Esther Benbassa

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Esther Benbassa
Esther Benbassa en 2012.
Esther Benbassa en 2012.
Fonctions
Sénatrice du Val-de-Marne
En fonction depuis le
(5 ans 5 mois et 20 jours)
Élection 25 septembre 2011
Biographie
Date de naissance (66 ans)
Lieu de naissance Istanbul (Turquie)
Nationalité Française
Israélienne
Turque
Parti politique EELV
Conjoint Jean-Christophe Attias
Diplômée de Université de Tel Aviv
Université Paris-VIII
Université Paris-III
Institut national des langues et civilisations orientales
Profession Directeur d'études à l'École pratique des hautes études (Sorbonne)

Esther Benbassa (ou Esther Benbassa-Dudonney[1]), née le à Istanbul, est une universitaire franco-turco-israélienne[2], spécialiste de l'histoire du peuple juif et de l'histoire des minorités. Membre d'Europe Écologie Les Verts, elle est sénatrice du Val-de-Marne depuis 2011.

Biographie[modifier | modifier le code]

Née à Istanbul dans une famille descendante de Juifs expulsés d'Espagne en 1492, Esther Benbassa émigre en Israël à l'âge de quinze ans puis arrive en France en 1972. Elle obtient la nationalité française en 1974, ce qui fait d'elle une trinationale (Turquie, Israël, France). Élève d'écoles congréganistes (Sainte-Pulchérie à Istanbul et Saint-Joseph à Jaffa), elle a fait ses études supérieures en Israël puis en France.

Elle est mariée avec Jean-Christophe Attias, également directeur d'étude à l'École pratique des hautes études et Prix Goncourt de la biographie 2015[3].

Études et enseignement[modifier | modifier le code]

Après son CAPES de lettres modernes (1975), Esther Benbassa enseigne une quinzaine d'années dans le secondaire, en Normandie, puis en banlieue parisienne.

Elle obtient une licence (B.A.) de l'université de Tel Aviv (1972), puis une maîtrise de lettres modernes de l'université Paris-VIII (1973) et un diplôme de turc de l'Institut national des langues et civilisations orientales (1982). Elle obtient un doctorat de troisième cycle de l'université Paris VIII et devient docteur d'État en Orient et monde arabe (université Paris-III, 1987)[4].

Esther Benbassa fait des études post-doctorales au département d'histoire du peuple juif de l'université hébraïque de Jérusalem en 1988-1989.

Directrice de recherche au CNRS de 1989 à 2000, elle devient en 2000 directrice d'études à la section des sciences religieuses de l'École pratique des hautes études (Sorbonne), première titulaire femme (et laïque) de la chaire d'histoire du judaïsme moderne (chaire créée en 1896).

Elle fonde le Centre Alberto-Benveniste d'études sépharades et d'histoire socioculturelle des Juifs[5] en 2002.

Elle est chercheuse au Centre Roland-Mousnier (CNRS-université Paris IV-École pratique des hautes études).

Engagement associatif[modifier | modifier le code]

Esther Benbassa est cofondatrice du « Pari(s) du Vivre-Ensemble[6] ». Elle s'est notamment engagée sur le terrain de la lutte contre le racisme et les discriminations, et pour le dialogue judéo-musulman. Elle a publié, avec Jean-Christophe Attias, un collectif intitulé Juifs et musulmans. Une histoire partagée, un dialogue à construire (Paris, La Découverte, 2006), couronné par le Prix Seligmann contre le racisme. En mars 2015, suite aux attentats contre Charlie Hebdo et l'hypercacher de Vincennes du mois de janvier, elle a coorganisé, toujours avec J-C. Attias, une journée débats qui a débouché en octobre de la même année sur la publication d'un nouveau collectif, Juifs et musulmans. Retissons les liens (Paris, CNRS Éditions, 2016).

Au Sénat[modifier | modifier le code]

Elle est élue sénatrice EELV le 25 septembre 2011. Elle est vice-présidente de la commission des lois constitutionnelles, de législation, du suffrage universel, du règlement et d’administration générale, membre du comité stratégique de l’Agence du service civique, vice-présidente du groupe d’amitié France-Turquie, secrétaire du groupe d’amitié France-Israël, membre du groupe d’amitié France-Palestine, membre de l’Union interparlementaire, et membre du jury du Prix de la thèse du Sénat.

Rapporteure de la proposition de loi (socialiste) visant à la prorogation du délai de prescription des propos discriminatoires à caractère homophobe, sexiste et handiphobe et à son alignement sur celui des propos discriminatoires à caractère racial, ethnique ou religieux, texte, voté à l’unanimité par le Sénat le 30 janvier 2013.

Elle a obtenu le vote, le 28 mars 2013, d'une proposition de loi qu'elle avait déposée à l’automne 2012, visant à l’abrogation du délit de racolage public[7].

À son initiative, la commission des lois du Sénat crée à l’automne 2012 une mission d’information sur les discriminations raciales, ethniques et religieuses. Elle en est corapporteure avec Jean-René Lecerf (UMP). Leur rapport, présenté en novembre 2014, est intitulé « La lutte contre les discriminations : de l’incantation à l’action ». Il fait une douzaine de propositions, dont celle d'introduire une fois tous les cinq ans, dans le recensement, une question sur le pays de naissance des ascendants et la nationalité antérieure « afin d'obtenir des résultats mesurables sur l'ampleur des discriminations et leur déploiement ». Pour Malika Sorel, ancien membre du Haut Conseil à l'intégration, ces propositions sont « dangereuses » et ne feraient que contribuer à « l'exacerbation des tensions sur notre territoire »[8].

En février 2014, elle est désignée vice-présidente, au Sénat, de la Commission spéciale chargée d'examiner la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel[9]. Elle s'est à maintes reprises exprimée contre le principe d'une pénalisation des clients de prostitués[10].

Elle est l'auteure de la première proposition de loi jamais déposée en France pour la légalisation d'un usage contrôlé du cannabis. Déposé au Sénat en janvier 2014, ce texte est débattu en hémicycle en avril 2015 et est rejeté. En octobre 2016, Esther Benbassa organise au Sénat, en collaboration avec la chaire d'addictologie du CNAM, un colloque intitulé « Légalisation du cannabis: l’Europe est-elle condamnée à l’impasse ? ».

Elle est l'un des rares parlementaires français à s'abstenir sur la première prorogation de l'état d'urgence décrété en novembre 2015. Elle vote ensuite à chaque fois contre cette prorogation.

C'est à son initiative que la commission des lois du Sénat vote, en mars 2016, la création d'une mission d'information sur la déradicalisation. Elle en est corapporteure, avec Catherine Troendlé, sénatrice Les Républicains.

Polémiques[modifier | modifier le code]

En octobre 2013 commentant l'affaire Leonarda, elle déclare :

« Moi qui pensais que la France n'avait pas perdu la mémoire de sa sombre histoire, j'étais loin d'imaginer qu'en 2013, en tant que parlementaire, élue du peuple, je serais témoin d'une rafle. Car oui, il faut bien le dire, c'est une rafle[11]. »

Ses propos suscitent la critique d'Alain Finkielkraut qui juge que « la référence constante à la Shoah, je pèse mes mots, est ignoble »[12] ou de Benoît Rayski qui y voit une réunion de « tous les poncifs les plus éculés de l’indignation réputée antiraciste[13] ».

En avril 2016, elle déclenche une autre polémique avec la publication d'une tribune dans Libération, dans laquelle elle affirme : « Le voile n’est pas plus aliénant que la minijupe »[14].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Seule
    • Un grand rabbin sépharade en politique, 1892-1923, Paris, Presses du CNRS, 1990.
    • Une diaspora sépharade en transition (Istanbul, XIXe – XXe siècles), Paris, Cerf, 1993.
    • Histoire des Juifs de France, Paris, Seuil, coll. Points Histoire, 2e éd. revue et mise à jour, 2000.
    • La République face à ses minorités. Les Juifs hier, les musulmans aujourd'hui, Paris, Mille et une nuits/Fayard, 2004.
    • La Souffrance comme identité, Paris, Fayard, 2007. 2e éd., Hachette, coll. Pluriel, 2010.
    • Être juif après Gaza, Paris, CNRS Éditions, 2009.
    • De l'impossibilité de devenir français. Nos nouvelles mythologies nationales, Paris, Les Liens qui Libèrent, 2012.
    • Égarements d'une cosmopolite, Paris, Bourin Éditeur, 2012.
    • Istanbul la sépharade, Paris, CNRS éditions, 2015.
    • Vendredi noir et nuits blanches, Paris, Lattès, 2016.
  • Avec Aron Rodrigue
    • Une vie judéo-espagnole à l'Est : Gabriel Arié, Paris, Cerf, 1992.
    • Juifs des Balkans, Espaces judéo-ibériques, XIVe – XXe siècles, Paris, La Découverte, 1993. Réédition entièrement revue, sous le titre Histoire des Juifs sépharades. De Tolède à Salonique, Paris, Seuil, coll. Points Histoire, 2002.
  • Avec Jean-Christophe Attias
    • Dictionnaire de civilisation juive, Paris, Larousse-Bordas, 1997. 2e éd., 1998.
    • Israël imaginaire, Paris, Flammarion, 1998. 2e éd., 2001 (sous le titre Israël, la terre et le sacré).
    • Les Juifs ont-ils un avenir ?, Paris, Lattès, 2001. 2e éd., Paris, Hachette, coll. Pluriel, 2002.
    • Le Juif et l'Autre, Gordes, Le Relié, 2001.
    • Petite Histoire du judaïsme, Paris, Librio, 2007.
    • Dictionnaire des mondes juifs, Paris, Larousse, coll. À présent, 2008, édition refondue et augmentée du Dictionnaire de civilisation juive paru chez le même éditeur en 1997 et réédité en 1998).
  • Sous sa direction (sélection)
    • Mémoires juives d'Espagne et du Portugal, Paris, Publisud, 1996.
    • Transmission et passages en monde juif, Paris, Publisud, 1997.
    • La haine de soi. Difficiles identités, Bruxelles, Complexe, 2000 (avec Jean-Christophe Attias).
    • L'Europe et les Juifs, Genève, Labor et Fides, 2002 (avec Pierre Gisel).
    • Les Sépharades en littérature. Un parcours millénaire, Paris, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, 2005.
    • Itinéraires sépharades. Complexité et diversité des identités, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2010.
    • Dictionnaire des racismes, de l’exclusion et des discriminations, Paris, Larousse, 2010.
    • Israël-Palestine. Les enjeux d’un conflit, Paris, CNRS Éditions, 2010.
    • La France en situation postcoloniale ?, numéro hors série de la revue Mouvements (septembre 2011).
    • Minorités visibles en politique, Paris, CNRS Éditions, 2011.
    • Encyclopédie des religions, Paris, Fayard/Pluriel, 2012 (avec Jean-Christophe Attias)
    • Salonique, ville juive, ville ottomane, ville grecque, Paris, CNRS Éditions, 2014.
    • Dans les quartiers, l’égalité c’est maintenant ! Livre blanc, Paris, Le Pari(s) du Vivre-Ensemble, 2014 (avec Jean-Christophe Attias).
    • Juifs et musulmans. Retissons les liens!, Paris, CNRS Éditions, 2015 (avec Jean-Christophe Attias).
    • Les Sépharades. Histoire et culture du Moyen Âge à nos jours, rééd. poche, Paris, CNRS Éditions, 2016.
    • Nouvelles relégations territoriales, Paris, CNRS Éditions, 2017 (avec Jean-Christophe Attias).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Elle reçoit une bourse doctorale en 1980-1981 sous le nom de Benbassa-Dudonney, Esther. Voir, Recipient of Doctoral Grant 1965-2001. MFJC (Memorial Foundation for Jewish Culture). Elle publie des ouvrages sous ce double nom.
  2. lefigaro.fr, « Benbassa: 'j'ai été une étrangère' », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  3. « Esther Benbassa, historienne du judaïsme "Membre d’un peuple, mais d’un peuple du monde" », Périphéries, entretien avec Mona Chollet, 2002.
  4. http://www.sudoc.fr/010422498.
  5. Site du Centre.
  6. Site du Pari(s) du Vivre-Ensemble.
  7. Voir sur le site du Sénat.
  8. Malika Sorel-Sutter : "Ce rapport est un réquisitoire contre la France", entretien avec Malika Sorel-Sutter, marianne.net, 24 novembre 2014.
  9. Voir sur le site du Sénat.
  10. « Vu du Sénat #44: « Elles veulent éradiquer la prostitution, mais elles rêvent », sur Le Huffington Post,‎ (consulté le 19 mai 2016).
  11. « Leonarda : « il faut arrêter ces rafles » (Benbassa, écologiste) », nouvelobs.com, 17 octobre 2013.
  12. « La référence constante à la Shoah, je pèse mes mots, est ignoble. C’est une honte absolue. Ces références à la Shoah sont innommables. La gauche n’est pas obligée d’être bête et de s’enthousiasmer de voir les jeunes devenir les gardes rouges de l’idiotie compassionnelle », BFM TV.
  13. « Esther Benbassa témoin d'une rafle… Ces élus du peuple qui mériteraient vraiment d’être arrêtés », Benoît Rayski, atlantico.fr, 18 octobre 2013.
  14. Anne Rosencher, « Benbassa renvoie le voile à la minijupe ? « Certaines féministes ont largué le droit des femmes », sur marianne.net,‎ .
  15. Centre Alberto Benveniste.