Rodentia

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Rongeurs, Rodentiens

Les rongeurs (Rodentia), ou Rodentiens, forment un ordre de mammifères placentaires. Ces animaux se caractérisent par leur unique paire d'incisives à croissance continue sur chacune de leurs mâchoires, qui leur servent à ronger leur nourriture, à creuser des galeries ou à se défendre. Le reste de leur morphologie est relativement varaible, mais la majorité des espèces sont de petite taille, avec un corps trapu, des pattes courtes et une longue queue. La plupart des rongeurs se nourrissent de graines ou d'autres matières végétales, mais d'autres ont des régimes alimentaires plus variés. Ce sont souvent des animaux sociaux et beaucoup d'espèces vivent en communauté au sein desquelles les individus interagissent et communiquent entre eux de façon complexe. Le mode de reproduction peut être monogame, polygyne ou avec promiscuité sexuelle. De nombreuses espèces ont des portées de petits peu développés et dépendants, quand d'autres donnent directement naissance à des jeunes déjà relativement bien développés.

Les rongeurs forment un groupe très diversifié, présent sur tous les continents à l'exception de l'Antarctique. C'est le seul ordre de mammifères placentaires a avoir colonisé l'Australie sans l'intervention humaine. Ils se sont adaptés à de très nombreux habitats terrestres, dont ceux anthropisés, et certaines espèces sont arboricoles, fouisseuses ou semi-aquatiques. L'ordre des Rodentia représente près de quarante pourcent des espèces de mammifères, ce qui en fait le plus diversifié devant celui des chauves-souris (Chiroptera). Parmi les espèces les plus connues de ce groupe sont les souris, les rats, les écureuils, les chiens de prairie, les porcs-épics, les castors, les cochons d'Inde et les hamsters. D'autres animaux tels que les lapins, les lièvres et les pikas, qui peuvent être pris pour des rongeurs et qui ont été placés dans cet ordre par le passé, constituent désormais l'ordre des Lagomorpha. Les données fossiles disponibles sur les rongeurs remontent jusqu'au Paléocène en Laurasia. Ce groupe connaît une grande diversification au cours de l'Éocène et se disperse sur tous les continents, parfois même en traversant les océans et rejoignant ainsi l'Amérique du Sud et Madagascar depuis l'Afrique.

Les rongeurs sont utilisés en tant que source de nourriture, pour la confection de vêtements, en tant qu'animaux de compagnie ou de laboratoire. Certaines espèces, comme le Rat d'égout (Rattus norvegicus), le Rat noir (Rattus rattus) ou la Souris grise (Mus musculus) sont de sévères ravageurs, mangeant ou dégradant les stocks de nourriture humains, ou agissant comme vecteurs de maladies. Les espèces de rongeurs introduites par accident deviennent souvent envahissantes, menaçant la survie d'espèces indigènes. C'est notamment le cas de nombreux oiseaux insulaires, auparavant privés de prédateurs et dont les couvées peuvent être prédatées.

Description[modifier | modifier le code]

Dessin d'un crâne en coupe longitudinale
C'est principalement leurs grandes incisives à croissance continue qui caractérisent les rongeurs.

Les rongeurs se caractérisent par l'existence d'une unique paire d'incisives, acérées et à croissance continue, sur chacune de leurs mâchoires[1]. Ces dents sont munies d'épaisses couches d'émail sur l'avant, mais le sont peu sur l'envers[2]. Leur croissance ne cessant jamais, c'est leur usure perpétuelle qui leur évite de ne trop croître, et ainsi d'atteindre ou même de percer le crâne. Comme les incisives s'aiguisent les unes contre les autres, la dentine à l'arrière des dents s'use, ne laissant que l'émail, solide, taillé comme un ciseau[3]. La plupart des espèces ont jusqu'à 22 dents, sans canines ni prémolaires antérieures. Il y a un écart, ou diastème, entre les incisives et les molaires chez la plupart des espèces. Cela leur permet d'aspirer leurs joues ou leurs lèvres et protéger leur cavité buccale de copeaux de bois ou d'autres matières non comestibles, et de se débarrasser de ces déchets par les côtés de leur bouche[4]. Les chinchillas et les cobayes ont une alimentation riche en fibres, et leur molaires n'ont pas de racines mais ont une croissance continue comme les incisives[5].

Les rongeurs ont une articulation de la mâchoire qui permet à celle-ci de se mouvoir dans le sens vertical comme les carnassiers, mais aussi dans un mouvement horizontal d'arrière en avant, propre à limer les substances dures entre les incisives et à les broyer entre les molaires.

Habitats, niches écologiques[modifier | modifier le code]

Les différentes espèces de rongeurs se sont déployées dans de nombreuses niches écologiques. Ils sont présents aussi bien dans des milieux terrestres des plus arides, que dans des milieux marécageux d'eau douce.

Il existe des rongeurs arboricoles, terrestres, fouisseurs, amphibies, voire planeurs. En agriculture, ils sont généralement considérés comme nuisibles à cause de leur appétit pour les cultures ou les dégâts causés en sous-sol quand ils creusent des terrier.

Les campagnols, les mulots, les rats, les souris, les chinchillas, les castors, les lérots et les écureuils sont des exemples de rongeurs. Malgré leur apparence générale similaire, les taupes et les musaraignes ne sont pas des rongeurs mais des Insectivores. Les lièvres et lapins sont proches des rongeurs avec leurs incisives fortement développées, mais ils s'en distinguent par une seconde paire d'incisives supérieures qui restent à l'état de moignon, ainsi qu'un régime exclusivement herbivore ce qui les place à part, dans l'ordre des Lagomorphes.

Un écureuil roux en train de ronger sa nourriture dans un arbre.
Les écureuils volants sont des rongeurs capables de planer.
Le Ragondin est un bon nageur qui vit au bord de l'eau comme le castor.
De nombreux rongeurs ont une fourrure avec des piquants pour se protéger. Les plus spectaculaires sont les porc-épics, mais les hérissons font partie d'un autre ordre.
Le Rat-taupe nu est presque aveugle et glâbre
Protégé par sa fourrure exceptionnellement épaisse, le Chinchilla à queue courte vit entre 3 500 et 4 500 m d'altitude.
famille de Capybaras au bord d'une route
Le Capybara est le plus gros des rongeurs.
un tout petit rat grimpé dans les herbes
Le Rat des moissons est l'un des plus petits rongeurs au monde et le plus petit d'Europe.
Certains rongeurs sont des commensaux de l'homme.
Petit hamster dans une main
Certains rongeurs comme ce Hamster doré sont utilisés comme animaux de compagnie.

Records[modifier | modifier le code]

Les plus petits des rongeurs actuels sont des gerboises naines dont l'espèce Salpingotus michaelis a été enregistrée dans le Livre Guinness des records en 2010 et le Rat des moissons, en Europe.

Le plus grand des rongeurs actuel est le Capybara qui mesure jusqu'à 1,25 m de long et 50 cm de haut, et qui peut atteindre 65 kg. Mais on connaît des ossements fossiles démontrant qu'il y a environ trois millions d'années vivait au sud de l'Amérique un rongeur bien plus grand ; plus grand encore que Eumegamys paranensis ou que Phoberomys pattersoni (précédent record en taille chez les rongeurs fossiles, découvert au Venezuela et pouvant peser de 436 à 741 kg[6]) : Josephoartigasia monesi était aussi haut qu'un bison et pesait jusqu'à une tonne environ[7]. C'est le plus grand des rongeurs connus ayant vécu sur la terre[8]. Plusieurs indices laissent penser que sa mâchoire était dotée d'une force exceptionnelle[9],[10] (plus encore que celle du tigre ou du crocodile[11]). Ce rongeur géant pourrait avoir ressemblé au cochon d'Inde, mais de la taile d'un hippopotame[12].

Classification[modifier | modifier le code]

D'après Carleton (1984), il existe plus de 2000 espèces vivantes classées en 30 familles, mais aujourd'hui au XXIe siècle, il n'y en a plus qu'un peu plus de 1700[13].

Taxons de rangs inférieurs[modifier | modifier le code]

Liste de sous-ordres et familles selon Mammal Species of the World (8 octobre 2012)[14] :

Selon Fossilworks Paleobiology Database (8 octobre 2012)[15] :

Les rongeurs et l'homme[modifier | modifier le code]

De par leurs préférences alimentaires et leurs mode de vie (souvent fouisseurs), les rongeurs sont en concurrence avec l'homme pour une partie de ses activités (culture, sylviculture[16]). Certaines espèces introduites hors de leur milieu sont devenues invasives et sources de dégâts (rat musqué, ragondin, écureuil gris par exemple, quand ils ont été introduits en Europe). Les rongeurs sont aussi vecteurs de nombreux parasites ou pathogènes zoonotiques pouvant affecter l'Homme ou ses animaux de rente (ex : échinococcose alvéolaire, leptospirose...)[16]. Le gros rongeurs ne sont pas sources de pullulations, mais en raison de leur taille font des dégâts parfois spectaculaires. Les petits rongeurs qui se reproduisent très rapidement peuvent périodiquement pulluler et alors causer des dommages importants dans les champs, forêts, entrepôts alimentaires[16].

Pour ces raisons les humains cherchent à en contrôler les populations - depuis la préhistoire probablement - par la chasse, le piégeage, l'empoisonnement, le maintien de chiens et chats au foyer ou dans les fermes. Les rongeurs sont parfois aussi des animaux de compagnies (souris blanche, rat, hamster, cochon d'Inde...) ou utilisés comme animaux de laboratoire ou ont été recherchés pour leur fourrure ou certaines sécrétion, ce qui failli faire disparaitre certaines espèces (Castor fiber dans toute l'Eurasie par exemple).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Zoologie, ostéologie, anatomie comparée :

Sites de référence taxinomiques :

Autres liens externes :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) G. Single, C.R. Dickman et D.W. MacDonald, « Rodents », dans D.W. MacDonald, The Encyclopedia of Mammals, Oxford University Press,‎ 2001, 578–587 p. (ISBN 978-0-7607-1969-5)
  2. (en) Waggoner, Ben, « Introduction to the Rodentia », University of California Museum of Paleontology,‎ 15 août 2000 (consulté le 4 juillet 2014)
  3. (en) Nowak, R. M., Walker's Mammals of the World, Johns Hopkins University Press,‎ 1999 (ISBN 0-8018-5789-9), p. 1244
  4. (en) Blashfield, Jean F., « Rodents », Science Encyclopedia (consulté le 14 juillet 2014)
  5. (en) Brook A. Niemiec, Small Animal Dental, Oral and Maxillofacial Disease: A Colour Handbook, CRC Press,‎ 15 octobre 2011 (ISBN 978-1-84076-630-1, lire en ligne), p. 13
  6. (en) Virginie Millien et Helene Bovy, « When teeth and bones disagree: body mass estimation of a giant extinct rodent », Journal of Mammalogy, vol. 91, no 1,‎ 2010, p. 11–18 (ISSN 0022-2372, DOI 10.1644/08-MAMM-A-347R1.1)
  7. (en) V. Millien, « The largest among the smallest: the body mass of the giant rodent Josephoartigasia monesi », Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, vol. 275, no 1646,‎ 2008, p. 1953–1955 (ISSN 0962-8452, DOI 10.1098/rspb.2008.0087)
  8. (en) A. Rinderknecht et R. E. Blanco, « The largest fossil rodent », Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, vol. 275, no 1637,‎ 2008, p. 923–928 (ISSN 0962-8452, DOI 10.1098/rspb.2007.1645)
  9. (en) R. Ernesto Blanco, Andrés Rinderknecht et Gustavo Lecuona, « The bite force of the largest fossil rodent (Hystricognathi, Caviomorpha, Dinomyidae) », Lethaia, vol. 45, no 2,‎ 2012, p. 157–163 (ISSN 00241164, DOI 10.1111/j.1502-3931.2011.00265.x)
  10. (en) Philip G. Cox, Andrés Rinderknecht et R. Ernesto Blanco, « Predicting bite force and cranial biomechanics in the largest fossil rodent using finite element analysis », Journal of Anatomy, vol. 226, no 3,‎ 2015, p. 215–223 (ISSN 00218782, DOI 10.1111/joa.12282)
  11. (en) Sid Perkins, « Ratzilla: Ancient giant rodent chomped like a crocodile », Science,‎ 2015 (ISSN 0036-8075, DOI 10.1126/science.aaa7792, lire en ligne)
  12. (en) Emily H. Kay et Hopi E. Hoekstra, « Rodents », Current Biology, vol. 18, no 10,‎ 2008, R406–R410 (ISSN 09609822, DOI 10.1016/j.cub.2008.03.019)
  13. (fr) « Rongeurs - L'encyclopedie canadienne »
  14. Mammal Species of the World, consulté le 8 octobre 2012
  15. Fossilworks Paleobiology Database, consulté le 8 octobre 2012
  16. a, b et c Caroulle F & Baubet O (2006) Dégâts de rongeurs en forêt : Comment y remédier ?. Revue forestière française, 58(5), 449-462.