Kabyles

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Kabyles
ⵉⵇⵀⴰⵢⵍⵉⵢⵏ
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Krim Belkacem, chef historique du Front de libération nationale durant la guerre d'Algérie, originaire de Oued Ksari, en Kabylie.

Populations significatives par région
Drapeau de l'Algérie Algérie (Kabylie) 3 - 3 500 000[1]
Drapeau de l'Algérie Algérie (hors Kabylie) 2 - 2 500 000[1]
Drapeau de la France France 1 - 1 500 000[1]
Drapeau du Canada Canada +25 000[2]
Drapeau de la Belgique Belgique 65 000[réf. nécessaire]
Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni 60 000[réf. nécessaire]
Drapeau des États-Unis États-Unis 40 000[réf. nécessaire]
Drapeau des Pays-Bas Pays-Bas 30 000[réf. nécessaire]
Population totale environ 5 500 000[1]
Autres
Régions d’origine Drapeau de l'Algérie Kabylie
Langues Kabyle, (français, arabe algérien : langues répandues)
Religions Islam
Christianisme (minorité)[3]
Ethnies liées Chaouis, Rifains, Chenouis, Chleuhs, Mozabites, Touareg, Guanches
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Carte de répartition

Les Kabyles (en berbère: ⵉⵇⵀⴰⵢⵍⵉⵢⵏ, tifinagh: ⵉⵣⴰⵡⴰⵡⵏ[4], arabe algérien: القبايل ) sont un ensemble de tribus berbères formant un groupe ethnique originaire de la Kabylie (en kabyle : "tamurt n Ieqvayel", ou Tamurt n Izwawen « pays des kabyles »), une région berbérophone d'Algérie à dominante montagneuse[5]. Ils peuplent le littoral et les divers massifs montagneux de la région : les montagnes du Djurdjura, des Bibans et des Babors. À partir de la fin du XIXe siècle les Kabyles fournissent le premier groupe berbérophone par le nombre en Algérie. Ils ont constitué, depuis l'indépendance de ce pays, le milieu le plus favorable au développement de la revendication identitaire berbère[6],[7]. Ils sont aujourd’hui présents dans d'autres régions d’Algérie notamment à Alger, et parmi la diaspora algérienne en France[1].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme français « kabyle » est emprunté à l'arabe qabīla (« tribu, famille ») dont le pluriel, qabāʾil, désigne les Kabyles[8],[9]. Qabīla est dérivé de la racine q-b-l qui, comme le verbe qabila, dénote l'acceptation[10].

Le terme originel "Qabail" qui signifie en arabe "Tribus" est utilisé pour la première fois à l'arrivée des arabes musulmans au Maghreb pour désigner les habitants de l'arrière pays qui vivaient en confédérations et tribus. C'est donc ce terme que les Français utiliseront pour désigner ces montagnards qui portaient des noms différents en fonction des tribus auxquelles ils appartenaient. Aussi, il pouvait aussi bien désigner les Berbères Chaouis des Aurès ou ceux de l'ouest algérien. On parlait alors de Kabylie de l'Ouarsenis[11],[12].

Le nom s'est ensuite restreint aux berbérophones de Kabylie[13] et a pris une signification ethnique pour désigner ce peuple en particulier.

Les arabophones utilisaient le mot Zouaoua (sg. Zouaoui), qui est une déformation du berbère Agawa, un massif au cœur de la Grande Kabylie, le Massif Agawa, d'où l'origine du mot Igawawen[14] pour désigner les kabyles, et qui était le nom d'une ancienne et puissante confédération de huit tribus répandue en Kabylie et organisée en deux groupes : At Betrun (Ath Yanni, Ath Budrar, Ath Bu Akkach, Ath Wasifs) et Ath Mengellat (Ath Mengellat, Ath Bu Yusef, Ath Weqbil, Ath Attu, Ath Ililltene). Les Zouaouas selon Ibn Khaldoun[15] sont une fraction des Kotamas, tribu berbère beranès (descendants de Bernès fils de Berr et frère de Medghacen). L'appellation "zwawa" qualifiait ainsi tous les kabyles en général, son équivalent en langue berbère étant "igawawen".

Toutefois, selon le professeur Salem Chaker le terme Zouaoua/Zouaoui utilisé par les arabophones ne devrait pas être relié à agawa/igawawen mais plutôt à azwaw/izwawen (prénom kabyle et nom de clan répandu en Kabylie). Salem Chaker soutient l'idée que Izwawen est le véritable nom ancien et autochtone des Kabyles qui « comble de la dépression historique ont presque oublié leur véritable nom[16]». En outre, dans l’Ouest algérien, les Kabyles sont toujours désignés sous le nom de Zouaoua/Zouaoui[17]. Zouaoua a donné en français zouave, puisque les premiers fantassins indigènes étaient originaires de cette confédération.

On peut noter que dans le parler des At Mangellat, le terme originel autrefois attesté pour dire Kabyles était bien Igawawen[18].

Les Kabyles des Babors (Béjaïa, Jijel, Sétif) sont originaires de deux tribus berbères, les Kutama (sous la dynastie Fatimide), et les Sanhadja (sous la dynastie Hammadide). À cela il faut ajouter les berbères d'Andalousie qui se sont réfugiés à Béjaïa (Bougie), aidés par le Sultan En-Nacer de Béjaïa vers le XIIe siècle.

Histoire[modifier | modifier le code]

Pour un article plus général, voir Histoire des Berbères.
Article détaillé : Kabylie#Histoire.
Période ottomane[modifier | modifier le code]
Lalla Fatma N'Soumer, résistante à la conquête de la Kabylie par la France dans les années 1850.

Les Kabyles étaient relativement indépendants du joug Ottoman pendant l'époque Ottomane du Maghreb. Ils résidaient dans trois royaumes différents, le royaume de Koukou, le Royaume des Ait Abbas, et la principauté de Ait Jubar[19]. Les royaumes kabyles, qui bénéficient d'une certaine reconnaissance internationale (représentations diplomatiques en Espagne, notamment). Dès 1512, les frères Barberousse se joignent aux différentes tentatives berbères de prendre Béjaïa aux Espagnols grâce à leurs connaissances en navigation. Les Kabyles alliés aux Ottomans prennent Béjaia en 1555. La région a graduellement été prise par les Français lors de leur conquête à partir de 1857, malgré une résistante vigoureuse des Kabyles, des leaders comme Lalla Fatma N' Soumer ont continué la résistance plus longtemps, jusque la révolte des Mokranis en 1871.

Organisation sociale[modifier | modifier le code]

Qanun des Aït Ali ou Herzun

L'organisation sociale des Kabyles autrefois éleveurs et agriculteurs sédentaires a été abondamment étudiée, notamment par le sociologue français Pierre Bourdieu[20]. Ce modèle a été largement modifié par la forte émigration qui a bouleversé les rapports sociaux[21], l'urbanisation, mais on peut tracer les grands traits de la société traditionnelle.

L’unité sociale de base de la société Kabyle est la famille élargie l'Axxam (le foyer). La Txarubt (faction), est l’extension de la famille élargie, chaque composante de la faction se réfère à l'héritage symbolique d'un ancêtre de lignée paternelle. La txarubt assure l'intégrité de chaque individu et la défense de l'honneur du nom en commun, avant l'introduction du nom patronymique par l'administration coloniale, c'était le moyen d'identification le plus utilisé.
Dans certains villages importants (tudart) il y a une structuration par quartier qui regroupe différentes factions (tixarubin), c'est l'adrum. C'est l'ensemble de ces quartiers qui forment le village. Plusieurs villages peuvent s'unir et former laarch (la tribu), un ensemble de tribus donne la taqbilt (une confédération), qui donnera son nom aux berbères de la région appelés kabyles[22].

Le Djurdjura (Mons Fer[r]atus) sur la table de Peutinger, avec Bida/Syda (Djemâa-Saharidj), Tigisi (Taourga), Sitifi Colonia (Sétif), Mons Feratus (Djurdjura) etc. 1-4e siècle après J.-C.

Chaque village formait tajmaât (« une assemblée » en kabyle), une petite ou grande organisation selon l'importance numérique du village, semblable à la république démocratique[23]. Elle était composée de tous les hommes ayant atteint la majorité, et où en principe tout citoyen, quelle que soit sa condition socio-économique, pouvait prendre la parole pour exposer ses idées et prendre position lors des propositions de résolutions. Les vieillards, à qui l'on attribuait le titre d’imgharen, parce qu'ils étaient chefs de famille, ou même de la lignée vivante, bénéficiaient d'un respect particulier et d'une grande écoute, aussi l'on accordait à leurs décisions dans la tajmaât une plus grande importance, et la démocratie kabyle s'apparentait parfois plus à une gérontocratie.

On y nommait l’amin (« chef ») (ou l’ameqqran ; « ancien », suivant les régions) qui était chargé du bon déroulement de l'assemblée et de la mise en application de ses décisions. Pour les plus grandes tajmaât, le chef était parfois assisté dans ses fonctions par un uqil et plusieurs t'emen[24]. L'uqil avait la responsabilité des revenus de la tajmaât, et avait en plus un droit de regard sur les décisions du chef. Il appartenait en général à un çof (« ligne », alliance de plusieurs tribus[25]) opposé à celui du chef, constituant un véritable contrepoids au pouvoir exécutif, ce qui assurait une certaine stabilité politique[24]. Le t'emen, sorte de «député-maire », représentait son çof lors des réunions et transmettait les décisions. Conseil municipal, cour de justice et cour souveraine, la tajmaât se référait, en cas de litige ou de problème, à des textes de lois, les « qanôun kabyles »[26], la plus haute autorité juridique, qui définissaient le moindre manquement et sa sanction[27].

Le code de l'honneur protégeait « la maison, les femmes, les fusils », et stipulait que le meurtre devait être vengé par les liens du sang (les auteurs de ces actes y compris les vengeurs étaient rejetés de la communauté). La filiation est patrilinéaire. Le patronyme de l'ancêtre commun se transmettait. La tajmaât vivait sous l'autorité du groupe, où l'esprit de solidarité est fort développé. Pour exemple le terme tiwizi (« solidarité ») désigne l'activité collective consistant à aider un villageois dans une de ses tâches comme le ramassage des olives[28], à laquelle il contribue directement ou en nourrissant les participants.

Rectificatif : Djemâa (que les kabyles ont intégré en "tajmaât" en le berbérisant) est un mot d'origine arabe ; le mot exact en kabyle est plutôt "agraw" qui signifie assemblée.
Le çof ne se rapporte pas à un clan mais à une ligue, le clan est une organisation qui se rapporte à une famille élargie, comme la tribu, alors qu'un çof peut-être changeant[29].

Population[modifier | modifier le code]

Cartographie des tribus de la Kabylie. (1940)
Article détaillé : Tribus de la Kabylie.

Démographie[modifier | modifier le code]

Selon la définition la plus courante en usage aujourd'hui en Algérie, le Kabyle est celui dont la langue maternelle est le kabyle, ou sinon dont les parents ont le kabyle pour langue maternelle.

En se fondant sur cette définition la plus courante, le nombre de Kabyles en Kabylie est donc d'environ 3,5 à 4 millions (1,2 million d'habitants dans la wilaya de Tizi Ouzou, 1 million dans la wilaya de Béjaia, les deux seules wilayas entièrement kabylophones, et environ 1,5 à 2 millions d'habitants dans les communes kabylophones des wilayas de Bouira, Boumerdès, Bordj Bou Arreridj et Sétif).

En dehors de la Kabylie, les Kabyles sont nombreux à avoir migré vers d'autres régions d'Algérie, principalement Alger et ses environs, mais aussi dans une moindre mesure Oran et Constantine. Il est impossible de connaître leur nombre de façon précise, mais on peut l'estimer à environ 2 millions, sur deux générations.

Les Kabyles sont donc environ 5,5 à 6 millions en Algérie, soit environ 15% de la population algérienne.

En dehors du pays, du fait d'une ancienne et forte émigration kabyle vers la France, les Kabyles représentent aujourd'hui environ 40% des Algériens et descendants d'Algériens en France[30] soit environ 800.000 Kabyles en France (sur 2 millions d'Algériens et enfants d'Algériens présents en France). Mais la France n'est pas la seule destination des Kabyles. Il y a aussi de grosses communautés kabyles au Canada et en Belgique.

Culture[modifier | modifier le code]

Langue[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Kabyle.
Distribution des régions berbérophones en Algérie

La culture kabyle est une composante de la culture algérienne, maghrébine et méditerranéenne. La spécificité linguistique de la région s'illustre notamment par ses traditions, sa musique et son folklore.

La langue kabyle taqbaylit, textuellement "la (langue) kabyle" (ⵜⴰⵇⵀⴰⵢⵍⵉⵜ) (Tifnaɣ traditionnels ⵜⵈⵀⵉⵍⵜ) ou tazwawt (ⵜⴰⵣⵡⴰⵡⵜ) (Tifinaɣ traditionnels ⵜⵣⵓⵓⵜ) se rattache aux langues berbères qui comportent plusieurs variantes. Très attachés à leur identité berbère, les Kabyles se réclament en fait de la langue tamaziɣt, une langue officielle en Algérie depuis le 1er janvier 2016.

Taqbaylit/tazwawt" (« la kabylité ») signifie aussi, dans la sémantique kabyle en général, la référence à un système de valeurs ancestrales (code de l'honneur), non contradictoire de l'esprit du clan (çof), qui régulent et gèrent la vie collective à l'échelle d'un village ou d'une tribu ou confédération.

Religion[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Mythologie berbère et Religion en Algérie.

Selon Armand Viré « les Kabyles professent tous la même religion, l'Islam », influencé par le soufisme[31], comme le soulignaient aussi Adolphe Hanoteau et Aristide Letourneux[32]. Selon Mouloud Mammeri la confrérie Rahmaniya est l'une des plus puissantes confréries soufies d'Algérie.

Avant l'acceptation de l'islam par les Kabyles, la Kabylie a connu l'ensemble des religions du bassin méditerranéen sans pour autant les avoir pratiquées, ayant même contribué, comme partie intégrante du monde berbère, à la fourniture de quelques dieux et déesses aux Grecs et aux Romains et aux Egyptiens, telle que Antée. D'abord dévoués a un Dieu nommé Yakuc qui était le Dieu probablement de tous les Berbères étant donné que ce nom se retrouve sous différentes forme d'un bout à l'autre du Maghreb et est toujours employé au Mzab dans certaines incantations, la religion des Kabyles repose sur une cosmogonie précise et très élaborée encore connue des vieillards. Peu d'ouvrages ont été faits à propos de la cosmogonie kabyle, on a celui de l'anthropologue Léo Frobenius dans son tome 1 en allemand traduit en français par Muqran Fetta en "contes kabyles". Le culte se concentrait donc autour d'un Dieu unique et trancendant, Yakuc mais aussi d'un monde invisible de gardiens sentinelles des lieux (iɛassassen/inaḍafen) et des esprits (aharayruc, pl. iharayrac/djinn, pl. ledjnun), les croyances en de nombreuses créatures mythologiques, monstrueuses et/ou bienfaisantes faisaient aussi partie de la religion des Kabyles. Beaucoup de représentations rupestres préhistoriques ainsi que des figurations rupestres et stèles libyques montrent que ce culte remonte à une période très ancienne[33]. Aujourd'hui bien que plutôt bien connue des plus vieux, cette religion connait depuis la colonisation française et surtout depuis l'indépendance un déclin majeur dû à la campagne de déculturation menée par la France visant a islamiser, christianiser et surtout à laïciser les Kabyles afin de les pacifier, les mouvements kabyles laïcs étant un produit de la colonisation française, les Kabyles voient en elle un moyen de proclamer l'identité amaziɣ au profit de l'identité véritablement traditionnelle amaziɣ, ce qui créer un recul, une disparition progressive de cette religion, certains militants de la cause amaziɣ essaient cependant de rallier avec les racines afin de mieux proclamer l'identité amaziɣ véritable. A travers l'histoires les Kabyles découvriront les trois religions monothéistes mais principalement l'islam, un islam soufi et mystique importé par des missionnaires, marabouts (Amṛabeḍ, pl. Imṛabḍen/Aguram, pl. Iguramen) qui, contrairement au christianisme (qui était mal implanté dans la région dû au fait que les Byzantins avaient voulu l'imposer ce qui créa une réaction récalcitrante de certaines tribus à l'égard du christianisme), s'intègrera pacifiquement et donc facilement et rapidement en s'articulant autour des croyances kabyles et s'ancrera dans la culture et la vie des Kabyles définitivement.[réf. nécessaire]

Islam[modifier | modifier le code]

La ville de Béjaïa, en petite-Kabylie, connu, avant l’acquisition de son statut de capitale, une dynamique remarquable, notamment sur le plan culturel et religieux[34],[35]. La ville est surnommée la « Petite Mecque » dès le Moyen Âge par Ibn Arabi et tel que rapporté par Ibn Khaldoun (El Mekka Es-Saghira)[36].

L'islam s’est installé au Moyen Âge et il constitue la religion majoritaire des Kabyles. Son influence sur la culture, la société est majeure ; et ce à travers diverses périodes historiques.
Au début la population berbère se convertissait massivement, séduite par les valeurs égalitaires de l'islam. Mais les inégalités entre arabes musulmans et non-arabes, l'imposition de lourdes taxes, le statut de dhimmis, ont provoqué des révoltes répressives envers les arabes, les révoltés allant jusqu'à exterminer des tribus arabes entières (lors de la révolte de Maysara en 739-743) mais aussi un repli de la population dans des doctrines contestataires du pouvoir du calife, le kharidjisme et le chiisme. En petite-Kabylie, c'est le chiisme ismaélien des tribus Kutama avec l'aide des Zwawa pourtant peu islamisés, qui prédominera et qui participera à établir la dynastie fatimide et à fonder la ville du Caire pour capitale[37]. L'empire Fatimide initié par les Kabyles s'étendait de la péninsule Ibérique jusqu'à Bagdad en Irak.

Le sunnisme a été ensuite introduit notamment avec le règne de la dynastie berbère Hammadite qui, depuis Béjaïa sa capitale, a rayonné sur l'Algérie et le bassin occidental de la Méditerranée aux XIe et XIIe siècles[38]. Pratiquant un « islam » parfois influencé par le maraboutisme et le soufisme (à l'image de la confrérie Rahmaniya).

La ville de Béjaïa connaîtra son âge d'or, notamment pour son rayonnement spirituel en raison du grand nombre de saints soufis qui en sont issus, les plus célèbres sont Yemma Gouraya, ou Saïd El-Bedjaouy[39],[40]. La ville attirera même de grands mystiques, comme Ibn Al Arabi de Cordoue, qui participeront à l'identité religieuse de la région et plus généralement de l'Afrique du nord en mêlant la mystique soufie aux vieilles croyances animistes des berbères[41]. Pendant cet âge d'or Béjaïa sera surnommée la petite Mecque[42].

Politique et laïcité[modifier | modifier le code]

Selon Yidir Plantade, la Kabylie comme le reste du Maghreb est restée attachée au cours de son histoire à une religiosité populaire avec des figures locales comme les saints et les marabouts[43]. Pour lui, déjà avant la venue française, la société kabyle est « à mi-chemin entre religiosité profonde et sécularisme pré-moderne », cependant il parle de la laïcité comme un élément exogène à la Kabylie et il considère la culture laïque comme importée d'outre-Méditerranée par l'école républicaine française[44]. Il note cependant le fait que, lors de la colonisation française, ces idées ont marqué profondément les Kabyles qui fréquentaient les écoles coloniales. Il décrit ces nouvelles élites comme "modelée par l'école et par l'administration française"[45]. Ces mouvements laïques après avoir séduit la population dans les années 1960 avec l'émergence du mouvement berberiste connaissent un déclin. Selon l'auteur, face à l'impasse dans laquelle ce mouvement laïque est engagé on assiste à un regain de religiosité en Kabylie surtout de la part de la jeunesse[46].

Diaspora[modifier | modifier le code]

Zinédine Zidane, footballeur français d'origine kabyle, il remporte le Ballon d'or et la coupe du monde en 1998.

Pour des raisons historiques, et économiques, plusieurs Kabyles ont émigrés en France. Ils sont au nombre de 1 500 000 millions en France[47],[48].  Plusieurs personnalités françaises notables sont d'origine Kabyle, comme Zinédine Zidane, Karim Benzema, Marcel Mouloudji, Malik Zidi, Dany Boon, Jacques Villeret, Daniel Prévost, Marie-José Nat, Isabelle Adjani, Alain Bashung, Marion Cotillard, etc.

Musique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Musique kabyle.
Matoub Lounès (au milieu), chanteur identitaire kabyle, il a été militant de la cause amazighe en Algérie.

La variété kabyle (moderne ou traditionnelle) est l'une des musiques les plus importantes en Algérie. De nombreux chanteurs sont natifs de Kabylie ou d'origine kabyle, notamment Cheikh el Hasnaoui, Lounis Aït Menguellet, Cherif Kheddam, Cheikh Sidi Bémol, Idir, Lounès Matoub, Allaoua Zerrouki, Slimane Azem, Cid Messaoudi, Chérifa, Youcef Abdjaoui, Ait Meslayen, Taleb Rabah, Rachid Babaci, Takfarinas, Farid Aït Siameur, Boualem Kara, Souad Massi. La Kabylie a donné aussi quelques grands noms au chaâbi algérien comme notamment Hadj M'hamed El anka et Kamel Messaoudi, Amar Ezzahi, Abdelkader Chaou ainsi que Boudjemaa El ankis, Gherouabi, etc. deux algérois de naissance pour le premier et le second nommés qui trouvent leurs anciennes racines dans les montagnes du Djurdjura et des Bibanes.

La musique kabyle n'est pas un style de musique en soi : elle est représentée par les artistes à succès de cette région.

Théâtre et cinéma[modifier | modifier le code]

Le cinéma algérien se souviendra de Ahmed Ayad Rouiched un Algérois qui trouve ses racines dans les villages de Kabylie et réunissait, comme personne d'autre, les Algériens dans les salles de cinéma et de théâtre pendant plus de 40 ans. Mohamed Fellag natif de Azeffoun, brilla durant ses débuts dans les salles de théâtre d'Alger avant d'émigrer par peur des intégristes. Il changea de public et trouva dans l'immigration algérienne et maghrébine plusieurs fans. L'un des cinéastes kabyles les plus prolifiques est incontestablement Abderrahmane Bouguermouh. Il est connu pour avoir adapté au cinéma le roman de Mouloud Mammeri La colline oubliée (en tamazight:Tawrirt yettwattun) et il a réalisé également un documentaire sur les événements du 8 mai 1945[49].

Peinture[modifier | modifier le code]

M'hamed Issiakhem et Hamid Tibouchi sont deux peintres et calligraphes qui ont marqué la scène algérienne et internationale par leurs œuvres, qui, pour le premier, s'inspirent plus de la révolution algérienne[50] avec notamment la peinture "Résurrection du Chahid (1978)"[50], et de la culture Amazigh comme le tableau "Chaouia (1966)".

Sport[modifier | modifier le code]

Les Kabyles sont représentés par des sportifs tels Zinédine Zidane, Soraya Haddad, Karim Benzema, Karim Ziani, Rabah Madjer, Salah Assad, Mustapha Dahleb... Les clubs de foot tels la JSK (Jeunesse sportive de Kabylie), la JSMB et le MO Béjaïa sont les clubs principaux de la région, aussi la région est connue pour le volley ball notamment à Béjaia.

Littérature[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e http://www.centrederechercheberbere.fr/kabyle.html
  2. http://www.depechedekabylie.com/national/71025-plus-de-la-moitie-des-immigrants-par-an-sont-kabyles.html
  3. (en) « Kabyle », Encyclopædia Britannica Online, 2011 : « they are mainly Muslims with a few Christians. » Consulté le 2 mai 2011.
  4. Jacques Lanfry, « Les Zwawa (Igawawen) d'Algérie centrale (essai onomastique et ethnographique) », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, vol. 26, no 1,‎ , p. 75–101 (DOI 10.3406/remmm.1978.1825, lire en ligne)
  5. http://books.google.fr/books?id=LGxbvQX92_UC&pg=PA60&lpg=PA60&dq=zouaoua+ibn+khaldoun&source=bl&ots=lKuTyVE9z7&sig=HhQMIMTRC6RcGlNxJmiNd9zSq78&hl=fr&sa=X&ei=uFkkVJ-0KtaHuASCvICgBA&ved=0CDgQ6AEwAw#v=onepage&q=zouaoua%20ibn%20khaldoun&f=false
  6. Histoire-Géographie, Collection Martin Ivernel, Hatier
  7. Assimil, langue de poche, Kabyle
  8. Entrée « Kabyle » dans le Dictionnaire de l'Académie française, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales [consulté le 22 août 2016].
  9. Définitions lexicographiques et étymologiques de « kabyle » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales [consulté le 22 août 2016].
  10. (en) Hugh Roberts, Berber government : the Kabyle polity in pre-colonial Algeria, Londres et New York, I.B. Tauris, coll. « Library of Middle East history » (no 24), , XVI-329 p., 23 cm (ISBN 0-85773-689-2, 978-085773-689-5, 1-84511-251-2 et 978-1-84511-251-6, OCLC 892961821, présentation en ligne), p. 45 [lire en ligne (page consultée le 22 août 2016)].
  11. Eugène Daumas, Mœurs et coutumes de l'Algérie : Tell, Kabylie, Sahara, éd. Hachette, 1855, p. 156-158.
  12. "…Line Marsa, la mère d'Edith Piaf, Anetta Maillard, de son vrai nom, était la fille d'un directeur de cirque et d'Aicha Ben Mohamed, une Kabyle marocaine, copine de La Goulue", Michel Souvais, Arletty, confidences à son secrétaire, Éditions Publibook, 2007, p. 144
  13. Jean Morizot, Les Kabyles : Propos d'un témoin, Centre des Hautes Études sur l'Afrique et l'Asie modernes (diff. Documentation française), coll. « Publications du CHEAM », Paris, 1985 (ISBN 2903182124), p. 22-25.
  14. Il semblerait que dans l'Antiquité, les Igawawen aient porté le nom de Quinquegentiani, appellation administrative désignant cinq tribus (quinque gente). Une vieille légende rapporte en effet que les montagnards descendent d'un géant qui eut cinq fils, lesquels formaient les cinq tribus antiques (Boulifa, 1925), les fameux Quinquegentiani qui donnèrent tant de mal aux Romains
  15. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères
  16. Salem Chaker, notes à propos de l'article Les Zouaoua (Igawawen) d'Algérie centrale par Jacques Lanfry.
  17. Malha Benbrahim, professeur à l'Inalco, Documents sur Fadhma N’Soumeur (1830-1861), Clio, numéro 9/1999, Femmes du Maghreb
  18. Jean-Marie Dallet, Dictionnaire kabyle-français: parler des At Mangellat, Algérie, Peeters Publishers, (ISBN 9782852971431, lire en ligne)
  19. E. J. Brill's First Encyclopaedia of Islam, 1913-1936, Volume 4, publié par M. Th. Houtsma, Page: 600
  20. Une grande partie de son œuvre anthropologique se base sur l'analyse de la société kabyle (Esquisse d'une théorie de la pratique (1972), Le sens pratique (1980), La domination masculine (1998)…) (Voir :Bourdieu : Passage à la sociologie).
  21. L'exil kabyle, Mohand Khellil, éd. L'Harmattan, 2000, p. 173-176 (ISBN 2858021414).
  22. Grève et rassemblement aujourd’hui Sur le site depechedekabylie.com -consulté le 3 mai 2012
  23. Dictionnaire de la culture berbère en Kabylie, Camille Lacoste-Dujardin, La Découverte, Paris, 2005 (ISBN 2707145882).
  24. a et b La Kabylie et les coutumes kabyles - A. Hanoteau et A. Letourneux, éd. Bouchène, Paris, 2003, Chap. VI-VIII (ISBN 2-912946-43-3).
  25. Les çofs étaient davantage assimilables à des partis politiques, car il n'était pas rare que ces çofs divisent les tribus voire des villages.
  26. À propos "des qanouns kabyles" de Belkassem Bensedira, Mustapha Gahlouz, Awal, Cahiers d’Études Berbères no 16, p. 83-99.
  27. « Kanoun kabyle », exemple de qanôun, celui de la tribu des Beni Mansour (extrait du Cahiers du centenaire de l'Algérie, édité par le Comité national métropolitain du centenaire de l'Algérie en 1930).
  28. Tiwizi de nos jours fait encore partie intégrante de la société kabyle. Lire à ce sujet : Tiwizi ou la création collective : le toit de la solidarité reportage de Rachid Oulebsir (3 mars 2007).
  29. La kabylie et les coutumes kabyles Hanoteau et Letourneux 1872-1873 Paris reed Bouchène Paris 2003 et La Kabylie sous le régime Turc de Joseph-Nil Robin
  30. http://centrederechercheberbere.fr/tl_files/doc-pdf/berbere_france.pdf
  31. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k104751j/f7.image "Kabylie du Djurdjura" Page 2 sur le site Gallica
  32. http://archive.org/stream/lakabylieetlesc01letogoog#page/n19/mode/2up Livre "La Kabylie et les coutumes Kabyles" par Adolphe Hanoteau et Aristide Letourneux sur le site "Archive"
  33. Jean-Pierre Laporte, « Stèles libyques figurées de Grande Kabylie », Africa Romana, IX, 1991, p. 389-423.
  34. Charles-André Julien 1966, p. 104
  35. Ferréol et Berretima 2015, p. 258
  36. Benoudjit 1997, p. 16
  37. Les Fatimides et les Kutama : une alliance stratégique ou un mal nécessaire ?, JADLA Ibrahim
  38. ↑ Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale, traduction de William McGuckin de Slane, éd. Paul Geuthner, Paris, 1978, tome 1, p. 208-209
  39. Histoire de Gouraya Sur le site rabahnaceri.unblog.fr
  40. Biographie de Saïd El-Bedjaouy Sur le site vitaminedz.com
  41. « Chachoua Kamel, L’islam kabyle. Religion, État et société en Algérie, suivi de l’Epître (Risâla) d’Ibnou Zakrî (Alger, 1903), mufti de la Grande Mosquée d’Alger, Maisonneuve & Larose, 2001. », par Karima Direche-Slimani, Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée (en ligne), no 101-102 - Sciences, savoirs modernes et pouvoirs dans le monde musulman contemporain, juillet 2003, p. 343-348.
  42. Études sur la Kabylie, Carette, Livre 1
  43. Yidir Plantade, « Laïcité et athéisme en Kabylie : mythes et ambigüités », Journal d'étude des relations internationales au Moyen-Orient, vol. 2, no 1,‎ , p. 11 (lire en ligne [PDF])
  44. Yidir Plantade, op. cit., p. 6.
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  48. James Minahan, Encyclopedia of the Stateless Nations: D-K, Good Publishing Group, 2002, p.863. Quote: "Outside North Africa, the largest Kabyle community, numbering around 1.5 million, is in France."
  49. Mabrouk Ali, « La triste vie du cinéaste Algérien, Abderrahmane Bouguermouh. », (consulté le 18 mars 2017)
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  51. « À propos », sur www.editions-barzakh.com (consulté le 18 mars 2017)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Les Kabyles. Éléments pour la compréhension de l'identité berbère en Algérie - Tassadit Yacine, GDM, Paris, 1992 (ISBN 2-906589-13-6).
  • Salem Chaker, Berbères aujourd’hui, L’Harmattan, (ISBN 2738473512, lire en ligne)
  • Hommes et femmes de Kabylie - Salem Chaker, éd. Edisud, 2000 (ISBN 2744902349).
  • La Kabylie et les Coutumes kabyles - A. Hanoteau et A. Letourneux, éd. Bouchène, Paris, 2003 (ISBN 2-912946-43-3).
  • L’Émigration kabyle en France : une chance pour la culture berbère ? - Nadia Belaïdi, U21-Éditions universitaires de Dijon, Dijon, 2003 (ISBN 2-905965-82-7).
  • Les Kabyles propos d'un témoin - Jean Morizot, éd. L'Harmattan, Paris, 2003 (ISBN 2-7475-1027-1).
  • De la question berbère au dilemme kabyle, À l'aube du XXIe siècle - Maxime Ait Kaki, éd. L'Harmattan, mars 2004 (ISBN 2747557286).
  • Patricia E.M. Lorcin (trad. Loïc Thommeret), Kabyles, Arabes, Français : Identités coloniales, Presses universitaires de Limoges, , 374 p. (ISBN 9782842873394, OCLC 718565485) [aperçu en ligne]
  • La Condition juridique de la femme rurale en Kabylie - Fatima Cherfa-Turpin, éd. Apopsix, Paris, 2010 (ISBN 978-2-35979-010-8).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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