Île des Serpents

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Île des Serpents
ostriv Zmiyinyy (uk)
Géographie
Pays Ukraine Ukraine
Revendication par Roumanie Roumanie (éteinte en 1997)
Localisation Mer Noire
Coordonnées 45° 15′ 14″ N 30° 12′ 17″ E / 45.253889, 30.204722 ()45° 15′ 14″ N 30° 12′ 17″ E / 45.253889, 30.204722 ()  
Superficie 0,17 km2
Point culminant 41
Administration
Oblast Odessa
Démographie
Population 100 hab.
Densité 588,24 hab./km2
Autres informations

Géolocalisation sur la carte : Ukraine

(Voir situation sur carte : Ukraine)
Île des Serpents
Île des Serpents

L'île des Serpents (острів Змійний / ostriv Zmiyinyy en ukrainien, Insula Șerpilor en roumain, Ophidonisi en grec et Yilan adasi en turc) est la seule île pélagique (au large) en mer Noire. Elle se trouve à environ 45 km du port roumain de Sulina et du littoral du Delta du Danube. Elle s'étend sur 662 m d'est en ouest et sur 440 m du nord au sud. Sa superficie est de 0,17 km². Elle culmine à 41 m d'altitude.

Carte de l'île des Serpents

Histoire[modifier | modifier le code]

Légende[modifier | modifier le code]

Selon Pindare, dans ses Néméennes[1] et Euripide dans son Andromaque[2], l'Île des Serpents aurait été le « brillant paradis d'Achille » qui aurait, après sa mort à Troie, passé dans cette « île blanche du Pont-Euxin » son après-vie pleine de bagarres, de festins et d'amours.

Antiquité[modifier | modifier le code]

Dans l'Antiquité, les Grecs y avaient construit un temple en l'honneur d'Achille, évoqué par le poète Ovide et le géographe Ptolémée. Ses ruines ont été retrouvées en 1823. L'île s'appelait alors Leukè (la claire) car elle est faite de grès rose clair. Elle est entretenue par la colonie grecque d'Olbia du Pont proche de l'actuelle Odessa. Les énormes couleuvres inoffensives qui la peuplaient (se gavant de rongeurs et des nids des oiseaux de mer) étaient sacrées. Elles lui valent le surnom d'Ophidonisi (île aux serpents) sous lequel elle devient possession de l'Empire romain en 29 de notre ère. Elle est alors rattachée à la province de la Scythie Mineure (actuelle Dobrogée).

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

L'Empire romain d'orient (dit "Empire byzantin") cède l'île aux marchands italiens de Gênes en 1315. Ceux-ci y rénovent le fanal en utilisant les pierres des ruines de l'ancien temple d'Achille. L'île a aussi appartenu à la Moldavie de 1360 à 1484. C'était une escale et un amer de la flotte moldave basée à Cetatea Albă. Le voïvode moldave Étienne le Grand la cède aux Turcs qui l'appellent Yilan Adası, ce qui est une traduction d'Ophidonisi. Le fanal à son tour tombe en ruine ainsi que la citerne: l'île n'a plus d'eau douce.

Époque moderne[modifier | modifier le code]

En 1788 lors de la guerre russo-turque de 1787-1792, la Bataille navale de l'île des Serpents oppose la flotte du Tzar à celle du Sultan, avec un résultat incertain : des dizaines de marins des deux camps, dont les vaisseaux avaient été coulés, se retrouvent sur l'île où un certain nombre mourront de soif avant d'être secourus (et pour certains, faits prisonniers). À la fin de la guerre de Crimée, le traité de Paris (1856) en assure la propriété à l'Empire ottoman, qui y fait construire par Michel Pacha un phare et une citerne. En 1878, par le traité de San Stefano, l'île devient roumaine sous le nom d'Insula Serpilor qui signifie également île des serpents, toujours rattachée à la Dobrogée. La Roumanie étant Alliée durant la Première Guerre mondiale, le croiseur allemand Breslau bombarde l'île et détruit le phare en 1916. Les Roumains reconstruisent le phare en 1922. Le Muséum roumain fait de l'île une réserve naturelle en 1932. L'archéologue Vasile Pârvan étudie le site du temple d'Achille.

Possession roumaine jusqu'en 1948, l'île est annexée par l'Union soviétique sous le nom d'Ostrov Zmeïnyi qui signifie... île des Serpents bien sûr. Mais la vie des couleuvres s'arrête là : les soldats soviétiques les exterminent avant de bâtir sur l'île une base militaire de surveillance aérienne et maritime avec radars et autres équipements militaires sophistiqués destinés aux écoutes. Dès lors, leurs proies, les rongeurs, ont pullulé, et l'emploi de raticides a pollué toute l'île. Lors de la partition de l'URSS, la Roumanie revendique à l'Ukraine la rétrocession de cette île, le protocole bilatéral soviéto-roumain de 1948 n'ayant jamais été ratifié ni par l'URSS, ni par la Roumanie. L'île des Serpents fait partie d'un groupe de six îles en litige entre l'Ukraine et la Roumanie, situées à la frontière des deux pays (les cinq autres: Daleru mare, Daleru mic, Coasta-dracului, Maican et Limba, se trouvent sur le bras frontalier de Chilia, cette dernière à l'embouchure)[3].

La formation territoriale de l'Ukraine : l'île des Serpents fait partie des territoires acquis en 1948 (en rouge) au détriment de la Roumanie
Les îles et la frontière (violet) qui a été en litige entre la Roumanie et l'Ukraine
Emplacement de l'île par rapport aux côtes ukrainiennes et roumaines

En 1997 l'OTAN incite fortement la Roumanie à régler ses litiges avec l'Ukraine si elle veut intégrer l'organisation (ce qui finira par arriver en 2004). Dans ce contexte, le traité frontalier roumano-ukrainien de Constanza confirme l'appartenance de ces six îles à l'Ukraine, mais les eaux territoriales et de la zone économique exclusive correspondant à l'île des Serpents restent en litige. En août 2004 la partie roumaine porte le cas devant la Cour internationale de justice de la Haye[4] et réclame le partage moitié-moitié des eaux territoriales et de la zone économique de l'île des Serpents, en soutenant que l'île, n'ayant ni eau potable, ni sol fertile, est un simple rocher ou îlot (dimensions: 0,17 km²) ce qui ne donne pas à l'Ukraine droit à une zone économique exclusive.

La partie ukrainienne soutient qu'il s'agit d'une véritable île et elle y a mis les moyens (transport de plusieurs centaines de tonnes de sol fertile, plantation d'arbres, installation sur place des familles des gardes-frontières, avec un bureau de poste et une agence bancaire, rotation d'hélicoptères pour amener de l'eau)[5].

À partir du 2 septembre 2008[6], l'Ukraine et la Roumanie plaident leurs arguments devant la Cour internationale de justice de La Haye. L'enjeu de ce procès entre les deux États voisins n'est pas seulement la moitié sud des eaux territoriales de l'île mais aussi, et surtout, 12 200 km2 riches en hydrocarbures du plateau continental situé au sud de celle-ci, au large des côtes roumaines. Les compagnies pétrolières British Petroleum (BP) et Royal Dutch Shell ont signé des contrats de prospection avec l'Ukraine, tandis que Total a misé sur la Roumanie. L'autrichien ÖMV (propriétaire de Petrom, la plus importante compagnie pétrolière roumaine) a joué sur les deux tableaux en signant avec le consortium de Naftogaz Ukrainy-Chernomornaftogaz un contrat pour concourir ensemble à la mise aux enchères des concessions dans toute la zone en litige[7].

La délimitation maritime du 3 février 2009 : en bleu les revendications ukrainiennes, en rouge les roumaines, en violet l'arrêt rendu par la CIJ.

Règlement du litige maritime[modifier | modifier le code]

La Cour internationale de justice de La Haye a défini, le 3 février 2009 la frontière[8] des eaux territoriales en mer Noire entre les deux pays. La délimitation maritime, acceptée par les deux pays, est basée essentiellement sur une ligne équidistante entre les côtes des deux pays qui se font face, selon l'arrêt rendu à l'unanimité par la CIJ. L'Ukraine obtient 2 500 km2, soit 20 % de la zone contestée, avec une profondeur de 20 à 50 m. La Roumanie obtient 9 700 km2, soit 80 % de la zone contestée, avec une profondeur moyenne supérieure à 50 m. La ligne de délimitation part du point d'intersection entre les eaux territoriales de la Roumanie et les eaux territoriales de l'île des Serpents qui appartient à l'Ukraine. La frontière maritime suit ensuite l'arc de 12 miles marins de rayon entourant l'île des Serpents jusqu'à son intersection avec la ligne équidistante des côtes adjacentes roumaine et ukrainienne. Elle se poursuit ensuite le long d'une ligne équidistante des côtes roumaine et ukrainienne qui se font face.

En 2009 le litige semble donc éteint, mais rebondit en 2010 lorsque l'Ukraine, qui semble avoir découvert au sud de l'île de nouveaux gisements de pétrole et de gaz, pose unilatéralement en mer des balises-frontières au sud de la frontière de jure (située à mi-chemin entre l'estuaire du bras de Chilia et celui du bras de Sulina), le long de la digue nord du port roumain de Sulina. Les garde-frontières roumains, dont les moyens sont très inférieurs à ceux des Ukrainiens, ne réagissent pas et la presse roumaine les accuse de corruption. C'est désormais le golfe de Musura (situé juste au nord de Sulina) et la bande d'eaux territoriales devenue ukrainienne de facto au large de celui-ci, en direction de l'île des Serpents, qui se trouvent en litige.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pindare, Odes (Néméennes, IV, 49-50).
  2. Euripide, Andromaque [détail des éditions] [lire en ligne] (v. 1259-1262).
  3. À ce sujet l'histoire officielle ukrainienne, telle qu'elle est présentée aux visiteurs de l'Île des Serpents dans le petit musée local, est « exemplairement militante par omission » : Au Moyen Âge l'île appartînt à la la Turquie. En 1829 elle appartenait à l'Empire russe. Après la Grande Guerre Patriotique (nom soviétique de la Seconde Guerre Mondiale) l'île servit de base radar de la défense antiaérienne et la section radiotechnique du système littoral d'observation de la Marine de guerre de l'URSS. Dans les années 80 sur le plateau continental on a découvert les gisements considérables du gaz naturel et du pétrole. Cela est devenu la raison des prétentions du côté de la Roumanie peut-on y lire (voir sur [1]), sans la moindre mention du fait que l'île a été roumaine avant d'être ukrainienne.
  4. Communiqués de presse de la CIJ dans l'affaire délimitation maritime en Mer Noire (Roumanie c. Ukraine)
  5. http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/09/11/l-ile-des-serpents-attire-les-convoitises_1094049_3214.html L'île des Serpents attire les convoitises
  6. L'île des Serpents, un confetti de la mer Noire très prisé
  7. Directmatin du vendredi 19 septembre 2008 page 16 : Kiev et Bucarest se disputent l'île aux serpents
  8. Dépêche sur le site du Tageblatt

Liens externes[modifier | modifier le code]

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