Harold Pinter

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Harold Pinter

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Portrait d'Harold Pinter par Reginald Gray (Londres, 2008).

Activités Écrivain, dramaturge
Naissance
Londres, Royaume-Uni
Décès (à 78 ans)
Londres, Royaume-Uni
Langue d'écriture anglais britannique
Distinctions Prix Nobel de littérature (2005)

Harold Pinter (né le et mort le [1] à Londres) est un écrivain, dramaturge et metteur en scène britannique. Il a écrit pour le théâtre, la radio, la télévision et pour le cinéma. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 2005.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Pinter est né dans une famille d'origine russe et de religion juive du faubourg populaire d'Hackney à Londres. Il s'y familiarise avec la langue populaire et le cockney qu'il mettra plus tard à l'honneur dans ses pièces[2]. Son père était tailleur pour dames. Durant sa jeunesse, l'auteur a été confronté au chômage, à la misère, au racisme et à l'antisémitisme qui sévissaient au Royaume-Uni à l'aube de la Seconde Guerre mondiale[2]. Selon ses dires, ce contexte troublé a largement nourri sa vocation future[2]. Durant la Seconde Guerre mondiale, il quitte la capitale britannique à 9 ans et y revient trois ans plus tard. Il reconnaitra par la suite que « l'expérience des bombardements ne l'a jamais lâché. »[2].

De retour à Londres, il entre à la Hackney Downs Grammar School où il s'illustre notamment dans les rôles de Macbeth et de Roméo mis en scène par Joseph Brearly. Il intègre ensuite brièvement la Royal Academy of Dramatic Art en 1948 et publie, deux ans plus tard, ses premiers poèmes[3].

Carrière[modifier | modifier le code]

En 1951, Pinter est admis à l'École centrale des arts de la scène. La même année, il est engagé dans la troupe théâtrale ambulante irlandaise d'Anew McMaster spécialisée dans Shakespeare[3]. Entre 1954 et 1957, il entame une tournée en tant que comédien sous le nom David Baron. Sa première pièce, The Room (La Chambre) est interprétée en 1957 par les étudiants de l’université de Bristol. Il dit être entré en dramaturgie « par surprise », étant issu de la classe ouvrière[3].

The Birthday Party (L'Anniversaire, 1958) n'intéresse pas le grand public, malgré une bonne critique publiée dans le Sunday Times[3]. Mais suite au grand succès rencontré par The Caretaker (Le Gardien) en 1960, la pièce est rejouée et reçoit cette fois-ci un accueil triomphal[3]. Entre temps, Pinter écrit plusieurs pièces radiophoniques qui obtiennent un certain succès[2]. Les œuvres de cette période, telles que The Homecoming (Le Retour) en 1964, sont parfois étiquetées comme mettant en scène une « comédie de la menace »[3]. Avec une intrigue réduite au minimum, elles prennent souvent comme point de départ une situation en apparence anodine mais qui devient rapidement menaçante et absurde par le biais des acteurs dont les actions semblent inexplicables aux yeux du public et des autres personnages de la pièce[3]. L'auteur est alors rapproché de la génération des « Jeunes gens en colère », comme ses collègues John Osborne, Arnold Wesker et Edward Bond[2]. L’œuvre de Pinter est marquée, dès le début, par l’influence du théâtre de l'absurde et de Samuel Beckett. Par la suite, les deux hommes deviennent amis.

Pinter a également publié plusieurs poèmes. On peut parler, dans sa production théâtrale et littéraire, d'une première phase qualifiée de « réalisme psychologique » que suit une période plus lyrique avec Landscape (1967) puis Silence (1968)[3]. À cela, s'ajoute une troisième phase politique avec One for the Road (1984), Mountain Language (1988), The New World Order (1991)[3]. Cependant, cette classification trop simpliste ne doit pas être prise à la lettre, chacune des époques débordant sur l'autre[3]. Elle oublie de surcroît certains des textes les plus forts de l'auteur comme No Man's Land (1974) et Ashes to Ashes (1996)[3].

Caractéristiques de ses pièces[modifier | modifier le code]

Les créations de Pinter sont appréciées pour leurs recherches stylistiques et leur précision presque maladive[2]. Elles renvoient généralement le théâtre à sa base élémentaire avec des dialogues qui basculent de manière inattendue et des pièces closes où les êtres sont livrés les uns aux autres. Le masque des convenances sociales tombe[3]. Les personnages, fondamentalement imprévisibles, révèlent sans spectaculaire une faille ou une étrangeté dans leur identité, due à leur passé insaisissable qu'ils tentent vainement de reconstituer à travers des récits flous et contradictoires. Les êtres, sans contour clairement dessiné, semblent coupés de tout ancrage sociologique même s'il peut exister entre eux des liens sociaux ou familiaux qui ne suffisent pourtant pas à les caractériser[3],[2].

Le dramaturge situe presque toujours ses pièces dans des intérieurs très fournis, minutieusement décrits, mais saturés d'éléments disparates dont l'inutilité n'a de cesse d'être souligné comme dans Le Gardien[4]. Très vite le décor normalement chaleureux et rassurant d'un foyer, comme celui de The Collection (1961), produit un climat d'insécurité et se mue en un lieu qui laisse place à d'étranges intrusions, avec un retour de pulsions refoulées[4].

Les conversations les plus banales se révèlent en conséquence être l'espace privilégié de stratégies de domination physique, psychologique et sexuelle. Des rapports de forces brutaux ressurgissent dans le glissement progressif des répliques[4]. Les dialogues de Pinter mélangent un certain naturel d'expression (courtes répliques, formules simples, utilisation de l'argot) à un dérapage verbal à la limite de l'onirisme, empli de saturations et de répétitions (monologues, suspensions, coupes, ellipses, silences)[4]. L'idée de communication est ainsi mise à mal dans un univers où le faux et le véridique se télescopent sans pouvoir être démêlés.

Le rapport à l'autre ne fait que renforcer le sentiment de solitude et de violence pouvant exploser à tout moment[2]. En ce sens, Pinter se veut l'illustrateur de l'absurdité et de l'horreur cachée du monde moderne tel qu'il apparait après la Seconde Guerre mondiale[2]. À partir des années 1980 et 1990, l'auteur trouve un nouveau souffle grâce à la contestation politique, se livrant à de virulentes critiques de l'ère Thatcher, de l'invasion de l'Afghanistan, du libéralisme, de la guerre du Golfe, de la dictature de Pinochet et plus tard du blairisme[2].

Pinter jouit aujourd'hui d'une posture de « classique moderne »[3]. Il est considéré comme la figure la plus illustre du théâtre anglais de la seconde moitié du XXe siècle[3]. Ses pièces sont depuis longtemps devenues des monuments incontournables pour les études de théâtre et d'art dramatique. Le style inimitable de l'auteur, empli de perturbations langagières absurdes d'où sourd un certain humour, a même donné naissance à un adjectif couramment utilisé dans le domaine artistique : « pinteresque »[3]. On peut aussi parler de « pinteresquerie » pour définir une pièce de théâtre à l'atmosphère oppressante ou située dans un milieu particulier[3]. En anglais, ce mot a rencontré un tel succès qu'il a intégré le dictionnaire en 1966 : « Pinterian » désigne « un univers absurde dans lequel les personnes s’expriment comme si leurs conversations devaient être surprises »[2].

Parcours récent[modifier | modifier le code]

Dans les années 1970, Pinter s'intéresse de plus en plus à la mise en scène et devient directeur associé du National Theater en 1973. Ses pièces récentes tendent à être plus courtes. Elles portent aussi sur des sujets plus politiques et sont souvent des allégories de l'oppression. Plusieurs de ses pièces sont traduites et adaptées en France par Éric Kahane.

Dans la même période, Pinter commence à prendre parti sur des problèmes politiques, s'affichant distinctement à gauche. Il mène un combat continu pour porter à la connaissance du public les violations des droits de l'homme et la répression. Ses courriers sont souvent publiés dans les journaux britanniques, comme The Guardian ou The Independent.

En 1985, Pinter voyage en Turquie en compagnie du dramaturge américain Arthur Miller et rencontre de nombreuses victimes de l'oppression politique. Lors d'une réception à l'ambassade des États-Unis donnée en l'honneur de Miller, Pinter, au lieu de plaisanter, raconta des histoires de personnes torturées avec du courant électrique appliqué à leurs parties génitales, et fut renvoyé de la réception (Miller le suivit par solidarité). L'expérience de Pinter sur la répression en Turquie et la suppression de la langue kurde lui inspirent sa pièce de théâtre de 1988 intitulée Mountain Language.

En 1999, Pinter critique ouvertement le bombardement du Kosovo par l'OTAN. Il prend position contre l'embargo déclaré par les États-Unis contre Cuba. Il s'oppose aussi à l'invasion par les États-Unis d'Amérique de l'Afghanistan, ainsi qu'à celle de l'Irak en 2003. En 2005, il annonce qu'il n'écrira plus de pièces de théâtre, mais se consacrera à la politique.

Pinter exprima aussi régulièrement son soutien à la cause palestinienne.

Pinter, nommé commandeur de l’ordre de l’Empire britannique en 1996, devient un membre des Compagnons de l'Honneur en 2002, ayant précédemment refusé le titre de chevalier. Il est sympathisant du parti politique de gauche britannique RESPECT The Unity Coalition.

En octobre 2005, il fait scandale lors de meetings et de manifestations publiques contre la guerre d'Irak en lisant des poèmes qui s'en prennent violemment à Tony Blair. Dans le même temps, l'Académie suédoise annonce que Pinter reçoit le prix Nobel de littérature de l'année 2005, car dans ses œuvres, « il découvre l'abîme sous les bavardages et se force un passage dans les pièces closes de l'oppression. »[5].

Début décembre 2005, il enregistre une déclaration pour la remise de son prix Nobel, ne pouvant s'y rendre et la faire en personne car un cancer de l'œsophage l'en empêche. Elle concerne beaucoup plus la politique que la littérature. Il y déclare :

  • « L'invasion de l'Irak était un acte de banditisme, un acte de terrorisme d'État flagrant, la preuve d'un mépris absolu pour le droit international. »
  • « Combien de personnes faut-il tuer avant de mériter d'être décrit comme un massacreur et un criminel de guerre ? Cent mille ? »
  • « Nous avons amené la torture, les bombes à fragmentation, l'uranium appauvri, d'innombrables assassinats commis au hasard, la misère, la dégradation et la mort au peuple irakien, et on appelle ça apporter la liberté et la démocratie au Proche-Orient »
  • Il y prend position contre les États-Unis d'Amérique, qui ont « exercé une manipulation très clinique du pouvoir dans le monde entier, tout en se faisant passer pour une force prônant le bien universel. C'est un geste d'hypnotisme brillant, voire plein d'esprit, et très réussi.»

En 2007, il est fait chevalier de la Légion d'honneur.

Il meurt le à l'hôpital de Hammersmith en Londres des suites de son cancer.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Scénariste[modifier | modifier le code]

Le premier scénario de Pinter, The Servant, est écrit en 1962 d'après le roman de Robin Maugham[6]. Le film est réalisé par Joseph Losey avec Dirk Bogarde dans le rôle, Joseph Losey réalisera par la suite Accident et Le Messager (The Go-Between). Pinter écrit aussi le scénario de La Maîtresse du lieutenant français (The French Lieutenant's Woman), d'après le roman de John Fowles, et publie, à la demande de Joseph Losey, un script basé sur le roman de Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, qui ne sera jamais porté à l'écran. Plusieurs des pièces de Pinter furent également adaptées pour le cinéma : The Caretaker (1963), The Birthday Party (1968), The Homecoming (1973) et Betrayal (1983).

Il a également écrit le scénario du remake du Sleuth (Le Limier), de Joseph L. Mankiewicz, réalisé en 1972 avec Laurence Olivier, Michael Caine et Alec Cawthorne. Ce remake a été réalisé par Kenneth Branagh, avec Michael Caine (reprenant le rôle de Laurence Olivier dans le film original, et Jude Law, reprenant celui de Michael Caine !). Harold Pinter fait d'ailleurs une courte apparition dans le film.

Acteur[modifier | modifier le code]

En 1967, Pinter interprète le rôle d'un producteur de télévision dans Accident, film dans lequel joue également sa femme de l'époque Vivien Merchant.

Il interprète le rôle de Sir Bertram dans Mansfield Park de Patricia Rozema, sorti sur les écrans canadiens en 1999 et britanniques en 2001.

Vie privée[modifier | modifier le code]

En 1977, Harold Pinter causa un scandale public en quittant sa femme, l'actrice Vivien Merchant, avec laquelle il s'était marié en 1956, pour Lady Antonia Fraser, qu'il épousa en 1980 après son divorce. Sa pièce Betrayal (Trahisons) (1978) a la réputation d'être une description de cette liaison, mais est en fait basée sur une longue relation amoureuse qu'eut Pinter avec la présentatrice de télévision Joan Bakewell.

Pinter eut aussi une dispute publique avec le metteur en scène Peter Hall portant sur sa description dans les Hall's Diaries publiés en 1983, où il était dépeint comme abusant de l'alcool. Néanmoins, les deux hommes se réconcilièrent par la suite.

Pinter est membre de l'ordre des compagnons d'honneur ainsi que de l'ordre de l'Empire britannique.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Un verre à minuit - Prose, poésie et politique, Harold Pinter, L'Arche éditeur, 2010, 352p, (ISBN 978-2-85181-733-4)

Pièces[modifier | modifier le code]

Prose[modifier | modifier le code]

  • Kullus (1949)
  • The Dwarfs (1952-56)
  • Latest Reports from the Stock Exchange (1953)
  • The Black and White (1954-55)
  • The Examination (1955)
  • Tea Party (1963)
  • The Coast (1975)
  • Problem (1976)
  • Lola (1977)
  • Short Story (1995)
  • Girls (1995)
  • Sorry About This (1999)
  • God's District (1997)
  • Tess (2000)
  • Voices in the Tunnel (2001)

Poésie[modifier | modifier le code]

  • War (2003)

Récompenses et distinctions[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Harold Pinter Dies at 78 dans The New York Times du 25 décembre 2008.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Article Encarta sur Harold Pinter, aujourd'hui disparu.
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p et q Notice bibliographique sur Harold Pinter sur le site de l'Académie suédoise.
  4. a, b, c et d Article d'Anouchka Vasak in Le Nouveau Dictionnaire des auteurs de tous les temps et de tous les pays, édition Laffont-Bompiani, 1994, Paris, page 2519
  5. Communiqué du secrétaire perpétuel de l'Académie suédoise.
  6. (en) Robin Maugham Papers