Tyché

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La Tyché d'Antioche. Marbre, copie romaine d'un original grec en bronze du Ier siècle av. J.-C.

Dans la mythologie grecque, Tyché (en grec ancien Τύχη / Túchê, « Fortune, Hasard ») est la divinité tutélaire de la fortune, de la prospérité et de la destinée d'une cité ou d'un État. Son équivalent romain est Fortuna et son équivalent germanique est Heil, le Salut de l'âme. Tyché figurait déjà dans les théogonies primitives ; Hésiode dans sa Théogonie la donne comme l'une des Océanides[1], et l’Hymne homérique à Déméter[2] comme l'une des Néréides.

Interprétations[modifier | modifier le code]

Tyché décide du destin des mortels, comme jouant avec une balle, rebondissant, de bas en haut, symbolisant l'insécurité de leurs décisions. Nul ne doit donc se vanter de sa bonne fortune ou négliger d'en remercier les dieux, autrement cela mène à l'intervention de Némésis.

Elle est associée à Némésis et à Agathodémon (« bon esprit »). Tyché Agatha est l'épouse de Agathodïmon. Comme d'autres abstractions divinisées, elle est également rangée parmi les Océanides dans la Théogonie d'Hésiode et l’Hymne homérique à Déméter. Pindare[3] l'appelle toutefois « fille de Zeus », tandis qu'une tradition isolée la fait plutôt naître du Titan Prométhée, auquel cas elle est considérée comme la sœur de Péitho (Persuasion) et d'Eunomie (Bon Ordre).

Cultes et représentations[modifier | modifier le code]

Au IVe siècle av. J.-C., Tyché symbolise le désordre et l'irrationnel, et son culte marque la faillite du panthéon olympien, les hommes doutant de l'efficacité des autres dieux[4]. Théophraste dit de la fortune qu’elle est aveugle, incroyablement prompte à nous ôter le fruit de notre peine et à bouleverser ce qui nous semble être la prospérité sans aucune opportunité déterminée. La phrase « La vie est gouvernée par la fortune, non la sagesse » de Théophraste sur la fortune dans son ouvrage sur le deuil, Callisthène, fait également référence au principe métaphysique de la tyché, nécessité transcendantale qui oriente les évènements dans le sens d’une finalité prédéterminée[5]. C'est surtout à l'époque hellénistique que son culte connut une immense diffusion. Résultat d'une conception philosophico-religieuse, Tyché cessa d'être un instrument aux mains des dieux pour être divinisée sous les traits d'une figure autonome : elle devint ainsi la « Fortune de la cité », en grec ancien, Τύχη τῆς πόλεως, divinité féminine porteuse de la corne d'abondance, le front ceint d'une couronne murale. Elle fut tantôt associée aux anciennes divinités poliades, et tantôt se substitua à elles[6].
Plusieurs villes grecques antiques ont leur propre version de Tyché, dont la représentation couronnait les murs. À Antioche et Alexandrie en particulier, elle est vénérée comme déesse protectrice de la ville. Son culte est détecté à partir de la deuxième moitié du Ve siècle av. J.-C. À Antioche, vers 300 av. J.-C., pour répondre à la commande de Séleucos Ier Nicator, le sculpteur Eutychidès de Sicyone en réalise une représentation en bronze doré qui constitue le chef-d'œuvre de cet artiste.

Au Moyen Âge, on l'a représentée avec une corne d'abondance, la barre emblématique d'un bateau et la Roue de Fortune.

Art gréco-bouddhique de Gandhâra[modifier | modifier le code]

Dans l'art gréco-bouddhique de Gandhâra, elle est associée à l'ogresse ou déesse Hārītī (ou Kishimojin).

Au site archéologique de Hadda, le Bouddha avec Héraclès/Vajrapani (détail de gauche) et Tyché/Hārītī (détail de droite) peut être « une sculpture bouddhiste naissante en style indo-grec » (Boardman [7]). Héraclès a encore sa peau de lion sur l’épaule gauche, bien que sa massue ait été remplacée par le vajra (foudre) de Vajrapani. Tyché tient une corne d'abondance classique[8].

Numismatique[modifier | modifier le code]

Tyché au revers d'une pièce de monnaie de Gordien III.
Tyché au revers d'une pièce du règne de Phraatès IV de Parthie.

En numismatique, elle apparaît au revers des drachmes ou pièces de monnaie de différents royaumes antiques. Tyché apparaît sur des pièces de monnaie de l'ère pré-chrétienne, surtout de la région de l'Égée. On la rencontre également dans le royaume parthe (partie de l'Iran actuel jusqu'en Mésopotamie) et les régions influencées par l'hellénisme.

Tyché comme causalité historique[modifier | modifier le code]

Dans l'œuvre historique de Polybe, si les dieux et le surnaturel ont disparu, apparaît encore un principe métaphysique sous la forme de la tychè, notion assez répandue au IIe siècle, équivalant à la « fortune » et dépourvue de toute origine philosophique ; elle joue chez cet historien le rôle d'une nécessité transcendantale qui oriente les évènements dans le sens d’une finalité prédéterminée. Alors que chez Hérodote, tyché était encore une puissance aux mains des dieux, chez Polybe ce n'est plus qu'une notion purement abstraite[9].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Hésiode, Théogonie [détail des éditions] [lire en ligne], vers 360.
  2. Hymne homérique à Déméter, vers 420.
  3. Pindare, Odes [détail des éditions] [lire en ligne], (Olympiques, XII, 1, 2).
  4. Édouard Will, Claude Mossé, Paul Goukowsky, Le Monde grec et l'Orient, Le IVe siècle et l’époque hellénistique, PUF., 1975, p. 226.
  5. Édouard Will, Claude Mossé, Paul Goukowsky, Le Monde grec et l'Orient, Le IVe siècle et l'époque hellénistique, PUF., 1975, p. 606.
  6. Édouard Will, Claude Mossé, Paul Goukowsky, Le Monde grec et l'Orient, Le IVe siècle et l'époque hellénistique, PUF., 1975, p. 612-613.
  7. (en) The Diffusion of Classical Art in Antiquity de John Boardman (ISBN 0-691-03680-2)
  8. Référence photographique : Hadda.
  9. Édouard Will, Claude Mossé, Paul Goukowsky, Le Monde grec et l'Orient, Le IVe siècle et l'époque hellénistique, PUF., 1975, p. 605-606.

Autres sources[modifier | modifier le code]

  • Fernand Allègre : Étude sur la déesse grecque Tyché : sa signification religieuse et morale, son culte et ses représentations figurées. Paris, 1889, Ernest Leroux 243 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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