Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt

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Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt
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Portrait présumé de Théroigne de Méricourt, attribué à Antoine Vestier (1788-1789), Paris, musée Carnavalet.

Nom de naissance Anne-Josèphe Terwagne
Alias
« La belle Liégeoise »
Naissance
Marcourt
Décès (à 54 ans)
Paris (France)
Nationalité Armoiries Principauté de Liège.svg Principauté de Liège
Profession
Famille
Père : Pierre Terwagne
Mère : Élisabeth Lahaye

Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt[1], de son vrai nom Anne-Josèphe Terwagne, née le à Marcourt dans l'ancienne principauté de Liège et morte le à l'hôpital de la Salpêtrière de Paris, est une femme politique française, personnalité de la Révolution.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fille de Pierre Terwagne, laboureur[2] à Xhoris et d’Élisabeth Lahaye, de Marcourt, Anne-Josèphe, prénommée plus tard Lambertine. Après le décès de sa mère à l'âge de cinq ans, elle est confiée à différentes tantes, puis à un couvent. À douze ans elle rentre chez son père, qui s'est remarié, et l'année suivante, en mésentente avec sa marâtre, elle s'enfuit de ce milieu familial de paysans propriétaires pour devenir vachère à 14 ans à Sougné-Remouchamps, servante dans une maison bourgeoise. À 17 ans, elle est remarquée par une femme du monde d'origine anglaise, madame Colbert, qui en fait sa dame de compagnie.

Après avoir vécu à Paris, à Londres où elle tente une carrière de chanteuse, où elle est séduite par un officier anglais. En Italie, elle connaît des aventures multiples (par exemple le marquis Doublet de Persan qui se ruine pour elle). À Naples, elle se trouve en compagnie d'un castrat italien lorsqu'elle apprend la convocation des États généraux par Louis XVI.

La Révolution française[modifier | modifier le code]

Elle rejoint la France le 11 mai 1789. Afin de ne na pas manquer les événements de la Révolution française, elle s'installe à Versailles et fréquente assidûment les tribunes de l'Assemblée. Elle est alors la seule femme dans les tribunes. Elle décide de se vêtir en amazone. Elle a trois costumes : un blanc, un rouge et un noir. Ses ennemis la décrivent toujours vêtue de rouge, telle une une bacchante sanguinaire[3].

Elle prend le nom d'Anne-Josèphe Théroigne, Théroigne étant la forme francisée du nom wallon Terwagne[4].

Anne-Josèphe Théroigne ne participe pas aux journées des 5 et 6 octobre 1789. Elle ne fait pas partie du cortège composé essentiellement de femmes qui part de Paris le 5 octobre et va à Versailles pour ramener le « boulanger, la boulangère et le petit mitron »[3]. Le 6 octobre, le château de Versailles est envahi par la foule. Deux gardes chargés de la protection des appartements de la reine Marie-Antoinette sont tués. En fin de matinée, le famille royale quitte Versailles pour Paris, et s'installe aux Palais des Tuileries. L'Assemblée constituante rejoint Paris quelques jours plus tard, le 19 octobre.

En octobre 1789, Anne-Josèphe Théroigne suit l'Assemblée et s'installe à Paris. Elle tient un salon au 20 rue du Bouloi, où se retrouvent Sieyès, Camille Desmoulins, Pétion, Brissot, Fabre d'Églantine. Elle se lie au mathématicien Charles-Gilbert Romme. Ses amis la surnomment « la Belle Liégeoise ».

Elle devient la cible des contre-révolutionnaires. Le 10 novembre 1789, le journaliste royaliste et satirique Louis René Quentin de Richebourg de Champcenetz la surnomme Théroigne de Méricourt transformant son nom en prénom [3]. Dans les Actes des Apôtres, le journaliste l'accouple à un député de l'Assemblée nommé Populus et en fait la catin du peuple[3].

La campagne de calomnies est si bien orchestrée qu'en 1791, la réputation de femme sulfureuse est établie. L'auteur d'un ouvrage érotique compte bénéficier de cette réputation. Dans la deuxième édition du Catéchisme libertin, publiée en 1791, il ajoute la mention: par mlle Théroigne[5].

En janvier 1790, elle crée avec Charles-Gilbert Romme la « société des amis de la loi » dont l'objectif est de tenir le peuple informé des travaux de l'assemblée. En mars 1790, face à des conflits internes les membres désertent le club et rejoignent le Club des Cordeliers [6].

L'exil et l'arrestation[modifier | modifier le code]

Fin 1790, endettée, accusée d'avoir pris part aux journées des 5 et 6 octobre à Versailles, raillée par la presse et les chansonniers, elle rentre dans son pays natal et s'installe à Liège. Elle est arrêtée dans la nuit du 15 au 16 février 1791 par les agents du nouveau pouvoir autrichien. Elle est en effet soupçonnée de vouloir assassiner Marie-Antoinette. Envoyée par chaise de poste verrouillée, puis internée dans la forteresse de Kufstein (Tyrol), sous le nom de Madame de Theobald, elle est interrogée pendant des semaines par des agents du chancelier Kaunitz la soupçonnant de fomenter un complot révolutionnaire contre la principauté de Liège et les Pays-Bas autrichiens. Elle est libérée 9 mois plus tard par l'empereur Léopold II d’Autriche. Cette séquestration accroît sa popularité à Paris où elle se retrouve à la fin de l'année 1791.

Le retour à Paris[modifier | modifier le code]

Le 26 janvier 1792, elle fait une entrée triomphale aux Jacobins[7]. Elle se range alors du côté de Brissot, s'affirmant nettement républicaine contre les royalistes qu'elle appelle le « parti des aristocrates » mais également contre la bourgeoisie qui souhaite que la femme reste au foyer, ce qui lui vaut des ennemis même du côté de la Révolution.

Elle est de tous les combats. Favorable à la guerre, au printemps 1792, elle tente de créer une « phalange d'amazones ».

Le 6 mars 1792, Pauline Léon, présente à la Législative une pétition signée par plus de 320 parisiennes pour avoir le droit de former une garde nationale féminine. Vingt jours plus tard, devant la Société fraternelle des Minimes, Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt invite les citoyennes à s'organiser en corps armé en déclarant « Brisons nos fers, il est temps enfin que les femmes sortent de leur honteuse nullité où l’ignorance, l’orgueil et l’injustice des hommes les tiennent asservies depuis si longtemps. »[8]. Elle réclame l'égalité politique pour les femmes en passant par la demande du port des armes.

Le 10 août 1792, elle participe à l'invasion du palais des Tuileries par le peuple de Paris. Son implication dans le meurtre de François-Louis Suleau n'est toutefois pas certaine[9].

Ensuite, elle prône davantage de modération et souhaite un apaisement auquel les femmes pourraient jouer un rôle important. Pour empêcher la guerre civile, elle propose au printemps 1793 d'instituer dans chaque section une magistrature de six citoyennes. Vêtues d'une écharpe sur laquelle serait inscrit "Amitié et fraternité", ces citoyennes permettraient de prévenir les conflits[10][3].

Le 13 mai 1793, à l'Assemblée nationale, accusée de soutenir Brissot, chef de file des Girondins, elle est prise à partie par des femmes jacobines qui la traitent de brissotine, de girondine, la dénudent et la fessent publiquement. L'intervention de Marat met fin à cette humiliation.

L'internement[modifier | modifier le code]

Pour certain, l'humiliation de cette fessée publique serait à l'origine de sa folie et l'aurait fait basculer dans un délire de persécution[3]. L'origine de sa folie peut également s'expliquer par la peur d'être guillotinée[11]. Olympe de Gouges et de Madame Roland sont guillotinées les 3 et 8 novembre 1793.

Au printemps 1794, son frère réclame sa mise sous tutelle et la fait interner. Cet internement lui évite une accusation politique et la guillotine. Toutefois, les premières expertises la déclarent saine d'esprit[3].

Les internements se succèdent. Elle s'adonne à des rites de souillure et de purification[4]. Obsédée par le sang de François-Louis Suleau, elle vit nue et verse sur son corps des baquets d'eau glacée. Le médecin aliéniste Philippe Pinel humanise son traitement psychiatrique. Entre 1812 et 1817, elle est examinée par le médecin aliéniste Jean-Étienne Esquirol qui en fait son portrait [3]. Elle meurt à l'hôpital de la Salpêtrière en 1817 après avoir passé les 23 dernières années de sa vie à l'asile[12].

La muse[modifier | modifier le code]

La vie d'Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt qui fait d'elle une des premières féministes de l'histoire ne cesse d'inspirer les peintres, les poètes, les romanciers, les compositeurs.

En 1830, Eugène Delacroix s'inspire de la révolution des Trois Glorieuses et du personnage d'Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt pour son tableau La Liberté guidant le peuple[13].

Sa vie inspire Charles Baudelaire dans les Fleurs du Mal, publié en 1857[14].

En 1902, Paul Hervieu crée une pièce de théâtre en 6 actes[15], Théroigne de Méricourt. Sarah Bernhardt lui prêta sa voix au théâtre[16].

Le compositeur belge (flamand) August De Boeck écrit l'opéra Théroigne de Méricourt en 1900 sur un livret de Léonce du Castillon.

Sa vie inspire également le roman Et embrasser la liberté sur la bouche de Philippe Séguy, publié en 2011.

Historiographie[modifier | modifier le code]

La vie d'Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt a suscité tant de passions, que les travaux ne sont pas exempts des préjugés liés à l'époque de l'auteur. Elle est parfois décrite comme une aventurière, une femme vouée à l'amour qui sombre dans la folie, une héroïne toute dévouée à sa cause[3].

Alphonse de Lamartine l'a dépeint dans l'Histoire des Girondins, publié en 1847 comme une aventurière, une femme impure, punie par de plus féroces qu'elle. « En frappant les aristocrates, elle croyait réhabiliter son honneur...»[17].

Jules Michelet se trompe et attribue la fessée publique aux hommes, dans Les Femmes de la Révolution, publié en 1854. L'outrage qu'elle subit lui fait perdre la raison. Il défend l'image romantique de la femme vouée à l'instinct et à l'amour.

En 1857, les frères Goncourt en font une héroïne qui « enivrée, court furieuse en brandissant la mort... », dans Portraits intimes du XVIII. siècle.

En 1989, l'année du bicentenaire de la Révolution, Elisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyste associe le destin d'Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt à celui de la Révolution. « Tant qu'elle était soutenue par l'idéal révolutionnaire, la folie de Théroigne pouvait rester masquée... ». Pour Elisabeth Roudinesco, Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt bascule dans la folie quand la révolution bascule dans la Terreur[3].

Les travaux de Léopold Lacour[18] en tant qu'historien du féminisme et d'Alphonse Aulard historien de la Révolution sont plus exacts[3].

Les représentations[modifier | modifier le code]

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Publications[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nom de Méricourt inventé par la presse royaliste formant une allitération avec son village natal Marcourt.
  2. Cela désigne à l'époque un paysan aisé, cultivant sa terre seul.
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Catherine Marand-Fouquet, « Destins de femmes et révolution », Autrement, collection Mémoires, no 96 « 1789-1799 : combats de femmes »,‎ , p. 244 (ISBN 2-7467-0397-1, ISSN 1157-4488)
  4. a et b Elisabeth Roudinesco, Théroigne de Méricourt, Paris, Seuil,‎ , 313 p., p. 19
  5. Catéchisme libertin, The Project Gutenberg EBook.
  6. Elisabeth Roudinesco, Théroigne de Méricourt, Paris, Seuil,‎ , 313 p., p. 50
  7. Elisabeth Roudinesco, Théroigne de Méricourt, Paris, Seuil,‎ , 313 p., p. 105
  8. Dominique Godineau, « De la guerrière à la citoyenne. Porter les armes pendant l’Ancien Régime et la Révolution française », Clio. Femmes, Genre, Histoire,‎ (ISSN 1252-7017, DOI 10.4000/clio.1418, lire en ligne)
  9. « Théroigne de Méricourt », sur Principauté de Liège (consulté le 3 février 2016)
  10. « Théroigne de Méricourt, Anne-Josèphe (1762-1817). Aux 48 sections ([Reprod.]) [signé : Théroigne]. 179.. », sur Gallica,‎ 179[2] (consulté le 4 février 2016)
  11. Olivier Blanc, « Théroigne de Méricourt sous la Terreur. Violences subies et dépression », L'obs,‎ (lire en ligne)
  12. Roudinesco 1989, p. 163.
  13. Alain Leclercq, Histoires oubliées de Belgique, éditions Jourdan, juin 2013 (ISBN 9782874662768), résumé en ligne.
  14. baudelaire.litteratura.com« Avez-vous vu Théroigne, amante du carnage, / Excitant à l’assaut un peuple sans souliers, / La joue et l’œil en feu, jouant son personnage, / Et montant, sabre au poing, les royaux escaliers ? » Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, LIX. « Sisina ».
  15. « Théroigne de Méricourt : pièce en 6 actes, en prose », sur Gallica (consulté le 6 février 2016)
  16. document MP3, Sarah Bernhardt, « Le rêve de Théroigne de Méricourt », fragment de la scène VIII, acte V, de Théroigne de Méricourt, pièce de Paul Hervieu, enregistré à Paris, janvier-février 1903.
  17. Alphonse de Lamartine, Histoire des Girondins,‎
  18. Léopold Lacour, Les Origines du féminisme contemporain. Trois femmes de la Révolution, Paris,‎

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]