Grenaille de plomb

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La grenaille de plomb a remplacé la grenaille de fer doux (déchet de forge) dans les cartouches de chasse.

Grenaille de plomb neuve

Elle est aussi utilisée dans les cartouches de ball-trap.

Cette munition est à l'origine d'une pollution durable des sols[1],[2] et de certains milieux naturels par le plomb et d'autres métaux lourds qu'elle contient (arsenic, antimoine et parfois bismuth) car tous ces métaux sont toxiques et non-biodégradable ni dégradable à échelle humaine de temps, mais ingérés, ils sont toxiques pour le système nerveux notamment.

Elle est aussi à l'origine de l'intoxication d'oiseaux (saturnisme aviaire).

Article détaillé : Saturnisme animal.

législation[modifier | modifier le code]

Une cartouche classique de 30 à 35 grammes contient 200 à 300 billes de plomb toxique. Depuis 2005, en France, les cartouches au plomb ne sont plus autorisées pour les tirs dirigés en direction d'une zone humide.
Tour à plomb, utilisée pour la fabrication de grenaille de plomb. Le plomb fondu était versé au travers d'un tamis et les gouttes de plomb se transformaient en billes rondes en se refroidissant durant leur chute (Clifton Hill, Melbourne, Australie

En raison de sa toxicité, elle est interdite en Amérique du Nord (sauf avec dérogation pour les inuits) depuis plus de 20 ans.

En France, après plusieurs reports d'interdiction, elle est théoriquement interdite depuis l'arrêté du 21 mars 2002 sur les zones humides ou pour des tirs portant vers une zone humide[3].

Production[modifier | modifier le code]

La grenaille de plomb a été produite de manière artisanale, et industriellement à partir de la fin du XIXe siècle dans des « tours à plomb ».
On y faisait couler d'une grande hauteur du plomb en fusion, qui en tombant formait de petites gouttelettes. la dernière grande tour à plomb était en France celle de métaleurop-Nord, récemment détruite avant que le groupe Glencore ait déclaré le site en état de faillite.
Elle n'était plus utilisée depuis plus de 10 ans. Ce sont des femmes qui sélectionnaient et triaient les billes de plomb.

Histoire du mot[modifier | modifier le code]

  • La grenaille était le nom donné à tout type de métal réduit en menus grains, et parfois à certains déchets de forge (c'était aussi le nom donné à la « graine de rebut qui sert à nourrir la volaille »).
  • Il est défendu de charger un fusil avec de la grenaille précisait encore au XVIIIe siècle le dictionnaire de l'Académie française[4]
  • La notion de grenaille de plomb et plus précisément de Plomb grenaillé apparait dans le dictionnaire d'Émile Littré au dernier quart du XIXe siècle [5]

Classification en tant que déchet[modifier | modifier le code]

Dans le droit européen, la grenaille de plomb perdue dans l'environnement répond à la rubrique 02 qui inclut les Déchets provenant de la chasse et de la pêche, et plus précisément à la rubrique 0201 intitulée « déchets provenant de l'agriculture, de l'horticulture, de l'aquaculture, de la sylviculture, de la chasse et de la pêche » [6]. Comme ils contiennent du plomb et souvent de l'arsenic et de l'antimoine, ils répondent à la définition de déchet dangereux (contenant « une ou plusieurs substances classées (2) comme très toxiques à une concentration totale égale ou supérieure à 0,1 % » [6] et de déchet toxique. Ils répondent d'ailleurs - pour le plomb - à une des autres conditions suffisantes car contenant « une ou plusieurs substances classées comme nocives à une concentration totale égale ou supérieure à 25 % »[6]

Prévalence dans la nature[modifier | modifier le code]

Le plomb est un métal mou et relativement érodable, mais le plomb de chasse est durci par ajout d'antimoine et à d'arsenic (deux métaux qui sont également toxiques et écotoxiques), et dans tous le cas, le plomb n'est pas biodégradable. La grenaille tend donc à s'accumuler dans les zones où elle a été tirée, hormis sur les pentes ou dans les cours d'eau où elle peut « rouler » et être emporté vers la mer ou s'enfoncer dans les sédiments, mais où après avoir été transportée par un courant assez puissant, elle finit par s'immobiliser et persister dans l'environnement.

Les densités les plus importantes de grenaille sont relevées sur et autour des sites de ball-trap, devant les huttes de chasse ou d'autres postes permanents de tir, puis dans les zones humides chassées et ailleurs sur des sols secs fréquemment chassés ;

En Hongrie, Imre a relevé en 1997 de 0 à 1.09 grenaille par m2 (0.46 en moyenne) dans des zones de chasse au faisans[7]. Ferrandis et al. en 2008[8]) trouvaient 7.4 billes de plomb/m2 dans le premier centimètre du sol d'une zone de chasse à la perdrix rouge (Alectoris rufa) du centre de l'Espagne (peu chassée par rapport à d'autres où les chasses en battue mobilisent jusqu'à 8 fois plus de tireurs ; jusqu'à 16 par ligne de 40 mètres)[8]. Dans cette zone la moyenne était de 73 600 plombs/ha, soit environ 8.1 kg/ha dans le premier cm de sol)[8].

Même quand le plomb s'enfonce dans un sédiment mou (vase) ou meuble (sable fin, gravier...), des oiseaux à long bec (ex avocette, bécassine des marais) ou des oiseaux se nourrissant en filtrant le sédiment (ex flamand rose) peuvent s'intoxiquer.

Même dans une zone horizontale ou dans un creux, s'il s'agit d'une zone d'alimentation des oiseaux, le nombre de plomb par m2 n'est pas un descripteur fiable du nombre total de plomb tombé dans la surface considérée, ni du degré réel d'exposition des oiseaux (ou d'autres animaux), car de nombreux plombs peuvent avoir été ingérés et emportés, éventuellement assez loin s'il a été ingéré par un oiseau en train de migrer.

Impacts et séquelles écoépidémiologique de la grenaille de plomb dispersée dans l'environnement[modifier | modifier le code]

Il est démontré que bien après l'interdiction ou des restrictions sur le plomb, des oiseaux continueront longtemps à mortellement s'empoisonner[9]. A titre d'exemple, au Royaume-Uni, la loi a interdit tous les lest de pêche en plomb dès 1988, puis l'angleterre a imposé une interdiction des grenailles de chasse dans les zones humides (en 1999 et une législation similaire et en cours d'adoption au Pays de Galles (2002), en Écosse (2004) et en Irlande du Nord (2009)[9]. Pourtant, au début des années 2010 un tiers des oiseaux d'eau sont encore atteint de saturnisme ou portent des billes de plomb dans leur tube digestif, et sur 10 oiseaux trouvés morts, un l'est encore pour cause de saturnisme aviaire[9]. c'est-à-dire que (hormis pour le cygne muet qui s'empoisonnait fréquemment en ingérant des agrès de pêche en plomb) aucun progrès n'a été observé par une étude qui a fait le poins en examinant les causes de mortalité ou morbidité de 14 espèces de canards, ainsi que d'oies et le cygne (Le gésier de l'un des oiseaux morts contenait à lui seul 438 grains de plomb)[9]. La situation aurait probablement empiré sans ces interdictions qui protègent maintenant au moins les zones humides d'une aggravation de cette pollution, mais elle empire encore hors des zones humides où d'autres études ont prouvé que des oiseaux vivant loin des zones humides tels que les perdrix et faisans sont également victimes de saturnisme, pour les mêmes raisons, mais dans des zones où le plomb n'a pas encore été interdit malgré une recommandation de La Commission royale sur la pollution de l'environnement faite en 1983 et malgré une recommandation de l'Accord AEWA, qui concerne également la France et qui en 1995 prônait l'interdiction totale du plomb dans les munitions avant l'an 2000 dernière limite[9].
Des preuves de non-respect de la loi existent en outre : ainsi une analyse ayant porté sur 492 canards tués à la chasse par des chasseurs anglais et mis en vente dans le commerce, de 2008 à 2010 a montré que 70 % d'entre eux avaient illégalement été abattu avec des cartouches au plomb et non avec des alternatives non-toxiques[10].

Grenaille et santé alimentaire humaine[modifier | modifier le code]

La grenaille qui pénètre la chair de l'animal peu avant sa mort libère du plomb (érosion/frottement) lors de la pénétration.

Une source de saturnisme alimentaire pour l'Homme est l'ingestion de grenailles de plomb ou de plomb moléculaire encore présents dans la viande ou dans les abats (pâté de foie ou de gésier par exemple).

Si l'animal a lui-même antérieurement ingéré des billes de plomb, sa chair peut être contaminée et source de saturnisme (foie et rein notamment).

Il n'est pas rare qu'à l'occasion d'une radiographie de l'abdomen le radiologue découvre une ou plusieurs billes de plomb dans l'intestin des consommateurs de petit gibier. Généralement ses plombs sont rapidement évacués avec les excrément et l'intoxication ne sera que passagère. La situation est plus grave quand une ou plusieurs bille de plomb sont retenues dans l'appendice, car ils deviennent source d'intoxication chronique par le plomb. Une seule bille de plomb suffit dans ce cas à induire une intoxication.
Ainsi un enfant de 8 ans examiné pour cause d'hyperactivité présentait une plombémie (taux de plomb dans le sang) inexplicablement élevée (17,4 à 27,4 µg/dl de sang) sans cause apparente. La radiographie a révélé une accumulation de billes métalliques dans l'appendice. Après ablation de cet appendice, le chirurgien a pu compter 57 billes de plomb (ce qui semble être un record chez un enfant). La familles consommait fréquemment des oies tués à la chasse et l'enfant a expliqué qu'avec ses frères et soeurs (chez lesquels on a aussi trouvé une plombémie élevée), par jeux, ils avalaient les grenailles qu'ils trouvaient dans leur viande[11].

Chez les consommateurs de gibier, les effets de l'ingestion de grenaille peuvent être aggravés par l'ingestion de plomb ou d'éclats provenant des balles utilisées pour tuer le grand gibier [12]. Ces éclats empoisonnent aussi les rapaces et oiseaux charognards qui consomment les cadavres d'animaux blessés et non retrouvés par les chasseurs[13],[14]. Il existe aussi des balles sans plomb pour la chasse au grand gibier.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lena Q. Ma Willie Hanis Jerry Sartain, Environmental Impacts of Lead Pellets at Shooting Ranges & Arsenical Herbicides On Golf Courses in Florida ; Report #OO-03 ; University of Florida et Florida Center for Solid and Hazardous Waste Management; juin 2000, PDF, 62 pages, études faites sous assurance qualité
  2. Département (ministère) de la protection de l'environnement de Floride Special Updates or Reports on Arsenic and Other Contaminants of Concern, Bureau of Waste Cleanup, consulté 2011/06/02
  3. L'arrêté du 21 mars 2002 interdit l'usage de la grenaille de plomb sur les zones humides à compter de l'ouverture de la chasse au gibier d'eau
  4. , dictionnaire de l'Académie française, 4e édition (1762)
  5. Dictionnaire de la langue française (1872-77)
  6. a, b et c Décision de la Commission du 3 mai 2000 remplaçant la décision 94/3/CE établissant une liste de déchets en application de l'article 1er, point a), de la directive 75/442/CEE du Conseil relative aux déchets et la décision 94/904/CE du Conseil établissant une liste de déchets dangereux en application de l'article 1er, paragraphe 4, de la directive 91/689/CEE du Conseil relative aux déchets dangereux (voir page 8/33)
  7. Imre, A (1997) Facanok söret eredetu olom mergezese. Magyar Allator vosok Lapja 119: 328 - 330.
  8. a, b et c Pablo Ferrandis, Rafael Mateo, Francisco R. López-Serrano, Mónica Martínez-Haro et Esmeralda Martínez-Duro (), Lead-Shot Exposure in Red-Legged Partridge (Alectoris rufa) on a Driven Shooting Estate; (résumé)
  9. a, b, c, d et e Poisoning from lead gunshot: still a threat to wild waterbirds in Britain  ; European Journal of Wildlife Research ; DOI 10.1007/s10344-012-0666-7
  10. Wildfowl & Wetlands Trust (avec la participation de la British Association for Shooting and Conservation) (2010), Compliance with the environmental protection (Restriction on unse of lead shot) (England) Regulations 1999 Statutory Instrument 1999 No. 2170 CR0411, juillet 2010
  11. Bahar Gholipour Source of Boy's Mysterious Lead Poisoning Was in an Unlikely Place, LiveScience (avec photographie de l'appendice et des 57 grenailles qu'il contenait), d'après une étude de cas publiée le 8 aout par le journal New England Journal of Medicine
  12. Lead Poisoning in Wildlife
  13. 2012-Bedrosian – Lead Exposure in Bald Eagles from Big Game Hunting, the Continental Implications and Successful Mitigation Efforts ;PLoS ONE 7(12): e51978. doi:10.1371/journal.pone.0051978
  14. 2009-Saito – Lead Poisoning of Stellar’s Sea-Eagle and White-Tailed Eagle Caused by the Ingestion of Lead Bullets and Slugs