Ahmed Ben Bella
| Ahmed Ben Bella احمد بن بلة |
||
Ahmed Ben Bella en 1964. |
||
| Fonctions | ||
|---|---|---|
| Président de la République algérienne démocratique et populaire | ||
| – (1 an, 9 mois et 4 jours) |
||
| Gouvernement | Ben Bella II et III | |
| Prédécesseur | Ferhat Abbas (président de l'Assemblée nationale constituante) | |
| Successeur | Houari Boumédiène (président du Conseil de la Révolution) | |
| Président du Conseil des ministres (chef de l'État) |
||
| – (11 mois et 19 jours) |
||
| Chef de l'État | lui même | |
| Gouvernement | Ben Bella I | |
| Prédécesseur | Poste créé | |
| Successeur | Mohamed Abdelghani (indirectement, Premier ministre) | |
| Président du Front de libération nationale | ||
| – (2 ans, 8 mois et 23 jours) |
||
| Prédécesseur | Ferhat Abbas | |
| Successeur | Houari Boumédiène | |
| Ministre des Affaires étrangères (intérim) |
||
| – (5 mois et 7 jours) |
||
| Président | Lui-même | |
| Gouvernement | Ben Bella I | |
| Prédécesseur | Mohamed Khemisti | |
| Successeur | Abdelaziz Bouteflika | |
| Vice-président du Gouvernement provisoire de la République algérienne Ministre d'État |
||
| – (3 ans, 10 mois et 3 jours) |
||
| Président | Ferhat Abbas Omar Oussedik Benyoucef Benkhedda |
|
| Successeur | Ahmed Ben Bella | |
| Biographie | ||
| Date de naissance | ||
| Lieu de naissance | Maghnia (Algérie) | |
| Date de décès | (à 95 ans) | |
| Lieu de décès | Alger (Algérie) | |
| Nationalité | ||
| Parti politique | Front de libération nationale (FLN) | |
| Religion | Islam sunnite | |
| Résidence | Palais d'El Mouradia (Alger) | |
|
|
||
|
|
||
| Chefs de gouvernement algériens Présidents de la République algérienne démocratique et populaire |
||
| modifier |
||
Ahmed Ben Bella[1] (en arabe : احمد بن بلة), né le à Maghnia près de Tlemcen en Oranie, au nord-ouest de l'Algérie (alors département français) et mort le à Alger[2], est un combattant de l'indépendance algérienne et un homme d'État algérien d'origine marocaine. Il est président du Conseil des ministres de 1962 à 1963 puis le premier président de la République de 1963 à 1965.
Ben Bella est un des neuf « chefs historiques » du Comité révolutionnaire d'unité et d'action (CRUA), à l'origine du Front de libération nationale (FLN), parti indépendantiste algérien. Il est arrêté pendant la guerre d'Algérie mais prend part à l'indépendance du pays à la tête du FLN et devient le premier président de la République algérienne le , poste qu'il cumule avec celui de Premier ministre. Il occupe cette dernière fonction depuis le . Il est destitué par le coup d’État du 19 juin 1965 mené par son vice-Premier ministre, le colonel Houari Boumédiène[3].
Biographie[modifier | modifier le code]
Enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]
Ahmed Ben Bella est d'origine marocaine par ses parents, petits paysans émigrés de la région de Marrakech[4],[5],[6],[7]. Il a déclaré lui-même être issu de la tribu arabe des Banu Hassan Makil, interview accordée à Al Jazeera dans Témoin de son époque[8]. Né à Maghnia dans la région oranaise, en Algérie, sa date de naissance n'est pas connue avec exactitude (entre 1914 et 1916), mais son historiographie retient 1916[5]. Il fait ses études secondaires à Tlemcen[5].
Footballeur[modifier | modifier le code]
Ben Bella, qui pratiquait le football dans sa ville natale, a joué pour l'Olympique de Marseille lors de la saison 1939-1940[9] — il ne joue qu'un match de coupe de France, contre le FC Antibes (victoire 9-1 à Cannes, dont un but de Ben Bella) — et aussi pour l'équipe de France militaire au poste de milieu de terrain alors qu'il était sous-officier, engagé dans la Seconde Guerre mondiale[10].
Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]
Durant la Seconde Guerre mondiale, Ben Bella combat dans les forces armées françaises au sein du 5e régiment de tirailleurs marocains de la 2e division d'infanterie marocaine (2e DIM)[5].
En 1944, il participe à la bataille du Monte Cassino au sein du corps expéditionnaire français en Italie commandé par le général Juin, puis à la libération de la France et à la campagne d'Allemagne (1945) au sein de la 1re armée du général de Lattre de Tassigny. Promu adjudant, il est cité quatre fois dont deux fois à l'ordre de l'Armée et décoré de la Médaille militaire par le général de Gaulle en en Italie[11],[12].
Guerre d'Algérie[modifier | modifier le code]
Marqué par les massacres de Sétif et Guelma du 8 mai 1945 et après avoir été initié par Mohammed El Kébir qu’il remplaça alors que celui-ci était sur le point de faire l’objet d’une arrestation, Ben Bella adhère au Parti du peuple algérien (PPA) et au Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), de Messali Hadj. Il est ensuite élu conseiller municipal de sa ville en 1947[5]. Membre de l'O.S. dirigée par Hocine Aït Ahmed avec Rabah Bitat, il participe au braquage de la poste d'Oran de 1949 afin de financer le parti[13].
En mai 1950, il est arrêté à Alger, jugé coupable, il est condamné à sept ans de prison. Il s'évade en 1952 et se réfugie au Caire auprès d'Hocine Aït Ahmed et de Mohamed Khider avec qui il formera plus tard la délégation extérieure du Front de libération nationale (FLN)[14]. Il est arrêté une deuxième fois le lorsque l’avion civil marocain qui le conduisait du Maroc à la Tunisie en compagnie de Mohamed Boudiaf, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Khider et Mostefa Lacheraf est détourné par les forces armées françaises[5]. Il faillit se faire tuer lors d'une mission française dirigé par Jacques Burgeat . Il arriva à s'échapper pendant la nuit après plusieurs heures d’intenses échanges de tirs[réf. nécessaire].
Algérie indépendante[modifier | modifier le code]
Libéré en 1962 après 6 ans d'emprisonnement et de résidence surveillée en France d'abord à la prison de la Santé, ensuite au fort Liédot sur l'île d'Aix, puis au château de la Fessardière à Turquant et finalement au château d'Aunoy, il participe au congrès de Tripoli où un différend l'oppose au Gouvernement provisoire de la République algérienne (GRPA). Après les accords d'Évian, il critique en effet la légitimité du gouvernement provisoire et se heurte à Mohamed Boudiaf et Krim Belkacem. Il rentre à Alger, l'Assemblée nationale constituante l'investit le 27 septembre 1962, par 159 voix sur 179 votants. Ahmed Ben Bella devient ainsi le président du Conseil.
Ben Bella a pour objectif de construire un socialisme typiquement algérien (liens avec Cuba et la France à la fois). Il lance une réforme agraire, nationalise le commerce et l'industrie et cherche à promouvoir l'autogestion sur les conseils du révolutionnaire trotskiste Michel Pablo[5]. Il fait par ailleurs expulser du parti, de l'armée et de l'administration ses rivaux lorsqu'il devient secrétaire général du bureau politique du FLN en avril 1963. Son dauphin désigné est alors le colonel Boumédiène. Après l'adoption d'une constitution, il est élu en septembre 1963 président de République algérienne, il réduit les insurrections kabyles et les diverses oppositions politiques. Soutenu par l'Égypte et par Cuba, il s'engage dans la guerre des sables contre le Maroc. Il se rapproche des puissances communistes, Chine et U.R.S.S..
Partisan du panarabisme et admirateur du colonel Nasser, il entreprend une politique d'arabisation de l'enseignement et fait appel à des instituteurs égyptiens.
Renversement et exil[modifier | modifier le code]
Il est renversé par le coup d'État de Houari Boumédiène le 19 juin 1965 à Alger, emprisonné jusqu'en , puis assigné à résidence jusqu'à sa libération en octobre 1980. Durant cette période, vers les années 1970, il épouse Zohra Sellami, le couple adopte par la suite deux filles et un garçon handicapé[15]. Zohra Sellami décédera le 23 mars 2010 à Paris à l’âge de 67 ans.
Gracié par le président Chadli Bendjedid, il s'exile en Suisse à partir de l'année 1981[5]. Il crée alors le Mouvement pour la démocratie en Algérie et se rapproche d'un autre « chef historique » exilé de la révolution algérienne, Hocine Aït Ahmed. Revenu en France, il charge Gilbert Marquis, trotskyste pabliste, de diriger des revues d'opposition au régime algérien, toutes interdites par Paris pour motif diplomatique[16],[17]. Son avocat, Ali Mécili, est assassiné à Paris, en 1987, par la Sécurité militaire [16],[17].
Il revient en Algérie le . Il assiste à la prestation de serment du président Abdelaziz Bouteflika en 2009 et il prône la réconciliation avec les islamistes en Algérie[14].
Retour d'exil[modifier | modifier le code]
Après son retour à Alger en 1990, il se retire de la vie politique et se consacre à des dossiers internationaux tels que la Palestine et l'Irak et rejoint les altermondialistes pour lutter contre « la mondialisation capitaliste »[14]. En 1990, il soutient fermement le régime de Saddam Hussein et prône une « alliance arabe contre l'agression occidentale en Irak ». Ainsi il déclare « Les Algériens iront combattre, car là-bas ce sont les intérêts de tous les Arabes qui sont menacés et nous assistons à la naissance d'une croisade, une autre croisade lancée contre les peuples arabes »[18].
En 1995, Ben Bella signe à Rome, avec les représentants de six autres formations et des personnalités politiques, la Plate-forme de Sant'Egidio pour la sortie de crise et pour le retour à la paix. Les signataires du « Contrat national » dit de Rome s'entendent sur un contrat politique constitué d'un ensemble d’engagements dont les plus importants sont l’alternance au pouvoir, la liberté de culte, la primauté de la loi légitime sur tout autre loi issue d’assemblées non élues légitimement, l’égalité des citoyens sans distinction d’aucune sorte, l’accession au pouvoir par des moyens pacifiques, le rejet de la violence pour se maintenir au pouvoir ou pour y parvenir.
Il continue de revendiquer la lutte contre le colonialisme occidental et pour la défense du panarabisme[18]. Il déclare dans Jeune Afrique en : « Il faut faire l'Union du Maghreb. C'est tout à fait possible. Comment pourrais-je penser autrement alors que, même si je suis né en Algérie, même si j'ai été le chef de la rébellion algérienne, ma mère et mon père étaient tous deux marocains »[18]. Il fait par ailleurs de l'écologie l'une de ses principales préoccupations[5].
En 2007, il est nommé président du groupe des Sages de l'Union africaine[5]. Par la suite, il devient membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine dont les travaux ont commencé le .
Décès et funérailles[modifier | modifier le code]
Le , il est transféré d'urgence dans un hôpital parisien[19]. Le , il meurt à Alger. Le gouvernement algérien décrète un deuil national de huit jours ; ses funérailles sont suivies par les plus hautes autorités algériennes et par des chefs d'État ou de gouvernement des pays voisins. En revanche, la presse algérienne relève le « silence troublant de la France officielle », l'attribuant directement, en plein cœur de la campagne présidentielle française, à une volonté de récupérer « l'électorat d'extrême droite, des Pieds-Noirs »[20]. Il est inhumé le à Alger au carré des Martyrs du cimetière El-Alia.
Lors de son décès et de ses funérailles, au niveau international, de nombreux États, personnalités, mouvements et médias se sont manifestés pour lui rendre un dernier hommage.
Le 16 avril 2012, le président de la République algérienne Abdelaziz Bouteflika annonce la publication d'un décret renommant l'aéroport d'Oran : « Aéroport international d'Oran Ahmed Ben Bella », en hommage au premier président de la République Ahmed Ben Bella[21].
Reconnaissances[modifier | modifier le code]
- Croix de guerre 1939-1945 : 4 citations dont deux à l'ordre de l'Armée (2 palmes)[22],[23]
- Médaille militaire
- Héros de l'Union soviétique le [24].
- Prix Lénine pour la paix le [24].
- Prix Kadhafi des droits de l'homme en 1995.
- Grand cordon du Wissam alaouite (Maroc) en janvier 2007[25].
Bibliographie[modifier | modifier le code]
- Gérard Streiff, Ben Bella et la Libération de l'Algérie, Paris, Éditions Oskar, 2011 (ISBN 2-3500-0798-7)
- Robert Merle, Ahmed Ben Bella, Paris, Éditions Gallimard, 1965 (ISBN 2-0702-4420-2)
- Yves Courrière, La Guerre d'Algérie 1954-1957 Tome 1, Paris, Éditions Fayard, 2001 (ISBN 2-21361-118-1)
- Yves Courrière, La Guerre d'Algérie 1957-1962 Tome 2, Paris, Éditions Fayard, 2001 (ISBN 2-21361-121-1)
Notes et références[modifier | modifier le code]
- Ahmed Ben Bella, France Culture, « À voie nue », Séverine Labat (5 émissions de 28 minutes - mai 2005)
1/5- Les années de formation
2/5- Révolutionnaire professionnel
3/5- À la tête de la République Algérienne indépendante
4/5- Les grandes causes défendues
5/5- Réconciliateur national - « Ahmed Ben Bella, premier président de l'Algérie, est mort », sur Le Parisien, (consulté le 11 avril 2012)
- « Le 19 juin 1965: le jour où l'espoir républicain a été assassiné », sur Al Huffington Post (consulté le 11 janvier 2018)
- L'Algérie en guerre: Abane Ramdane et les fusils de la rébellion de Bélaïd
- Ben Bella, héros de l'indépendance algérienne, Le Monde.fr du 11/04/2012
- Ben Bella est mort
- http://www.aljazeera.net/programs/pages/13a59a82-cf24-4e8b-bf03-790355402735
- « Ahmed Ben Bella est un Béni Hassane », sur www.cridem.org (consulté le 20 septembre 2015)
- « Ben Bella, la mort d'un indépendant », La nouvelle République, (lire en ligne)
- Effectif - 1939/1940 (D1-se) - Ahmed Ben Bella - OM-Passion - Olympique de Marseille
- Ahmed Ben Bella, « De Gaulle voyait plus loin », L'Express, (lire en ligne).
- Robert Merle, Ahmed Ben Bella, Edició de Materials, .
- Algérie : qui était Ben Bella, in L'Express, 11 avril 2012
- Décès de Ahmed Ben Bella, premier président de l'Algérie, Le Monde.fr avec AFP du 11/04/2012
- « Ahmed Ben Bella : une personnalité réservée et pudique - JeuneAfrique.com », JeuneAfrique.com, (lire en ligne)
- Serge Marquis, Gilbert Marquis, mon père…, Médiapart, 9 février 2015
- Mohammed Harbi, Gilbert Marquis, nécrologie du Monde, 11 février 2015
- L'Algérie en deuil d'Ahmed Ben Bella, Patrick Bèle, Le Figaro.fr, 11 avril 2012
- Chadli Bendjedid et Ahmed Ben Bella hospitalisés à Paris. Le Matin du 5 janvier 2012.
- « Mort d'Ahmed Ben Bella : le silence troublant de la France officielle », Le Matin, (lire en ligne).
- "L’aéroport international d’Oran Essenia baptisé du nom d’Ahmed Ben Bella ", sur le site d'Algérie Presse Service. Consulté le 16/04/2012.
- Robert Merle, Ahmed Ben Bella, Edició de Materials, 1965, p. 59
- Texte d'une citation à l'ordre de Corps d'armée décernée lors de la Campagne d'Italie : « Sous-officier de renseignements d’un courage exemplaire. Au cours de l’attaque des 12 et 13 janvier, a sans cesse stimulé les tirailleurs de sa section par son audace et son exemple. A rempli de nombreuses missions de liaison, malgré les bombardements et les tirs d’armes automatiques. Toujours volontaire pour relever les blessés et les panser quand il n’avait pas d’autre mission. Le 14 décembre 1943, avait relevé lui-même d’un champ de mines exposé aux vues et aux tirs de l’ennemi le corps d’un tirailleur de sa compagnie. », Ordre général No 35, du 9 mars 1944, signé par le futur maréchal Juin.
- (ru)Héros de l'Union soviétique №11221 Consulté le sur warheroes.ru
- Saïd Kacem, « Ben Bella décoré par Mohammed VI : Il a été destinataire du Wissam alaouite », L'Expression, (lire en ligne)
Voir aussi[modifier | modifier le code]
Articles connexes[modifier | modifier le code]
- Guerre d'Algérie
- Liste des chefs d'État de l'Algérie
- Liste des chefs du gouvernement algérien
- Liste des gouvernements algériens
Liens externes[modifier | modifier le code]
- « Quelques heures avant : Ben Bella » [vidéo], sur ina.fr, Cinq colonnes à la une, RTF,
- Notices d'autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Bibliothèque nationale de France (données) • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • Bibliothèque royale des Pays-Bas • WorldCat
- Président de l'Algérie
- Personnalité politique algérienne
- Personnalité du Parti du peuple algérien
- Nationaliste arabe
- Membre du Front de libération nationale (Algérie)
- Personnalité de la guerre d'Algérie
- Titulaire de la croix de guerre 1939-1945
- Titulaire de la médaille militaire
- Footballeur algérien
- Leader indépendantiste
- Héros de l'Union soviétique
- Joueur de l'Olympique de Marseille
- Parrain du Tribunal Russell sur la Palestine
- Naissance en décembre 1916
- Naissance à Maghnia
- Décès en avril 2012
- Décès à Alger
- Décès à 95 ans
- Personnalité enterrée au cimetière d'El Alia