Mélodrame (cinéma)

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Au XIXe siècle, le mélodrame était un genre théâtral dramatique populaire, héritier du drame bourgeois et du théâtre de foire, caractérisé par l'emphase du style, l'exacerbation des émotions, le schématisme des ressorts dramatiques et l'invraisemblance des situations opposant des figures manichéennes. Les élans dramatiques étaient par ailleurs soulignés par des plages musicales et le paroxysme y était allègrement employé pour susciter l'émotion du spectateur. Ce genre est presque immédiatement utilisé dans le cinéma muet.

Débuts au cinéma[modifier | modifier le code]

Peu après sa naissance, le cinéma a repris ce genre théâtral pour produire des films constitués d’une série d’oscillations violentes entre les moments de bonheur et les moments de détresse présentés avec la menace constante que le pire finisse par triompher. Les personnages représentent plus des fonctions ou des idées opposées que des individus[1]. Les Deux Orphelines de David Wark Griffith est considéré comme le film qui opère le passage définitif du mélodrame du théâtre au cinéma[1].

Dès ses débuts, le genre est méprisé ou minimisé et souffre d'une utilisation péjorative : le « mode mélodramatique » est réduit à une recette narrative qui manipulerait l'émotion du public et n’offrirait qu’une représentation indigente et excessive[2]. Le mot lui-même se définit mal, entre grand spectacle, sensationnalisme, affrontement de figures morales, rhétorique de l'excès ou plus tard, psychologie du sacrifice et pathos[2]. La confusion joue également sur le fait que le mélodrame inclut à la fois l’effet produit sur les spectateurs et les moyens mis en œuvre pour y parvenir[2]. Plusieurs études actuelles tendent à réhabiliter son importance[2].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Les films mélodramatiques reprennent la figure de la victime et s'orientent vers le spectaculaire, le romanesque et la catastrophe[1]. Les héros vivent très souvent le choc de la reconnaissance et sont en quête du paradis perdu de l'enfance dans une imagerie où emphase et lyrisme restent de mise[1].

Le mélodrame prête donc assez peu d'intérêt à une peinture de caractères vraisemblable; son but premier est l'illustration de situations pathétiques[3]. Dès ses débuts, il prend pour modèle le roman du XIXe siècle (notamment la structure du roman-feuilleton)[1]. Il a d'ailleurs eu tendance à combiner, de manière rocambolesque, intrigues sentimentale et historique, voire guerrière comme dans Senso de Luchino Visconti et Le Temps d'aimer et le temps de mourir de Douglas Sirk[1].

Il met souvent en scène des conflits de pouvoir et de sentiments entre des êtres appartenant à un milieu social aisé. Néanmoins, la pauvreté peut être un élément clé du récit, notamment le motif de l'amour contrarié par la différence de milieu suite à une ascension subite de l'un des amants (L'Opinion publique de Charles Chaplin). Les thèmes principaux tournent autour de l'innocence persécutée, la foi trahie, la mise en couple contrariée, l'amitié hypocrite ou éternelle, l'amour absolu, les coups de la fortune imprévus, les enfants trouvés, les héritages captés, la vengeance implacable et le triomphe du faible suivant celui du tyran ou du méchant[3]. Né en temps de crise, le mélodrame correspond à un contexte idéologique, politique et moral que certains jugent réactionnaire[1]. Les valeurs qu'incarnent plusieurs personnages sont liées aux représentations d'une époque révolue et apparaissent démodées aux yeux du public actuel : pudeur dans l'expression des sentiments, haute et valeureuse idée de la dignité humaine, même bafouée[3]...

Le mélodrame des années 1950[modifier | modifier le code]

À la fin des années années 1940, le mélodrame s'intéresse à des figures féminines en quête d'émancipation et menacées par une société patriarcale (Caught de Max Ophüls)[1]. Tout ce que le ciel permet de Douglas Sirk (1956) installe un univers cossu, banlieusard et provincial caractéristique, repris plus tard par Todd Haynes dans Loin du paradis ou Marc Cherry dans la série Desperate Housewives[1]. Souvent lié à la tragédie, le mélodrame retravaille à partir des années 1950 la généalogie et les images œdipiennes puis interroge la figure du père, entre le patriarche castrateur et le mari soumis[1]. On parle alors de grands mélodrames familiaux (La Chatte sur un toit brûlant, Derrière le miroir, À l'est d'Eden...)[1].

Le mélo s'assimile aisément à d'autres registres comme le fantastique (L'Aventure de madame Muir et Pandora qui s'ancrent dans la tradition du mélodrame fantastique victorien, inspiré du roman gothique ou encore Les Contes de la lune vague après la pluie). Il peut aussi s'apparenter librement à une fresque historique (Autant en emporte le vent, Madame Miniver, Le Docteur Jivago), une comédie musicale (West Side Story) ou un film d'amour (Elle et lui) ce qui complique sa définition comme genre, style ou forme[1].

L'arrivée du technicolor lui permet d'utiliser la couleur comme ressort central de son langage et de son expressivité ce qu'inaugure Autant en emporte le vent en 1939, le tableau-phare de l’école mélodramatique moderne portée par une esthétique romantique et une palette éclatante de teintes automnales[4].

Deux courants opposés[modifier | modifier le code]

Deux tendances du mélodrame sont mises en opposition : le mélodrame sérieux, fidèle aux thèmes du genre mais maîtrisant ses effets pour véhiculer un message social, proche d'une réalité historique (Les Plus Belles Années de notre vie, Tant qu'il y aura des hommes) et le mélodrame flamboyant, tourné vers l'onirisme, l'imaginaire romanesque et l'artificialité revendiquée (Douglas Sirk, Leo McCarey, Vicente Minelli...)[5]. On peut retrouver cette opposition aujourd'hui entre les mélodrames de Clint Eastwood (Sur la route de Madison, Million Dollar Baby) et de Pedro Almodóvar (Talons aiguilles, Volver)[1].

D'ailleurs, un certain discours critique a alimenté une confusion dans l'esprit des spectateurs : on a souvent considéré le mélodrame stylisé à l'extrême tel que l'illustre Sirk (outrance visuelle défiant les limites du bon goût, omniprésence de la partition musicale exprimant la perdition émotionnelle et morale des personnages principaux etc.) comme l'essence du genre alors qu'il en est une expression particulière[1]. La dramaturgie mélodramatique prend en effet des significations diverses selon les cinéastes : Rainer Werner Fassbinder rapproche par exemple sentiment exacerbé et réflexion politique[1].

Renaissance[modifier | modifier le code]

Tombé en désuétude dans les années 1960 avec l'effondrement des grands studios, le genre intéresse peu les nouveaux indépendants qui s'emparent du système dans les années 1970 mais il connaît une renaissance dans les années 1980 et 1990 grâce à des œuvres comme Out of Africa (1985), Le Patient anglais (1996) et Titanic (1997)[3].

Dans les années 2000, le genre est repris par des réalisateurs cinéphiles qui en font un objet de culte, entre hommage et pastiche : Todd Haynes, Pedro Almodóvar, François Ozon[1]... La découverte par le public occidental des productions Bollywood entraîne par ailleurs un vif intérêt pour le mélodrame exotique, mâtiné de numéros musicaux (La Famille indienne, Devdas...).

Mélodrames télévisés[modifier | modifier le code]

À la télévision, le soap opera peut être considéré comme le continuateur du mélodrame, tant sur le plan de la narration que de la thématique, notamment pour son goût des situations paroxystiques, sa représentation d'un imaginaire liant archaïquement famille, généalogie et pouvoir et son illustration d'un temps cyclique ou feuilletonnesque, éloigné de toute vraisemblance (improbables coups de théâtre, deux ex machina, retour de personnages censés être morts, enfants devenant soudainement adolescents ou adultes...)[1].

Les grands noms[modifier | modifier le code]

Liste sélective[3],[4][modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p et q Conférence sur les liens entre mélodrame et cinéma, consulté le 22 février 2012
  2. a, b, c et d Introduction de module sur le mélodrame cinématographique à l'Université Libre de Bruxelles, consulté le 06 octobre 2012
  3. a, b, c, d et e Article sur le mélodrame sur le site du Ciné-club de Caen, consulté le 21 février 2012
  4. a et b Cycle mélodrame sur TCM
  5. Article de Libération sur Les Plus Belles Années de notre vie
  6. Fiche Télérama sur Autant en emporte le vent
  7. Critique de L'Aventure de madame Muir sur Excessif

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Conférence sur les relations entre mélodrame et cinéma