Grotte de Movile

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43° 49′ 55″ N 28° 36′ 02″ E / 43.8319, 28.6006

La grotte de Movile (roumain : Peştera Movile) est une cavité géologique inondée située en Roumanie, dans le județ de Constanța. Elle a été découverte en 1986 par Cristian Lascu.

Elle est remarquable, car isolée du monde extérieur depuis environ un demi-million d'années, et abritant une faune endémique d'invertébrés, unique au monde, adaptée au manque de lumière et d'oxygène, et dont la survie est fondée sur la prolifération de bactéries se nourrissant des matières en suspension dans l'eau.

Système quasi-clos[modifier | modifier le code]

Totalement isolée du monde extérieur depuis probablement un demi-million d'années, la grotte de Movilé abrite une faune endémique d'invertébrés, unique au monde, adaptée au manque de lumière et d'oxygène, et dont la survie est fondée sur la prolifération de bactéries se nourrissant des matières en suspension dans l'eau. Sa formation puis son étanchéisation par rapport au monde extérieur ont été rendues possibles par l'environnement loessique meuble et par le niveau de la nappe phréatique, piégée dans cette poche argileuse. Elle a été étudiée par Cristian Lascu de l'Institut biospéléologique de Bucarest, qui l'a découverte en 1986 et par des spéléologues français. Sa grande originalité est une chaine alimentaire en autarcie, qui se développe sans apport d'énergie solaire ; on ne trouve de telles biocénoses que dans les grands fonds océaniques, du côté des sources hydrothermales, ou dans le lac Vostok situé sous la calotte glaciaire antarctique.

Ces systèmes (apparemment clos) indépendants de l'énergie solaire, sont tout de même des systèmes thermodynamiquement « ouverts » : les micro-organismes y captent l'énergie chimique (potentielle) issue de la roche (de la Terre) et la dissipe en chaleur (qui quitte le système vers l'extérieur).

Une soupe de microbes dans une éprouvette[modifier | modifier le code]

Milieu aquatique[modifier | modifier le code]

Selon les biologistes, les « Moviliens » tirent leur subsistance d'un phénomène de synthèse chimique. Dans une grotte aucune plante verte ne peut en effet, faute de lumière solaire, pratiquer la photosynthèse, la synthèse organique la plus répandue. Dans l'eau des cloches de la grotte, d'innombrables bactéries produisent de l'énergie en oxydant le sulfure d'hydrogène (H2S) présent en abondance dans l'atmosphère et l'eau de la grotte et s'en servent pour synthétiser des molécules nourricières à partir de dioxyde de carbone (CO2). On les dit autotrophes car elles fabriquent leur matière organique à partir d'éléments minéraux inertes. Ces bactéries servent ensuite de nourriture à des bactéries filamenteuses et champignons emmêlés. Appelés hétérotrophes, de même que les animaux, ils ne peuvent manger que des êtres vivants. Ils forment à la surface de l'eau le voile bactérien, couche nutritive pour les animalcules (animaux si petits qu'on ne peut les voir qu'à l'aide d'un microscope) herbivores.

Atmosphère[modifier | modifier le code]

L'air de la grotte est très différent de celui de l'atmosphère extérieure. Le niveau d'oxygène est d'environ un tiers ou la moitié de celui à l'air libre (7-10% O2 dans l'atmosphère de la grotte, à comparé à 21% O2 dans l'air) et celui de dioxyde de carbone, environ cent fois supérieur (2-3.5% CO2 dans l'atmosphère de la grotte, à comparé à 0.03% CO2 dans l'air). Il contient aussi du méthane (CH4) à 1-2% et, de même que l'eau de la grotte, d'importantes concentrations de sulfite d'hydrogène (H2S) et d'ammoniac (NH3)[1].

Des cercles très fermés d'herbivores et de carnivores[modifier | modifier le code]

Au-dessus du voile bactérien broutent des herbivores terrestres (isopodes, collemboles) eux-mêmes dévorés par les carnivores (araignées, mille-pattes). Pareillement, en dessous, vers, crustacés et escargots herbivores servent de proies à la nèpe et à la sangsue. Déchets et cadavres sont ensuite récupérés par des champignons, mollusques et crustacés éboueurs.

Sur 36 espèces terrestres, 26 sont nouvelles à Movilé. Parmi les herbivores, d'innombrables collemboles ; ces minuscules insectes sauteurs sont plus de 1500 par décimètre carré ! On trouve aussi des crustacés et des diplopodes (petits mille-pattes). Vivant aux dépens de ces troupeaux, l'étonnante population de prédateurs terrestres comprend notamment le mille-pattes Cryptos, divers pseudoscorpions et coléoptères carnivores. Chez certaines espèces aveugles, les jeunes naissent avec des yeux avant de les perdre. C'est le cas de quelques crustacés et de l'araignée Lascona cristiani. Cette dernière aurait ses plus proches parentes actuelles dans les îles Canaries. Toute cette faune semble dater du temps où l'Europe vivait sous un climat tropical. 99 % des créatures aquatiques de Movilé vivent dans les 10 premiers centimètres sous la surface de l'eau, où il y a de l'oxygène. Seules 28 % des espèces aquatiques de la grotte sont nouvelles à ce jour, contre 75 % pour les espèces terrestres. Cette différence suggère que, dans le passé, il était moins aisé d'y pénétrer en rampant qu'en nageant à contre-courant, par les siphons qui la reliaient à la mer ou aux lacs voisins.

La mer Noire et l'Europe centrale il y a cinq millions d'années[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : mer Noire et Europe centrale.

Le réseau souterrain des cloches de Movilé aurait été creusé il y a plus de 5 millions d'années, lorsque la mer Noire s'est vidée dans la Méditerranée. Le lac Dacien, aujourd'hui disparu, se serait alors enfoncé en forant des galeries. Puis des eaux et des gaz remontant du magma auraient envahi ce réseau. Aujourd'hui, lacs et marais de la région, comme le lac Kara-Oban, au nord de Movilé, sont emplis d'eaux sulfureuses identiques à celles de la grotte. Si le physicien Florin Baciu ne trouve plus dans celle-ci aucune trace des pluies radioactives de Tchernobyl, c'est qu'elle serait fermée par des bouchons d'argile.

Références[modifier | modifier le code]

  • Jean Balthazar: Grenzen unseres Wissens. Orbis Verlag, München 2003, Seite 268, ISBN 3-572-01370-4.
  • Serban M. Sârbu; Thomas C. Kane; Brian K. Kinkle, A Chemoautotrophically Based Cave Ecosystem", in Science, Vol. 272, No. 5270. (Jun. 28, 1996), pp. 1953-1955.