Marie-Thérèse Rodet Geoffrin

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Marie-Thérèse Geoffrin

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Portrait par Jean-Marc Nattier (1738).

Nom de naissance Marie-Thérèse Rodet Geoffrin
Naissance 26 juin1699
Paris
Décès 6 octobre1777 (à 78 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de la France France

Marie-Thérèse Rodet Geoffrin, née à Paris le 26 juin 1699, et morte à Paris le 6 octobre 1777[1], est une salonnière française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fille d’un valet de chambre de la Dauphine de Bavière, Marie-Thérèse Rodet était une femme d’esprit, issue de la petite bourgeoisie. Son père, malgré sa charge de valet de garde-robe, ne put faire grande fortune car la Dauphine vivait en recluse à Versailles et mourut jeune. Néanmoins, revenu à Paris, il put faire construire un hôtel pour 30 000 livres et placer à bon escient 100 000 livres de rentes. Elle était sans grande instruction : sa mère mourant jeune, elle fut élevée par sa grand-mère madame Chemineau qui ne lui donna pas d'éducation formelle mais lui apprit l'art de la conversation. Sa grand-mère la fit épouser à quatorze ans[2] le lieutenant-colonel de la Milice de Paris Pierre François Geoffrin, issu, comme elle, de famille bourgeoise, mais qui était riche (richesse acquise dans les finances et non de son premier mariage comme le racontent certaines chroniques), car actionnaire de la Manufacture royale de glaces de miroirs[3] du faubourg Saint-Antoine, . La jeunesse de Marie-Thérèse Rodet avait été celle d’une bourgeoise destinée à une existence terne lorsqu’elle caressa le rêve, en apparence fort prétentieux, de lancer un salon, rêve qu’elle devait finir par transformer en réalité vers 1727-1730. Comme elle avait, elle aussi, quelque fortune, il lui fut possible de se donner le plaisir de recevoir gens de lettres, ministres et ambassadeurs et de commencer ainsi à se faire bien voir dans le monde. Néanmoins Monsieur Geoffrin commença à apprécier très modérément ses dépenses qui faisaient nourrir ses amis.

Elle forma son esprit en côtoyant les personnalités fréquentant le salon de Madame de Tencin où Fontenelle l’avait introduite, et dont elle recueillit les hôtes à la mort de cette dernière en 1749, alors qu’elle avait dépassé sa cinquantième année. Le décès de son mari la même année lui donna une totale liberté pour développer son salon grâce aux revenus de la manufacture des glaces. Nouveauté à l'époque, elle l'ouvre alors aux artistes, hommes d'affaires, à l’aristocratie et aux étrangers en poste ou de passage à Paris[4].

De 1749 à 1777, elle organisa, dans son hôtel de la rue Saint-Honoré, vis-à-vis les Capucins, un salon bihebdomadaire, offrant à ses hôtes une table abondamment et délicatement servie, recevant des artistes le lundi, des savants, des gens de lettres et philosophes, tels Diderot, Voltaire, D’Alembert.

Hôtel de Mme Geoffrin

Dans cette demeure où elle logeait sa fille, Mme de la Ferté-Imbault (1715-1789, future marquise par son mariage en 1733 avec Philippe Charles d'Estampes marquis de la Ferté-Imbault, très instruite[5] et préférant les philosophes anciens[6], snobant sa mère par son titre de noblesse et se battant avec elle à propos de la gestion de la manufacture de glaces), Marie-Thérèse Geoffrin trouvait le moyen d’offrir l’hospitalité à ceux de ses amis dont elle savait les ressources limitées. Une table médiocre, sa rivale Madame du Deffand n'hésitant pas à placer le bon mot : « Voilà bien du bruit pour une omelette au lard ! ». Point de luxe dans les appartements ; du moins point de ce luxe clinquant et doré, élégant à coup sûr, mais un peu tapageur, que Mme de Pompadour avait mis à la mode. De bons meubles, bien simples, des fauteuils confortables – de véritables « commodités de la conversation » – où l’on était à l’aise, de la lumière à flots le soir, la simplicité de ses goûts était extrême, et dans ses toilettes on retrouva jusqu’à la fin de sa vie, cette modestie dans l’air, dans le maintien, dans les manières qui cadrait à merveille avec la sévérité de son intérieur. Il y avait pourtant, au fond de tout cela, de la fierté et quelque désir de gloriole. Si elle ne s’entourait pas du luxe criard au milieu duquel vivaient les fermiers généraux, les gardes du trésor royal dans les hôtels somptueux qu’à grands frais, ils faisaient élever, elle sentait, elle comprenait toutes les jouissances de ce luxe, elle poussait même jusqu’au raffinement les délicatesses de ce sentiment, préférant à tout l’éclat alors à la mode ce qui pouvait flatter son goût pour les arts dont elle était une fervente admiratrice. Si les meubles et les tentures de ses appartements pouvaient paraître simples, les murs étaient couverts de tableaux choisis avec goût parmi les œuvres anciennes, de toiles de peintres de son temps dont elle discernait à merveille le talent et à qui elle faisait des commandes importantes ; les consoles supportaient de belles pièces de cette porcelaine de Meissen en Saxe, alors si recherchée, que la fabrique de Vincennes récemment transférée à Sèvres sous le patronage de Mme de Pompadour s’efforçait d’égaler pour les surpasser un jour ; et c’est précisément ce goût prononcé pour les arts qui l’avait déterminée à instituer pour les artistes le dîner du lundi.

Jouant, pendant un quart de siècle, le rôle d’amie des intellectuels de son temps, son influence a été immense et l’aide qu’elle apportée à la germination de la semence des idées des Lumières. Elle correspond avec le roi Gustave III de Suède, mais surtout avec Catherine II de Russie et Stanislas II de Pologne.

Frappée d'hémiplégie depuis quelques mois, son agonie donne lieu à une bataille épique à son chevet entre D’Alembert appuyé par tout le parti encyclopédiste anticlérical, et sa fille la marquise de la Ferté-Imbault qui, soutenue par le « parti dévot », fait venir le curé de Saint Roch pour lui donner une mort chrétienne.

Le salon de Madame geoffrin[modifier | modifier le code]

Lecture de la tragédie de Voltaire, l’Orphelin de la Chine, dans le salon de Mme Geoffrin en 1755.
Anicet Charles Gabriel Lemonnier, 1812, Château de Malmaison.

L’analyse du tableau de Lemonnier représentant le salon de Marie-Thérèse Geoffrin permet de découvrir philosophes, artistes et savants du siècle des Lumières. Ce tableau est commandé en 1812 par Joséphine de Beauharnais pour orner le château de La Malmaison, c'est un faux historique puisque le peintre imagine en fait une réunion de toutes les célébrités qui auraient pu fréquenter le salon.

Une des particularités de cette peinture est d’être accompagnée d’une planche explicative qui reprend en silhouette les personnages figurant sur le tableau et qui, par un système très simple de renvois numérotés, précise l’identité de chacun.

On peut reconnaître Marie-Thérèse Geoffrin sur le tableau à droite au premier rang et Julie de Lespinasse à gauche qu'elle aidera à ouvrir son propre salon après l'avoir ravie à sa rivale Madame du Deffand. Au fond, le buste de Voltaire semble régner sur l’assistance ; à sa gauche le ministre Choiseul. On voit également D'alembert derrière le bureau, Fontenelle, Montesquieu, Diderot et Marmontel tandis que l’acteur Lekain lit la pièce L’Orphelin de la Chine de Voltaire, alors en exil.

Postérité[modifier | modifier le code]

Elle est célèbre pour avoir subventionné une partie de la publication de l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert. Fontenelle témoigna de la manière la plus éclatante la réelle affection qu’il éprouvait pour Mme Geoffrin en l’instituant l’exécutrice de ses volontés testamentaires.

Une des statues décorant l’Hôtel de ville de Paris est à l’effigie de Mme Geoffrin (coin en bas à droite, façade regardant la Seine).

Correspondance[modifier | modifier le code]

Madame Geoffrin âgée.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marietta Martin, Une Française à Varsovie en 1766. Madame Geoffrin chez le roi de Pologne Stanislas Auguste, Bibliothèque polonaise de l’Institut d’études slaves, Paris, 1936.
  • Maurice Hamon, Madame Geoffrin, Éditions Fayard, Paris, 2010 (ISBN 978-2213628486)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Son enterrement est signalé dans le Journal de Paris n° 281 du 8 octobre 1777, page 4.
  2. Mineure, Pierre François Geoffrin est alors son mari et son tuteur, gérant sa dot de 200 000 livres.
  3. En 1722, il possède 13 % de son capital.
  4. Maurice Hamon, « Madame Geoffrin : femme d’influence, femme d’affaires au temps des Lumières », Canal Académie, 3 avril 2011
  5. L'anecdote selon laquelle les premiers habitués du salon (Montesquieu, Fontenelle) la prenaient le soir pour lui donner des cours particuliers en cachette, est probablement une légende
  6. Elle crée vers 1775 la Société des Lanturlus (ou Ordre des Lanturlus), salon burlesque et parodique formé de littérateurs antiphilosophiques.

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