Horace Sébastiani

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Horace François Bastien Sébastiani
Portrait d'Horace Sébastiani par Franz Xaver Winterhalter, 1841
Portrait d'Horace Sébastiani par Franz Xaver Winterhalter, 1841

Naissance 17 novembre 1772
La Porta
Décès 20 juillet 1851 (à 78 ans)
Paris
Origine Drapeau de la France France
Dignité d'État Maréchal de France

Horace François Bastien Sébastiani, comte[1] de La Porta[2] et de l'Empire, né à La Porta (actuelle Haute-Corse), le 17 novembre 1772 et mort à Paris le 20 juillet 1851, est un militaire, diplomate et homme politique français.

Il s'est illustré pendant les guerres de l'Empire et a été ambassadeur à Constantinople (1806-1808), avant de jouer un rôle politique de premier plan sous la monarchie de Juillet, qui le fit maréchal de France, ministre de la Marine et des Colonies (11 août 183017 novembre 1830) et ministre des Affaires étrangères (17 novembre 183011 octobre 1832).

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Joseph-Marie Sébastiani, tailleur, et de la signora Maria Piétra Francesca Alterice Franceschi, Horace Sébastiani fut élevé par son oncle Louis Sébastiani, qui était prêtre et devait devenir évêque d'Ajaccio en 1802 et baron de l'Empire en 1810. Il fut d'abord destiné à la carrière ecclésiastique, mais la Révolution française vint contrarier ce plan : pour fuir les troubles de la Corse, la famille Sébastiani fut contrainte de passer en France où le jeune Horace obtint un brevet de sous-lieutenant d'infanterie au régiment de Vintimille (27 août 1789).

Sous la Révolution et l'Empire[modifier | modifier le code]

Horace Sébastiani en uniforme de lieutenant du 49e régiment d'infanterie de ligne en 1793. Portrait par Jean-Baptiste Paulin Guérin (1783-1855), 1835. Château de Versailles.

En 1793, Sébastiani rejoignit comme lieutenant le 15e demi-brigade légère de première formation, qui prendra le nom de 15e bataillon de chasseurs, qui servait en Corse, et remplit les fonctions d'agent militaire auprès des représentants du peuple en mission. Il passa, en juin 1794, à l'armée des Alpes et devint aide de camp du général de Casabianca et fut incorporé avec le grade de capitaine dans le 9e dragons.

Campagnes d'Italie[modifier | modifier le code]

Il se distingua dans la première campagne d'Italie, fut blessé à Dego (14 avril 1796) et fut nommé chef d'escadron par le général Marceau (22 septembre 1797) pour sa belle conduite à Arcole, puis promu chef de brigade par le général Moreau (20 avril 1799) un mois après la bataille de Vérone (26 mars 1799).

Fait prisonnier avec la division Sérurier, dont faisait partie son régiment, surprise à Verderio (28 avril 1799), il fit de vaillants mais inutiles efforts pour s'ouvrir un passage à travers les rangs de l'armée russe, commandée par Souvorov, et fut obligé de se rendre. Après une courte captivité, il fut échangé et put rentrer en France.

18 brumaire[modifier | modifier le code]

Au 18 brumaire, Sébastiani était en garnison à Paris avec son 9e dragons, dont il était désormais le « colonel » (ou plutôt chef de corps avec grade de chef de brigade). Il prêta à Napoléon Bonaparte[3] l'appui de ses soldats pour chasser les députés récalcitrants à Saint-Cloud[4], et, le 20 brumaire, on put lire au Moniteur une adresse du 9e dragons et de son colonel aux consuls pour les féliciter des « changements salutaires qui venaient de s'opérer »[5].

Il combattit ensuite à la bataille de Marengo, et fut chargé, après la victoire, de poser, de concert avec Marmont, les bases de l'armistice de Trévise.

C'est alors un jeune homme particulièrement séduisant : « Il a reçu de la nature, écrit Adolphe Loève-Veimars, un physique des plus séduisants, une de ces allures qui font insurrection dans les salons et dans les boudoirs ; il est d'une taille moyenne, mais bien prise ; tous ses gestes sont gracieux [...] Sa figure longue et pleine a quelque chose d'angélique et de Chérubin, de longs cheveux bouclés encadrent merveilleusement sa tête harmonieuse, qui semble une conception raphaélique. »[6] « Il causait, dit la comtesse Merlin, avec une grâce à nulle autre pareille, car, même lorsqu'il s'écoutait trop, ce qui lui arrivait souvent, on se sentait porté à lui pardonner en faveur de sa physionomie fière et sympathique. »[7]

Missions diplomatiques en Orient (1802-1805)[modifier | modifier le code]

La paix d'Amiens marqua le début de la carrière diplomatique de Sébastiani : il fut chargé d’une mission importante en Orient : parti le 16 septembre 1802, il fut chargé de faire reconnaître le drapeau de la République cisalpine à Tunis et à Tripoli, puis il se rendit à Constantinople pour y faire des propositions d'alliance.

Il fut ensuite envoyé en Égypte, où il somma le général britannique Stuart d'évacuer Alexandrie comme le stipulait le traité d'Amiens, et effectua également une mission près de Djezzar Pacha, pacha de Saint-Jean-d'Acre, ainsi qu'auprès des puissances barbaresques, pour tenter de les attacher à la France dans la prévision d'une attaque contre les Indes britanniques.

Ayant réussi dans cette négociation difficile, il obtint à son retour le grade de général de brigade le 29 août 1803 et alla prendre le commandement d'une brigade de dragons au camp de Boulogne, puis il fut chargé de surveiller pendant quelque temps les côtes de Bretagne.

Ambassadeur à Constantinople (1805-1808)[modifier | modifier le code]

Lors de la campagne d'Autriche, il se distingua à Hollabrunn et à Austerlitz, où il fut grièvement blessé, ce qui lui valut le grade de général de division le 21 décembre 1805. Il reçut alors une nouvelle mission diplomatique en étant appelé à l'ambassade de Constantinople (2 mai 1806), avec pour mission de tenter de rompre l'alliance de la Sublime Porte avec la Russie et le Royaume-Uni.

Sébastiani, Horace - 2.jpg

Sébastiani déploya beaucoup d’habileté dans son ambassade, et décida Sélim III, dont il s'était fait un ami, à faire alliance avec Napoléon et à déclarer la guerre à la Russie dès le 7 décembre 1806. Il avait eu à lutter, avant d’arriver à ce résultat, contre l’influence du Royaume-Uni, qui prodiguait ses subsides pour maintenir sa prépondérance en Turquie, et contre la frayeur qu’inspirait aux ministres turcs la pensée d’une guerre avec la Russie.

Le gouvernement britannique, alarmé du traité conclu entre Sélim et Napoléon, donna à son amiral Duckworth l’ordre de franchir les Dardanelles, et d’aller imposer au Sultan l’abolition de ce traité. Durant cette guerre anglo-turque, en janvier 1807, la flotte britannique, forçant le passage des Détroits, vint jeter l'ancre sur le Bosphore, en face du Sérail dans une attitude imposante, et demanda impérieusement au Sultan de renoncer à l’alliance de la France, de renvoyer l’ambassadeur français et de mettre l’escadre turque en dépôt entre les mains du Royaume-Uni, jusqu’à ce qu’un traité de quadruple alliance eût été conclu entre cette puissance, la Russie, la Turquie et la Prusse.

Horace Sebastiani avec l'Ordre du Croissant

Cette nouvelle consterna les Turcs, effrayés à l’idée de se voir engagés dans une guerre maritime qui, en effet, eût été désastreuse pour eux et le Sultan, n’apercevant aucun moyen d’échapper au danger qui le menaçait, écrivit au général Sébastiani qu’il se voyait, à regret, forcé d’obtempérer aux ordres de l’amiral britannique, et de le prier de se retirer. Le général répondit qu’il n’en ferait rien et attendrait avec confiance une décision plus digne du Sultan, qu'il finit par convaincre de résister. Aussitôt il se mit à préparer des moyens de défense. On avait ouvert avec l’amiral britannique des négociations qui, portant sur des détails de forme, traînèrent en longueur et donnèrent le temps d'armer les batteries de la côte. Sous la direction de l'ambassadeur de France, le peuple travailla avec ardeur et, en moins de cinq jours, 600 bouches à feu, cent chaloupes canonnières, une ligne de vaisseaux rasés et embossés menacèrent l'escadre britannique qui se hâta de repasser le détroit, non sans perdre deux corvettes et 500 hommes (février 1807).

Ce succès diplomatique et militaire fut toutefois de peu de conséquence. En effet, Napoléon Ier ayant trahi la Turquie dans un article secret du traité de Tilsit, la prépondérance russe et britannique finit par l'emporter. Sélim III fut déposé et Sébastiani, après avoir demandé son rappel, quitta Constantinople le 27 avril 1808 et rentra en France au mois de juin suivant. Le sultan de Turquie l'a élevé à la dignité de première classe de l'Ordre du Croissant[8]. Il a aussi été élevé par Napoléon Ier à la dignité de grand aigle de la Légion d'honneur le 7 avril 1807[9].

Le jour même de sa nomination comme ambassadeur (2 mai 1806), il avait épousé Antoinette Jeanne Françoise (dite Fanny) Franquetot de Coigny, fille du duc de Coigny, petite-fille du second maréchal de Coigny, qui mourut en couches à Constantinople le 8 mai 1807 après avoir donné naissance à une fille, Françoise Alterice Rosalba (dite Fanny) Sébastiani, née le 14 avril 1807.

Guerre d'Espagne (1808-1811)[modifier | modifier le code]

Portrait du comte Horace Sebastiani de la Porta, 1re moitié XIXe siècle, Laurent Dabos (Toulouse, 1761 ; Paris, 1835), Musée de Soissons.
Le comte Sébastiani porte l'uniforme de général de division.

Le 22 août 1808, Sébastiani fut envoyé en Espagne comme commandant du 4e corps, et concourut aux opérations de l'armée d'occupation sous les ordres du maréchal Lefebvre, qu'il remplaça dans son commandement en janvier 1809.

Après avoir forcé le passage de la Guadiana, il battit Pedro Alcántara de Toledo y Salm-Salm, duc de l'Infantado à la bataille de Ciudad Real (27 mars 1809), il s'empara des dépôts d'armes que les Espagnols avaient constitués au pied de la Sierra Morena et, revenant sur ses pas sur l'ordre du roi Joseph, il prit part à la bataille indécise de Talavera.

Envoyé ensuite sur la rive gauche du Tage, Sébastiani gagna la bataille d'Almonacid (11 août 1809) et celle de Rio d'Almanzor, fut créé comte de l'Empire (31 décembre 1809), enleva les retranchements d'Ocana, entra en vainqueur dans Grenade, s'empara de Malaga (janvier 1810) et battit de nouveau l'ennemi à Baza (1810). Il refusa de s'associer aux intrigues de Soult et du roi Joseph contre l'Empereur, mais celui-ci, sensible aux rumeurs calomnieuses, le soupçonna et leurs relations commencèrent de s'altèrer.

Il perdit bientôt une grande partie du territoire conquis : « En vérité, observa Napoléon, Sébastiani me fait marcher de surprise en surprise. »[10] Néanmoins, ses bulletins continuaient à crier victoire, et l'Empereur dut mander au maréchal Jourdan : « Mon cousin, vous ferez savoir au général Sébastiani qu'il résulte de toutes les victoires qu'il remporte en Espagne, qu'il a perdu deux pièces de canon au lieu d'en avoir pris par centaines. La valeur de ces deux bouches à feu sera retenue sur ses appointements. »[11]

En définitive, Sébastiani se trouvait bloqué dans Grenade lorsqu'il demanda son rappel en France le 10 mai 1811, officiellement pour cause de maladie. S'ensuivit une période de semi-disgrâce, mais celle-ci dura peu car il ne tarda pas à être envoyé en Russie.

« Duc de Murcie »[modifier | modifier le code]

On lit souvent[12],[13],[14],[15] que le général Sébastiani avait été fait « Duc de Murcie » par Napoléon Ier, ce qui est inexact.

« Pendant ce court « règne » du général Sébastiani à Grenade, il lui arriva un jour de pousser avec ses dragons une reconnaissance jusqu'à Lorca, ville frontière du royaume de Murcie. Dans cette petite expédition, on rencontra une guérilla de cinquante hommes environ, qui fut aussitot dissipée à coups de fusils. Au retour de cette course, le général écrivit cette dépêche : « Découvrir l'ennemi en force, l'attaquer, le mettre en déroute, fut une même chose. Le champ de bataille est jonché de morts, le pays frappé de terreur se soumet à l'autorité légitime du roi don Joseph Napoléon ; j'aurai eu l'inexprimable bonheur d'avoir ouvert la carrière, et préparé la conquête du royaume de Murcie que je demande à être autorisé d'entreprendre. » Malheureusement le maréchal Soult n'approuva pas ce plan, il eut même le mauvais esprit de ne pas croire aux morts qui jonchaient le champ de bataille ; mais on ne décerna pas moins, à table, dans l'Alhambra[Lequel ?], le titre de duc de Murcie au général Sébastiani, et M. de Bouillé s'écria que l'empereur ne pouvait le refuser à son Excellence. Un seul officier, M. de Saint-Aubin Page d'aide sur l'homonymie, homme sourd et brusque, arrêta tout cet enthousiasme, en disant que l'empereur n'aimait pas qu'on lui forçât la main pour ces sortes de choses, [...] »

— Revue des Deux Mondes, 1833[16].

« Les félicitations avaient été reçues avec une douce et bienveillante fierté, on dit même que le manteau ducal figurait déjà sur les panneaux de la calèche et des caissons du général, qui se trouvait encore en Espagne, lorsque, dans un [des] accès de colère [...], Napoléon foula à ses pieds le brevet, qu’on lui présenta pour l’approuver, et anéantit pour jamais, du talon de sa botte, le grand feudataire que le roi son frère voulait faire sortir de la fumée du champ de bataille de Talaveyra.
Ce titre de duc resta cependant au général Sébastiani jusqu’à la fin de la campagne, et on le lui prodiguait communément à sa table et sous sa tente. »

— Revue des Deux Mondes, Lettres sur les hommes d’État de France, 1833[17]

Campagne de Russie (1812)[modifier | modifier le code]

Sébastiani fut attaché à l'expédition de Russie avec le commandement d'une simple division de cuirrassiers. Mais peu après, il fut placé à la tête de la division de cavalerie légère du corps Montbrun. Après des échecs à Drouïa (15 juillet) et Inkowo (8 août 1812), il se signala à Smolensk et à la Moskowa. Il entra parmi les premiers à Moscou à la tête du 2e corps de cavalerie.

Pendant la retraite de Russie, il rallia la tête de l'armée et dirigea l'avant-garde. Il perdit alors beaucoup de monde et plus de la moitié de son artillerie. Il fut placé à la tête des débris de la cavalerie de la Grande Armée à l'issue de la campagne de Russie.

Campagne de Saxe (1813)[modifier | modifier le code]

Il prit ensuite part à tous les combats importants de la campagne de Saxe de 1813. À la bataille de Leipzig, où il opéra des charges heureuses à la tête de sa cavalerie, il fut blessé d'un coup de lance à la poitrine mais resta malgré cela à la tête de ses troupes. Il culbuta les Bavarois du général de Wrède à Hanau (30-31 octobre 1813) en s'emparant d'un défilé qui assurait la retraite.

Campagne de France (1814)[modifier | modifier le code]

Le général Sébastiani se trouva ensuite à la tête de trois régiments de cavalerie de la Garde impériale lors de la campagne de France. Il se signala surtout à Reims, dans le combat où fut tué le général de Saint-Priest, émigré, à Arcis-sur-Aube, où il résista à toute la cavalerie des Alliés, et à Saint-Dizier.

Aux Cent-Jours[modifier | modifier le code]

Sébastiani, Horace - 1.jpg

Lorsque Napoléon Ier eut abdiqué, Sébastiani adhéra à la Première Restauration et fut fait chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis.

Mais, après le débarquement du Golfe-Juan, il se rallia à Napoléon et, durant les Cent-Jours, il fut chargé de la défense de Paris entre Bercy et la Villette. Il fut également élu représentant du département de l’Aisne (Vervins)[18] à la Chambre des représentants le 7 mai 1815[19]. Il y défendit la dynastie et, lors de la séance du 21 juin, proposa à la Chambre de mander tous les chefs de légion de la garde nationale afin de veiller à la sûreté de l'assemblée.

Après la bataille de Waterloo, il fut – avec La Fayette, d’Argenson, Pontécoulant, La Forêt et Benjamin Constant – l'un des six commissaires désignés envoyé par ses collègues à Haguenau pour traiter de la paix avec les Alliés, mais ne put rien obtenir en faveur de Napoléon.

Sous la Restauration[modifier | modifier le code]

Après cette démarche infructueuse, Sébastiani quitta la France et, quoiqu'il n'eût pas été compris dans les listes de proscription par la Seconde Restauration, il s'exila au Royaume-Uni jusqu'en mai 1816, puis revint en France, fut mis en demi-solde et resta sans emploi.

Le 22 septembre 1819, il fut élu député par le collège de département de la Corse[20], dont Decazes l’avait nommé président. Il siégea dans l'opposition de gauche et défendit contre le gouvernement les libertés constitutionnelles. Barbier lui attribue, à cette époque, un ouvrage intitulé État actuel de la Corse, signé P.P. Pompéï[21](Paris, Kleffer, 1821, in-8).

En 1824, Sébastiani entra au comité philhellène de Paris. La même année, il concourut de nouveau pour la députation dans le département de la Corse ; mais cette fois, grâce aux efforts du ministère Villèle, qui avait fait campagne contre lui, il n’obtint que quelques suffrages et rentra dans la vie privée. Mais, le 27 janvier 1826, il redevint député du 3e arrondissement électoral de l'Aisne (Vervins)[22], en remplacement du général Foy, décédé. Il reprit sa place à gauche et attaqua la politique du ministère qui « se proposait la ruine de nos institutions constitutionnelles »[10]. Il contesta au roi, lors des affaires de Saint-Domingue, le droit de céder aucune portion du territoire sans l'approbation des Chambres. « Il n'avait pas à proprement parler de l'éloquence, mais une grande facilité d'argumentation, qui, malgré l'emphase de sa diction compassée, embarrassait souvent ses adversaires. »[23]

Il fut réélu le 17 novembre 1827[24] et le 23 juin 1830[25]. Rapporteur de la commission des lois départementales et communales (1829), il obligea, par ses critiques, le ministère à les retirer et, en 1830, vota l'adresse des 221 contre le ministère Polignac.

L'ordre règne à Varsovie par Grandville, gravure sarcastique en réaction à une déclaration du ministre des affaires étrangères français, Horace Sébastiani, en 1831.

Sous la Monarchie de Juillet[modifier | modifier le code]

Quand arrivèrent les événements de juillet 1830, il se trouva, comme la plupart de ses collègues, pris au dépourvu, et on le vit refuser toute solidarité avec l’insurrection, même avec la résistance légale. On sait en effet que le 30 juillet, lorsque la victoire appartenait depuis deux jours au peuple, il déclarait qu’il n’y avait « de drapeau national que le drapeau blanc ». Néanmoins, ses relations d'amitié avec le duc d’Orléans l'amenèrent à seconder l'avènement au trône de celui-ci, et le conduisirent au pouvoir immédiatement après l'installation de la monarchie de Juillet.

Au soir du 30 juillet, il fit partie de la commission des douze députés qui avec Louis Bérard, Jean-Charles Persil, et André Dupin se rendit chez Louis-Philippe au château de Neuilly afin de lui notifier la délibération l'appelant à la lieutenance générale du royaume.

Horace Sébastiani vu par Honoré Daumier.

Il fit partie de la commission chargée de réviser la Charte de 1814 et fut appelé, le 11 août 1830, au ministère de la Marine et des Colonies. Il dut, à cette occasion, se représenter devant ses électeurs de Vervins qui confirmèrent son mandat le 21 octobre[26]. Il fut réélu député de Vervins le 5 juillet 1831[27] et élu, le même jour, dans le 2e collège de la Corse (Bastia)[28]. Il opta alors pour Vervins.

Le 17 novembre 1830, il avait abandonné le portefeuille de la Marine pour prendre celui des Affaires étrangères, qu'il conserva près de trois ans, défendant la politique pacifiste de Louis-Philippe et violemment attaqué, pour cette raison, par l'opposition, surtout par le général Lamarque. À ce titre, il négocia, en mai 1831, le traité avec les États-Unis leur allouant une indemnité de 25 millions en réparation des dommages causés par les corsaires français durant les guerres napoléoniennes. C'est également en cette qualité que, le 16 septembre 1831, rendant compte devant la Chambre de l'invasion de la Pologne – à qui le gouvernement refusait de prêter assistance malgré les objurgations de l'opposition – par les troupes russes, il déclara qu'« au moment où l'on écrivait, la tranquillité régnait à Varsovie », phrase que la gauche résuma par : « l'ordre règne à Varsovie » et qui, sous cette forme célèbre, est restée attachée au nom de Sébastiani[29].

Il assura l'intérim du ministère de la Guerre du 24 novembre au 11 décembre 1831 et fut écarté du gouvernement le 11 octobre 1832 avec la constitution du premier ministère Soult. Mais il y rentra comme ministre sans portefeuille dès le 22 mars 1833, à la suite de l'intervention russe à Constantinople, car sa connaissance des affaires d'Orient apparut alors utile. Il quitta le cabinet le 1er avril 1834 sur le refus de la Chambre d'approuver le traité relatif à l'indemnité de 25 millions à verser aux États-Unis et fut nommé, le 4 avril, ambassadeur à Naples. Il quitta ce poste au mois d'août suivant. Consécutivement à cette nomination, les électeurs de Vervins avaient renouvelé son mandat de député le 14 mai 1834[30].

Aglaé de Gramont (1787-1842)

En 1831, il s'était remarié avec Aglaé Angélique Gabrielle de Gramont (1787-1842), sœur du 9e duc de Gramont et veuve du général russe Alexandre Lvovitch Davydov[31] (1773-1833).

Horace Sébastiani vu par Honoré Daumier.

Le 7 janvier 1835, il fut nommé ambassadeur à Londres et fut remplacé comme député, le 15 janvier, par Quinette ; il se représenta en Corse le 26 décembre, lors de l'élection partielle provoquée par la nomination de son frère, Tiburce Sébastiani, au commandement de la 17e région militaire, et fut élu député par le 1er collège de ce département (Ajaccio)[32].

Durant son ambassade à Londres, il eut à traiter des affaires particulièrement délicates : la constitution du royaume de Belgique, le droit de visite des navires, les affaires d'Orient. Bien qu'il ne parût plus en fait au Palais Bourbon, ses électeurs de Corse lui maintinrent son mandat le 18 novembre 1837[33] et le 6 mars 1839[34]. Le 7 février 1840, il fut remplacé à Londres par Guizot et, en compensation, fut élevé à la dignité de maréchal de France le 21 octobre suivant. À cette occasion, il fut réélu député le 20 décembre[35].

Frappé de plusieurs attaques d'apoplexie qui l'avaient laissé passablement diminué, souffrant de la goutte, il ne s'intéressa plus que de loin aux débats parlementaires[36]. Il n'en fut pas moins réélu le 12 juillet 1842[37] et, aux élections du 8 août 1846, il obtint la majorité dans deux collèges électoraux de la Corse, à Ajaccio[38] et à Bastia[39]. Il opta pour Ajaccio.

À la fin de sa vie, il fut très affecté par un drame familial dont le retentissement fut tel qu'il créa l'un des principaux scandales de la monarchie de Juillet : l'assassinat, le 17 août 1847, de sa fille unique par son gendre, le duc de Praslin, qui se suicida en prison quelques jours plus tard. Bouleversé et inconsolable, le maréchal Sébastiani languit pendant encore quatre ans et mourut subitement à 78 ans le 20 juillet 1851.

Armoiries[modifier | modifier le code]

Figure Blasonnement
Blason Ducs de Stargard.svg Armes des Sébastiani della Porta :

D'azur au griffon d'or[40],[41]

Orn ext comte de l'Empire GOLH.svg
Blason Horace Sébastiani.svg
Armes de comte de l'Empire :

De gueules à la porte de ville flanquée de deux tours (parfois donjonnées) crénelées et soutenues d’or, à la herse de sable, surmontée d’un comble, parti de deux traits, formant trois quartiers, le premier des comtes militaires de l’Empire, le deuxième de gueules au lion d’or, le troisième de sinople au croissant d’argent, les pointes à dextre embrassant un étoile du même[40]

Hommages et jugements[modifier | modifier le code]

Hommages posthumes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

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Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

De nombreuses notices ont été consacrées à Horace Sébastiani : Loménie (Galerie des contemporains illustres, tome VIII), Germain Sarrut et B. Saint-Edme (Hommes du jour, tome I, première partie), Mémoires tirés des papiers d'un homme d'État, Rabbe, Viellh de Boisjolin et Sainte-Preuve (Biographie universelle et portraits des contemporains), Moniteur de l'armée (juillet 1851), général Lavoestine (Notice biographique du maréchal Sébastiani, Paris, 1851).

Chronologies transverses[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Sébastiani a été fait comte de l'Empire le 31 décembre 1809. On a prétendu que Napoléon l'avait fait duc de Murcie, mais cette allégation ne repose sur rien de sérieux. Contrairement à ce qu'on lit parfois, il n'a jamais été baron, ce titre ayant été conféré en 1810 à son oncle Mgr Louis Sébastiani de La Porta, évêque d'Ajaccio.
  2. Les lettres patentes du Premier Empire lui donnent, comme à son oncle, le nom de Sébastiani-Porta. Sous la monarchie de Juillet, en 1841, les lettres de concession du titre de comte à ses frères Ange et Tiburce leur donnent le nom de Sébastiani della Porta, également orthographié Sébastiani de La Porta, simple intercalaison d'une particule rarement admise par la Chancellerie de l'Empire.
  3. dont il se prétendit ensuite le parent
  4. Il se montra dans cette occasion tout dévoué aux intérêts de son compatriote, et sut habilement seconder l’audace de Lucien Bonaparte, et ce fut sans doute en reconnaissance de ce service que Napoléon le combla dans la suite de ses faveurs.
  5. cité in Louis de La Roque, Op. cit.
  6. Revue des Deux Mondes, 15 décembre 1833, cité in P. de La Roque, Op. cit.
  7. Maria de las Mercedes Santa Cruz y Montalvo, comtesse de Merlin, Souvenirs et mémoires de Madame la comtesse Merlin (1789-1852), Paris, Mercure de France, 1990
  8. Gustav Adolph Ackermann, Ordenbuch, Annaberg 1855 Blz. 123.
  9. Testu, Almanach impérial pour l'année 1810 : présenté à S.M. l'Empereur et Roi par Testu, Paris, Testu,‎ 1810 (lire en ligne)
  10. a et b cité par le Dictionnaire des parlementaires français
  11. ibidem
  12. Lucien Bessières, Marcolino Prat, Biographies des grands hommes et des personnages remarquables qui ont vécu sous l'Empire, E. et V. Penaud, 335 p. (lire en ligne), Sébastiani (Horace), Maréchal de France, Duc de Murcie
  13. Joseph Dourille, Biographie des députés de la nouvelle chambre septennale : Session de 1829, Daubrée,‎ 1829, 304 p. (lire en ligne)
  14. Lewis Goldsmith, Histoire secrète du Cabinet de Napoléon Bonaparte, Harper,‎ 1814 (lire en ligne), p. Lé général Sébastiani, Duc de Murcie, grand officier de la Légion d'Honneur
  15. Étienne Psaume, Biographie moderne, ou galerie historique, civile, militaire, politique, littéraire, judiciaire..., A. Eymery,‎ 1816, 800 p. (lire en ligne)
  16. Revue des Deux Mondes,‎ 1833 (lire en ligne)
  17. A. Loève-Veimars, Lettres sur les hommes d’État de France - Le Général Horace Sébastiani (lire en ligne)
  18. Il s'y rattachait par la famille de la grand-mère de sa première femme, née Marie Jeanne Olympe de Bonnevie, marquise de Vervins.
  19. 70 voix sur 75 votants et 179 inscrits
  20. 22 voix sur 33 votants
  21. Le nom ne semble pas être un pseudonyme : Pierre Paul Benoît Pompéï fut préfet de l'Yonne en 1830-1833.
  22. 117 voix sur 196 votants et 227 inscrits contre 77 à M. de Brancas de Céreste.
  23. P. de La Roque, Op. cit.
  24. 137 voix sur 198 votants et 218 inscrits contre 59 à M. de Caffarelli.
  25. 148 voix sur 194 votants et 218 inscrits contre 41 à M. de Floirac.
  26. 178 voix sur 195 votants et 218 inscrits
  27. 203 voix sur 319 votants et 366 inscrits contre 114 à Jacques Laffitte
  28. 102 voix sur 105 votants et 161 inscrits
  29. Voici l'intervention de Sébastiani telle qu'elle est retranscrite au Moniteur (1831, p. 1691) : « Le gouvernement a communiqué tous les renseignements qui lui étaient parvenus sur les évènements de la Pologne. Il a appris qu'une capitulation avait mis au pouvoir des Russes la ville et la place de Varsovie ; que l'armée polonaise s'était retirée dans les environs de Modlin ; que 36.000 hommes se trouvaient en Bolaquie, et qu'enfin au moment où l'on écrivait, la tranquillité régnait à Varsovie. »
  30. 168 voix sur 315 votants et 394 inscrits contre 145 à M. Jourdin
  31. (en) Alexander Mikaberidze, The Russian Officer Corps of the Revolutionary and Napoleonic Wars : 1792-1815, Casemate Publishers,‎ 2004, 480 p. (ISBN 9781932714029, lire en ligne)
  32. 95 voix sur 97 votants et 151 inscrits
  33. 82 voix sur 144 votants et 154 inscrits
  34. 98 voix sur 137 votants
  35. 102 voix sur 102 votants
  36. « Ses discours, écrit La Roque, ne furent pas à la hauteur de son ancienne réputation ». Selon un biographe du temps, cité par le même auteur : « Nous n'avons vu Sébastiani qu'à l'époque où vieux, cassé, goutteux, les traits affaissés, les yeux éteints, la parole lourde il n'éveillait pas même un souvenir de son brillant passé ; il avait cependant été distingué par sa beauté (disons par le charme de sa personne), par son élégance et son esprit au moins autant que par sa bravoure. L'abbé de Pradt l'appelait le "Cupidon de l'Empire". »
  37. 97 voix sur 117 votants et 157 inscrits.
  38. 102 voix sur 102 votants et 155 inscrits
  39. 186 voix sur 190 votants et 253 inscrits
  40. a et b Source : FranceGenWeb
  41. Armorial de J.B. RIETSTAP - et ses Compléments