Offensive de Lvov-Sandomierz

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Offensive Lvov-Sandomierz
Soldats soviétiques à Lviv (juillet 1944).
Soldats soviétiques à Lviv (juillet 1944).
Informations générales
Date 13 juillet29 août 1944
Lieu Ukraine occidentale / Pologne orientale
Issue Victoire soviétique
Belligérants
Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Hongrie Royaume de Hongrie
Drapeau de l'URSS Union soviétique
Commandants
Drapeau de l'Allemagne Josef Harpe (Groupe d'armées A)
Drapeau de l'Allemagne Walter Model[1].
Flag of Hungary (1920–1946).svg Raul Federikin (groupe d'armées Nord Ukraine)
Drapeau de l'URSS Ivan Konev (1er Front ukrainien)
Forces en présence
900 000 hommes
900 véhicules blindés
6 300 canons[2]
1 002 200 hommes[3]
1 979 véhicules blindés
11 265 canons
Pertes
55 000 tués, disparus ou capturés 65 001 tués, disparus ou capturés
224 295 blessés
1 269 chars
289 avions[3]
Batailles
Front de l’Est

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L’offensive de Lvov-Sandomierz (en ukrainien : Львівсько-Сандомирська операція, en russe : Львовско-Сандомирская стратегическая наступательная операция) est une offensive de l'Armée rouge (menée principalement par le 1er Front d'Ukraine) qui eut lieu du 13 juillet au 29 août 1944 contre la Wehrmacht en Ukraine et en Pologne orientale sur le Front de l'Est lors de la Seconde Guerre mondiale.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Les stratèges allemands étaient convaincus que les Soviétiques attaqueraient encore au sud, où le front se trouvait à 70 km de Lviv et offrait la route la plus directe vers Berlin. La situation de l'Allemagne, déjà critique, devient désespérée après le débarquement de Normandie en juin 1944. En Italie, les Alliés prennent Rome le 4 juin. De plus, ceux-ci accentuent les raids sur les industries et les installations allemandes.

Le 22 juin 1944, soit 3 ans exactement après le déclenchement de l'opération Barbarossa, les Soviétiques lancent l'opération Bagration, une énorme offensive destinée à libérer la Biélorussie. Les Allemands qui ne s'attendaient pas à une attaque sur ce front n'ont laissé que 800 000 hommes face à 2,3 millions de Soviétiques. Les Soviétiques, qui possèdent dix fois plus de chars et sept fois plus d'avions, éventrent les lignes allemandes. Le front allemand percé, Minsk, la siège de l'administration du Commissariat général de Ruthénie Blanche, tombe le 3 juillet. Le groupe d'armées Centre volatilisé sous le choc de l'attaque, l'Armée rouge atteint rapidement l'ancienne frontière avec la Pologne, capture des dizaines de milliers de soldats, dont 17 généraux[4].

À la fin août, les pertes allemandes sont le double de celles des Soviétiques[5]. L'offensive en direction de Lviv lancée le 17 juillet 1944 met rapidement en déroute les forces allemandes dans l'ouest de l'Ukraine.

Préparation[modifier | modifier le code]

Dès le mois de mai 1944, le contrôle d'une tête de pont sur la Vistule, à Sandomir, constitue l'objectif stratégique des offensives d'été soviétiques[6].

Le 24 juin 1944, après une réunion d'état-major à Moscou à laquelle participe Staline, Koniev reçoit la directive no  220122 qui définit ses objectifs[7] : atteindre Lvov puis la haute Vistule en passant par la région de Lublin[8].

Cette offensive, dont l'objectif final est alors assez éloigné, doit se dérouler en deux temps : Dans un premier temps, la prise de Lvov et le franchissement du San à Przemyśl, puis dans un second temps, la marche sur Sandomir[9] et la Vistule à Sandomir, objectif fixé le 27 juillet, soit treize jours après le début de l'opération[8].

Dans sa préparation opérationnelle et tactique, Koniev n'envisage pas l'encerclement de poches allemandes, mais la rupture du front allemand en plusieurs points[10].

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Dans cette opération, vont s'affronter le groupe d'armées Nord Ukraine, encore solide, commandé à partir du 28 juin 1944 par Joseph Harpe et le Premier front ukrainien, dirigé par Ivan Koniev.

Composé de deux armées Panzer, les 1re et 4e Panzerarmee, et d'une armée hongroise, le groupe d'armée Nord Ukraine est affaibli par les ponctions opérées en son sein, à la demande des autres fronts, polonais et français[11] : c'est donc avec moins de 900 chars d'assauts, soit 60% de l'effectif total de ces matériels cinq semaines plus tôt, 1 550 pièces d'artillerie et 840 000 soldats, dont 1 quart de Hongrois démotivés[12], que Harpe et ses hommes vont devoir affronter le Premier front d'Ukraine d'Ivan Koniev. À ces effectifs s'ajoutent près 600 avions de chasse et d'avions spécialisés dans le combat anti char; à ces avions s'ajoute la possibilité de puiser parmi les appareils stationnés à Varsovie[13].

Abondamment renforcé par la direction soviétique, le Premier front ukrainien n'est cependant pas le mieux loti dans les offensives soviétiques de l'été 1944 : cependant, avec plus de 2 000 véhicules blindés, Koniev dispose d'une supériorité de 2 pour 1 par rapport aux Germano-hongrois[14]. Par contre les moyens en artillerie mis à sa disposition sont écrasants : près 14 000 pièces lourdes, dont 6300 massées sur les 25 kilomètres de zones de percée, soit une concentration de 244 pièces par kilomètre dans les zones de percée[9]. À ces concentrations importantes, s'ajoutent 3 246 avions de combat : 679 bombardiers, 1 419 chasseurs et 1 046 bombardiers d'assaut[15].

Ces concentrations, en dépit des mesures d’intoxication de l'adversaire, sont connues de part et d'autre[16],[17].

Enjeux et objectifs[modifier | modifier le code]

Par une offensive majeure dans ce secteur, les Soviétiques espèrent la réalisation de plusieurs objectifs, militaires, politiques et économiques. Aux yeux de certains historiens, l'offensive soviétique en direction de Sandomir constitue le principal objectif stratégique et politique des Soviétiques de l'été 1944, l'opération Bagration étant au départ conçu comme un piège destiné à envoyer en Biélorussie des unités stationnés en Galicie[18].

Objectifs militaires[modifier | modifier le code]

Lvov constitue, en juillet 1944, un objectif militaire important, puisque la ville accueille l'état-major du groupe d'armées Nord Ukraine. Mais c'est aussi un important nœud ferroviaire pour les communications entre le Reich et ses alliés balkaniques[9].

Sandomir constitue également un objectif militaire point de départ d'une route vers la Silésie, un des grands centres industriels du Reich.

Objectifs politiques[modifier | modifier le code]

Sandomir, ville sur la Vistule, constitue, selon Staline, un objectif politique de première importance, puisque la ville s'étend de part et d'autre de la Vistule, constituant ainsi une tête de pont sur l'avant-dernier obstacle sur la route de Berlin.

De plus par la multiplicité des coups portés à une Wehrmacht de plus en plus débordée, la fermeté des alliances allemandes, avec la Hongrie, avec la Slovaquie, avec la Roumanie, pourrait aussi être ébranlée, selon les calculs des responsables soviétiques[19].

Objectifs économiques[modifier | modifier le code]

Parmi les objectifs à saisir pour les Soviétiques, les puits de pétrole de Galicie, qui fournissent 500 000 tonnes de pétrole brut par an[11]. Mais la Silésie, du moins une menace plus directe sur la Silésie (hors de portée de l'aviation anglo-américaine), constitue aussi un objectif à moyen terme pour les concepteurs de cette opération[11].

Déroulement des opérations[modifier | modifier le code]

Cette offensive stratégique, menée par Ivan Koniev, se déroule selon deux offensives distinctes, la première autour de Lvov et Przemyśl, la seconde en direction de Sandomir et du San, affluant de la Vistule.

Les troupes soviétiques commencent à gagner leurs positions de départ à partir du 11 juillet[16]. En dépit de quatre jours de combats furieux, alternance de succès et d'échecs partiels des deux armées en lutte, le 15 juillet, la percée est obtenue dans le secteur de Zolochev[20].

Brody est rapidement encerclée et prise, les tentatives allemandes pour se dégager se soldant par un échec sanglant[21].

Le 20 juillet, le front tenu par le groupe d'armée Nord Ukraine présente une physionomie particulière : disloqué au nord de Lvov, certaines de ses unités sont positionnées en défense autour de la ville, tandis que les unités au sud de la ville n'ont pas encore essuyé de grosses attaques soviétiques[22].

Le 23 juillet la San est atteinte, puis, le 27 juillet, Lvov et Przemyśl sont prises par les troupes de Koniev, tandis que les Polonais engagés dans l'opération Burza, la libération des villes polonaises avant l'arrivée des troupes soviétiques a échoué[22].

Le 27, Staline modifie les ordres donnés à Koniev et lui ordonne de prendre Sandomir[23]. Des têtes de pont sont ainsi conquises sur la Vistule, mais leur survie demeure précaire, maintenue uniquement grâce à la puissance de feu de l'artillerie lourde massée de l'autre côté du fleuve[24].

En dépit de multiples contres-attaques allemandes, tenues en échec par l'artillerie soviétique, la tête de pont s'agrandit progressivement et atteint le 1er septembre 70 kilomètres de large pour 50 de profondeur[24].

Bilan[modifier | modifier le code]

Le 29 août, l'ordre est donné aux armées soviétiques de se mettre en position défensive sur cette partie du front.

Pertes[modifier | modifier le code]

Les pertes allemandes s'élèvent à 90 000 tués, disparus, blessés ou prisonniers ; le Reich déplore également la perte de 300 avions de combat, 350 chars et canons d'assaut[25]. En face, les pertes soviétiques s'élèvent à 65 000 tués et 224 295 blessés. Les Soviétiques perdirent également 1 269 chars et 289 avions selon certains[3], 510 selon d'autres[25] lors de l'offensive. Le succès de l'opération permet de préparer l'offensive Vistule-Oder sur le front polonais.

Conséquences opérationnelles[modifier | modifier le code]

Au terme de cette opération, la Galicie a été rapidement conquise par l'armée rouge[26], en dépit des obstacles naturels et du mordant des troupes de l'Axe qui contre-attaquent dès qu'elles ont la possibilité de le faire.

Plus encore, l'envoi sur la haute Vistule de huit divisions allemandes, prélevées de secteur plus calmes du front de l'Est, auprès du groupe d'armées Sud Ukraine, assure le succès de l'offensive lancée plus au Sud contre les positions roumaines en Moldavie à partir du 20 août 1944[25], comme les unités prélevées pour colmater les brèches créées par l'offensive en Biélorussie avait assuré le succès de celle-ci[11].

Enfin, la tête de pont de Sandomierz est utilisée lors de la grande offensive d'hiver lancée le 12 janvier 1945[25].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Lopez, Opération Bagration, p. 290
  2. Zaloga, S. Bagration 1944: The Destruction of Army Group Centre, p.74
  3. a, b et c Glantz, When Titans Clashed: How the Red Army Stopped Hitler, p.299
  4. P. Masson, Histoire de l'armée allemande, 1939-1945, p.393.
  5. G. I. Krivosheev. Soviet Casualties and Combat Losses. Greenhill 1997 ISBN 1-85367-280-7
  6. Jean Lopez, Opération Bagration, p. 75
  7. Jean Lopez, Opération Bagration, p. 298
  8. a et b Jean Lopez, Opération Bagration, p. 299
  9. a, b et c Jean Lopez, Opération Bagration, p. 291
  10. Jean Lopez, Opération Bagration, p. 300
  11. a, b, c et d Jean Lopez, Opération Bagration, p. 292
  12. Jean Lopez, Opération Bagration, p. 293
  13. Jean Lopez, Opération Bagration, p. 297
  14. Jean Lopez, Opération Bagration, p. 301
  15. Jean Lopez, Opération Bagration, p. 303
  16. a et b Jean Lopez, Opération Bagration, p. 304
  17. Jean Lopez, Opération Bagration, p. 295
  18. Jean Lopez, Opération Bagration, p. 53
  19. Jean Lopez, Opération Bagration, p. 54
  20. Jean Lopez, Opération Bagration, p. 309
  21. Jean Lopez, Opération Bagration, p. 310
  22. a et b Jean Lopez, Opération Bagration, p. 312
  23. Jean Lopez, Opération Bagration, p. 318
  24. a et b Jean Lopez, Opération Bagration, p. 319
  25. a, b, c et d Jean Lopez, Opération Bagration, p. 320
  26. Jean Lopez, Opération Bagration, p. 317

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Rolf Hinze, To the Bitter End: The Final Battles of Army Groups A, North Ukraine, Centre, Eastern Front 1944-45, 2006.
  • (en) Glantz, David M. & House, Jonathan, When Titans Clashed: How the Red Army Stopped Hitler, Lawrence, Kansas: University Press of Kansas, 1995. (ISBN 0700608990)
  • Jean Lopez, Opération Bagration : La revanche de Staline (1944), Paris, Economica,‎ 2014, 409 p. (ISBN 978-2-7178-6675-9)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (fr) Philippe Masson, Histoire de l'Armée allemande. 1939-1945, Perrin, 1994. (ISBN 2-262-01355-1)
  • (en) Samuel W. Mitcham Jr., Crumbling Empire: The German Defeat in the East, 1944, 2001.
  • (en) Robert Dr Watt, Feeling the Full Force of a Four Point Offensive: Re-Interpreting The Red Army's 1944 Belorussian and L'vov-Przemyśl Operations. The Journal of Slavic Military Studies. Routledge Taylor & Francis Group. (ISSN 1351-8046).
  • (en) S. Zaloga, Bagration 1944: The Destruction of Army Group Centre. Osprey Publishing, 1996. (ISBN 978-1855324787).

Liens externes[modifier | modifier le code]