Kurde (langue)

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Kurde
kurdî, کوردی
Image illustrative de l’article Kurde (langue)
Pays Turquie, Irak, Syrie, Iran, Arménie
Nombre de locuteurs environ 44 millions
Nom des locuteurs kurdophones
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-1 ku
ISO 639-2 kur
ISO 639-3 kur
IETF ku
Linguasphere 58-AAA
Glottolog kurd1259
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voit le texte en français) Bend 1: Hemû mirov azad û di weqar û mafan de wekhev tên dinyayê. Ew xwedî hiş û şuûr in û divê li hember hev bi zihniyeteke bratiyê bilivin.
Carte
Distribution des variétés du kurde.
Distribution des variétés du kurde.
Les costumes kurdes sont aussi variés que les langues kurdes. Ici photographiés en 1873 par le Français Pascal Sebah à l'exposition universelle de Vienne, le premier homme vient de Mésopotamie, le 2e de Mardin, et le 3e de Diyarbekir[1].

Le kurde (en kurde : kurdî) est une langue indo-européenne appartenant à la branche des langues iraniennes occidentales. Il est parlé par les Kurdes (environ 44 millions de personnes), qui peuplent une vaste région appelée Kurdistan et divisée entre la Turquie centrale et surtout orientale, le nord-ouest de l'Iran, notamment occidental, l'Irak septentrional et la Syrie septentrionale[2].

Il n’existe pas qu’une langue kurde mais plusieurs dialectes ou langues ; de surcroît plusieurs alphabets sont utilisés pour écrire le kurde. Toutefois, même si les frontières et les répressions ont empêché les Kurdes de travailler à la standardisation de leur langue, c’est essentiellement par la langue que s’affirme l’identité kurde[3].

Classification[modifier | modifier le code]

Le kurde appartient à la famille des langues indo-européennes et ses dialectes se rattachent au sous-groupe nord-ouest de la branche des langues indo-iraniennes. Bien que la langue kurde ne soit pas unifiée, elle se distingue des autres langues iraniennes occidentales. La langue la plus proche du kurde est le persan, langue nationale de l’Iran, de l’Afghanistan et du Tadjikistan. La proximité entre le kurde et le persan est comparable à celle qui existe entre l’allemand et le danois[4],[3].

Dialectologie[modifier | modifier le code]

Les conditions historiques (divisions politiques et religieuses, occupations étrangères), géographiques (relief très montagneux) et sociales (structures tribales) ont empêché l'élaboration d'une langue kurde unifiée. On distingues ainsi de nombreux dialectes.

Généralement, on admet que les dialectes kurdes se divisent en trois groupes principaux :

  • le groupe des dialectes du nord (kurde septentrional), appelé kurmandji (10 sous-dialectes), qui a le plus grand nombre de locuteurs. Il est parlé par la majorité des Kurdes de Turquie, de Syrie, de la CEI et par une partie des Kurdes en Irak, où il est appelé behdinî, dans la partie septentrionale du Kurdistan d'Iran et au Khorasan, soit environ 60 % des Kurdes au total. Cette langue est également parlée par 200 000 kurdophones installés autour de Kaboul, en Afghanistan[2],[3].
  • le groupe des dialectes du centre (kurde central), appelé sorani (11 sous-dialectes), parlés en Irak central, au sud du grand Zab (provinces de Hewlêr et de Suleimaniye) et en Iran, dans la partie centrale de la zone kurdophone. Il est parlé par 30 % des Kurdes.
  • le groupe des dialectes du sud aussi appelé groupe pehlewani ou pahlawanik dans certaines sources (8 sous-dialectes). Ces dialectes sont parlés en Irak du sud (province de Diyala) et dans les régions du sud du Kurdistan iranien[3]. Ce groupe est caractérisé par une certaine hétérogénéité, et l'on y inclut le kermanchahî, le kalhorî, le sanjabî, le lakkî et, pour certains linguistes, le lorî du Posht-e Kuh[5].

Deux autres branches sont parfois contestées en tant que langues kurdes par les linguistes persanophones :

  • le groupe dimili (8 sous-dialectes) ou zazaki (appelé parfois kurde occidental, parlé principalement dans le Kurdistan turc). Les dialectes zaza ou dimili sont parlés par 3 ou 4 millions de locuteurs, au Kurdistan de Turquie, dans une zone comprise entre Diyarbakır, Sivas et Erzurum.
  • le groupe hewramani ou hewrami (4 sous-dialectes), appelé aussi gorani (gurani) du nom de l'un des dialectes qui y est assimilé. Il est appelé parfois kurde oriental. Ces dialectes sont parlés au sud des régions kurdes de l'Irak et de l'Iran. Le hewrani est parlé en Irak[3]. Le dialecte Mukriani est parlé dans les villes de Piranshahr et de Mahabad (Piranshahr et Mahabad sont les deux principales villes de Mukrian)[6].

Mais les locuteurs de ces deux groupes (zaza et gurani) se considèrent eux-mêmes comme des Kurdes. À ce sujet, il faut noter que le fait d'inclure le zaza et le gurani dans les langues kurdes n’est pas une innovation des nationalistes kurdes puisque l’auteur kurde de la fin du XVIe siècle, Sharaf Khan Bidlisi, considère déjà ces sous-groupes comme étant des Kurdes. Au XVIIe siècle, le voyageur turc Evliya Çelebi fait de même. Plus tôt encore, au XIVe siècle, nous trouvons des références où des Gurani s’identifient eux-mêmes comme Kurdes : c’est le cas du mystique Jalaluddin Yusuf al-Kurani at-Tamliji al-Kurdi qui écrivait en arabe[3].

Le linguiste Philipp G. Kreyenbroek considère, lui, que le kurmandji et le sorani, devraient être considérés grammaticalement comme de véritables langues et non comme des dialectes. D’un point de vue grammatical, ils diffèrent autant que l’anglais par rapport à l’allemand. Le sorani n’a ni genres ni suffixes casuels (comme l’anglais) alors que le kurmandji a les deux, par exemple. Les différences de vocabulaire et de prononciation sont relativement importantes et de nombreux Kurmandjophones ne peuvent pas comprendre les Soranophones. En outre, il y a des différences entre les sous-dialectes locaux et régionaux, où il y a désaccord sur la façon d’exprimer les choses[7]. Toutefois, cette théorie est rejetée par la plupart des linguistes et des kurdologues, qui mettent en avant qu'il n'y a pas de césure entre le kurmandji et le soranî, et qu'il s'agit bien de la même langue, procédant des mêmes racines, malgré les différences lexicales et idiomatiques[8].

Statut officiel[modifier | modifier le code]

Les dialectes ou langues kurdes, comme toutes les autres langues des minorités, sont exclus de l’enseignement public en Turquie, en Iran et en Syrie, ainsi que de l’enseignement supérieur ; d’où la lutte que mènent les Kurdes pour sa reconnaissance par les États-nations où ils vivent[3].

En Turquie, les Kurdes sont obligés de connaître la langue turque qui, d’après la Constitution, est la langue maternelle de tous les citoyens turcs : « Aucune langue autre que le turc ne peut être enseignée aux citoyens turcs en tant que langue maternelle » (art. 42, alinéa 9). Jusqu’en 1991, il était illégal de parler kurde en Turquie y compris en privé[3].

En Arménie, comme en Azerbaïdjan, le kurde a le statut de langue minoritaire, et peut donc être étudié dans l’enseignement primaire. Au Liban, le kurde est enseigné durant les trois années du primaire supérieur. Dans ces trois pays, c’est l’alphabet latin qui est utilisé pour écrire le kurde. Du temps de l’Union soviétique, dans les républiques du Caucase, le kurde s’écrivait avec l’alphabet cyrillique[3].

Au Kurdistan irakien (depuis 1991)[modifier | modifier le code]

Le kurde est, avec l'arabe, la langue officielle du Kurdistan irakien, région autonome fédérale du nord de l'Irak[9].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les chercheurs s'interrogent sur les raisons de la différenciation, au sein du groupe ouest-iranien, des langues kurdes ou de la langue kurde à travers ses différents dialectes. Cette distinction est particulièrement frappante avec le persan, bien que ce dernier appartienne au même groupe occidental et ait été la langue officielle de l'Iran depuis plus de 2 500 ans[non pertinent].

Probablement, le relief, qui rend difficiles les communications, mais aussi le mode de vie de nombreuses tribus kurdes semi-nomades ont favorisé le maintien de langues ou dialectes propres aux différents bassins hydrographiques et aux principales vallées.

Il existe une autre raison récemment mise au jour à propos du gurani, langue kurde moyenne mais en voie de disparition parlée dans le centre et le nord du Kurdistan d'Irak et d'Iran. Langue littéraire, épique et poétique, jadis parlée à la cour de plusieurs sultanats kurdes, le gurani, « langue de prestige » de l'élite est-kurde, semble avoir été submergée par le kurmandji, auquel il a légué quelques éléments. La quasi-disparition de ces sultanats jadis autonomes au moment de l'édification des États-nations après la Première Guerre mondiale semble avoir porté un coup fatal à la pratique de la langue gouranie.

Elle serait l'héritière, selon les linguistes, du « kurde antique » dont on ne possède pas d'attestation écrite. Certains linguistes pensent que l'hauramani forme un dialecte issu également de l'ancien kurde, mais il y a débat sur son origine, subcaspienne selon certains ou proprement locale (Zagros) selon d'autres.

Le kurde n'est pas attesté à date ancienne mais on a des exemples de langues indo-iraniennes antiques qui pourraient lui être apparentées. Il existe une théorie selon laquelle la langue transcrite en linéaire A en Crète minoenne (première moitié du IIe millénaire av. J.-C.) serait de type indo-iranien, ce qui révélerait en Europe du sud-est une langue de l'âge du bronze qui serait la plus vieille des attestations écrites indo-iraniennes. De plus les éléments de vocabulaires indo-iraniens du Mitanni, trouvés en Asie Mineure au milieu de textes hittites, et datés du XIVe siècle av. J.-C., indiquent, avec les sources égyptiennes, que l'empire du Mitanni situé au nord de l'actuelle Syrie, comporte des éléments hourrites mais aussi indo-iraniens.

Les linguistes s'accordent à déceler dans les langues kurdes contemporaines, et notamment en kurmandji, la trace d'une influence non indo-iranienne, notamment phonétique. Il se pourrait que ce phénomène résulte de l'acculturation de populations initialement non indo-iranophones subcaucasiennes, parlant antérieurement une langue caucasienne (ourartien ou autre).

En Turquie, jusqu’au tournant des années 2000, parler ou écouter de la musique kurde pouvait valoir un passage au poste de police[10].

Écriture[modifier | modifier le code]

Pour des raisons historiques et politiques, le kurde s'écrit actuellement au moyen de trois alphabets différents : l'alphabet latin (pour les Kurdes de Turquie et de Syrie), l'alphabet cyrillique (pour les Kurdes des ex-républiques soviétiques) et l'alphabet arabe (pour les Kurdes d'Irak et d'Iran).

Exemples[modifier | modifier le code]

Mot Traduction Transcription française
guerre şer cher
terre Ax - erd èrde
ciel ezman èzmane
riz birinc brindj
eau av av
feu agir aguir
homme mêr mér
femme jin gene
manger xwarin khwarine
boire vexwarin vèkhwarine
grand gir - mezin guire - mèzine
petit piçûk bitchouke / petchouke
nuit şev chève
jour roj roj
tu tu tou
mon min mine
Bonjour Rojbaş rojbach
Bonsoir Şevbaş chevbach
Viens! Were werrè
Va! Herê hèré
Oui Erê / Belê èré / bèlé
Non Na na

Les nombres de un à dix[modifier | modifier le code]

Dialecte kurmandji[11] :

  • yek, du, sê, çar, pênc, şeş, heft, heşt, neh, deh.

Zazaki : Jû, didê, hirî, çar, ponc, ses, hewt, hest, new, des

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Source : Les Costumes populaires de la Turquie, 1873.
  2. a et b Joyce Blau, « La langue et la littérature kurdes » (consulté le 31 mai 2014).
  3. a b c d e f g h et i Françoise Rollan, « Les territoires linguistiques des Kurdes », Langue et espace - Alain Viaut et Joël Pailhé (éd.),‎ , p. 123-157
  4. (en) Izady Mehrdad R., The Kurds: A Concise Handbook, Washington, D.C., Crane Russak, Taylor & Francis International Publishers, , p. 167
  5. Joyce Blau, Manuel de kurde kurmancî, Paris, L'Harmattan, , 228 p. (ISBN 2-7384-7622-8), p. 16-17
  6. http://www.dissertation.xlibx.info/d1-other/240081-1-background-the-language-community-and-fieldwork-introduction-the.php
  7. (en) Philip G. Kreyenboek, The Kurds : a Contemporary Overview, New York, Routledge, , « On the Kurdish language », p. 68-83
  8. Bernard Dorin, Les Kurdes — Destin héroïque, destin tragique, Paris, Lignes de repères, , 108 p. (ISBN 2-915752-02-8), p. 13
  9. The World Factbook, Irak, People, https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/iz.html.
  10. Jérémie Berlioux, « La culture kurde au rancart - Le Courrier », Le Courrier,‎ (lire en ligne, consulté le 10 avril 2018)
  11. Michel Malherbe, Les Langages de l'humanité, Robert Laffont / Bouquins, 1995 (ISBN 2-221-05947-6).

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]