Élisabeth Dmitrieff

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Élisabeth Dmitrieff
Elisabeth Dmitrieff.jpg
Elisabeth Dmitrieff en 1871.
Biographie
Naissance
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Raïon de Toropets (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Décès
Nom dans la langue maternelle
Елизавета ДмитриеваVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Елизавета Лукинична КушелеваVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Famille
House of Kushelev (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Membre de

Élisabeth Dmitrieff (en russe : Елизавета Дмитриева, Elizaveta Dmitrieva), née Elizaveta Loukinitcha Koucheleva (en russe : Елизавета Лукинична Кушелева) le à Volok (ru), dans le raïon de Toropets en Russie, et décédée en ou , suivant les sources, est une femme politique et une militante féministe russe. Elle a été une des actrices de la Commune de Paris en 1871.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elizaveta Loukinitcha Koucheleva est née en 1851 dans l'oblast de Pskov, troisième enfant de l'union illégitime d'un pomechtchik — propriétaire foncier noble —et d'une infirmière luthérienne[1].

Active très jeune dans les cercles socialistes de Saint-Pétersbourg[2], elle est incarcérée quatre mois pour crime contre l'État dans la forteresse Pierre-et-Paul, où elle lit le Que faire ? de Tchernychevski (1863)[3]. Au printemps[1] 1868, inspirée par cette lecture, elle fait un mariage blanc pour se libérer de sa famille et accéder à son héritage[3]. La même année, elle émigre en Suisse, où elle finance et co-dirige le journal La Cause du Peuple et participe à la fondation de la section russe de l'Association internationale des travailleurs[4].

En novembre 1870, les internationalistes genevois l'envoient à Londres demander à Karl Marx d'arbitrer leurs conflits internes[1]. Elle passe les trois mois qui précèdent la Commune à parler avec lui des organisations rurales traditionnelles russes, l'obscina et l'artel[5]. Le 25 mars 1871, il l'envoie en mission d'information à Paris, où elle arrive le 28[1], en tant que représentante du Conseil général de l'Internationale. Elle lui adresse quelques rapports, puis bascule dans l'action[1]. Son engagement dans la Commune lui donne l'occasion recherchée de relier la théorie marxiste et la pratique de Tchernychevski.

Âgée d'à peine vingt ans, elle devient, avec Nathalie Lemel, l'une des fondatrices et animatrices les plus actives de l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés (constituée le dans la salle Larched, 79, rue du Temple) : membre du Comité central, elle s'occupe surtout de questions politiques et, plus particulièrement, de l'organisation des ateliers coopératifs[6], signant les proclamations de l'organisation sous le pseudonyme d'Élisabeth Dmitrieff[1]. Elle prend part, sur les barricades du faubourg Saint-Antoine, aux combats de rue de la semaine sanglante (21-28 mai 1871). Gustave Lefrançais mentionne dans ses mémoires sa présence le 22 mai à l'entrée de la rue Lepic, avec un groupe de citoyennes armées[7].

On ignore comment elle réussit à échapper aux troupes versaillaises et à s'enfuir de France. Après quelques mois à Genève[1], elle regagne la Russie en octobre 1871. Quittant Saint-Petersbourg, elle revient à Volok où elle se met en ménage avec Ivan Davidovski, chef d'une bande d'escrocs et de joueurs dénommés les « Valets de cœur », dont elle a deux filles[1]. En 1876, il est condamné pour meurtre[1] : elle l'épouse afin de lui éviter la peine de mort, puis le suit en déportation en Sibérie jusqu'en 1910, année que certaines sources donnent pour celle de sa mort[6], d'autres pour celle de son divorce. Selon ces dernières, elle s'établit ensuite à Moscou où, à bout de ressources et rejetée par sa famille, elle survit avec ses deux filles jusqu'en 1918, après quoi on perd toute trace d'elle[1].

Mémoire[modifier | modifier le code]

À Paris, par délibération du du conseil d'arrondissement, la décision a été prise de donner à une place du 3e arrondissement le nom d'Élisabeth Dmitrieff[8]. Cette place, à l'intersection de la rue du Temple et de la rue de Turbigo, est un petit terre-plein où se trouve l'entrée de la station de métro Temple. Elle a été inaugurée le jeudi , à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le même jour que les places Nathalie Lemel et Renée Vivien, également dans le 3e arrondissement.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sylvie Braibant, Héroïnes révolutionnaires russes du XIXe siècle, images, stéréotypes, mythes, pour quelles histoires ?, École des hautes études en sciences sociales (mémoire de DEA d'histoire), (lire en ligne), « Élisabeth Dmitrieff, le mythe chancelant »
  • Sylvie Braibant, Élisabeth Dmitrieff, aristocrate et pétroleuse, Belfond, 1993
  • Wilfrid Lupano (scénario), Jean Anthony (dessin), Communardes ! L'Aristocrate fantôme, bande dessinée, Vents d'Ouest, 2015 (ISBN 9782749307534)

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i et j Braibant 1992.
  2. Bernard Noël, Dictionnaire de la Commune, Mémoire du Livre, (ISBN 2913867138 et 9782913867130, OCLC 46475754)
  3. a et b (en) Woodford McClellan, Revolutionary exiles: the Russians in the First International and the Paris Commune, Cass, (ISBN 0203988027, 9780203988022 et 9780714631158, OCLC 243606265)
  4. Michelle Zancarini-Fournel, Les luttes et les rêves : une histoire populaire de la France de 1685 à nos jours, Zone (ISBN 9782355220883 et 2355220883, OCLC 969705078)
  5. Kristin Ross, L'imaginaire de la Commune, La Fabrique, (ISBN 9782358720649 et 235872064X, OCLC 902796458)
  6. a et b Bodinaux, Plasman et Ribourdouille 2014.
  7. Gustave Lefrançais, Souvenirs d'un révolutionnaire de juin 1848 à la Commune, La fabrique, (ISBN 9782358720526 et 2358720526, OCLC 864388101)
  8. [PDF]Délibération du du conseil municipal du 3e arrondissement.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]