Paul Henri Thiry d'Holbach

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Paul Thiry d’Holbach

Philosophe occidental

Époque Moderne

Description de cette image, également commentée ci-après

Tableau par Carmontelle, 1766 - Musée Condé, Chantilly

Naissance 1723, Edesheim
Décès 1789, Paris
Nationalité Flag of Rhineland-Palatinate.svg Palatinat du Rhin, puis Drapeau de la France France
École/tradition Matérialisme
Œuvres principales Système de la nature ; Le Christianisme dévoilé ; Éthocratie

Paul-Henri Thiry, baron d’Holbach, né Paul Heinrich Dietrich von Holbach, né à Edesheim[1], Rhénanie-Palatinat, le 8 décembre 1723 et mort à Paris le 21 janvier 1789, était un savant et philosophe matérialiste d’origine allemande et d’expression française. Seigneur de Heeze, Leende et Zesgehuchten (Brabant), il était propriétaire du château de Heeze[2].

Aperçu de la Edesheim Ludwigstrasse en Rhénanie-Palatinat. Dans la maison n ° 4 est encore le lieu de naissance de Paul Henri Thiry d'Holbach. Carte illustrée de 1940.
Acte de baptême de Paul Thiry d'Holbach à Edesheim
Maison d'entrée №. 8 rue Royale Saint-Roch (aujourd'hui la rue des Moulins)
Portrait de Mme Charlotte Suzanne d'Holbach (1733-1814), peinture à l'huile d'Alexandre Roslin (1718-1793)
Paul Thiry d'Holbach sur 1785, peinture à l'huile d'Alexandre Roslin

Biographie[modifier | modifier le code]

Château de Heeze, Kasteel Heeze te Heeze de 1733 détenue par François Adam d'Holbach. Paul Henri Thiry Holbach a hérité du château en 1750.

Né dans une riche famille catholique, d'Holbach fait des études de droit à Leyde et s’installe à Paris en 1749. Il devient alors français et avocat au Parlement de Paris. Son père était Johann Jacob Dietrich (1672-1756) et sa mère Catherine Jacobina Holbach (1684-1743) d' Edesheim (aujourd'hui, la Rhénanie-Palatinat). Son père était un viticulteur[3].

Le grand-père maternel, Johannes Jacobus Holbach († 1723) était un contrôleur des impôts, teleonarius et civis, du prince-évêque de Spire, Henri-Hartard de Raville respectivement Damien de Schönborn-Buchheim. Paul Henri a été confié à son oncle maternel Franz Holbach Adam (ou Adam François d'Holbach, plus spécifiquement Messire François-Adam, Baron d'Holbach, Seigneur de Heeze, Leende et autres Lieux). Franz Adam Holbach (environ 1675–1753) avait émigré à un âge précoce à Paris en 1713 et a obtenu un poste dans les banques comme courtiers en valeurs mobilières.

En 1744 il est inscrit en tant que Paulus Holbach Baro Palatinus pour l'étude du droit et des sciences naturelles à l'Université de Leyde. Retour en 1748 à Paris, il est devenu un naturalisé français. À Paris, d'Holbach a d'abord vécu dans la rue Saint-Nicaise, puis à partir de 1759 dans un palais à cinq étages au №. 8 rue Royale Saint-Roch (aujourd'hui la rue des Moulins).

Le vendredi 11 décembre 1750, il a épousé une fille de son cousin, Basile Geneviève Suzanne d'Aine (1728-1754) (cousin au second degré). Sa première femme est morte peu de temps après la naissance en 1754 de leur premier enfant, Nicolas Paul François (* 1753). Deux ans plus tard, il épousa grâce à une "dispense" du pape, la sœur de sa défunte épouse, Charlotte Suzanne d'Aine (1733-1814), avec qui il eut quatre enfants.

Il a eu notamment un fils: Charles-Marius (1757-1832) et deux filles: Amélie-Suzanne (* 13 janvier 1759) et Louise Pauline (19 décembre 1759-1830)[4]. D'Holbach a vécu dans sa propriété Le Château de Grand-Val (Sucy-en-Brie) et à Paris.

Château du Grand Val, façade sur le parc. En possession de Mme Suzanne d’Aine (belle-mère). Carte illustrée de 1907.

Il a fait quelques voyages avec Frédéric Melchior Grimm dans le sud de la France; le premier, après la mort de sa première femme en 1754, et l'autre, en 1765; Parmi ses autres voyages, il alla en Angleterre à plusieurs reprises et à Contrexéville dans les Vosges. Contrexéville était alors une région connue pour ses sources thermales.

Paul Henri Thiry d'Holbach a assisté aux cours de chimie et de démonstrations de Guillaume-François Rouelle de Jardin du Roi. Soit dit en passant, a ainsi fait Denis Diderot.

D'Holbach participe à l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert à partir de 1751 et rédige des articles traitant de métallurgie, géologie, médecine, de minéralogie et de chimie[5],[6].

À partir de 1760, il commence à rédiger des ouvrages philosophiques, souvent sous un nom d’emprunt ou sous celui d’un mort (Jean-Baptiste Mirabaud, secrétaire perpétuel de l’Académie, abbé Bernier, Boulanger, etc.) pour éviter les ennuis avec le pouvoir, car ses écrits sont anticléricaux, antichrétiens et explicitement athées, matérialistes et fatalistes (c’est-à-dire qu’il pense que la nécessité est à la base des actions des hommes, comme elle est à la base du « mouvement » de la nature).

D'Holbach est l’un des premiers auteurs athées (Jean Meslier fut sans doute son unique prédécesseur), sans concession à un déisme (Voltaire) ou un panthéisme. Il meurt à quelques mois de la prise de la Bastille, alors qu’il est un des acteurs du siècle des Lumières.

D’Holbach employait plusieurs personnes célèbres pour la rédaction de ses ouvrages. Certains de ses ouvrages ont été revus et corrigés par Diderot, c’est le cas du Système de la nature que Diderot annotera ensuite et complétera par un dernier chapitre intitulé Abrégé du code de la nature. Diderot écrit enfin un résumé complet, chapitre par chapitre, de l’ouvrage sous le nom de Le vrai sens du système de la nature (publié dans l’édition de 1820).

Savant reconnu, d'Holbach est membre des académie de Berlin (1752), de Mannheim (1766), de Saint-Pétersbourg (1780), entre autres. Il était un invité régulier de la loge des Neuf Sœurs. Il se marie une première fois, sur l’insistance de ses amis, et devient veuf rapidement. Amoureux de sa belle-sœur Charlotte-Suzanne d'Aine (morte le 16 juin 1814 à quatre-vingt-un ans), il l’épouse, grâce à une "licence" obtenue de l’Église, moyennant finances. Ils eurent deux garçons et deux filles. L’aîné sera conseiller au parlement, le second capitaine de dragons. Une des filles s’est mariée avec le marquis de Chastenay et l’autre avec un comte de Nolivos.

Le lieu de sépulture de d'Holbach dans l'église Saint-Roch (Paris)

D'Holbach le salonnier[modifier | modifier le code]

Il tenait table ouverte tous les jeudis et dimanches, ces dîners étaient très renommés, pour ses amis parmi lesquels Buffon, d’Alembert, J-J. Rousseau, Helvétius, Mercier, Naigeon (son éditeur), Marmontel, La Harpe, Marie-Thérèse Geoffrin, Louise d'Épinay, Sophie d'Houdetot et des étrangers tels Melchior Grimm, Adam Smith, David Hume, Laurence Sterne, Ferdinando Galiani, Cesare Beccaria, Joseph Priestley, Horace Walpole, Edward Gibbon, David Garrick (pour l’essentiel cités dans la rapide biographie du second éditeur du Système de la nature, édition publiée en 1820). Au cours des réceptions, des articles de l’Encyclopédie sont préparés et rédigés. D’Holbach lui-même en rédige 376[7].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Paul Henri Thiry d’Holbach.

D’Holbach place l’homme raisonnable au centre de tout et base sa philosophie sur la nature. Son but est de détacher la morale de tout principe religieux pour la déduire des seuls principes naturels. Dans sa synthèse, Système de la nature, il soutient l’athéisme contre toute conception religieuse ou déiste, le matérialisme et le fatalisme (déterminisme scientifique).

La publication de son Système de la nature eut un énorme retentissement : le gouvernement le défère au parlement qui condamne le livre, le 18 août 1770, à être brûlé au pied du grand escalier du palais. La Contagion sacrée est aussi brûlée, en même temps que quatre autres de ses ouvrages. De nombreux livres vont être ensuite publiés pour réfuter les thèses du Système de la nature :

  • Bergier : Examen du matérialisme, ou Réfutation du système de la nature, 1771
  • Denesle, M. : Préjugés des anciens et des nouveaux philosophes sur l’âme humaine, Paris, 1775
  • Castillon, de Berlin : Observations sur le système de la nature
  • Jean-Baptiste Duvoisin publie trois ouvrages en 1775, 1778 et 1780 pour réfuter, ainsi que Holland, Guillaume Rochefort (en 1771) ou Saint-Martin (en 1775).
  • Voltaire le critique de manière ambiguë, il fait l’éloge du livre, en critique le style et fait deux articles de réfutation (Dieu et Style), sans contester le fatalisme, dans son Dictionnaire philosophique.

Dans la bibliographie donnée dans l’édition de 1820 du Système de la nature, 50 ouvrages lui sont attribués, avec, en plus, une participation à l’Histoire philosophique de l’Inde, par l’abbé Raynal.

Parmi eux, outre les ouvrages philosophiques et de théologie critique, se trouvent des titres concernant la chimie (Traité du soufre), de physique, de métallurgie, de géologie (l’Art des mines et un essai sur l’Histoire naturelle des couches de la terre, traduits de Lehmann, 1759), mais aussi de politique et de droit (Principes de la législation universelle, Amsterdam, 1773).

Citations[modifier | modifier le code]

  • La religion est l'art d'enivrer les hommes pour détourner leur esprit des maux dont les accablent ceux qui les gouvernent[8]
  • « Les philosophes de l’Antiquité semblent encore avoir souvent à dessein enveloppé leur doctrine de nuages. La plupart d’entre eux, pour la rendre plus inaccessible au vulgaire, ont eu une double doctrine, l’une publique et l’autre particulière, qu’il est difficile de distinguer dans leurs écrits, surtout après qu’un grand nombre de siècles en a fait perdre la clef. La philosophie, pour être utile dans tous les âges et à tous les hommes, doit être franche et sincère ; celle qui n’est intelligible que pour un temps ou à quelques initiés devient une énigme inexplicable pour la postérité. »[9]

Œuvres attribuées de manière certaine[modifier | modifier le code]

  • Lettre à une dame d’un certain âge sur l’état présent de l’opéra, Paris 1752 Lire en ligne
  • Le christianisme dévoilé, ou Examen des principes & des effets de la religion chrétienne 1766
  • L'Antiquité dévoilée par ses usages, ou Examen critique des principales opinions, cérémonies et institutions religieuses et politiques des différens peuples de la terre, Amsterdam, 1766[1]
  • La Contagion sacrée, ou Histoire naturelle de la superstition, Londres, 1768, Lire en ligne
  • Lettres à Eugénie, ou Préservatif contre les préjugés 1768
  • Théologie Portative, ou Dictionnaire abrégé de la religion chrétienne 1768
  • Essai sur les préjugés, ou De l’influence des opinions sur les mœurs & le bonheur des hommes 1770[10][2]
  • Histoire critique de Jésus-Christ, ou Analyse raisonnée des évangiles 1770,[3]
  • Tableau des Saints, ou Examen de l’esprit, de la conduite, des maximes & du mérite des personnages que le christianisme révère & propose pour modèles 1770 Lire en ligne
  • Politique naturelle, ou Discours sur les vrais principes du Gouvernement 1773 (lire en ligne le tome 1 et le tome 2)
  • Système Social, ou Principes naturels de la morale et de la Politique, avec un examen de l’influence du gouvernement sur les mœurs, Londres, 1773, 3 vol : 1 [4], 2 [5], 3 [6]
  • Le Bon Sens, ou Idées naturelles opposées aux idées surnaturelles, Londres, 1772 Lire en ligne
  • Le Bon Sens puisé dans la Nature Coda poche 2007
  • Éthocratie, ou Le gouvernement fondé sur la morale 1776
  • La Morale Universelle, ou Les devoirs de l’homme fondés sur la Nature], Amsterdam, 1776, (lire en ligne le tomeI1, le tome II et le tome III)
  • Éléments de morale universelle, ou Catéchisme de la Nature 1790 Lire en ligne
  • Système de la nature ou des loix du monde physique & du monde moral, Lire en ligne
  • Essai sur l'art de ramper. Paul Henri Dietrich baron d'Holbach, 1723-1789, Essai sur l'art de ramper, à l'usage des courtisans, facétie philosophique tirée des manuscrits de feu M. le baron d'Holbach et insérée dans la Correspondance de Grimm (décembre 1790) : XVIIIe siècle : 1723-1790, Paris, Correspondance de Grimm, 1790,‎ 1790[11]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lieu de naissance à Edesheim
  2. Jeroom Vercruysse, Holbach et les Pays-Bas. Vrije Universiteit Brussel, en ligne
  3. Généalogie de la famille
  4. Généalogie de Charlotte d'Aine
  5. Kim, Mi Gyung, Affinity, that elusive dream. A Genealogy of the chemical Revolution. Cambridge Massachusetts, London England, Massachusetts Institute of Technology (2003) ISBN 0-262-11273-6 pp. 161-218
  6. Williams, Elizabeth A., A Cultural History of Medical Vitalism in Enlightenment Montpellier (The History of Medicine in Context). Ashgate Publishing Limited Hants UK (2003) ISBN 0-7546-0881-6, p. 119
  7. Entrée de la maison Rue Royale Saint-Roch № 8. (Maintenant: Rue de Moulins
  8. Cité par Henri Guillemin, Voltaire vers 36:45
  9. La morale universelle, ou, Les devoirs de l'homme fondés sur sa nature, 1776
  10. L'attribution de ce texte à d'Holbach reste discutée. Voir en ce sens : Alain Niderst, Sur l'œuvre de Dumarsais. In : Anales de literatura española, (ISSN 0212-5889), 1984, nº 3, p. 349-364 et particulièrement p. 353-356. Quoi qu'il en soit, ce texte a été commenté par Denis Diderot dans sa Lettre sur l'examen de l'Essai sur les préjugés.
  11. Domaine public, disponible sur Gallica, Identifiant : ark:/12148/bpt6k84523m.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]