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Mehmed II

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Mehmed II
Portrait de Mehmed II par Gentile Bellini (1479).
Portrait de Mehmed II par Gentile Bellini (1479).
Titre
7e Sultan Ottoman
14441446
2 ans
Prédécesseur Mourad II
Successeur Mourad II

30 ans, 3 mois et 0 jour
Prédécesseur Mourad II
Successeur Bayezid II
Biographie
Dynastie Dynastie ottomane
Date de naissance
Lieu de naissance Edirne
Date de décès (à 49 ans)
Lieu de décès Gebze
Père Mourad II
Mère Hüma Hatun

Signature

Mehmed II
Dynastie ottomane
Mehmed II Fatih, le Conquérant (Miniature du XVe siècle)

Le sultan Mehmet II le Conquérant ou Mehmed II «Fatih[1] (en turc : Fatih Sultan Mehmet Han) fut le 7e sultan de l'Empire ottoman.

Il était le quatrième fils de Mourad II[2]. Il serait né le à Edirne[3] de Huma Hatun.

C'est la prise de Constantinople en 1453 qui lui valut son surnom de « Fatih » (Conquérant). Il régna à deux reprises (entre 1444 et 1446 puis entre 1451 et 1481) ; dans l'intervalle, c'est son père Mourad II qui reprit le pouvoir. C'était un homme vigoureux et un chef militaire redoutable.

Il était curieux de littérature et des beaux-arts. Il écrivit des poèmes en turc et en persan, et composa des chansons. Il s'intéressait à la philosophie et aux sciences, à l'astronomie en particulier. Il fit venir à Constantinople des artistes italiens, dont Gentile Bellini, qui ne séjourna dans la capitale que quelques mois, le temps d'exécuter le portrait du Sultan qui lui avait été demandé à l'occasion des accords de paix conclus entre la République de Venise et l'Empire ottoman (25 janvier 1479). Selon certains auteurs dépourvus de crédit et prompts à idéaliser le monarque, Mehmed II aurait appris l'arabe, le persan, l'hébreu, le latin et le grec, mais sa connaissance de ces deux dernières langues au moins est fortement sujette à caution[4].

Il mourut le à Gebze. Son fils Bayezid lui succéda.

Il eut sept épouses, une fille et quatre fils : Mustafa, Bayezid, Cem (ou Jem/Djem) et Korkut.

Biographie

Premier règne

Fils cadet de Mourad, Mehmed eut une enfance et une instruction difficiles[5]. Il devint l'héritier du trône à la mort de son frère aîné Alaeddin en 1444. Pour des raisons mal connues, Mourad II abdiqua en sa faveur en juillet ou août de la même année[6] et se retira à Manisa.

Le court règne de Mehmed fut agité, sur les plans intérieur et extérieur. Le gouvernement était partagé entre la faction du grand vizir Çandarlı Halil, homme de confiance de Mourad mais qui entretenait de mauvaises relations avec Mehmed, et d'autre part les autres vizirs plus proches du jeune sultan[6]. Des mouvements populaires provoquant un incendie à Edirne suivirent la prédication d'un derviche hurufi, protégé par Mehmed contre le grand mufti et Halil[7].

En 1446, Halil Pacha fomenta une révolte des janissaires, lesquels remirent Mourad II au pouvoir jusqu'à sa mort en 1451. Au printemps 1448, Mehmed participa aux côtés de son père à une campagne infructueuse contre Skanderbeg[8].

Accession au trône

Mehmed monta sur le trône le 18 février 1451, dans des circonstances troublées (présence du prétendant Orkhan à Constantinople, opposition des janissaires, mauvaises relations avec le grand vizir Çandarlı Halil). Le nouveau sultan adopta une politique prudente de conciliation : il maintint Halil au poste de grand vizir et fut le premier sultan à accorder aux janissaires un don de joyeux avènement[9]. En conquérant l'émirat de Karaman en mai et juin 1451 et en renouvelant les traités de paix avec Venise en septembre et avec la Hongrie en novembre de la même année, Mehmed montrait ses qualités de stratège comme militaire et comme diplomate.

Le siège de Constantinople

Article détaillé : Chute de Constantinople.
La forteresse de Roumélie (Rumeli Hisarı)

Dès le début de son règne, Mehmed II se concentra sur le projet de faire de Constantinople la capitale de son pays. Il avait conscience que posséder Constantinople serait une source de richesse et qu'ainsi il aurait le contrôle du commerce vers la mer Noire dans un sens et vers la mer Méditerranée dans l'autre sens. Lorsqu'il fit part de son projet, la majorité du divan, en particulier le grand vizir Halil Pacha, critiqua le sultan parce qu'il surestimait ses capacités.

Un ingénieur hongrois nommé Orban (francisé en Urbain) fabriqua pour le sultan de nouveaux canons gigantesques qui allaient jouer un rôle important dans la prise de la ville.

En 1452, Mehmed fit construire sur la rive européenne une forteresse en face de celle que Bayezid Ier avait construite sur la rive asiatique. Ce château fut appelée forteresse de Roumélie (Rumeli Hisarı) tandis que celle de Bayezid Ier s'appelait forteresse d'Anatolie (Anadolu Hisarı). Au cours de ces préparatifs, Mehmed renouvela les traités de paix signés avec la Serbie et la Valachie et signa un nouveau traité de paix avec la Hongrie.

De son côté, l'Empire byzantin se préparait en accumulant des réserves de nourriture pour un long siège. L'empereur Constantin XI Paléologue fut inquiet en apprenant la construction de la forteresse de Roumélie à proximité de la ville. Il voulut demander l'aide du pape. Ce dernier mit comme condition à cette aide l'unification des deux Églises catholique et orthodoxe. Mais les rivalités entre les hommes religieux amenèrent l'empereur à abandonner tout espoir d'une nouvelle croisade pour lui venir en aide.
En avril 1453, Mehmed assiégea la ville, détruisant tout aux environs et enfermant la population dans ses murs.

Le 19 avril, deux tours sur roues furent construites pour pouvoir franchir les murailles légendaires de la ville. La bataille devint sanglante et Mehmed se rendit compte que tant que sa marine n'entrait pas en jeu, la ville pourrait continuer à être soutenue par les navires vénitiens et génois. Il fallait trouver un moyen de pénétrer dans la Corne d'Or, mais celle-ci était bien défendue à son entrée par un système de chaînes. Mehmed imagina alors de tirer les bateaux à terre sur la rive européenne et de les faire entrer par l'extrémité de la Corne d'Or (22 avril 1453). La marine ottomane se trouva ainsi au milieu de la ville et elle put bombarder ses murs depuis l'intérieur. Les boulets de 600 kilos tirés par le canon géant d'Orban firent de terribles ravages. Entre le 23 et le 25 mai, Constantin XI, voyant que la défense ne tiendrait plus longtemps, accepta, sur la proposition d'un envoyé de Mehmed (nommé Ismaël, et fils du renégat grec Alexandre/Skender, prince vassal de Sinope), d'entrer dans des pourparlers de paix avec le sultan. Celui-ci exigea alors le payement annuel d'un tribut de 100.000 besants d'or (somme bien au-desus des moyens de l'Empire grec), faute de quoi les Byzantins n'auraient plus qu'à quitter la ville en emportant leurs biens, ou à subir l'assaut de l'armée turque. Constantin ne pouvait que refuser de telles conditions, ce qu'il fit après avoir consulté son entourage[10].

Entrée de Memed II dans Constantinople. Peinture de Fausto Zonaro (1854-1929)

Dans la nuit du 28 au 29 mai 1453, vers une heure et demie du matin, l'attaque finale fut lancée (cf. la chute de Constantinople). Plusieurs vagues successives furent repoussées mais les régiments turcs parvinrent au bout de quelques heures à pénétrer dans la ville et Constantin XI périt dans la bataille. À midi, au terme d'une lutte héroïque de part et d'autre, la capitale était prise. L'Empire romain d'Orient, vieux de 1125 ans, s'était écroulé après 54 jours de siège. Les conquérants se livrèrent au pillage, au viol et à toutes sortes de profanations, et ils massacrèrent, sans distinction de sexe ni d'âge, les habitants qu'ils rencontraient, en attendant de réduire en esclavage les éventuels rescapés.

Mehmed II entra dans Constantinople dans l'après-midi du 29 mai 1453. Escorté de vizirs, de pachas, d'ulémas et de janissaires, il gagna la basilique Sainte-Sophie. Là, montant à l'ambon en compagnie d'un imam, il récita la prière musulmane, puis, pénétrant dans le sanctuaire, monta sur l'autel et le foula aux pieds, dans une attitude de profanation à la longue histoire[11], puis s'agenouilla pour y faire la prière musulmane du midi : la basilique chrétienne, de ce fait, fut transformée en mosquée[12].

Selon certains historiens modernes[13], le sultan aurait mis un terme au pillage de la cité avant la fin des trois jours habituellement accordés aux soldats ; cette affirmation, contredite par la plupart des autres historiens pour qui la mise à sac ne s'acheva que le 31 mai[14], est non seulement dépourvue de références à des sources contemporaines des faits, mais encore démentie par les récits de témoins oculaires[15] parlant expressément de trois jours de pillage[16], ainsi que par les rapports des historiographes ottomans eux-mêmes [17]. Il est donc plus exact de dire que le pillage et la destruction « se poursuivirent pendant trois jours, mais sans l'intensité des douze premières heures »[18].

Après la prise de Constantinople, Mehmed II, sultan bisexuel, décida d'enlever les plus beaux jeunes hommes de la noblesse byzantine pour qu'ils fassent partie de son harem[19],[20],[21]. Décrit comme notoirement pédéraste[22], il motiva ses troupes avant l'assaut en leur faisant miroiter la beauté des jeunes hommes et enfants de Constantinople ; après la chute de la ville, les soldats se livrèrent à de nombreux viols sur des jeunes garçons[23]. Le Megadux Lucas Notaras, décapité sur l'ordre de Mehmed II avec une partie de sa famille, aurait subi ce sort parce qu'il refusait de livrer son fils de 14 ans à la lubricité du sultan[23],[24] ; selon le byzantiniste Thierry Ganchou, cette motivation essentiellement sexuelle pour la remise en otage du fils Notaras (attestée par ailleurs) n'aurait été avancée et répandue par les chroniqueurs chrétiens que par médisance[25].

Finalement, Constantinople devint capitale de l'Empire ottoman. Le premier décret du sultan après la prise de la « Nouvelle Rome » fut de repeupler la ville morte. Il autorisa donc l'installation de civils, y compris chrétiens, dans la ville, à qui il laissa (mais sous un contrôle très étroit) une certaine liberté de culte, marquée par l'intronisation à la tête de l'Église grecque orthodoxe d'un nouveau patriarche, Gennadios, connu pour ses positions anti-unionistes ; il instaura aussi un patriarcat arménien apostolique en 1461. Il se fit appeler Kayser-i Rum: l'empereur romain.

En 1462, il lança la construction du palais de Topkapı.

S'étant présenté comme seigneur des combattants de la foi, il œuvrait dans sa conquête pour acquérir une légitimé au yeux du reste du monde musulman. Les chroniqueurs le qualifient régulièrement de gâzi des gâzis, de champion de la guerre sainte, etc[26].

La conquête des Balkans

Mehmed II annexa ce qui restait du despotat vassal de Serbie après la chute de la forteresse de Smederevo en 1459. Le royaume de Bosnie fut incorporé à l'Empire après la mort du roi Étienne Tomašević en 1463.

La conquête des territoires albanais se révéla plus difficile. Skanderbeg, fédérant d'autres seigneurs de guerre, repoussa à deux reprises les armées ottomanes, en 1466 et 1467. Après son décès en 1468, ses partisans parvinrent à contenir les armées ottomanes jusqu'en 1480.

Conquête des vestiges de l'Empire byzantin

De 1459 à l'automne 1460, Mehmed II fit la conquête définitive du despotat de Morée, où régnaient les deux frères de Constantin XI, Démétrios et Thomas. Démétrios se soumit rapidement au sultan, qui lui donna une somme importante et quelques îles de la mer Égée en apanage, tandis que Thomas s'enfuit avec ses enfants d'abord à Corfou, puis à Rome, où il mourut en 1465[27]. Dans sa progression pour la conquête du Péloponnèse, l'armée de Mehmed réduisit une à une les cités grecques, massacrant parfois les hommes qui avaient osé résister, comme à Kastritsa, voire toute la population civile de Leondari, sans distinction de sexe ou d'âge[28], afin de faire des exemples et amener ainsi, par la terreur, les autres places-fortes à se rendre sans combattre ; les habitants de certaines villes furent réduits en servitude ou déportés à Constantinople « pour repeupler les faubourgs »[29] ; des commandants de forteresses ayant opposé de la résistance furent sciés en deux[30]. La seule cité qui ne succomba pas au déferlement de l'armée ottomane fut Monemvasia/Malvoisie, qui, grâce à la puissance de ses murailles et de sa flotte, mais aussi grâce à la fermeté de son gouverneur, Nicolas Paléologue[31], sut résister, mais au prix d'un accord qui la fit passer sous le protectorat de Venise et retarda ainsi jusqu'en 1540 sa prise par les Turcs.

Guerre en Anatolie

En 1461, Mehmed II se tourna vers l'Anatolie. Il conquit la principauté djandaride et l'Empire de Trébizonde en août 1461. L'héritier du trône, David II, fils de Jean IV dit Kaloyannis, lui remit, le 15 de ce mois, les clefs de la cité et se laissa embarquer avec sa famille pour Constantinople. Le sultan dépouilla de leurs biens les familles de notables avant de les installer à Constantinople, et réduisit en esclavage le reste de la population[32]. Deux ans plus tard, craignant que David ne vînt à conspirer contre lui, Mehmed II lui donna, ainsi qu'à ses fils, le choix entre la conversion à l'islam et la mort immédiate : comme tous refusaient de renier leur foi, le sultan leur fit trancher la tête l'un après l'autre (1er novembre 1463)[33].

En 1464, quand Ibrahim, bey de Karaman, mourut, sa succession fut disputée. Deux frères s'opposaient. L'un, Ishak, obtint l'appui du Turcoman Uzun Hasan, sultan des Akkoyunlu (clan des « Moutons Blancs ») ; l'autre, Pir Ahmed, reçut le soutien de Mehmed. Pir Ahmed commit l'erreur de chercher un arrangement avec les Vénitiens : Mehmed considéra que c'était une trahison, partit en campagne et conquit Konya et Karaman. Pir Ahmed se réfugia chez les Akkoyunlu. L'armée ottomane et l'armée des Akkoyunlu s'affrontèrent près de Otlukbeli le 11 août 1473 : l'armée ottomane, la mieux équipée de l'époque, écrasa ses adversaires.

Conflits avec les Hongrois et les Moldaves

Prise de Nègrepont

Dans la guerre sans merci que Mehmed II livra aux Vénitiens pour les chasser de leurs possessions dans la Méditerranée orientale, la prise de la colonie de Nègrepont (l'antique Chalcis d'Eubée), en 1470, fut sans doute l'événement le plus marquant[34]. L'expédition fut longuement mûrie par le sultan et préparée à partir de l'hiver 1469-1470. Mehmed II mit à sa tête son ex-grand vizir, Mahmud Pacha Angelović, renégat chrétien d'origine serbe, qui commandait alors la flotte ottomane. Partie de Gallipoli, la flotte de Mahmud Pacha arriva devant la cité le 15 juin : le blocus commença. Malgré une défense désespérée, Nègrepont, dont les murs renfermaient alors une population de 4.000 âmes environ[35], tomba aux mains des Ottomans le 12 juillet 1470. La plupart des habitants, nourrissons et vieillards compris, furent systématiquement massacrés (12-13 juillet), et le maigre reste, constitué surtout de jeunes filles de moins de quinze ans, fut réduit en esclavage[36]. Amplement diffusée par une presse alors toute récente, l'annonce d'un tel carnage horrifia l'Europe[37]. Cette perte fut peut-être, pour Venise, la plus cruelle de celles qu'elle eut à subir au XVe siècle[38].

Conquête de la Crimée

L'objectif de Mehmed II était alors de contrôler le bassin de la mer Noire et d'éradiquer, fût-ce au prix d'une politique d'extermination, la puissance vénitienne et génoise dans la région. En 1475, il conquit les colonies génoises de Crimée, notamment le port de Caffa, pris par le grand vizir Gedik Ahmed Pacha le 6 juin[39]. Le sultan installait ainsi l'Empire ottoman au nord de la mer Noire et faisait de celle-ci un lac turc. Cette avancée lui donna le contrôle du trafic d'esclaves et de la route de la soie.
Ayant dès lors la mainmise sur les routes commerciales, Mehmed II fit construire de nouveaux ports et une flotte pour pouvoir concurrencer Venise et Gênes dans le commerce maritime.

Dernières conquêtes

En 1477, il se dirigea sur la côte Est de l'Adriatique pour y prendre quelques îles aux Vénitiens et obtenir un traité de paix avec Venise en janvier 1479. Un de ses vizirs, Gedik Ahmed Pacha, prit pied en Italie et conquit Otrante, dont la prise (12 août 1480) et le massacre qui l'accompagna (12000 victimes) provoquèrent un nouveau choc dans l'opinion européenne.

Article détaillé : Bataille d'Otrante.

Mort

Alors qu'il se rendait vers l'Orient pour une nouvelle campagne militaire, Mehmed mourut sur la route le 4 mai 1481, peut-être empoisonné à l'instigation de l'ordre des derviches Halvetî et de son fils Bayezıd[40].

Après sa mort, ses deux fils Bayezıd (appelé Bajazet par les Européens), l'aîné, et Djem (appelé Zizim) se disputèrent le pouvoir. Défait à deux reprises, Djem se réfugia en Occident, où il mourut en 1495 dans des conditions jamais élucidées.

Bilan du règne

Mehmed fut principalement un homme de guerre qui augmenta à la fois sa flotte et son armée, dont il fit l'une des plus redoutables d'Europe. Avec lui, l'impérialisme ottoman commence une expansion européenne qui bouleversera l'Occident pendant plus de trois siècles, et la Grèce entre dans une très longue période d'asservissement qui durera jusqu'aux traités d'Andrinople (1829) et de Constantinople (1832). Le fils de Mourad apparaît essentiellement, devant la postérité, comme le responsable de l'anéantissement brutal de la puissance et de la civilisation byzantines. Du point de vue de la politique intérieure ottomane, il renforça le pouvoir personnel du sultan en écartant la famille Çandarlı et en nommant ses esclaves au poste de grand vizir, en mettant au pas les familles de beys des frontières, et en supprimant ses rivaux ainsi que leurs héritiers. Il tenta de réorganiser l'empire, imposa aux non-musulmans une hiérarchie centralisée, fit d'Istamboul une capitale puissante, édicta un recueil de lois (kânûnnâme)[41].

Pour financer ses nombreuses campagnes militaires, il pratiqua une politique de dévaluation de la monnaie ainsi qu'une réforme de la propriété qui lui attirèrent l'hostilité des ordres religieux ainsi qu'une certaine impopularité[42].

Il laissa ainsi à sa mort un empire plus vaste et plus puissant, mais une armée fatiguée, une situation économique précaire, un peuple mécontent et une élite irritée et divisée ; cette situation fut l'une des causes de la guerre civile qui s'ensuivit[43].

Culture populaire

Mehmed II est un des dirigeants de l'Empire ottoman dans le jeu vidéo Civilization IV.

Notes


Références

  1. fatih, de l'arabe فَاتِح fātiḥ, « conquérant » ; « victorieux »
  2. Halil İnalcık: Mehmed II. dans Türkiye Diyanet Vakfı İslâm Ansiklopedisi, Band 28. Ankara, TDV Yayını, 2003, p. 395–407.
  3. F. Babinger, Mehmed the Conqueror (1992), p. 8-9.
  4. Christos G. Patrinelis, « Mehmed II the Conqueror and his presumed knowledge of Greek and Latin », in Viator, 2 (1971), p. 349-354.
  5. Vatin 1989, p. 81.
  6. a et b Vatin 1989, p. 76.
  7. Vatin 1989, p. 77.
  8. Vatin 1989, p. 78.
  9. Vatin 1989, p. 88.
  10. Voir : Doukas, XVIII (1088) ; Laonicos Chalcocondyle, De rebus Turcicis, VIII, 207 (PG 159, col. 385 D). Voir Gustave Schlumberger, 1453 : le siège, la prise et le sac de Constantinople par les Turcs. Paris, Plon, 1935, p. 164-166 ; L. Bréhier, Vie et mort de Byzance (1992), p. 424-425 et n. 3445 ; S. Runciman, La chute de Constantinople (2007), p. 186-187.
  11. L. Bréhier, Vie et mort de Byzance (1992), p. 428. On pense au vieux geste rituel, à la fois romain et byzantin, de la calcatio (hostis), mais le geste est détourné par Mehmed dans un sens religieux : au lieu de fouler aux pieds le chef ennemi (rappelons que le corps de l'empereur Constantin, tué dans la bataille, n'avait pas — ou pas encore — été retrouvé), Mehmed II piétine et humilie, d'une manière à la fois souveraine et symbolique, la table sainte où l'officiant chrétien procède au sacrifice du « corps du Christ ».
  12. L. Bréhier, Vie et mort (1992), p. 428 et n. 3478 (p. 550, avec référence précise aux sources) ; F. Babinger, Mehmed the conqueror (1992), p. 95.
  13. Dont S. Runciman, The Fall of Constantinople 1453, p. 148 ; H. İnalcık, The Policy of Mehmed II Toward the Greek Population of Istanbul and the Byzantine Buildings of the City, in Dumbarton Oaks Papers, 23/24 (1969/1970), p. 233 ; Vatin 1989, p. 88.
  14. A. Pertusi, La caduta, I (1976), p. LXXXVII (« 31 maggio. Mehmed con un ordine pone termine al saccheggio ... ») ; S. Faroqhi, Subjects of the Sultan. Culture and daily life in the Ottoman Empire. London & New York, I.B. Tauris, 1995, p. 33 ; É. Patlagean, A. Ducellier, C. Asdracha & R. Mantran, Historia de Bizancio. Barcelona, Crítica, 2001, p. 279.
  15. Philippides 2011, p. 93.
  16. Ainsi : Angelo Giovanni Lomellino, Lettre de Péra du 23 juin 1453, dans A. Pertusi, La caduta, I (1976), p. 42, 16-17 (Posuerunt dictum locum ad saccum per tres dies) ; Léonard de Chio, Lettre du 16 août 1453, § 46, dans A. Pertusi, La caduta, I (1976), p. 164, 467-469 (Triduo igitur in praedam decursam civitatem depopulatamque regis Teucrorum ditioni dicati admodum relinquunt).
  17. Voir par exemple : Oruç Beg, Tarih, éd. Nihal Atsiz, Istanbul, 1972, p. 109 (« Ils ont pillé pendant trois jours. Après le troisième jour, ils ont interdit le pillage ») ; Hoca Sa'düddin, 1979, p. 284 (« Le troisième jour, les huissiers de la Porte arrêtèrent, conformément à l'ordre du souverain, les combattants qui passaient leur temps à piller et à faire du butin, et ils freinèrent leur action, quitte à employer la force »). Voir Stéphane Yerasimos, « Les Grecs d'Istanbul après la conquête ottomane. Le repeuplement de la ville et de ses environs (1453-1550) », dans Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, 107-110 (septembre 2005), p. 375-399, spéc. p. 375.
  18. Donald M. Nicol, Les derniers siècles de Byzance. 1261-1453. Paris, Tallandier, « Texto », 2008 (seconde éd. anglaise Cambridge University Press, 1993), p. 412. Voir aussi S. Runciman, La chute de Constantinople (2007), p. 220. Pour n'évoquer qu'un point, qui touche particulièrement les humanistes, la destruction massive de manuscrits grecs — attestée entre autres par Doukas, 42, 1, et Critoboulos, I, 62, 3 ; voir par ex. S. Runciman, La chute de Constantinople (2007), p. 216-217) —, a dû prendre du temps. Le jurisconsulte, philosophe et hébraïsant Lauro Quirini, dans une lettre adressée au pape Nicolas V et datée de Candie, 15 juillet 1453, évalue à plus de 120.000 le nombre de livres grecs détruits par les Ottomans depuis la prise de la Ville : A. Pertusi, Testi inediti (1983), p. 74, l. 89-90.
  19. (en) James Smalls, Homosexuality in Art, Parkstone International, (2012), 277 pages, p. 134, ISBN 978-1-7804-2952-6
  20. Philippides 2011, p. 256.
  21. (en) George Haggerty, Bonnie Zimmerman, Encyclopedia of Lesbian and Gay Histories and Cultures, Garland Science, 2003, p. 1385 : « When Mehmed II captured the city in 1453, his troops were dispatched immediately to capture the most beautiful boys of the Christian aristocracy for him. »
  22. Philip Mansel, Constantinople, Hachette, 2011 (544 pages), p. 47 : « Like the city itself, he [Mehmed II] was a collection of contrasts: cruel and gentle, ruthless and tolerant, pious and pederast. »
  23. a et b (en) Wayne R. Dynes, Stephen Donaldson, Asian Homosexualities, Taylor & Francis (1992), 368 pages, p. 28
  24. Steven Runciman, La chute de Constantinople. 1453. Paris, Tallandier, « Texto », 2007 (édition originale anglaise : Cambridge University Press, 1965), p. 220-221. La décapitation était, chez Mehmed, une option punitive fréquente, même avec les enfants (voir plus loin, note 23, le sort infligé aux sept fils de David II de Trébizonde), mais n'excluait aucunement le recours à divers sévices longs et raffinés. Son supplice préféré était toutefois celui du pal, comme le note, vers l'an 1475, le Génois Iacopo de Promontorio de Campis, qui séjourna longuement à la cour du sultan : F. Babinger, « Die Aufzeichnungen des Genuesen Iacopo Promontorio de Campis über den Osmanenstaat um 1475 », in Sitzungsberichte der bayerischen Akademie der Wissenschaften, philosophisch-historische Klasse, Jahrgang 1957, Heft 8, p. 89-92.
  25. Thierry Ganchou, « Le rachat des Notaras après la chute de Constantinople ou les relations « étrangères » de l'élite byzantine au XVe siècle », dans Michel Balard et Alain Ducelier, Migrations et diasporas méditerranéennes (Xe siècle-XVIe siècle siècles), Paris, Publications de la Sorbonne,‎ n.27 p.155 (lire en ligne) ; Le prôtogéros de Constantinople Laskaris Kanabès (1454). À propos d'une institution ottomane méconnue in Revue des Études Byzantines, 71, 2013, pp. 233-236 (en ligne)
  26. Henry Laurens, John Tolan et Gilles Veinstein, Europe et l’Islam (L'): Quinze siècles d’histoire, Paris, Odile Jacob,‎ (ISBN 2738122191), p.191-192
  27. S. Runciman, La chute de Constantinople (2007), p. 257-259.
  28. Setton, 1978, p.225-226 ; Laonicos Chalcocondyle, De rebus Turcicis, IX (PG 159, col. 465 C — 468 C).
  29. Laonicos Chalcocondyle, De rebus Turcicis, IX (PG 159, 468 C).
  30. Voir Laonicos Chacocondyle, De rebus Turcicis, IX (PG 159, col. 468 A) : ... καὶ τὸν ἄρχοντα αὐτῶν τῇ ὑστεραίᾳ χωρὶς ἔτεμε τὸ σῶμα ποιησόμενον (à propos du défenseur de Kastritsa). Mehmed II fit également scier en deux, parmi d'autres : Paolo Erizzo, le gouverneur de Nègrepont, le 12 juillet 1470 — voir K.M. Setton (1978), p. 302, et infra, note 29 — ; le patricien vénitien Geronimo Longo, mêmes lieu et moment : Domenico Malipiero, Annali veneti dall'anno 1457 al 1500, in Archivio storico Italiano, VII/1 (Firenze, 1843), p. 64 (« ...è stà messo tra do tavole e segado per mezzo...») ; le gouverneur et l'archevêque d'Otrante le 11 août 1480 (voir infra, « Dernières conquêtes ») ; etc.
  31. L. Bréhier, Vie et mort de Byzance (1992), p. 429-430 (qui l'appelle par erreur Manuel) ; Haris A. Kalligas, Monemvasia. A Byzantine city state. London & New York, 2010, p. 51-52.
  32. S. Runciman, La chute de Constantinople (2007), p. 250.
  33. L. Bréhier, Vie et mort de Byzance (1992), p. 431-432 et n. 3500 (avec sources).
  34. Bon aperçu des faits, avec contextualisation, chez K.M. Setton, « Paul II, Venice, and the fall of Negroponte » (1978), en particulier p. 301-303.
  35. Détails et sources chez K.M. Setton (1978), p. 302.
  36. Voir notamment : F. Babinger, Mehmed the Conqueror (1978), p. 280-284 ; Antonio Coccia, « Bessarione e i discorsi ai principi », in Bessarione, Quaderno n° 7, Roma, Herder, 1989, p. 213-239, spéc. p. 218-223
  37. Margaret Meserve, « News from Negroponte : politics, popular opinion, and information exchange in the first decades of the Italian press », in Renaissance Quarterly, 59/2 (2006), p. 440-480.
  38. K.M. Setton (1978), p. 303.
  39. Matei Cazacu & Kéram Kévonian, « La chute de Caffa en 1475 à la lumière de nouveaux documents », in Cahiers du monde russe et soviétique, 17/4 (1976), p. 495-538 ; http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/cmr_0008-0160_1976_num_17_4_1277.
  40. N. Vatin, L'ascension des Ottomans, in Histoire de l'Empire ottoman (1989), p. 103 et 105.
  41. N. Vatin, L'ascension des Ottomans, in Histoire de l'Empire ottoman (1989), p. 103-104.
  42. N. Vatin, L'ascension des Ottomans, in Histoire de l'Empire ottoman (1989), p. 104-105.
  43. Vatin 1989, p. 105

Bibliographie

  • André Clot, Mehmed II : le conquérant de Byzance (1432-1481), Paris, Perrin,‎ , 331 p. (ISBN 978-2262007195)
  • (en) John Freely, The Grand Turk : Sultan Mehmet II-Conqueror of Constantinople and Master of an Empire, Overlook Press,‎ , 265 p. (ISBN 978-1590204009)
  • Franz Babinger, Mehmed der Eroberer. Munich, F. Bruckmann KG, 1953, 19592 ; Munich, Piper Kitabevi, 1987. Traduction anglaise : Mehmed the conqueror and his time. Princeton, NJ, Princeton University Press, 1978, 1992.
  • Louis Bréhier, Vie et mort de Byzance. Édition de février 1992 précédée d'une préface de Gilbert Dagron. Paris, Albin Michel, 1992.
  • Agostino Pertusi (Testi a cura di –), La caduta di Costantinopoli. (I) Le testimonianze dei contemporanei. (II) L’eco nel mondo. Milano, O. Mondadori, « Fondazione Lorenzo Valla », 1976, 19902 (2 vol.).
  • Agostino Pertusi (†), Testi inediti e poco noti sulla caduta di Costantinopoli. Bologna, Pàtron, 1983 (= Il mondo medievale. Sezione di storia bizantina e slava, 4).
  • (en) Marios Philippides et Walter K. Hanak, The Siege and the Fall of Constantinople in 1453 : Historiography, Topography, and Military Studies, Ashgate,‎ (ISBN 978-1-4094-1064-5)
  • Kenneth Meyer Setton, « Paul II, Venice, and the fall of Negroponte (1464-1471) », in Id., The Papacy and the Levant. II. The Fifteenth Century. Philadelphia, American Philosophical Society, 1978, p. 271-313.
  • Nicolas Vatin, « L'ascension des Ottomans », dans Robert Mantran, Histoire de l'Empire ottoman, Paris, Fayard,‎

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