Despotat de Dobroudja

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Despotat de Dobrogée

Environ 1350 – 1395

Blason
alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Le despotat de Dobrogée au XIVe siècle

Informations générales
Statut Despotat
Capitale Karvouna
Kaliakra
Varna
Langue Bulgare, Valaque dicien, Grec (sur les côtes)
Religion Orthodoxe
Boyard
(1er) (?-1366) Balko
(2e) (1366-1386) Dobrotitsa
(Der) (1386-1390) Ivanko

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le Despotat de Dobroudja, Despotat de Carvouna ou Despotat de Dobrogée est un ancien état multiethnique des Balkans qui a existé au Moyen Âge. Issu de la désagrégation du royaume des Bulgares et des Valaques (communément appelé de nos jours Second empire bulgare, qui recouvrait l'actuelle Bulgarie, l'actuelle Macédoine, l'est de l'actuelle Serbie et le sud de l'actuelle Roumanie), la Dobrogée s'est transformée en despotat indépendant dont l'existence a été abrégée par la conquête ottomane du sud-est de la Péninsule balkanique.

Création et étymologies[modifier | modifier le code]

Après la chute de la dynastie des tsars bulgares Terter, en 1323, le boyard local Balko (Балко, Balică), issu de cette dynastie, devient de plus en plus autonome en Dobrogée. Selon la légende, il laisse son nom (Baltchik) à la ville de Διονυσούπολις (Dionysopolis) et fonde un despotat dont la capitale est Karvouna (Καρϐούνα, Carbona sur les portulans génois): les historiens discutent pour savoir si Baltchik ne viendrait pas plutôt du bulgare "Бяла" (bjala: blanc comme les falaises environnantes) ou du turc "Balçık" (glissant comme ces mêmes falaises) et si Karvouna correspond à l'actuel Baltchik, à l'actuelle Kavarna ou bien à la citadelle de Kaliakra (Καλή Αϰρά: le bon promontoire en grec, Çeligra en turc). Quoi qu'il en soit, le nom "Dobroudja" (Добруджа en bulgare, Dobrogea en roumain et Dobrogée sur les cartes -Tartares de Dobrogée-[1] et dans les documents français anciens[2]) est d'origine slave et provient très probablement du nom du frère de Balko : Dobrotitch, qui lui succède à son décès vers 1366. Dobrotitch est probablement aussi à l'origine du nom de la ville dobrogéenne de Dobritch. Il résidait à la citadelle de Kaliakra. En remerciement pour son aide dans le conflit contre le Royaume de Hongrie, le tsar Ivan Alexandre de Bulgarie reconnaît Dobrotitch, peu après 1369, comme souverain de la Dobrogée et lui cède ses droits sur des territoires et des forteresses le long de la mer Noire, disputées avec les byzantins. L'écu choisi (deux dauphins d'or sur fond d'azur) proviendrait, selon l'armorial Wijnbergen, de l'un des fondateurs du Royaume des Bulgares et des Valaques (Second empire bulgare) : Niculiță Delfinul (Νικουλιτζάς Δελφινάς).

Développement[modifier | modifier le code]

En 1346, les deux fils de Dobrotitch, Théodore et Dobrotitsa, s'impliquent aux côtés de leur père dans les rivalités dynastiques de l'Empire byzantin comme alliés de l'impératrice Jeanne de Savoie. En rétorsion à cela, en 1347, l'empereur Jean V Paléologue envoie l'un de ses vassaux, l'émir turc Bahoud d'Umur, en expédition navale contre la Dobrogée. Dobrotitch et Théodore perdent la vie dans le naufrage de leur nef amirale et Dobrotitsa resté à terre devient le nouveau despote.

La Dobrogée s'ouvre alors aux marchands génois qui en assurent la prospérité, lui fournissent nefs et armes, et installent les comptoirs de San-Giorgio (Giurgiu/Djurdjevo), Dorostolo (Silistra), Barilla (Brăila/Ibrahil), Caladda (Galaţi), Licovrissi (Obluciţa/Izmail), Licostomo (Periprava près de Chilia Veche), Constanza (Constanţa/Kustendje), Carvouna (Kavarna), Danissa (Baltchik) et Odessa (auj. Varna[3]; le nom moderne d'Odessa, en Ukraine, vient bien de là, mais l'Odessa moderne n'a été fondée qu'au XVIIIe siècle). Le despotat s'étend sur le bas-Danube depuis les bouches du fleuve au cap Haeminos (Emina) au sud de Varna.

Entre 1328 et 1332, la Valachie se détache de la vassalité vassalité bulgare et hongroise et chasse les Tatars de la Horde d'or des bouches du Danube où se forme un second despotat, gouverné entre 1352 et 1359 par le prince Démétrios, vassal de la Valachie qui contrôle alors le Bas-Danube (Galaţi, actuel Boudjak, Chilia et delta du fleuve).

En 1357, Dobrotitsa perd Messembria (aujourd'hui Nesebăr) et Anhialos (aujourd'hui Pomorié) au profit de l'empereur byzantin Jean V Paléologue, mais en 1359, il prend à Démétrios les cités de Vicina et de Chilia dont il expulse les Génois qui ne gardent que le port de Licostomo. Hyacinthe, archevêque de Vicina, passe en Valachie dont il devient le premier métropolite. En 1366 Jean V Paléologue se rend à Budapest et à Rome, pour chercher des financements pour sa campagne contre la Dobrogée et contre les Turcs ottomans qui ont pris pied en Europe depuis 1354 : il les obtient et assiège Kaliakra, mais est capturé par les assiégés. Dobrotitsa apparaît alors comme un allié des Ottomans. Amédée VI de Savoie mène aussitôt campagne contre la Dobrogée avec le soutien gênois. Dobrotitsa négocie, libère l'empereur byzantin, et en fait son beau-père en mariant sa fille à Michel Paléologue.

En 1369, Dobrotitsa s'allie à Vladislav I de Valachie pour restaurer le trône du tzar bulgare Ivan Stracimir de Vidin. En 1379, une guerre commerciale oppose devant Constantinople les Gênois à une flotte valaque, bulgare et dobrogéenne : l'affaire se conclut par un compromis.

Les tsarats bulgares et le despotat de Dobrogée, issus du royaume des Bulgares et des Valaques (Second empire bulgare), en 1371.

Après la mort de Dobrotitsa en 1386, le pouvoir passe à son fils Ivanko ou Iancou, alors que les Ottomans ont déjà commencé la conquête des Balkans et l'encerclement de Constantinople. En 1387 le tsar bulgare Ivan Shishman entreprend de ramener la Valachie et la Dobrogée dans son giron : il les attaque, vainc et tue Dan Ier de Valachie, mais sa victoire reste sans lendemain car il doit aussitôt faire face aux attaques des turcs ottomans. Ceux-ci attaquent également la Dobrogée, mais Ivanko mène une politique astucieuse d'équilibre : il fait la paix avec le sultan ottoman Mourad I dont il se reconnaît vassal, rétrocède à la Valachie les bouches du Danube et signe aussi des traités avec Gênes et l'Empire byzantin pour s'assurer de leur neutralité. Grâce à cette politique, Ivanko réussit à sauvegarder son indépendance, qu'il manifeste en frappant des monnaies (en bronze et en argent) à son effigie. Sa confiance en soi est si grande, qu'il déplace la capitale de Kaliakra (promontoire très facile à défendre) à Varna (beaucoup plus exposée, mais meilleur port).

La disparition[modifier | modifier le code]

Après la victoire serbe sur les Turcs à la Bataille de Pločnik, Ivanko rejette la suzeraineté ottomane. En représailles, en 1388 le grand vizir ottoman Çandarli Ali Pacha attaque à nouveau mais Mircea Ier de Valachie intervient alors contre les Turcs qui doivent se retirer sans avoir pris la capitale Varna. Deux ans plus tard, lorsqu'Ivanko est tué au combat contre les Turcs, la Valachie hérite du despotat, mais les Ottomans s'emparent de Varna. La Bulgarie tombe aussi sous la domination turque pour près de cinq siècles. Quatre décennies plus tard, en 1422, la Valachie doit céder aux sultans ottomans la totalité de la Dobrogée qui restera turque jusqu'en 1878 lorsque le Traité de San Stefano et le Congrès de Berlin la partagent entre la Bulgarie (sud) et la Roumanie (nord) ; ce partage est toujours en vigueur actuellement.

Historiographie[modifier | modifier le code]

La Dobrogée (Добруджа/Dobroudja en bulgare, Dobrogea en roumain) était un état multi-ethnique, mais une partie de l'historiographie roumaine et bulgare moderne a tendance à s'approprier ce passé pour tenter de démontrer qu'il s'agissait d'un état soit "roumain" (comme les voïvodats de Valachie ou de Moldavie), soit "bulgare" (comme les tsarats de Tarnovo et de Vidin). Les portulans génois le décrivent tantôt comme un despotat grec ("terra graecorum" ), tantôt comme une "petite Valachie" ("Velacia minor"), tantôt comme une "troisième Bulgarie" ("Bulgaria tertia", les deux autres Bulgaries étant les tsarats de Tarnovo et de Vidin). Peuplé (selon les chroniques génoises) de Bulgares, de Valaques, de "Romées" (Grecs), de Juifs yévaniques ("Romaniotes") et d'Arméniens ("Hermins"), les langues les plus parlées y étaient le bulgare, le grec et le valaque dicien. Avec l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à l'Union européenne et l'ouverture des frontières, les recherches historiques pourront se dégager progressivement des points de vue exclusifs et nationalistes, d'autant qu'aucun des deux pays n'a de revendications sur le territoire de l'autre, et que les ouvrages récemment publiés[4] reconnaissent tant l'importante composante bulgare et slavonne de l'histoire de la Roumanie, que l'importante composante valaque de l'histoire de la Bulgarie. Pour les y encourager, une Commission mixte inter-académique bulgaro-roumaine d'histoire a été instituée le 5 juillet 2001[5].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Muzeul naţional al hărţilor şi cărţii vechi / Musée national des cartes et livres anciens, Bucarest
  2. Guillaume de Rubriquis, 1253 ou François de Fourquevoils, 1585
  3. Codex Parisinus latinus in Ph. Lauer, Catalogue des manuscrits latins, pp.95-6, d'après la Bibliothèque Nationale Lat. 1623, IX-X, Paris, 1940
    • Dimitrina Aslanian, Histoire de la Bulgarie, de l'antiquité à nos jours, Bulgarie, Trimontium,‎ 2004, 2e éd. (ISBN 978-2-9519946-1-4, LCCN 2005431004);
    • Florin Constantiniu, Une histoire sincère du peuple roumain, Bucarest, Roumanie, Univers enciclopedic,‎ 2008 (ISBN 9736371790[à vérifier : isbn invalide]);
    • Adrian Rădulescu et Bitoleanu, Ion, Histoire de la Dobrogée, Constanţa, Editura Ex Ponto,‎ 1998, 2e éd. (ISBN 9789739385329, LCCN 2002499401);
    • (de) Josef (ed.) Sallanz, Die Dobrudscha. Ethnische Minderheiten, Kulturlandschaft, Transformation; Ergebnisse eines Geländekurses des Instituts für Geographie der Universität Potsdam im Südosten Rumäniens, Potsdam, Allemagne, Universitätsverlag Potsdam,‎ 2005, 2e éd., poche (ISBN 978-3-937786-76-6);
    • (en) R. L. Wolff, The Second Bulgarian Empire. Its origin and history to 1204, Speculum 24: contenant une appréciation et des critiques des controverses autour du "Regnum Bulgarorum et Valachorum pp. 167-206, Sofia, Bulgarie, Kroraina,‎ 2008.
  4. Commission mixte inter-académique bulgaro-roumaine d'histoire sur [1]