Anna Jaclard

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Anna Jaclard
Anna Jaclard.jpg
Anne Jaclard
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 43 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom de naissance
Анна Васильевна Корвин-КруковскаяVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Famille
Korwin-Krukowski (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Père
Vassili Vassilievitch Korvine-Kroukovski (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Yelizaveta Fedorovna Korvin-Krukovskaya (Shubert) (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Conjoint
Autres informations
Membre de

Anna Jaclard (), née Anna Vassilievna Korvine-Kroukovskaïa (en russe : Анна Васильевна Корвин-Круковская), est une socialiste et féministe révolutionnaire russe. Elle participe à la Commune de Paris (1871) et à l'Association internationale des travailleurs. Elle est amie avec Karl Marx et Fiodor Dostoïevski. La mathématicienne et socialiste Sofia Kovalevskaïa (1850–1891) est sa sœur[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Le père de Jaclard, d'origine polonaise, est général d'artillerie[2], sa mère, Elisabeth Fiodorovna Schubert descend d'une famille allemande. Son grand-père était général d'infanterie et son arrière-grand-père, Friedrich Theodor Schubert avait étudié l'astronomie à Göttingen et avait été membre de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg. Anna est éduquée à la maison avec Sofia, sa cadette de six ans, et Fiodor son cadet de cinq ans, par une institutrice et un précepteur. Elle grandit à Vitebsk dans une atmosphère patriarchale, loin de l'effervescence intellectuelle de Saint-Pétersbourg ce qui ne l’empêcha pas de rencontrer des militants nihilistes locaux [3]. Ainsi elle rencontre dans la forteresse Pierre-et-Paul en 1859, Nikolaï Tchernychevski qui défend l’égalité des sexes[4].

Elle rencontre en 1864 Dostoïevski, après qu'elle ait publié deux histoires dans son journal littéraire, L'Époque, sous un pseudonyme masculin, en secret de sa famille[3],[5]. Dostoïevsky admirait son talent aussi s'écrivaient-ils beaucoup. Elle rejete sa demande en mariage en avril 1865, mais ils restèrent amis[3],[6],[7]. On pense que Dostoïevsky a fondé le personnage d'Aglaé Ivanovna Epantchine dans L'Idiot en s'inspirant de Jaclard[3].

En 1868, Jaclard part vivre à Paris[5]. Elle trouve un emploi dans une imprimerie ce qui lui permet d'étudier la "question sociale". Elle se met à fréquenter les groupes Blanquistes où elle fait la connaissance de Victor Jaclard. En raison des activités de celui-ci, le couple s'exile en Suisse en août 1870 et se réfugie à Genève[8]. Elle y rencontre le groupe russe de l'Association internationale des travailleurs[2]. Ils reviennent après la défaite de Sedan en septembre 1870[5] et habitent rue Biot[2].

Pendant la Commune de Paris (1871), elle fonde avec André Léo le journal « La Sociale »[5], et est membre du Comité de vigilance de Montmartre aux côtés de Louise Michel, Paule Minck et Sophie Poirier[9]. Jaclard devient ambulancière en tant que membre de se groupe[10]. Elle rejoint également l'Union des femmes pour la défense de Paris, en charge de l'éducation des femmes où elle retrouve Léo et Elisabeth Dmitrieff bien que cette participation semble contestée[11],[12]. Édouard Vaillant, le délégué à l'Instruction publique, s'attache alors à laïciser les institutrices républicaines au travers d'une commission à laquelle Léo et Jaclard sont nommées le 21 mai 1871 [11],[13]. Jaclard prend aussi part au Comité des femmes dit de la rue d'Arras mené par Jule Allix[13].

Pour fuir sa condamnation par contumace aux travaux forcés à perpétuité, le couple se serait réfugié à Londres chez Karl Marx. Anna y commence la traduction russe du Capital[5],[3].

En 1874, Anna et son mari retournent dans sa Russie natale. Victor trouve un emploi de professeur de français et Anna travaille principalement comme journaliste et traductrice. Elle contribue dans des journaux opposés au pouvoir en place tel que Delo et Slovo. Les Jaclard reprennent également des relations amicales avec Dostoïevsky[3]. Ni les efforts antérieurs de Dostoïevski pour courtiser Jaclard ni leurs fortes divergences politiques n'ont empêché un contact cordial et régulier entre eux deux. Elle l'aidait à l'occasion avec des traductions en français puisqu'elle le parlait couramment. Jaclard reprit également contacts avec les milieux révolutionnaires. Elle connaissait plusieurs membres du mouvement socialiste russe Narodnik «au peuple» dans les années 1870 ainsi que les révolutionnaires qui, en 1879, formèrent le groupe Narodnaia Volia (la volonté du peuple), une organisation populiste terroriste russe. Entre temps, Jaclard est grâciée par la France le 5 juin 1879[2]. Le 13 mars 1881, ce groupe assassine le tsar, Alexandre II. Les Jaclard quittent la Russie pour la France à ce moment-là et ne sont pas pris dans la répression qui suivi l'assassinat, profitant d'une amnistie générale en place depuis 1880 en France. Là, ils reprennent leur travail journalistique.

Anna Jaclard est décédée en 1887 en enterrée dans le cimetière ancien de Neuilly-sur-Seine[2].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Femmes de la Commune de Paris : Anna Jaclard (1844-1887) »
  2. a b c d et e « JACLARD Anna [Korvin-Krukovskaja Anna Vassilievna] - Maitron », sur maitron.fr (consulté le 26 octobre 2020)
  3. a b c d e et f (en) K. A. Lantz, The Dostoevsky Encyclopedia, Greenwood Publishing Group, (ISBN 978-0-313-30384-5, lire en ligne), p. 220
  4. Armand Lanoux, Le coq rouge: une histoire de la Commune de Paris, B. Grasset, (lire en ligne)
  5. a b c d et e « ANNA JACLARD (1844- 1887) L’aristocrate russe pétroleuse (16) », sur L'Humanité, (consulté le 26 octobre 2020)
  6. Voici l'aube: l'immortelle Commune de Paris. Compte rendu analytique du colloque scientifique international organisé, Éditions sociales, (lire en ligne)
  7. Louis Allain, Dostoïevski et l'Autre, Presses Univ. Septentrion, (ISBN 978-2-85939-253-6, lire en ligne)
  8. Helena Volet-Jeanneret et Héléna Volet, La femme au temps des derniers tsars, Stock/L. Pernoud, (lire en ligne)
  9. « Les Femmes dans la Commune de Paris », sur www.commune1871.org (consulté le 2 novembre 2020)
  10. Edith Thomas, Les pétroleuses, Gallimard, (lire en ligne), p. 156
  11. a et b (en) Woodford McClellan, Revolutionary Exiles: The Russians in the First International and the Paris Commune, Routledge, (ISBN 978-1-135-78094-4, lire en ligne)
  12. « Anna et Victor Jaclard : Un couple communard », sur www.commune1871.org (consulté le 2 novembre 2020)
  13. a et b Jacques Rougerie, « 1871 : la Commune de Paris », in Christine Fauré (dir.), Encyclopédie politique et historique des femmes, PUF, 1997, pp. 405-431.

Bibliographie et sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]