Saga

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Une saga (mot islandais, pluriel sögur) est un genre littéraire développé dans l'Islande médiévale, aux XIIe et XIIIe siècles, consistant en un récit historique en prose, ou bien une fiction ou légende.

De nos jours, le mot saga est repris dans le langage courant pour désigner un cycle romanesque en plusieurs volets ou certaines œuvres à caractère épique, même si elles sont exprimées sur un support autre que le support littéraire, comme la bande dessinée La Saga de Bas de cuir ou la saga cinématographique Star Wars. De manière plus générale, le terme est également utilisé de manière métaphorique pour désigner une histoire — fictive ou non — qui connaîtrait de nombreux épisodes ou rebondissements[1].

Informations générales[modifier | modifier le code]

Selon Régis Boyer : « On appelle saga un récit en prose, toujours en prose, ce point est capital, rapportant la vie et les faits et gestes d'un personnage, digne de mémoire pour diverses raisons, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, en n'omettant ni ses ancêtres ni ses descendants s'ils ont quelque importance »[2]. Notons encore qu'une saga n'est qu'extrêmement rarement une légende ou un conte.

Le mot vient du verbe segja, « conter », « raconter » (comparer avec l'allemand sagen ou l'anglais to say). L'auteur de sagas, souvent anonyme, est un sagnamaðr (pluriel sagnamenn).

En dehors de toutes les catégories des sagas, il y a le Livre de la Colonisation (Landnámabók), qui retrace la colonisation de l'Islande aux IXe et Xe siècles. Cet ouvrage est unique en son genre car il n'existe pas d'équivalent pour un autre pays. Il est par ailleurs répertorié comme étant lié aux sagas.

Catégories[modifier | modifier le code]

On a longtemps pensé que les différentes catégories de sagas s'étaient succédé. Il semble désormais établi qu'on ne peut pas faire de chronologie de ces différentes catégories, mais qu'elles ont surgi de manière concomitante.

Les « sagas royales » (Konungasögur)[modifier | modifier le code]

Ce sont les sagas qui traitent des rois danois, norvégiens et suédois. L'exemple le plus connu est l'Heimskringla, de Snorri Sturluson, qui regroupe en fait seize sagas consacrées à tous les rois de Norvège jusqu'à la fin du douzième siècle.

En dehors de l'Heimskringla, on peut également citer la Fagrskinna, la Morkinskinna ou la Saga du roi Sverrir. L'histoire de l'île de Gotland est traitée dans Saga des Gotlandais, qui est la seule saga écrite en dehors de l'Islande et de la Norvège.

Les « sagas des Islandais » ou « sagas de famille » (Íslendingasögur)[modifier | modifier le code]

Elles se rapportent aux hauts faits d'un ancêtre ayant vécu aux Xe et XIe siècles. Leurs auteurs ne sont pas connus. Les héros de ces sagas sont généralement fameux en raison des expéditions vikings qu'ils ont menées ou de leurs qualités personnelles (sens de l'amitié, talent poétique, mœurs chevaleresques, etc.).

Régis Boyer en donne six comme particulièrement exemplaires : la saga de Hrafnkell, la Saga d'Egill, fils de Grímr le Chauve, la Saga de Snorri le godi, la Saga des gens du Val-au-Saumon, la Saga de Grettir le Fort et la Saga de Njáll le Brûlé.

Les « sagas des contemporains » (Samtíðarsögur)[modifier | modifier le code]

Ces sagas font, comme leur nom l'indique, la narration d'évènements contemporains à la vie de l'auteur. Il s'agit notamment des sagas d'évêques, mais également de la Saga des descendants de Sturla, la Sturlunga saga (en). Celle-ci est le fleuron de cette catégorie parce qu'elle relate les malheurs des Islandais entre les XIIe et XIIIe siècles. Plusieurs sagas issues de cet ouvrage ont été écrites par Sturla Thórðarson.

Les « sagas des chevaliers » (Riddarasögur)[modifier | modifier le code]

Œuvres du XIVe siècle, il s'agit d'adaptations assez libres de chansons de geste françaises ou de romans de la Table ronde. L'élément fantastique ou merveilleux ont une place de choix. Le rôle de l'amour n'est pas cependant négligé. On peut ainsi citer une Saga de Charlemagne (en). L'intérêt principal de certains de ces textes vient du fait qu'ils ont été écrits à partir de textes aujourd'hui disparus ou fragmentaires (par exemple Tristrams saga ok Ísöndar (no)). Beaucoup de traduction ont été faites en Norvège, à l'instigation des rois (voir Régis Boyer, Les Sagas islandaises).

Les « sagas légendaires » (Fornaldarsögur)[modifier | modifier le code]

Ces sagas n'ont pas été écrites à des fins historiques mais font davantage place aux légendes et au merveilleux comme la Völsunga saga qui narre les hauts faits du héros Sigurðr meurtrier du dragon Fàfnir (cf: Régis Boyer, La saga des Sturlungar). De plus, on n'y trouve que peu de thèmes purement populaires. Un bon nombre des sagas faisant partie de cette catégorie ont dû être écrites en Islande mais pas seulement, le rôle de la Norvège n'est pas négligeable.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bettencourt, l'interminable saga, Le Point, 30 novembre 2011
  2. Régis Boyer L'Islande médiévale, p. 189.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Traductions[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Régis Boyer, Sagas islandaises, Gallimard, coll. « La Pléiade » (no 338), 1987 (rééd. 1994), 1993 p. (ISBN 2-07-011117-2)
    Notes : Bibliogr. p. LXI-LXV - Index p. 1977-1990.
  • Régis Boyer, La saga de Gunnlaugr langue-de-serpent & La saga de Hallfredr le scalde difficile, édition Joseph K., Paris, 1999.
  • Régis Boyer, La saga des Sturlungar, édition Les Belles Lettres, collection Les classiques du Nord, Paris, 2005. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Régis Boyer, Le livre de la colonisation de l’Islande : selon la version de Sturla Thordarson (Sturlubók) , édition Brepols, collection Miroir du Moyen Âge, Turnhout, 2000.
  • Régis Boyer, Saga d'Oddr aux Flèches. Suivie de la Saga de Ketill le Saumon & de la Saga de Grimr à la Joue Velue, édition Anacharsis, collection Famagouste, Paris, 2010.
  • Régis Boyer, Saga de Gísli Súrsson, édition Gallimard, collection Folio, Paris, 2004.
  • Régis Boyer, Saga de Hrolfr sans Terre, édition Anacharsis, Paris, 2004.
  • Régis Boyer, Saga d'Yngvarr le grand voyageur & Dit d'Eymundr Hringsson, édition Anacharsis, Paris, 2009.
  • Patrick Guelpa, La Saga de Björn, Champion des gens de Hitarðalr, édition L'écho des Vagues, collection Oblivion, Paris, 2010.
  • Karl Jónsson, La Saga de Sverrir, roi de Norvège, traduit par Torfi H. Tulinius, édition Les Belles Lettres, collection Les classiques du Nord, Paris, 2010.
  • Ásdís R. Magnúsdóttir, Quatre sagas légendaires d'Islande, Edition bilingue français-islandais, édition Ellug, collection Moyen Age Européen, Paris, 2002.
  • Jean Renaud, La Saga des gens du Vápnafjörðr & La Saga de Þórðr l'impétueux, édition Les Belles Lettres, collection Les classiques du Nord, Paris, 2003.
  • Snorri Sturluson, Heimskringla, Histoire des rois de Norvège, Première partie, traduit par François-Xavier Dillmann, édition Gallimard, collection L'aube des peuples, Paris, 2000. ISBN 2-07-073211-8

Études[modifier | modifier le code]

  • Régis Boyer, « Le miracle islandais », Religions et histoire, N°32, Paris, 2010, p. 18-21.
  • Régis Boyer, Les sagas islandaises, édition Payot, Paris, 1978 (réédité en 1986, 1992 et 2007). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Régis Boyer, L'Islande médiévale, édition Les Belles Lettres, Paris, 2001. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Régis Boyer, Mœurs et psychologie des anciens Islandais d’après les « sagas contemporains », édition du Porte-Glaive, collection Patrimoine de l’Europe, Paris, 1987.
  • Régis Boyer, « Quelques repères importants pour comprendre l'Islande », Religions et histoire, N°32, Paris, 2010, p. 22-27.
  • François-Xavier Dillmann, « Snorri Sturluson et l’Histoire des rois de Norvège », Proxima Thulé, volume 4, Paris, 2000, p. 69-100.
  • Daniel W. Lacroix, « La culture savante dans l'Islande médiévale », Religions et histoire, N°32, Paris, 2010, p. 34-39.
  • Ásdís R. Magnúsdóttir, « Le monde merveilleux des géants et l'imaginaire du Nord dans les sagas légendaires », Le(s) Nord(s) imaginaire(s), édition Imaginaire Nord, Montréal, 2008, p. 23-36.
  • Jean-Marie Maillefer, « L'Islande des origines au XIIIe siècle », Religions et histoire, N°32, Paris, 2010, p. 28-33.
  • Vésteinn Ólason, « Les sagas islandaises, genre littéraire à la croisée de deux univers », Proxima Thulé, volume 4, Paris, 2000, p. 45-67.
  • Torfi H. Tulinius, La Matière du Nord, Sagas légendaires et fiction dans la littérature islandaise en prose du XIIIe siècle, édition Presse de l'Université de Paris-Sorbonne, Paris, 1995.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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