Georges Arnaud

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Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas être confondu avec Georges-Jean Arnaud, né en 1928, auteur de la série La Compagnie des glaces.

Georges Arnaud

Nom de naissance Henri Girard
Activités Romancier, journaliste d'investigation
Naissance
Montpellier, Drapeau de la France France
Décès (à 69 ans)
Barcelone, Drapeau de l'Espagne Espagne
Langue d'écriture Français
Genres roman

Œuvres principales

  • Le salaire de la peur

Georges Arnaud est le nom de plume de l'écrivain, journaliste d'investigation et militant politique Henri Girard (1917-1987). Georges est le prénom de son père, Arnaud le nom de jeune fille de sa mère.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né le 16 juillet 1917 à Montpellier (Hérault), Henri Girard est un enfant indiscipliné. Il a neuf ans lorsque sa mère décède en 1926, emportée par la tuberculose, maladie dont Henri souffrira lui-même au cours de sa vie. Brillant élève, (double bachelier à 15 ans), il est particulièrement doué pour les matières littéraires. Après l'obtention du baccalauréat, il étudie le droit à Paris. Licencié en droit, il fait sciences politiques, refusera de prêter serment à Pétain.

Au cours de la nuit du 24 au 25 octobre 1941, le père d'Henri (Georges Girard - Archiviste adjoint au Ministère des Affaires Étrangères à Vichy), sa tante et une domestique (ainsi que le chien, selon la légende) sont assassinés à coups de serpe dans le château familial d'Escoire, en Périgord, dont toutes les issues sont fermées. Henri Girard, seul rescapé, donne l'alerte le matin. Face aux circonstances mystérieuses du drame (aucun témoin, absence de mobile, pas de traces d'effraction), il est arrêté, inculpé et écroué. Bien qu'il proteste de son innocence, il passe dix-neuf mois en prison, jusqu'à la conclusion de son procès, le 2 juin 1943. Alors qu'il risquait la peine de mort, Henri Girard bénéficie de l'intervention de l'avocat Maurice Garçon, ancien ami de la famille. Acquitté par les jurés après quelques minutes de délibération seulement, il reçoit un triomphe de la part du public du Palais de justice. L'affaire d'Escoire ne sera cependant jamais totalement élucidée.

Des années plus tard, Gérard de Villiers, auteur de la série S.A.S., racontera qu'Arnaud lui avait confié être l'auteur des crimes : il prétendra avoir recueilli cette confidence en lui rendant visite en Algérie, mais rien ne prouve cependant que ces paroles furent vraiment prononcées.

Quoi qu'il en soit, les proches du château (suspectés par ailleurs), et d'autres témoins, semblent n'avoir jamais douté de l'identité du [ou des] criminel[s]. [1].

Georges Arnaud vit ensuite à Paris de 1943 à 1947 où il se marie avec une jeune chanteuse, Suzanne Graux, pour qui il écrit des chansons et avec qui il aura deux fils.

Écœuré par le pouvoir de fascination de l'argent, il dépense rapidement l'héritage familial. Le dessinateur Siné évoque dans un ouvrage autobiographique avec quelle facilité le jeune Arnaud jetait facilement son argent par les fenêtres (toujours convivialement, en compagnie de nombreux amis). Endetté, désireux de se faire oublier, il s'embarque pour l'Amérique du Sud le 2 mai 1947. Georges Arnaud y mène pendant deux ans une vie de bourlingueur. Il a multiplié les métiers, de chercheur d'or à barman en passant par chauffeur de taxi ou de camion.

De "fils de bonne-famille", il va se métamorphoser en "dur-à-cuire" ... C'est le résumé de sa vie.

De retour en France en 1950, il publie son premier roman Le Salaire de la peur, inspiré de son périple en Amérique du Sud. Le livre rencontre immédiatement un immense succès.

Son divorce est prononcé en 1951.

Paraissent ensuite de nouveaux ouvrages tirés de ses expériences : Le Voyage du mauvais larron (récit quasi autobiographique d'un passager clandestin à bord d'un cargo. En vérité, la réalité dépassa la fiction : tout l'équipage lui offrit finalement l'hospitalité à bord afin qu'il puisse écrire...) ; et Schtilibem 41 (sur son éprouvant séjour en prison ; et son apprentissage de l'argot).

Georges Arnaud réalise parallèlement des reportages pour différents journaux.

En 1952, le cinéaste Henri-Georges Clouzot tourne l'adaptation du Salaire de la peur avec Yves Montand et Charles Vanel. L'année suivante, le film est récompensé au Festival de Cannes (Grand Prix et prix d'interprétation à Charles Vanel). Arnaud restera pour le moins réservé quant à la fidélité de cette adaptation ...

En 1953, Henri Girard rencontre sa nouvelle compagne, Rolande dont il a deux filles et qu'il épouse en 1966. Toujours en 1953, sa pièce Les Aveux les plus doux lui vaut un nouveau succès. Édouard Molinaro en tirera en 1970 une adaptation pour l'écran.

En 1957, aux Éditions de Minuit, il signe avec l'avocat Jacques Vergès un manifeste, Pour Djamila Bouhired. Cette dernière, combattante du FLN, soupçonnée d'être une poseuse de bombes, est capturée par les paras français. Torturée, jugée et condamnée à mort en juillet 1957, Djamila Bouhired sera défendue par Jacques Vergès, qui obtiendra que sa peine soit commuée (et épousera sa cliente, libérée en 1962). Pour Djamila Bouhired est, avec le livre d'Henri Alleg La Question, l'un des manifestes qui alerteront l'opinion publique sur les tortures et les mauvais traitements infligés par l'armée aux indépendantistes algériens.

Georges Arnaud est alors arrêté pour non-dénonciation de l'endroit où Francis Jeanson a donné une conférence de presse en faveur de l'indépendance de l'Algérie et des témoins de cette conférence. Il reçoit le soutien de Joseph Kessel, Jean-Paul Sartre, Jacques Prévert, François Maspero, André Frossard, Pierre Lazareff[2] et d'autres personnalités. On s'élève à la fois contre la tentative de violation du secret professionnel, dont Arnaud bénéficie en tant que journaliste et, de plus en plus, contre la pratique de la torture en Algérie qui constitue le véritable enjeu de cette affaire. Inaugurant la stratégie dite d'enfermement militant, Georges Arnaud passe deux mois en prison. Il profite du scandale occasionné pour demander non seulement son acquittement mais aussi des excuses de la part de l'armée. Son procès, qui se tient devant le tribunal permanent des forces armées de Paris, aboutit à une condamnation en sursis à deux années d'emprisonnement. Ce verdict est annulé par la cour de cassation.

En 1962, Georges Arnaud s'installe en Algérie avec sa famille. Il contribue à la création d'une école de journalisme et au lancement du journal Révolution africaine.

En 1972, la tuberculose le contraint à un séjour en France, notamment à Chamonix. Il quitte définitivement l'Algérie en 1974.

De 1975 à 1981, il réalise des reportages pour la télévision française, à propos d'erreurs judiciaires ; et aussi sur la secte Moon, ou sur l'affaire Peiper (ancien SS criminel de guerre, réfugié en Haute-Saône, dont la maison fut incendiée en 1976 - un cadavre non identifiable étant découvert dans les décombres).

En 1984, la famille de Georges Arnaud s'établit à Barcelone où il terminera ses jours. Henri Girard/Georges Arnaud succombe à une crise cardiaque le 4 mars 1987 à Barcelone.

En plus d'être un auteur à succès, il demeure un exemple probant d'intellectuel activiste ; un agitateur ayant permis notamment de mettre en exergue la notion déontologique de "secret professionnel" dans le journalisme.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Le Salaire de la peur, Julliard, 1950
  • Le Voyage du mauvais larron, Julliard, 1951 ; Le Pré aux Clercs, 1987 (édition revue et corrigée)
  • Lumière de soufre, Julliard, 1952
  • Indiens des hauts plateaux, revue 9, n°8, décembre 1952
  • Prisons 53, Julliard, 1953
  • Schtilibem 41, Julliard, 1953 ; Finitude, 2008 (réédition, avec un texte de Pierre Mac Orlan en guise de préface)
  • Les Oreilles sur le dos, Éditions du Scorpion, 1953 ; Julliard, 1974 (édition revue et corrigée)
  • Les Aveux les plus doux, Julliard, 1954
  • Les Aveux les plus doux (scénario), Éditions des Lettres françaises, 1954
  • Indiens pas morts, Delpire Éditeur, 1956
  • Pour Djamila Bouhired, Éditions de Minuit, 1957
  • Maréchal P…, Éditeurs Français Réunis, 1958
  • La plus grande Pente, Julliard, 1961
  • Mon procès, Éditions de Minuit, 1961
  • Préface au Meurtre de Roger Ackroyd d’Agatha Christie, Le Livre de Poche, 1961
  • L’Affaire Peiper : plus qu’un fait divers, Atelier Marcel Jullian, 1978
  • Chroniques du crime et de l’innocence, Jean-Claude Lattès, 1982
  • Juste avant l’aube, en collaboration avec Jean Anglade, Presses de la Cité, 1990

Famille[modifier | modifier le code]

Deux fils : Dominique (1946) et Henri (1947) ; deux filles : Catherine (1962) et Laurence (1964).

Le mystère du triple crime d’Escoire[modifier | modifier le code]

Dans son livre, Du crime d’Escoire au Salaire de la Peur, Jacques Lagrange affirme avoir découvert une intrigue picaresque où apparaissent les Ministères des Affaires Étrangères (où travaillait effectivement Georges Girard, le père, archiviste du "Quai d'Orsay" à Vichy), celui de l’Intérieur, les services secrets, et même un complot d'une faction royaliste.

Cette version est passablement écartée par l'historien Guy Penaud qui, ayant eu accès au dossier constitué par Me Maurice Garçon, a publié un ouvrage complet sur cette affaire : Le triple crime du château d'Escoire (Éditions de La Lauze à Périgueux). Sa thèse est que si Henri Girard (Georges Arnaud) a bénéficié de la clémence des magistrats d'assises et des jurés, c'est parce que le président de la cour d'assises Hurlaux (impliqué dans l'affaire Stavisky) est intervenu auprès de Me Maurice Garçon. (En examinant avec indulgence cette affaire aux assises, il espérait que sa carrière de magistrat serait reconstituée !)

En filigrane de ces commentaires il est question aussi de "barbouzes" anglais et français ...

Comme le constate Roger Martin, le biographe de Georges Arnaud, même la famille de l'auteur ignore encore qui aurait fomenté cette tragique affaire, et à quelles fins ...

Les deux Georges Arnaud : une malheureuse homonymie[modifier | modifier le code]

Georges Arnaud, de son vrai nom, Henri, Georges, Charles, Achille Girard, est contemporain d'un autre écrivain français, dont pour comble d'ironie, Georges Arnaud était le véritable patronyme. Ce dernier a dû signer ses œuvres Georges-Jean Arnaud ou Georges J. Arnaud pour se singulariser. « J’ai souffert énormément qu’il y ait un autre Georges Arnaud … De voir un bouquin aussi bon que Le Salaire de la peur avoir un succès formidable, parce que c’était un certain Georges Arnaud qui, lui-même, avait pris un pseudonyme, j’avais l’impression qu’on m’avait fauché mon nom ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Émission Le triple crime du château d'Escoire sur France-culture.com
  2. Lettre envoyée au tribunal militaire par Pierre Lazareff, citée par Charlotte Delbo, Les Belles Lettres, Les éditions de minuit, 1961, réédit. 2012, p.45.

Biographie[modifier | modifier le code]

  • Roger Martin, Georges Arnaud, vie d'un rebelle, Éditions Calmann-Lévy,‎ 1993, 346 p. (ISBN 2702122183)
  • Guy Penaud, Le Triple crime du château d'Escoire, Éditions de La Lauze,‎ 2002, 333 p. (ISBN 2912032326)

Liens externes[modifier | modifier le code]