le terme « idiot utile » n'a jamais été découvert sur les documents publiés de Lénine, et qu'il n'existe aucun témoignage direct de quelqu'un l'ayant entendu dire par Lénine[4].

Néanmoins, il est confirmé que Lénine a parlé des sympathies gauchistes de l'Ouest en termes très péjoratifs. Dans une lettre du 10 février 1922 au commissaire soviétique des affaires étrangères Gueorgui Tchitcherine en négociation à la Conférence de Gênes, Lénine écrivit[5] :

« Henderson est aussi stupide que Kerensky, et pour cette raison il nous aide. […] »

« En outre. C'est ultrasecret. Il nous convient que la Conférence de Gênes soit un fiasco, (...) mais pas par notre faute, bien sûr. Réfléchissez-y bien avec Litvinov et Joffe et faites-moi une note. Bien sûr, cela ne doit pas être mentionné, même dans des documents secrets. Rendez-moi cette lettre et je la brûlerai. Nous obtiendrons un meilleur prêt en dehors des accords de Gênes, si nous ne sommes pas de ceux qui coulent Gênes. Nous devons mettre au point des manœuvres plus intelligentes pour que nous ne soyons pas de ceux-là. Par exemple, l'imbécile Henderson et Co. nous aidera beaucoup si nous les poussons intelligemment […] »

« Tout vole ; à part pour « eux ». C'est la faillite totale (l'Inde, etc.). Nous devons provoquer une chute inopinément, pas de nos mains. »

Même si les mots de Lénine à propos d'Arthur Henderson ou d'autres gauchistes occidentaux sont sarcastiques, on n'y retrouve nullement l'expression « idiot utile ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sartre, de retour d'URSS, Libération, 15 juillet 1954.
  2. Charles Ehrmann, cours de géographie en classe terminale, 1960-1961, lycée Masséna, Nice.
  3. http://www.fahayek.org/index.php?option=com_content&task=view&id=761&Itemid=54
  4. (en) Au printemps 1987, Grant Harris, doyen de la bibliothèque du Congrès américain, affirma que nul n’avait pu retrouver cette phrase parmi les ouvrages connus de Lénine, cf. (en) Paul F. Boller, Jr. et George, John, They Never Said It: A Book of Fake Quotes, Misquotes, and Misleading Attributions, New York, Oxford University Press,‎ 1989 (ISBN 978-0-19-505541-2, LCCN 88022115).
  5. Note écrite à la main au Centre Russe pour la Préservation et l'Étude de l'Histoire récente, fond 2, opis 2, delo 1,1119. Publié sous le document 88 in The Unknown Lenin, éd. Richard Pipes, Yale University Press, 1996, ISBN 0-300-06919-7.