Paul Ier (empereur de Russie)
Paul Ier de Russie (en russe : Павел I Петрович, Pavel I Petrovitch), né le 20 septembre 1754 ( dans le calendrier grégorien) à Saint-Pétersbourg et mort assassiné dans sa ville natale le 12 mars 1801 ( dans le calendrier grégorien), est duc de Holstein-Gottorp de 1762 à 1773 (Paul de Holstein-Gottorp) puis empereur de Russie de 1796 à sa mort. Il a exercé la fonction de facto de grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem entre 1798 et 1801.
Jeunesse et défiance vis-à-vis de sa mère
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Paul Ier de Russie appartient à la première branche de la maison Romanov (Holstein-Gottorp-Romanov) issue de la première branche de la maison de Holstein-Gottorp, elle-même issue de la première branche de la maison d'Oldenbourg.
Paul Ier, dont la filiation est incertaine (est-il le fils de Pierre III assassiné en 1762 ou de Saltykov, l'amant de Catherine II, sa mère, avant qu'elle ne devienne impératrice ?). Alors que Catherine a laissé entendre dans la première édition de ses mémoires publiés par Alexandre Herzen en 1859 que son amant Sergueï Saltykov était le père biologique de Paul, elle s’est rétractée plus tard et a affirmé dans la dernière édition que Pierre III était le véritable père de Paul[1].
Paul passe sa jeunesse séparé de ses parents. Sa mère confie son éducation à Nikita Panine. Jeune homme intelligent, Paul reçoit une bonne éducation et maîtrise parfaitement plusieurs langues étrangères dont le français, l'allemand ainsi que plusieurs langues slaves[2]. Toutefois, sa mère le méprise et durant tout son règne, elle le tiendra écarté des affaires de l'Etat[3].
La mort de sa première épouse et de l'enfant qu'elle porte (1776) affectent beaucoup Paul. L’impératrice procure à son fils une autre épouse, la belle Sophie-Dorothée de Wurtemberg, baptisée en russe « Maria Feodorovna », qui lui donne dix enfants.
À la naissance du premier de ses petits-enfants, Catherine II lui donne le domaine de Pavlovsk. Paul et son épouse voyagent en Europe, notamment à Bruxelles et à Paris où il séjournent en 1782, sous les noms d'emprunt de comte et comtesse du Nord. Il est reçu à la cour de France où il fait une excellente impression[4]. En 1783, l’impératrice lui offre une autre propriété à Gatchina, où il est autorisé à maintenir une brigade de soldats qu’il dirige sur le modèle prussien.
Parmi les amis les plus proches du tzarévitch Paul, et qui vient souvent lui rendre visite à Gatchina, il y a le prince Alexandre Kourakine. Paul était si proche du prince qu'il l'appelait « mon âme ». L'empereur Joseph II écrivit à ce propos : « le prince Kourakine, ayant accompagné Leurs Altesses[5] avec une constante fidélité personnelle fait montre de sentiments d'attachement à leur égard depuis déjà de nombreuses années. Étant le neveu du comte Panine, il a le droit de ce fait d'être proche de l'héritier du trône et de jouir de l'estime et de l'attachement réciproque de Leurs Altesses. C'est une personne aimable qui est appréciée de la haute société. » Cette amitié ne plaît pas à la Grande Catherine, d'autant plus qu'elle apprend qu'au moment de la visite à Saint-Pétersbourg du roi Gustave III de Suède (qui était franc-maçon déclaré), celui-ci s'est rendu à une réunion d'une loge maçonnique qui s'est tenue chez le prince Kourakine en présence de l'héritier du trône[6], que le roi de Suède avait initié en Franc-maçonnerie[7].
Catherine II, qui ne partage pas les opinions politiques et sociales de son fils[4], veut que ce soit son petit-fils Alexandre qui lui succède directement[4]. En conséquence, en 1778, elle soustrait ce dernier à la garde de Paul, qui en éprouve beaucoup de colère contre l'Impératrice[3]. Mais la mort de cette dernière d’un accident vasculaire cérébral le empêche ce projet, et Paul accède au trône de Russie. Méfiant et soupçonnant les intentions de sa mère, il fit brûler tous les documents relatifs à la succession de celle-ci.
Empereur de Russie
[modifier | modifier le code]Politique intérieure différente de celle de Catherine II
[modifier | modifier le code]Paul est animé d'une profonde rancune envers sa mère, ses favoris, ses conseillers et tout ce qu'elle admirait. Anéantir l'œuvre et les décisions de la Grande Catherine est une constante de son court règne de cinq ans. Ainsi, par opposition à sa mère qui s'était beaucoup appuyée sur la noblesse, il n'hésite pas à se qualifier lui-même de « Tsar des paysans »[8].
Sa politique prend véritablement le contre-pied de celle de sa mère :
- Il prend des mesures importantes pour adoucir le sort des serfs : la corvée paysanne est ainsi limitée [8]. il interdit de forcer un serf à travailler les dimanches et jours de fête;[8] il interdit également à un propriétaire de transférer ses dettes à ses serfs.
Pour assurer le respect des interdictions, il impose aux gouverneurs des régions de surveiller les relations entre paysans et propriétaires, et en cas d'abus de ces derniers, de faire un rapport à l'Empereur pour qu'ils soient punis. Sous son règne, le servage régresse[8].
- Il abandonne le monopole d'état sur la vente du sel et en autorise la vente libre, ce qui le rend populaire[8].
- Pour lutter contre l'inflation, il édicte des standards monétaires relatifs au rouble qui resteront en vigueur jusqu'en 1915[9].
- Il modifie la loi de succession au trône lors de son couronnement de 1797 : la primogéniture mâle remplace le libre choix du monarque régnant tel que l'avait prévu Pierre le Grand en 1722. La succession au trône de Russie est déterminée par une règle fixe et précise en vigueur jusqu'en 1917.
- Il fait sortir de prison des écrivains et des intellectuels emprisonnés par sa mère et autorise le retour des exilés en Russie. Alexandre Radichtchev est autorisé à rentrer de son exil sibérien, mais maintenu en résidence surveillée, et Nikolaï Novikov libéré de la prison de Schlüsselburg, tout en étant maintenu en résidence surveillée, ainsi que des dirigeants de la révolte polonaise de 1795 dont Tadeusz Kościuszko.
- Il manifeste le souci de défendre l'autocratie, mais n'entend laisser que peu de libertés à la noblesse. C'est en ce sens que sont promulgués 2 000 actes rétablissant par exemple les châtiments corporels pour les nobles et les rappelant au service actif dans l'armée. Il s'appuie parallèlement de plus en plus sur la bureaucratie pour des tâches d'administration locale et générale de préférence à la noblesse.
Il prend d'autres décisions d'une moins grande portée politique, mais qui visent à marquer le respect dû à sa personne. C'est ainsi qu'il oblige les hommes, sur son passage, à descendre de voiture, les femmes pouvant se contenter de rester debout derrière la portière. Dans les bals de sa cour, il interdit la valse qui oblige les danseurs à lui tourner momentanément le dos[10][réf. à confirmer].
Le tableau de son couronnement avec Maria Feodorovna, réalisé par le peintre autrichien néo-classique Martin Ferdinand Quadal est aujourd'hui conservé au Musée d'Art Radichtchev (Saratov)[11].
Politique étrangère aventureuse
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Participation de la Russie à la deuxième coalition
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Face aux victoires de la France, Paul Ier rejoint le camp des ennemis de la France révolutionnaire. La Russie entre en guerre contre la France en tant que membre de la deuxième coalition dont Paul Ier est le principal artisan et qui comprend aussi la Grande-Bretagne, l'Autriche, le royaume de Naples, le Portugal et l'Empire ottoman.
Dans le cadre de cette guerre, une flotte russe commandée par l'amiral Ouchakov franchit les Détroits, s'empare des îles ioniennes sous domination française et y rétablit la souveraineté turque. L'influence russe en Méditerranée s'accroît encore puisque l'empereur de Russie accepte, à la demande des chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, d'être le protecteur de l'Ordre. Il saisit par la suite la première occasion de se faire élire grand maître. Cet événement sans précédent dans l’histoire de l’Ordre puisque Paul Ier est orthodoxe et marié, amène le pape Pie VI à ne pas le reconnaître comme grand maître[12]. Au décès de Paul Ier, en 1801, son fils Alexandre Ier, beaucoup moins intéressé par les ordres de chevalerie que son père, décide de rétablir autant que possible, les us et coutumes de l’Ordre catholique des Hospitaliers[13], par un édit du par lequel il laisse les membres profès libres de choisir un nouveau chef. Néanmoins, étant donné l’impossibilité de réunir l’ensemble des électeurs, le comte Nicolas Soltykoff assure l’intérim de la charge. Finalement, en 1803, il est convenu que la nomination du grand maître incombe uniquement et exceptionnellement au Pape Pie VII alors régnant ; le [13], le pape choisit le candidat élu du grand prieuré de Russie, le bailli Giovanni Battista Tommasi.
Rapprochement avec Bonaparte
[modifier | modifier le code]Le continent européen reste néanmoins le principal théâtre d'opérations. Des troupes russes viennent renforcer les Alliés dans les Pays-Bas autrichiens et en Suisse mais c'est en Italie que l'intervention russe connaît ses succès les plus importants. Une armée de 18 000 Russes et de 40 000 Autrichiens commandée par Souvorov contraint les Français à se retirer d'Italie et de Suisse. Il ne peut néanmoins envahir la France, battu par Masséna en Suisse. En Hollande, le général Brune contraint les Austro-Russes à déposer les armes.
Profondément mécontent de l'attitude de l'Autriche et de la Grande-Bretagne qui n'ont pas suffisamment soutenu les troupes russes dans les Pays-Bas, Paul Ier se retire de la coalition. En 1800, il change de camp et se rapproche de la France, considérant la prise du pouvoir par Bonaparte comme un gage de stabilité, chassant les émigrés de Milan. Avec la Prusse, le Danemark et la Suède, il adhère à la Ligue des Neutres et manifeste son mécontentement envers l'Angleterre.
Assassinat
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Une conspiration est organisée notamment par les comtes Pahlen et Panine[14] et un aventurier mi-espagnol mi-napolitain, l'amiral José de Ribas, mort avant l'exécution du projet. Dans la nuit du , Paul est assassiné dans sa chambre du palais Saint-Michel par un groupe d’ex-officiers menés par le général Bennigsen, un Hanovrien au service de la Russie[15] : à l'insu de la garde rapprochée et du valet de chambre, les huit soldats font irruption dans la chambre impériale après avoir pris un souper très arrosé ensemble. Ils obligent l’empereur à signer son abdication. L’empereur résiste, mais il est étranglé[16]. Selon une autre thèse, la tête de Paul Ier aurait accidentellement heurté le dessus de cheminée[17]. L’un des meurtriers, le général Zoubov, annonce à Alexandre Ier, qui réside au palais et fait partie de la conspiration[15], son accession au trône.
Selon le futur Louis XVIII, « Paul Ier avait été victime d’une conspiration de palais où se trouvèrent l’or et la main du gouvernement britannique. »[18].
Descendance
[modifier | modifier le code]- Alexandre (1777-1825) qui lui succéda, épousa en 1793 Louise Augusta de Bade (1779-1826) ;
- Constantin (1779-1831) épousa en 1796 (mariage annulé en 1820) Julienne de Saxe-Cobourg-Saalfeld (1781-1860) ;
- Alexandra (1783-1801) épousa en 1799 Joseph-Antoine d'Autriche, prince palatin de Hongrie (1776-1847) ;
- Hélène (1784-1803) épousa en 1799 Frédéric, prince héréditaire de Mecklembourg-Schwerin (1778-1819) ;

par Martin Ferdinand Quadal
Musée du Louvre
- Marie (1786-1859) épousa en 1804 Frédéric-Charles, grand-duc de Saxe-Weimar-Eisenach) (1783-1853) ;
- Catherine (1788-1819) épousa en 1809 Georges d'Oldenbourg (1784-1812) puis en 1816 Guillaume Ier, roi de Wurtemberg (1781-1864) ;
- Olga (1792-1795) ;
- Anne (1795-1865) épousa en 1816 Guillaume II, roi des Pays-Bas (1792-1849) ;
- Nicolas (1796-1855) qui fut empereur après son frère Alexandre, épousa en 1818 Charlotte de Prusse ;
- Michel (1798-1849) épousa en 1824 Charlotte de Wurtemberg (1804-1873).
Paul Ier est l’ascendant de l’actuel chef de la maison impériale de Russie, la grand-duchesse Maria Vladimirovna (contestée par le grand-duc Alexis Andreïevitch) et du prince Georgui de Russie.
Postérité
[modifier | modifier le code]Un cuirassé de la Marine impériale russe porta le nom d’Empereur Paul Ier, affecté dans la flotte de la Baltique, il participa à la Première Guerre mondiale, à la révolution de Février et à celle d'Octobre 1917.
Distinctions
[modifier | modifier le code]- Ordre de Saint-André :

- Ordre de Saint-Alexandre Nevski :

- Ordre de Sainte-Anne (1re classe)

- Chevalier de l'ordre du Saint-Esprit :

- Commandeur de l'ordre des Séraphins :

- Ordre de l'Aigle blanc :

- Ordre de l'Aigle noir :

Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Safonov, M. M. "О происхоҗдении Павла І" [About the origin of Paul I]. history-gatchina.ru (in Russian). Retrieved 12 July 2021.
- ↑ Des Cars, J. (2015). 9. Paul Ier, le fils humilié. La saga des Romanov (p. 165-188). Perrin. https://shs.cairn.info/la-saga-des-romanov--9782262050924-page-165?lang=fr.
- https://www.revueconflits.com/russie-paul-ier-eugene-berg/
- https://bibliotheques.ctguyane.fr/PRET/doc/UNIVERSALIS/_b64_b2FpLXVuaXZlcnNhbGlzLmZyLWFyay0tMzQ4ODUtYXNhZVQzMTgxNzc%3D/paul-ier-1754-1801-empereur-de-russie-1796-1801
- ↑ Paul de Russie et son épouse
- ↑ (ru) Le Messager de l'Europe («Вестник Европы»), 1868, tome VI, p. 574 ; Le Messager russe («Русский Вестник»), 1864, tome VIII, p. 375
- ↑ Magnus Olausson, Catherine the Great and Gustav III, Boktryck AB, 1999, p. 170.
- Pierre III et Paul Ier ne sont-ils que des rois maudits ? ». Russes, slaves et soviétiques, édité par Céline Gervais-Francelle, Éditions de la Sorbonne, 1994, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.79504.
- ↑ https://myhistorypark.ru/media/pavel-i-petrovich/
- ↑ Augustin Cabanès, Fous couronnés, Albin Michel, , 436 p. (lire en ligne), p. 323-325.
- ↑ Couronnement du tsar
- ↑ M. de Taube, « Le tsar Paul Ier et l'ordre de Malte en Russie », Revue d'histoire moderne et contemporaine, vol. 5, no 27, , p. 161–177 (DOI 10.3406/rhmc.1930.3606, lire en ligne, consulté le ).
- p. 693c du Quid 2005.
- ↑ Michel Heller (trad. du russe par Anne Coldefy-Faucard), Histoire de la Russie et de son empire, Paris, Flammarion, coll. « Champs Histoire », (1re éd. 1997), 985 p. [détail de l’édition] (ISBN 2081235331), p. 617.
- Heller 1997, p. 618.
- ↑ Heller 1997, p. 619.
- ↑ Jean des Cars, La saga des Romanov : de Pierre le Grand à Nicolas II, Paris, Plon, (réimpr. 2009), 358 p. (ISBN 978-2-298-01830-1), p. 160.
- ↑ Gérard de Rubbel et Alain Leclercq, Les plus grands bâtards de l'Histoire : la saga des enfants illégitimes, Primento, , 223 p. (ISBN 978-2-39009-056-4, lire en ligne), p. 101.
Annexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Alain Blondy
- Paul Ier de Russie, l’Ordre de Malte et le catholicisme, Revue des études slaves, LXX/2, 1998, 411-430.
- Paul Ier. La folie d'un tsar, Perrin, 2020.
- Constantin de Grunwald, L’Assassinat de Paul Ier, tsar de Russie, Hachette, 1960.
- Alexeï Peskov, Paul Ier, empereur de Russie, ou le , Fayard, 1996 ;
- Henri Troyat, Paul Ier le tsar mal-aimé, éd. Grasset, 2002 ;
Romans
[modifier | modifier le code]- Paul Mourousy, Le Tsar Paul Ier, la puissance et la peur, éd. du Rocher, 1997 ;
Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Charles-Frédéric de Holstein-Gottorp (grand-père paternel)
- Anna Petrovna de Russie (grand-mère paternelle)
Liens externes
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- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Ressources relatives à la musique :
- Ressource relative à la recherche :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Paul Ier (empereur de Russie)
- Empereur russe
- Duc de Holstein
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- Maison de Holstein-Gottorp-Romanov
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- Chevalier de l'ordre de Saint-André
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- Souverain russe assassiné
- Monarque de Russie du XVIIIe siècle
- Monarque de Russie du XIXe siècle
- Catherine II
- Personnalité de la franc-maçonnerie russe
- Grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem
- Naissance dans le gouvernement de Saint-Pétersbourg
- Naissance à Saint-Pétersbourg
- Naissance en octobre 1754
- Décès à Saint-Pétersbourg
- Décès en mars 1801
- Décès à 46 ans
- Personnalité inhumée dans la cathédrale Pierre-et-Paul
- Grand-duc de Russie