Bataille des Quatre Chemins de l'Oie (1795)

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Bataille des Quatre Chemins de l'Oie
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Vue en 2015 du château de l'Hébergement-Hydreau, à L'Oie.
Informations générales
Date
Lieu L'Oie
Issue Victoire vendéenne
Belligérants
Drapeau de la France République françaiseDrapeau de l'Armée catholique et royale de Vendée Vendéens
Commandants
François WatrinFrançois Athanase Charette de La Contrie
Forces en présence
3 265 hommes[1]1 500 à 3 000 hommes[2],[3]
Pertes
~ 20 morts[3],[4]
29 blessés[3],[4]
(selon les républicains)

400 morts[4]
(selon les Vendéens)
Inconnues

Guerre de Vendée

Batailles

Coordonnées 46° 47′ 27,8″ nord, 1° 08′ 08″ ouest
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Bataille des Quatre Chemins de l'Oie
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Bataille des Quatre Chemins de l'Oie

La bataille des Quatre Chemins de l'Oie se déroule le lors de la guerre de Vendée. Lors de ce combat, le camp de L'Oie est pris d'assaut par les Vendéens, mais ces derniers battent aussitôt en retraite après l'arrivée de renforts républicains.

Prélude[modifier | modifier le code]

Début décembre 1795, l'armée vendéenne de Charette se porte au château de Chantenay, à Saint-Denis-la-Chevasse, afin de se procurer des vivres et des fourrages[5]. Le 5 décembre[1],[3],[6], elle attaque le camp de L'Oie, situé sur une hauteur près du château[7] de l'Hébergement-Hydreau, au sud du croisement des Quatre Chemins, où se rencontrent les routes de Nantes à La Rochelle et des Sables-d'Olonne à Saumur. Ce camp est alors occupé par des troupes de la colonne de l'adjudant-général Watrin, qui le 2 décembre avait reçu l'ordre du général Emmanuel de Grouchy, le chef d'état-major de Lazare Hoche, de « s'attacher aux pas de Charette », mais qui n'avait eu le temps de se mettre en mouvement à cause d'un retard de ravitaillement[1],[8].

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Du côté des républicains, l'adjudant-général François Watrin dispose sous ses ordres de 3 265 hommes cantonnés entre Saint-Fulgent et le camp de L'Oie[1],[9]. Cette colonne est alors composée de 1 500 hommes de la 107e demi-brigade, de 460 hommes des chasseurs de Cassel, de 630 hommes du 4e bataillon de volontaires de la Dordogne, de 475 hommes du bataillon des Vengeurs, de 160 hommes du 14e bataillon de volontaires d'Orléans et de 40 hommes de cavalerie[9].

Au moment de l'attaque, le nombre des soldats républicains présents au camp de L'Oie est de 800 selon Watrin[3], de 800 à 1 200 selon l'administrateur républicain de Fontenay-le-Comte André Mercier du Rocher[3] et de 2 000 selon l'officier vendéen Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière[10]. L'historien Lionel Dumarcet retient le nombre de 800 hommes[1]. Ceux-ci appartiennent à la 107e demi-brigade[1].

Les forces vendéennes de Charette sont quant à elles évaluées à 3 000 hommes, dont 200 cavaliers, par André Mercier du Rocher[3],[A 1]. Lionel Dumarcet estime pour sa part plutôt leur nombre entre 1 500 et 2 000[2]. Jean-Baptiste de Couëtus dirige l'avant-garde et Lucas de La Championnière commande la division du Pays de Retz en l'absence de Faugaret[7]. Beaumel et Colin sont à la tête de la cavalerie[7].

Déroulement[modifier | modifier le code]

La veille de l'attaque, les Vendéens couchent à Saint-Martin-des-Noyers[1]. Le lendemain, ils lancent l'assaut contre le camp de L'Oie à 3 heures de l'après-midi[1].Les républicains y sont totalement surpris et s'enfuient en direction de Saint-Fulgent[1].

Les Vendéens mettent d'abord en fuite les avant-gardes républicaines, qui étaient dispersées dans les environs du camp pour saisir des bestiaux[3],[10],[7]. D'après le récit de Lucas de La Championnière, les fuyards jettent la confusion parmi les défenseurs du camp et les entraînent avec eux dans leur déroute[10],[7]. Le camp tombe ainsi très rapidement aux mains des Vendéens, mais les républicains se rallient sur la route de Saint-Fulgent[10],[7]. Une fusillade s'engage alors entre les républicains et l'infanterie vendéenne qui occupe le camp[7]. Pendant ce temps, la cavalerie vendéenne fait son apparition à l'angle du parc du château de L'Oie[7]. La cavalerie et l'infanterie attaquent alors ensemble et mettent en déroute les républicains qui s'enfuient en direction de Saint-Fulgent et qui sont poursuivis au-delà du croisement des Quatre Chemins[7].

Cependant de nouvelles troupes républicaines font leur apparition[1],[7]. Alerté par le bruit de la fusillade, l'adjudant-général Watrin mène une contre-attaque avec le bataillon de la Dordogne et le bataillon des Vengeurs[1],[6]. Charette donne alors l'ordre de la retraite et ses troupes évacuent le camp avec leur butin[1].

Watrin renonce à se lancer à la poursuite des Vendéens à cause de la tombée de la nuit[6]. Il se retranche avec ses troupes à l'intérieur du château[1] et fait démolir les murs du parc pour établir des retranchements à hauteur d'hommes[6]. Il y fait également parquer les bestiaux saisis[6]. Les républicains attendent jusqu'au lendemain une nouvelle attaque des Vendéens qui n'arrivera pas, Charette s'étant replié sur le bois du Détroit, avant de se porter à Saligny le 7 décembre[1].

Pertes[modifier | modifier le code]

Dans son rapport adressé le soir du 5 décembre au général Lazare Hoche[A 2], l'adjudant-général Watrin affirme que les pertes parmi les défenseurs du camp sont d'environ 50 hommes, dont 29 blessés[3],[4],[6]. L'officier vendéen Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière donne cependant dans ses mémoires un bilan bien plus lourd et affirme qu'au moins 400 républicains ont été tués lors du combat[10],[4],[A 3].

Les pertes vendéennes ne sont pas connues. D'après Lucas de La Championnière, Beaumel, le chef de la cavalerie, est blessé[7]. Il fait également mention de la mort du capitaine Fontaine et d'un cavalier nommé Labbé[7].

Le lendemain du combat, les Vendéens relâchent une vivandière de la 107e demi-brigade, ainsi que quatre femmes hollandaises et un enfant, domestique d'un officier, qui avaient été capturés lors de la prise du camp[3],[1],[6].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « 800 à 1,200 hommes, cantonnés aux Quatre-Chemins, étaient dispersés pour faire des enlèvements de bestiaux. Charette tombe à l'improviste sur 400 avec 3,000 hommes et 200 cavaliers. Quelques détachements sont revenus au bruit de la fusillade, commencée à onze heures du matin. Les brigands ont brûlé les baraques des troupes[3]. »

    — André Mercier du Rocher, Journal, le 14 frimaire (5 décembre).

  2. « Mon général, je vous écris les larmes aux yeux, de voir que des soldats, dans la bravoure desquels j’avais tant de confiance, se sont laissés surprendre et dérouter pour un moment par les brigands. Ce soir, sur les trois heures, la 107e demi-brigade fut vigoureusement attaquée par les rebelles, qui l’ont cernée de toutes parts, en sortant des bois qui environnent le château de l’Oie. Il ne restait qu’environ 800 hommes qui, saisis d’une terreur panique, ont pris la fuite à toutes jambes et n’ont pas voulu se rallier à la voix de leurs chefs. Les brigands les ont chargés jusqu’à la moitié de la route des Quatre-Chemins à Saint-Fulgent, et en ont tué ou blessé environ une cinquantaine. Au bruit de la fusillade, j’ai de suite envoyé deux compagnies de grenadiers, et, un moment après, un chasseur d’ordonnance est venu me dire que la troupe se déroutait. J’ai marché sur-le-champ, avec les bataillons le Vengeur et de la Dordogne. A notre aspect, les brigands ont pris la déroute et nous nous sommes emparés de la position du château de l’Oie. Il est malheureux que la nuit soit venue sitôt ; nous les eussions poursuivis plus avant et aurions repris notre revanche. Toutes les baraques ont été brûlées, la majeure partie des sacs pris ainsi que deux drapeaux, restés dans l’église.

    Qu’il est dur mon général d’avoir à vous annoncer de pareilles nouvelles. Le commandant de la demi-brigade et le chef de bataillon ont fait leur devoir en bon militaire, mais le soldat, lâche, n’a pas obéi à leurs ordres. Il faudrait dans cet endroit au moins 30 hommes de cavalerie, car les brigands en avaient beaucoup, parmi lesquels on a très bien distingué des panaches, des ceintures et de beaux habits rouges. Je saurai, dans peu, quels étaient ces brillants cavaliers. Je suis ici sans chirurgien. J’ai 29 blessés que j’enverrai demain à Montaigu. Demain, à la pointe du jour, j’irai avec quatre compagnies, revoir la 107e, pour l’encourager, et je fouillerai les bois en m’en revenant. Je ne puis concevoir comment cette demi-brigade, qui s’est si bien distingué au Nord, se laisse battre et épouvanter par des brigands. C’est le sort des troupes venues des armées extérieures. Ils m’ont bien promis de venger leurs camarades. J’ai le cœur navré de douleur, mais je ne suis pas découragé[6],[3]. »

    — Rapport de l'adjudant-général Watrin, le 5 décembre au camp de L'Oie, au général en chef Hoche.

  3. « Nous souffrions souvent de la faim, mais la disette des fourrages nous incommodait encore plus ; nous nous portâmes du côté de Chatenai où ils étaient plus abondants et M. Charette voulut essayer de délivrer la division, où nous nous trouvions, du voisinage des républicains qui étaient cantonnés près du château de l'Oie. Nous fûmes coucher au bourg de Saint-Martin et nous nous approchâmes le lendemain du lieu du combat.

    La victoire nous avait toujours accompagnés dans cet endroit, elle nous traita encore en favoris pour la dernière fois. Dès la première attaque, nous chassâmes l'ennemi du camp ; il essaya vainement de se mettre en bataille sur la grande route ; nous avions saisi l'avantage du terrain, l'intrépidité de quelques cavaliers fit le reste. Les républicains étaient au nombre de 2 000 ; il en resta au moins 400 sur la place, les autres battirent en retraite et durent avoir beaucoup de blessés. Nous fûmes forcés, malgré la victoire, de nous retirer en grande hâte de peur d'être cernés par les détachements qui accouraient de toutes parts.

    [...]

    Nous avions pris dans le combat de la veille plusieurs femmes hollandaises dont quelques-unes étaient fort belles ; on avait décidé le matin, qu'on les reconduirait vers leur camp pour qu'elles puissent rejoindre leurs maris[10]. »

    — Mémoires de Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière.

    « Ce petit combat qui fut notre dernière victoire est une des plus jolies petites affaires que nous ayons eues. Nous attaquâmes en plein jour. M. de Couëtus avait le commandement de l'avant-garde. Dans l'absence de Faugaret, je conduisais la division de Retz avec Fontaine, capitaine de la deuxième compagnie, Beaumel et Colin commandant la cavalerie ; Marchais en arrière de la division avec une compagnie seulement. Les gardes avancés nous aperçurent et s'élancèrent sur nous. Nous nous fusillâmes à brûle-pourpoint. Les républicains reculèrent ; Colin passa en avant et, ce que nous étions d'officier nous réunissant à lui, nous les chargeâmes si vigoureusement que leur corps entier, qui se mettait en bataille dans le camp, fut entraîné par les fuyards jusque sur le grand chemin où trois officiers à cheval parvinrent à les mettre en ordre. Nous étions prêts d'entrer dans leurs rangs, lorsqu'une décharge de mousqueterie nous força à tourner bride, Beaumel fut blessé. Un cavalier de la compagnie volontaire nommé Labbé, homme fort brave, y fut tué et nous fûmes repoussés. Mais à l'angle du parc du Château de l'Oie, nous trouvâmes la cavalerie entière qui arrivait. Notre infanterie, en même temps, s'était emparée du camp qui se trouvait sur une hauteur, et de là, fusillait avec avantage les républicains placés plus bas. Tous ensemble nous nous précipitâmes de nouveau et nous mîmes nos adversaires en parfaite déroute. Colin, suivi de ses cavaliers, coupa la queue de la colonne et en sépara environ trois cents hommes qui furent percés de coups de sabres et de baïonnettes. Nous les poursuivîmes jusqu'au delà des Quatre Chemins. Plusieurs détachements arrivaient de tous côtés. M. Charette fit battre en retraite. Le dernier coup de fusil que l'ennemi tira, blessa au genou mon brave compagnon Fontaine. Il en mourut au bout de quelques semaines, après avoir été transporté de forêts en forêts. Un jour, cet hôpital ambulant fut rencontré par une colonne républicaine. Plusieurs blessés étaient couchés sur un lit de feuillage, abandonnés par l'escorte qui devait les accompagner. Le Général républicain mit pied à terre, causa avec les blessés, plaignit leur sort et leur fit distribuer quelques rations de pain. Mais les traînards enlevèrent le pain et les couvertures. La troupe des Quatre-Chemins était composée de cette terrible demi-brigade de l'Allier qui avait voulu incendier Nantes. Ils se battirent mal[7]. »

    — Lettre de Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière à l'historien Alphonse de Beauchamp en 1806.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k l m n et o Dumarcet 1998, p. 487-488.
  2. a et b Dumarcet 1998, p. 533.
  3. a b c d e f g h i j k et l Chassin, t. II, 1899, p. 208-209.
  4. a b c d et e Dumarcet 1998, p. 490.
  5. Gras 1994, p. 162.
  6. a b c d e f g et h Chatellier 1875, p. 33-35.
  7. a b c d e f g h i j k l et m Lucas de La Championnière 1994, p. 183.
  8. Chatellier 1875, p. 29-30.
  9. a et b Chatellier 1875, p. 29.
  10. a b c d e et f Lucas de La Championnière 1994, p. 134-135.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charles-Louis Chassin, Les pacifications dans l'Ouest, t. II, éditions Paul Dupont, . Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Armand du Chatellier, Correspondance de François Watrin : adjudant général de Hoche, pendant les guerres de Vendée, Dumoulin, Guillaumin et Cie, , 100 p. (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Lionel Dumarcet, François Athanase Charette de La Contrie : Une histoire véritable, Les 3 Orangers, , 536 p. (ISBN 978-2-912883-00-1). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Yves Gras, La guerre de Vendée : 1793-1796, Paris, Economica, coll. « Campagnes et stratégies », , 184 p. (ISBN 978-2-7178-2600-5). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière, Lucas de La Championnière, Mémoires d'un officier vendéen 1793-1796, Les Éditions du Bocage, , 208 p. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article