Docteur Folamour

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Docteur Folamour

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Peter Sellers interprétant le docteur Folamour.

Titre original Dr. Strangelove
Réalisation Stanley Kubrick
Scénario Roman et adaptation :
Peter George
adaptation :
Stanley Kubrick
Terry Southern
Non crédités :
Peter Sellers
James B. Harris
Acteurs principaux
Pays d’origine Cinéma britannique / Drapeau des États-Unis États-Unis
Sortie 1964
Durée 94 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Docteur Folamour ou : comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe (Dr Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb) est une comédie militaire et satirique sortie en 1964 et réalisée par Stanley Kubrick d'après le thriller Red Alert (ou Two Hours to Doom), écrit par Peter George sous le pseudonyme de Peter Bryant.

En 2000, il a été classé troisième meilleur film « humoristique » américain (derrière Certains l'aiment chaud de Billy Wilder et Tootsie de Sydney Pollack) par l'American Film Institute.

Slim Pickens chevauchant la bombe atomique « Hi there ! ».

Synopsis[modifier | modifier le code]

L'histoire se déroule en pleine guerre froide. Le général américain Jack D. Ripper, frappé de folie paranoïaque, décide d’envoyer ses B-52 frapper l’URSS. Le président des États-Unis commande une réunion d'urgence dans la salle souterraine de commandement stratégique pour tenter d'éviter une guerre nucléaire.

Un débat s’engage alors entre les tenants des différentes options politiques et militaires qui s’offrent au président. La seule possibilité pour éviter un conflit majeur est de fournir aux Soviétiques les positions des avions, afin qu’ils les détruisent. Certains sont abattus et les autres sont rappelés de justesse, grâce à la détermination d'un officier britannique.

Tous sauf un, dont le système de communications est hors d'usage. L’ambassadeur de l’URSS, convoqué afin de témoigner de la bonne foi du président américain, mentionne l’existence d’un système secret de défense qui déclencherait automatiquement l’holocauste nucléaire en cas d’attaque contre son pays. Ledit système secret de défense porte le nom de La Machine infernale.

On consulte alors le Docteur Folamour, un scientifique transfuge nostalgique du régime nazi. Il explique alors une solution possible pour sauver l'espèce humaine : ne sélectionner que les meilleurs éléments pour les emmener survivre sous terre, réprimant un salut nazi lorsqu'il donne ses explications.

Pendant ce temps, l’équipage du B-52 mène sa mission vers son terme, certain du bien-fondé de l’ordre qu’il a reçu, malgré toutes les difficultés qu’il ne manque pas de rencontrer. Au moment de larguer sa bombe atomique sur la cible soviétique assignée, le système s'enraye. Le capitaine du B-52 à l'accent texan descend dans la cale, met son chapeau de cow-boy, s'assoit sur la bombe et la détache. Il descend vers le sol à cheval sur l'engin de mort nucléaire en brandissant son couvre-chef et en criant "yahhhooo !!". Le film se clôture par quelques images bien réelles d'essais nucléaires avec leurs champignons.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Source et légende : Version française (VF) sur AlloDoublage[1]

Analyse[modifier | modifier le code]

Par ailleurs, dans la dernière séquence vocale du film, on observe le Docteur Folamour parvenir à se lever, lui qui jusqu'alors était resté vissé à son fauteuil roulant. Une acclamation « Mein Fuhrer, I walk » ponctue sa levée, laissant supposer que Kubrick était influencé et voulait laisser passer dans son film certains éléments de la philosophie historique apocalyptique, qui voit dans la bombe nucléaire et la course à l'armement l'héritage de la Seconde Guerre Mondiale, et la raison précise de celle-ci, et de l'existence d'Hitler, comme si les deux, à l'échelle de l'humanité, avaient été conçus pour cela (rejoignant de cette façon la dialectique historique de Hegel pour lequel tout événement historique se justifie par ses implications dans l'histoire, le présent devant faire naitre ce qui sera nécessaire pour le futur et étant expliqué par cela). Ainsi, au travers des événements et de la chute du IIIe Reich, cette conclusion esquisse une vision pessimiste de la société, l'hydre hitlérienne, la tête coupée, demeure vivante et soumise aux décisions de ceux qui se croient libres ; poussant ainsi à la volonté de solder absolument les conséquences de la Seconde Guerre mondiale, et de procéder à un désarmement global des arsenaux nucléaires, précisément parce que ceux-ci pourraient faire naître un nouvel Hitler, une nouvelle guerre mondiale. Par ailleurs, cette conception se renforce lorsque, autour de la table du QG de la Guerre, tandis que l'on suggère au Président des USA de poursuivre l'attaque, celui-ci affirme ne pas vouloir être un nouvel Hitler, ce qui précise un peu plus encore la pensée supposée de Kubrick. Enfin, comme cela a été dit plus haut, le docteur Folamour décline les modalités d'un plan de sauvegarde des derniers survivants de l'espèce humaine, triés aléatoirement par ordinateur selon des caractères physiques, génétiques et intellectuels somme toute obscurs, préfigurant une société eugéniste ; ce qui, en un sens, ressemble à la vision racialiste du Lebensraum nazie, mais s'exprimant ici via le repeuplement du monde, devant s'opérer dans un premier temps par des hommes, majoritairement de sexe féminin et retenus pour leur pseudo-qualité intrinsèque.

Commentaires[modifier | modifier le code]

  • Docteur Folamour est, selon Bosley Crowther pour le New York Times « la plaisanterie macabre la plus choquante que j'aie jamais rencontrée, et en même temps l'une des pointes les plus ingénieuses et les plus acérées, dirigée contre la balourdise et la folie de l'armée, encore jamais montrée à l'écran ». Le titre original est à lui seul d’un cynisme qui fait frémir.
  • La sortie du film était prévue le 22 novembre 1963, mais ce jour-là est assassiné le président John Fitzgerald Kennedy. La production doit repousser la date de sortie au début de l'année suivante.
  • Lors de sa sortie en salles, la tension entre les États-Unis et l'URSS avait baissé d'un cran, rendant le film d’une actualité moins brûlante. Point limite (Fail-Safe) de Sidney Lumet, tourné la même année, brode autour du même thème. Kubrick le fait racheter par Columbia Pictures pour qu'il ne compromette pas la sortie de son propre film. L'exploitation en salle de Point Limite sera reportée à octobre 1964.
  • Peter Sellers interprète à lui seul trois rôles : le président des États-Unis, l'officier anglais Lionel Mandrake et le Docteur Folamour. Il aurait dû jouer un quatrième personnage, le Commandant T.J. King Kong qui pilote le B-52, mais une blessure à la cheville l'a empêché de tenir ce rôle très physique. Pourquoi quatre rôles ? Selon Kubrick, il s'agissait de quatre rôles nécessitant un grand talent comique que seul détenait selon lui Peter Sellers.
  • George C. Scott, qui interprète le Général « Buck » Turgidson, avait la réputation d'être un acteur très difficile à diriger. Mais Kubrick connaissait son point faible : l'acteur avait la certitude, à tort visiblement, d'être un bon joueur d'échecs. Le réalisateur étant lui-même un bon joueur, avait installé un échiquier sur le plateau. Il battit Scott à plate couture et gagna ainsi son respect.
  • Docteur Folamour, le personnage-titre, incarne le recyclage par les États-Unis (et l’URSS) des scientifiques ayant œuvré (et souvent adhéré) au régime nazi. Avec une outrance comique, Kubrick rappelle que le phénomène est loin d'être une invention (voir Opération Paperclip). Le Docteur est inspiré de Wernher von Braun, ancien savant Allemand à la solde des Nazis (réplique du général Turgidson : « Pour moi c'est toujours un Fritz »), père des V2, ainsi que de l'ingénieur et inventeur de la bombe H Edward Teller, et du mathématicien John von Neumann, tout deux juifs hongrois ayant travaillé au Projet Manhattan. Le premier spécialiste des propulsions et tenues en vol des fusées a fait décoller les programmes de la NASA. Le second devint plus tard conseiller technique du président américain, il possédait un fort accent hongrois et un tempérament « va-t-en guerre » décomplexé, le troisième fut chargé de certains calculs au sein du projet Manhattan. Il fit partie du comité chargé de désigner les cibles des bombes, et calcula l'altitude optimale d'explosion de ces dernières afin qu'elles fassent le maximum de dégâts. Il fut ensuite avec Wiener l'un des fondateurs de l'informatique théorique, imaginant la structure des premiers ordinateurs. Le nom du Dr Folamour (« Strangelove » dans l'original anglais) est en réalité « Merkwürdigliebe ». Par deux fois dans le film, le Dr Folamour s'adresse au président avec les mots « Mein Führer ! ». Le personnage du Docteur Folamour n'apparaît pas dans le roman de Peter George.
  • La « machine du jugement dernier » (Doomsday Machine) décrite par l'ambassadeur soviétique dans le film a vraiment été étudiée par l'URSS au début des années 1960. Le projet consistait en un vaste cargo rempli de produits hautement radioactifs devant circuler le long des côtes soviétiques et qui, en cas de destruction de l'URSS, devait jouer le rôle d'une immense bombe radiologique. Ce projet n'a jamais vu le jour devant les risques évidents d'accident.
  • On raconte que lorsqu'il entra à la Maison Blanche en 1980, Ronald Reagan demanda où était la salle de guerre. Il fallut expliquer au nouveau président que cette salle était une pure invention de Stanley Kubrick.[réf. nécessaire]
  • Tout au long du film, le vol du B52 est accompagné d'un thème musical récurrent appartenant au folklore traditionnel américain : When Johnny Comes Marching Home, décliné en plusieurs variations.
  • Vers 1:15, alors que le dernier des B-52 vole très bas au-dessus de prairies russes enneigées, l'ombre visible fugitivement sous la maquette est clairement celle d'un vénérable quadrimoteur B-29 (prédécesseur du B-52 et seul avion à avoir largué des bombes A, en 1945) ;
  • Initialement, la scène finale devait être une scène de bataille de tarte à la crème entre tous les occupants du centre de commandement. Cette scène, quoique tournée par Kubrick, fut remplacée par celle de l'holocauste nucléaire, ironiquement accompagnée par la chanson We'll Meet Again de la chanteuse anglaise Vera Lynn.
  • Le film Armageddon de Michael Bay fait un clin d'œil au film de Stanley Kubrick : dans l'une des scènes, sur l'astéroïde, le personnage un peu loufoque surnommé « Carotte » (interprété par Steve Buscemi) se met à faire du rodéo sur une ogive nucléaire (comme le commandant T. J. « King » Kong), sous le regard énervé du pilote de leur navette spatiale qui lui intime l'ordre de descendre avant que « La Carotte » amusé, lui dise « J'imitais le Dr Folamour, vous vous rappelez ? Dans le film, quand il fait du rodéo sur une tête nucléaire... ».

Distinctions[modifier | modifier le code]

Compléments[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fiche de doublage VF du film sur AlloDoublage, consulté le 16 février 2013

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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