Mur des Fédérés

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Mur des Fédérés
Commune2011.jpg
Le mur des Fédérés en 2011, année des 140 ans de la Commune de Paris.
Présentation
Type
Patrimonialité
Localisation
Adresse
Coordonnées

Le mur des Fédérés est une partie de l'enceinte du cimetière du Père-Lachaise, à Paris, devant laquelle 147 fédérés, combattants de la Commune, ont été fusillés par l'armée versaillaise à la fin de la Semaine sanglante, en , et jetés dans une fosse commune ouverte au pied du mur. Depuis lors, il symbolise la lutte pour la liberté, la nation et les idéaux des communards.

Le mur est à l'angle sud-est du cimetière.

Histoire[modifier | modifier le code]

Dernières heures de la Commune[modifier | modifier le code]

Le cimetière du Père-Lachaise, dimanche 28 mai 1871, dessin d'Henri-Alfred Darjou.

Le nom du mur renvoie aux derniers moments de la Commune de Paris. L’expérience insurrectionnelle ouverte le voit la garde nationale parisienne — les « fédérés » — confrontée à partir du à l’avancée de l'armée de Versailles, entamée à l’ouest de la capitale par l'occupation du mont Valérien. L'affrontement, meurtrier, s’achève entre le et le , au cours de la Semaine sanglante[1].

Le samedi , seul le quartier de Belleville résiste encore ; les canons communards tirent leurs dernières munitions depuis les hauteurs des Buttes-Chaumont et du Père-Lachaise, où les combats se poursuivent au corps-à-corps jusqu'entre les tombes[1]. Vers la fin de l'après-midi, les versaillais sont maitres du cimetière[2]. Ils fusillent les 147 fédérés survivants le dos au mur d’enceinte et jettent leurs corps dans une fosse commune creusée à son pied[3]. Au cours des heures et des jours qui suivent, des centaines d'autres cadavres[4], fédérés pris plus loin et fusillés là[5] ou exécutés ailleurs et amenés à pleines charretées, sont enfouis aux côtés des premiers, entassés sur trois rangs de hauteur[6]. Dans les rues avoisinantes, le dernier coup de feu est tiré le dimanche à 14 heures, marquant la défaite de la Commune et le début de la répression officielle[5].

Selon Karl Marx, la Commune est la seule période de l'histoire française durant laquelle fut — brièvement — réalisée une dictature du prolétariat. En effet, cet épisode révolutionnaire s'est construit sur un soutien fort de la classe ouvrière et, plus largement, d'une importante partie de la population parisienne, qui y a versé son sang. Cette lutte d'importance et la terrible répression qui s'ensuivit (pour la Semaine sanglante, de l'ordre de 6 500 morts dont 1 400 fusillés selon les estimations les plus récentes de Robert Tombs[7],[8], 10 000 victimes restant pour Jacques Rougerie une évaluation plus plausible[9]) laissèrent un souvenir vivace. Celui-ci se cristallisa autour du mur des Fédérés, emblème d'une époque d'autant plus insaisissable qu'elle fut brève et laissa peu de monuments.

Symbole de l'émancipation ouvrière[modifier | modifier le code]

Le mur en 1900, photo d'Eugène Atget.
Une de L'Humanité au lendemain de la montée au mur des Fédérés en 1936.

De nombreux événements montrent que le mur des Fédérés fut un lieu de commémoration important, un symbole fort d'émancipation et de liberté dans la mémoire militante :

Tous les ans, le 1er mai, jour de la Journée internationale des travailleurs, le Grand Orient de France accompagné de nombreuses obédiences maçonniques, des représentants de la libre-pensée, ainsi que le Parti communiste français et des organisations syndicales, rendent hommage aux victimes de la Commune et à celles du nazisme en se rendant au mur des Fédérés.

Jules Jouy a chanté le mur et les fusillés en 1887 sous les titres Le Tombeau des fusillés et Le Mur.

Monuments[modifier | modifier le code]

Monument Aux victimes des révolutions, construit dans le jardin Samuel-de-Champlain le long du Père-Lachaise, avec les pierres du mur originel.

Avec d'autres éléments du Père-Lachaise, le mur des Fédérés a été classé monument historique par arrêté du [12]. Situé dans la division 76 du cimetière, il porte une plaque de marbre gravée de l'inscription :

« AUX MORTS DE LA COMMUNE 21-28 Mai 1871 »

En face, se trouvent les tombes de plusieurs personnalités communardes, telles que Jean-Baptiste Clément ou Paul Lafargue et Laura Marx[13].

Matériellement, l'édifice n'est pas celui contre lequel les fédérés ont été fusillés : abimé, le mur a été reconstruit[3] en même temps que l'ensemble de l'enceinte[13]. Des pierres du bâti d'origine ont été réemployées à la construction d'un monument[3] intitulé Aux victimes des révolutions[14] : cette œuvre, sculptée en 1909 par Paul Moreau-Vauthier[15], se trouve de l'autre côté du cimetière, adossée à la paroi extérieure de l'enceinte nord, dans le square Samuel-de-Champlain[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Quétel 2013, p. 121.
  2. Dalotel 1983, p. 15.
  3. a b et c Larrère 2013, p. 93.
  4. Dalotel 1983, p. 16.
  5. a et b Quétel 2013, p. 122.
  6. Rebérioux 2017, p. 479.
  7. (en) Robert Tombs, « How bloody was la Semaine Sanglante? A revision. », H-France Salon, vol. 3, no 1,‎ , p. 1-13 (lire en ligne [PDF]).
  8. Quentin Deluermoz, « Les morts de la Semaine sanglante : retour sur la violence sociale et politique française au XIXe siècle. », H-France Salon, vol. 3, no 2,‎ , p. 14-19 (lire en ligne [PDF]).
  9. Jacques Rougerie, La Commune de 1871, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », (lire en ligne), « Épilogue. La Terreur tricolore », p. 116.
  10. « 600 000 au mur ! », L'Humanité,‎ (lire en ligne, consulté le 8 avril 2019).
  11. Tartakowsky 1999, p. 131–133.
  12. Notice no PA00086780, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  13. a b et c Quétel 2013, p. 128.
  14. Tartakowsky 1999, présentation (p. 669).
  15. Dalotel 1983, p. 17.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Dalotel, « La « montée » au mur des Fédérés : un pèlerinage rouge (1878-1914) », Gavroche, no 9,‎ , p. 14–20 (lire en ligne [PDF]).
  • Franck Frégosi, « La « montée » au Mur des Fédérés du Père-Lachaise : Pèlerinage laïque partisan », Archives de sciences sociales des religions, no 155,‎ , p. 165–189 (DOI 10.4000/assr.23359).
  • Mathilde Larrère, « La Commune, le cri du peuple de Paris », dans Mathilde Larrère (éd.), Révolutions : Quand les peuples font l'histoire (textes issus du colloque international D'une révolution à l'autre, histoire des circulations révolutionnaires, Université de Paris-Est Marne-la-Vallée, 12-14 juin 2013), Paris, Belin, coll. « Histoire », , 239 p. (ISBN 978-2-7011-6275-1), p. 84–93 [lire en ligne], « La naissance d’un lieu de mémoire : le mur des Fédérés », p. 93.
  • Claude Quétel, « Murs singuliers », dans Claude Quétel (dir.), Histoire des murs : Une autre histoire des hommes, Paris, Perrin, coll. « Tempus » (no 525), , 318 p. (ISBN 978-2-262-04342-1), p. 95–128 [lire en ligne], « Martyre : le mur des Fédérés », p. 118–128.
  • Madeleine Rebérioux, « Le mur des Fédérés », dans Madeleine Rebérioux (dir.), Pour que vive l’histoire : Écrits, Paris, Belin, coll. « Littérature et politique », , 798 p. (ISBN 978-2-410-00868-5), p. 479–500 [lire en ligne] ;
    texte issu de « Le mur des Fédérés : rouge, « sang craché » », dans Pierre Nora (dir.), Les Lieux de mémoire, vol. 1 : La République, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque illustrée des histoires », , 674 p. (ISBN 2-07-070192-1).
  • Danielle Tartakowsky, Nous irons chanter sur vos tombes : le Père-Lachaise, XIXe – XXe siècles, Paris, Aubier, coll. « Collection historique », , 275 p. (ISBN 2-7007-2310-4, présentation en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :