Raison et Sentiments (film, 1995)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Raison et Sentiments (homonymie).

Raison et Sentiments

Titre original Sense and Sensibility
Réalisation Ang Lee
Scénario Emma Thompson
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Sortie 1995
Durée 136 min.

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Raison et Sentiments (Sense and Sensibility) est un film américano-britannique d’Ang Lee sorti en 1995, sur un scénario d'Emma Thompson adapté du roman éponyme de Jane Austen.

Synopsis[modifier | modifier le code]

En vertu de la loi de l'époque, John Dashwood, le fils aîné, hérite de tous les biens de son père Henry Dashwood, laissant, malgré sa promesse à son père mourant, la deuxième épouse de ce dernier et ses trois demi-sœurs dans une situation financière précaire. Son épouse Fanny, une femme au cœur sec, se conduit avec elles de façon odieuse, aussi se décident-elles à quitter le beau domaine de Norland, dans le Sussex pour rejoindre, dans le lointain Devonshire, Barton Cottage, la maison de campagne que sir John Middleton, un cousin de madame Dashwood, leur loue à un prix raisonnable.

Éloignée de toute civilisation, madame Dashwood désespère de voir ses filles prendre époux. Elinor, la plus âgée, a dû s'éloigner de l'homme dont elle est tombée amoureuse, Edward Ferrars (Hugh Grant), le frère aîné de Fanny Dashwood, qui veut devenir clergyman, mais refuse catégoriquement de laisser libre cours à ses émotions. Marianne, la seconde, est courtisée par le fortuné et mélancolique colonel Brandon, mais penche plutôt pour le jeune et séducteur John Willoughby, qu'elle a rencontré dans des circonstances très romanesques et qui correspond parfaitement à l'idée qu'elle se fait d'un soupirant.

Tout va pour le mieux : Marianne et Willoughby ne se quittent plus, il est évident pour tout le monde qu'il va tôt ou tard demander sa main. Cependant, la vie tranquille des Dashwood est bouleversée lorsque Willoughby, par un comportement inexplicable, leur annonce qu'il doit retourner à Londres, sans donner plus de détails. De façon tout aussi inexplicable, le colonel Brandon avait, la veille, annulé en catastrophe une sortie projetée et quitté sans explications la compagnie après avoir reçu une lettre mystérieuse.

Le bouleversement d'Elinor est à son comble lorsqu'elle apprend que son cher Edward est fiancé en secret depuis plus de 4 ans à une certaine miss Steele, qui se révèlera être une intrigante attirée par sa fortune, mais comprend qu'en homme d'honneur, il refuse de revenir sur la parole donnée. Ils se rencontrent une dernière fois, car le colonel Brandon l'a chargée de proposer à Edward la jouissance d'une cure située sur son domaine de Delaford.

Il lui faut aussi s'occuper de sa sœur qui a découvert que Willoughby est sur le point d'épouser une riche héritière. Elle s'en rend malade de désespoir, avant de se ressaisir et de prendre modèle sur Elinor, quand elle se rend compte que sa sœur, sans se plaindre, souffre autant qu'elle.

Car la sage Elinor, malgré la douleur d'apprendre que monsieur Ferrars a épousé miss Steele, refuse de laisser ses sentiments dominer sa raison, et donne à Marianne le courage de reprendre goût à la vie. Les visites du colonel Brandon, qui lit des poèmes à la convalescente, sont aussi accueillies avec une gratitude de plus en plus tendre. Mais Edward vient à Barton Cottage et met fin au quiproquo : comme sa mère l'a déshérité au profit de son jeune frère, Lucy lui a rendu sa parole et il est libre d'offrir son cœur à Elinor, si elle veut toujours de lui.

Lorsque le colonel Brandon épouse Marianne, monsieur et madame John Dashwood assistent aux noces et Fanny, sans aucune honte, pousse son mari à ramasser une des pièces que le nouveau marié, élégant dans son « habit rouge » auprès d'une Marianne radieuse, jette à la volée, tandis que, dans le cortège, on peut voir Edward et Elinor, mariés, dans le rôle du garçon et de la dame d'honneur, et que, de loin, Willougby observe silencieusement la scène avant de faire faire demi-tour à son cheval.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Kate Winslet au Festival de Cannes 2006

Distinctions[modifier | modifier le code]

Emma Thompson à Davos en 2008

Récompenses[modifier | modifier le code]

Nominations[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

Bande originale[modifier | modifier le code]

La musique du film a été composée par Patrick Doyle (qui a surtout travaillé avec Kenneth Branagh), mêlant « élégance classique et retenue austénienne »[1]. Elle comporte trois leitmotivs qui s'entrecroisent[2]. Le premier, « My Father's Favorite », est une ballade sentimentale, dans le style de Ludwig van Beethoven ou de Franz Schubert, qui sert pour le générique d'ouverture et que Marianne interprète ensuite au piano, ce qui arrache des larmes à Elinor (montrant sa sensibilité contenue) car c'était le morceau favori de son père[3]. La mélodie, à l'orchestre, accompagne la promenade d'Elinor et Edward, soulignant leur connivence.

Le deuxième leitmotiv, en mode mineur, est tiré de la chanson que Marianne chante à Barton Park lorsqu'arrive le colonel Brandon (Weep You no More, Sad Fountains), et est lié au thème de l'amour naissant contrarié : on l'entend quand Marianne veut connaître ses sentiments pour Edward, quand Sir John encourage en vain Branton à courtiser Marianne, mais aussi quand est révélée la vilénie de Willougby et qu'Elinor rapporte à Marianne ce qu'elle a appris du colonel. Ce même motif, en Fa majeur cette fois, reparaît à la fin, tissant un lien entre trois scènes : celle où Brandon retrouve Marianne et la ramène dans ses bras à Cleveland, celle où elle le remercie de lui avoir ramené sa mère et celle du mariage. Le titre There Is Nothing Lost (« Rien n'est perdu ») est le dernier vers d'un poème que Brandon lit à Marianne[4].

Le troisième leitmotiv, Throw the Coins, (« jeter les pièces ») apparaît pour la première fois quand les demoiselles Dashwood doivent quitter Norland (Devonshire), est repris quand elle vont de Londres (« Leaving London ») à Cleveland, ce qui crée un grand contraste avec la musique entraînante accompagnant le départ pour Londres. La mélodie de Throw the Coins est sentimentale, tantôt en mineur pour souligner la tristesse ou le désespoir des personnages, tantôt en majeur quand tous les espoirs sont permis à Marianne, comme quand Willougby semble presque la demander en mariage (« Grant Me an Interview »), et devient lyrique à la fin pour illustrer la liesse générale[4].

Des musiques spécifiques illustrent le caractère de certains personnages, comme A Particular Sum qui ponctue sur un rythme allègre le raisonnement de Fanny pour empêcher son mari de tenir sa promesse de subvenir aux besoins de sa belle-mère et de ses demi-sœurs, ou celle, ironique et guillerette, qui accompagne madame Jennings pressée de rapporter les derniers potins (la découverte des fiançailles de Lucy et Edward). Willougby est un morceau léger, à l'image de ce libertin, et la solennité de Miss Grey souligne l'apparence élégante et prétentieuse de la future madame Willougby, reprenant le thème qui accompagnait la découverte de la machine à vapeur, (Steam Engine) et soulignant le côté mercantile de cette union[5]. Le premier morceau que chante Marianne, romantique par son sujet, Weep You No More, Sad Fountains permet au metteur en scène de souligner le choc qu'éprouve Brandon en voyant la jeune fille, par le changement de tonalité[6]. Le deuxième The Dream est la partition que lui a donné le colonel. C'est un chant grave, recueilli, dans un style évoquant Schubert. Ce chant est repris pendant le générique de fin, chanté non plus par Kate Winslet, mais par une soprano lyrique, Jane Eaglen, qu'accompagne un orchestre symphonique, donnant une dimension plus large au texte qui chante la grandeur de l'amour[1].

Enfin certaines mélodies ont simplement pour but de renforcer l'atmosphère d'une scène[5]. Ainsi Not a Beau for a Mile avec ses répétitions, illustre la monotonie de la vie quotidienne dans Barton Cottage, si loin de tout. Patience souligne l'attente de Marianne à qui Willougby a promis de revenir le lendemain, comme All the Delight of the Season exprime son plaisir et son impatience d'aller à Londres où elle espère le retrouver.

La bande originale du film a été nommé aux Oscars 1996.

Lieux de tournage[modifier | modifier le code]

et aux Shepperton Studios, Surrey.

Le film a été entièrement tourné en Angleterre. Les lieux de tournage ont été soigneusement choisis pour montrer la situation sociale ou les sentiments des personnages. L'action débute à Norland, une riche et opulente demeure et le paysage alentour, où Edward et Elinor se promènent à cheval, évoque quelques tableaux de Claude Lorrain ou de Poussin, avec ses larges espaces parsemés de bosquets et de moutons. Une scène montre Edward et Elinor marcher dans une allée, tous les deux réservés et un peu formels, comme le paysage qu'ils traversent[7]. Barton Cottage est un lieu isolé et mélancolique, pas vraiment une « boite à chaussures humide»[8], mais tout de même un lieu qui contraste violemment avec le luxe de Norland.

Les paysages traversés sont en harmonie avec les sentiments éprouvés, ce que renforce la musique « décorative ». Pendant le voyage vers Londres, la voiture de Mme Jennings qu'accompagnent Elinor et Marianne traverse des paysages fleuris et printaniers, alors que le retour vers Cleveland se fait à travers une lande désolée et battue par le vent, sous des nuages menaçants. Mais l'usage le plus visible du paysage comme expression des sentiments est lié à Marianne marchant dans des paysages pluvieux. Ce sont d'abord les environs de Barton Cottage, où elle entraîne, pour ne pas augmenter la tristesse d'Elinor, une Margaret réticente et rencontre Willougby qui jaillit de la brume[7] sur son cheval blanc, comme un chevalier de conte de fée. Il y a ensuite, quand elle arrive à Cleveland, sa promenade d'abord dans le labyrinthe, avec ses hautes haies, symbolisant son état d'esprit, puis sa montée vers la colline d'où on voit Combe Magna, petite silhouette blanche perdue dans l'immensité verdoyante. Combe Magna sous la pluie a des allures pathétiques, ce qu'accentue la musique très sombre en la mineur qui accompagne la marche solitaire de Marianne[5] avant qu'elle ne récite le sonnet 116[9] de Shakespeare en contemplant la vieille demeure à l'air abandonné. Le paysage autour de Cleveland relève de l'esthétique pittoresque, soulignant la sensibilité mais aussi la déréliction de Marianne[7].

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Sorties DVD[modifier | modifier le code]

  • Drapeau de la France France: Raison et Sentiments, édition Deluxe 2 DVD sortie en 2009 (EAN 3.333297.198097)

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Lydia Martin 2007, p. 99
  2. Lydia Martin 2007, p. 93
  3. Michel Chion, dans La Musique au cinéma (Fayard, 1995), parle de « musique de scène » quand un personnage joue ou chante, et de « musique de fosse » lorsque la bande son, en général orchestrée, est illustrative. Cité par Lydia Martin 2007, p. 92.
  4. a et b Lydia Martin 2007, p. 94
  5. a, b et c Lydia Martin 2007, p. 96
  6. Lydia Martin 2007, p. 98
  7. a, b et c Sue Parrill, « Landscape in Sense and Sensibility », sur Jasna,‎ 1999
  8. Ce que prévoyait le scénario au départ. Cf. Emma Thompson, The Sense and Sensibility Screenplay and Diaries, Newmarket Press, . New York, 1995, p. 62.
  9. « Sonnet 116 » : « Let me not to the marriage of true minds »