Navajos

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le peuple navajo. Pour la langue navajo, voir Navajo (langue).

Navajos

Populations significatives par région
Population totale 300 048 (2011)
Autres
Langues

Navajo et anglais

Canyon de Chelly.

Les Navajos (ou Navahos) constituent un peuple amérindien d'Amérique du Nord de la famille linguistique athapascane et de la zone culturelle du sud-ouest. Les Navajos vivent aux États-Unis, dans des réserves du nord-est de l'Arizona et des régions contiguës du Nouveau-Mexique et de l'Utah. Ils sont étroitement apparentés aux Apaches.

Histoire[modifier | modifier le code]

-1200 à -800 Av. J.-C.[modifier | modifier le code]

Les Dineh arrivent en Alaska en provenance d'Asie. Les Dineh se divisent en quatre groupes majeurs : les Eyaks, les Haïdas, les Tlingits et les Athabascans. Il y a une forte probabilité d'une relation avec les langues sino-tibétaines. Néanmoins, l'analyse génétique des populations Ojibwé, Sioux, et Navajos, indique, par l'intermédiaire de l'ADN mitochondrial X, une lointaine parenté avec les populations européennes, à ce jour inexpliquée.[réf. nécessaire]

-200 à 200[modifier | modifier le code]

Les Athabascans et les Tlingits se séparent en tribus distinctes.

De 825 à 1000[modifier | modifier le code]

Suite à de violentes éruptions volcaniques qui causèrent des changements climatiques importants, une partie importante d'Athabascans émigra au sud du nord-ouest canadien, c’est-à-dire dans la région actuelle de Vancouver et de l'État de Washington.

De 1300 à 1500[modifier | modifier le code]

Une seconde vague d'émigration se sépara du groupe principal au Canada, pour se diriger vers le sud-ouest des États-Unis et le nord du Mexique. Cette vague d'émigration est à l'origine du sous-groupe Apache (Jicarilla, Mescaleros, Chiricahua, Lipan, Aravaipa, Kiowa-Apache et Navajo). Ils s'installèrent dans une région autrefois habitée par les Anasazi (Mot navajo pour ancêtres). À cette époque la région était déjà habitée par les Comanches, les Utes, les Pueblos et les Paiutes. Ils n'étaient pas des tribus paisibles et furent connus comme des maraudeurs et des pillards dans la région. Ils errèrent dans la région comprise entre l'ouest du Texas, le sud de l'Utah, l'Arizona, le Nouveau-Mexique et le nord du Mexique, pillant les villages Pueblos et combattants les Comanches et les Utes. Puis ils se fixèrent définitivement dans une région que les Espagnols nommèrent plus tard Apacheria.

Aux XVIe siècle et XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

On pense que les Navajos venaient du nord et se sont installés dans le sud-ouest des États-Unis au cours du XVIe siècle. Au XVIIe siècle, les Navajos étaient devenus un peuple pastoral, avec une économie fondée en grande partie sur l'élevage et la chasse.

Depuis le XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Les Navajos entrèrent en conflit avec les colons espagnols et les Mexicains au XVIIIe et au début du XIXe siècle. Leurs contacts avec les Espagnols furent limités mais importants ; ces derniers introduisirent les chevaux, les moutons et les chèvres, qui devinrent des éléments vitaux de l'économie navajo.

En 1846, les Navajos conclurent un premier traité avec le gouvernement des États-Unis, mais des accrochages avec les troupes américaines entraînèrent des hostilités en 1849 et des combats répétés jusqu'en 1863. Cette année-là, les forces américaines, dirigées par Kit Carson, lancèrent une vaste campagne contre les Navajos, et firent prisonniers 8 000 d'entre eux. Ces Amérindiens furent envoyés à pied dans la réserve de Fort Sumner, au Nouveau-Mexique. Cette déportation est connue dans l'histoire navajo comme la « longue marche ». Dans cette réserve, les Navajos eurent à souffrir cruellement d'épidémies et de famines dues aux mauvaises récoltes, et furent attaqués par d'autres tribus. Un nouveau traité fut signé en 1868, autorisant les survivants à rejoindre une réserve aménagée sur leur ancien territoire (la réserve indienne Navajo Nation), et leur attribuant des moutons et des bovins. En retour, ils acceptèrent de vivre en paix avec les colons américains. En 1884, la réserve fut agrandie pour pouvoir accueillir leurs troupeaux qui se développaient.

À la fin du XIXe siècle, les Navajos prospéraient, la population avait doublé, et des terres supplémentaires furent encore annexées à la réserve. Comme il s'agissait généralement de terres pauvres, les étrangers firent peu de tentatives pour envahir la réserve. De sérieux problèmes d'érosion du sol et de pâturage intensif dus au développement considérable du cheptel poussèrent le gouvernement américain à imposer aux Navajos un plan de réduction du bétail. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, bon nombre d'entre eux quittèrent la réserve pour servir dans l'armée ou pour travailler dans les villes à des activités liées à la guerre.

Tourisme[modifier | modifier le code]

Les Navajos tirent aussi profit du tourisme : mise en place de sociétés d'excursions (visites guidées, randonnées à pied ou à cheval, 4x4), exploitation de restaurants, d'hôtels et de Bed and Breakfast (notamment d'hogan), création et commerce d'artisanat navajo (bijoux, poteries, tapis, souvenirs). Leur « capitale » est Window Rock, la fête de la nation navajo a lieu pendant cinq jours à partir du premier week-end de septembre. Pendant cinq jours, tradition et modernisme se mêlent dans un cocktail de danses, de chants, de parades et de rodéos.

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Organisation sociale[modifier | modifier le code]

Les Navajos se divisent en plus de cinquante groupes, et leur mode de filiation est transmis par les femmes (clans matrilinéaires). Les Navajos ne doivent ni se marier ni même sortir avec un membre de leur propre clan : cette obligation constitue un véritable tabou. L'unité sociale de base est une famille (très) élargie dont les membres ont une gamme complète de responsabilités.

Bien qu'il existe des logements modernes dans la réserve, de nombreux Navajos continuent à construire les hogans traditionnels et à y vivre; les logements construits par l'État leur servent alors de « réserve ». Il s'agit de maisons coniques faites d'une armature de bois et recouvertes de terre, pourvues d'un trou pour la fumée au sommet et d'un passage étroit et couvert servant d'entrée. Contrairement aux habitations en béton et fibrociment, elles ont comme principales qualités de rester fraîches en été (malgré les fortes températures extérieures) et chaudes en hiver. Les villages comportent aussi une ou plusieurs maisons de sudation.

Le statut de réserve du territoire où la plupart vivent rend le maintien de l'ordre particulier : contrairement au système américain des comtés élisant des shériffs, sur toute la réserve, c'est la Police Tribale Navajo qui est chargée des infractions et délits, tandis que les crimes sont du ressort du gouvernement fédéral, via le FBI.

Les Navajos ont traditionnellement 4 différents genres : La femme, l'homme, l'homme féminin, la femme masculine. (http://jezebel.com/5812179/the-navajo-cultures-four-different-genders )


Spiritualité et art[modifier | modifier le code]

Art Navajo.
Art navajo (peinture sur sable).

La spiritualité navajo est fondée sur le culte de la nature, et de l'harmonie (« hozho ») qu'elle recèle. Elle met en jeu un certain nombre de divinités qui interviennent occasionnellement dans les affaires humaines, notamment « Coyote », allégorie du mal. Coyote peut se manifester par un accident, une catastrophe, mais aussi par la méchanceté, ou toute attitude humaine non respectueuse du Dineh (peuple Navajo), de ses tabous et de l'harmonie. L'état d'hozho est lié à la santé, la beauté, l'ordre et l'harmonie. Le malade est considéré chez les Navajos comme celui qui a rompu cet équilibre fixé une fois pour toutes.

Les dieux sont régulièrement invoqués : des offrandes leur sont faites, et des danses cérémonielles sont exécutées dans lesquelles ils sont représentés par des hommes peints et masqués. De nombreuses cérémonies, désignées sous le terme de « voie » en français, pouvant s'étaler sur plusieurs jours et nuits, ont pour vocation de permettre de rendre l'harmonie à un membre du Dineh avec le monde qui l'entoure. La « voie de l'ennemi », la « voie de la bénédiction », la « voie de la montagne », et beaucoup d'autres, ont chacune vocation à être conduite par un « hataali » (littéralement « chanteur », incorrectement traduit par « shaman ») en fonction de la circonstance qui a amené le « malade » à perdre l'harmonie (mort proche, malaises, maladies, violation d'un tabou, etc.).

Des aiguilles jumelles dressées dans le Canyon de Chelly, en Arizona, ont une grande importance pour le peuple Navajo, car c'est ici qu'habiterait une de leurs principales divinités, la Femme Araignée. Selon la légende, celle-ci aurait transmis son art du tissage à la Femme qui Change. Cette autre divinité à l'origine, elle, de la création des Navajos aurait filé une toile d'arcs-en-ciel entre les deux pics et les parois qui les entourent.

Il existe également une vaste mythologie décrivant l'origine des êtres humains par le dieu Coyote créateur du premier homme et de la première femme à partir d'épis de maïs.

Le chiffre 4 revêt une importance presque divine dans la spiritualité Navajo : 4 directions, 4 couleurs, Four Corners, etc.

Leur art est lié à cette spiritualité : il s'exprime à travers des représentations visuelles multiples comme dans les couvertures aux motifs géométriques et aux teintes vives ou dans les bijoux de cuivre ou encore dans les peintures sur sable éphémères à destination thérapeutique, mais aussi dans des dessins colorés sur ardoises destinés aux touristes. Les chansons, les incantations et les prières font aussi partie de rituels spirituels complexes en même temps qu'elles constituent des créations propres à ce peuple.

Le romancier américain Tony Hillerman évoque largement de nombreux aspects de cette spiritualité dans son œuvre.

Fêtes traditionnelles[modifier | modifier le code]

  • Kinaalda : fête de la puberté. Avant cela, les navajos ne peuvent pas aider à la cuisine et au ménage.
  • Hozho Naasha : cérémonie, riche en féstivités, célébrant la culture Navajo (défilés et expositions)

Économie[modifier | modifier le code]

Blackfire, groupe Navajo de rock, en concert à Prague en 2004.

La base de leur économie de subsistance est fondée sur des troupeaux de moutons et de chèvres, quelques bovins et chevaux, et des emplois occupés dans divers secteurs, notamment le tourisme. Les Navajos fabriquent aussi de la poterie et de la vannerie et sont réputés pour leurs bijoux en argent et leurs belles couvertures solides. Au milieu du XXe siècle, la production de pétrole et la découverte de riches gisements minéraux sur les terres de la réserve modifient considérablement leur économie.

La population navajo s'accroît à un rythme rapide (219 198 selon le recensement de 1990) ; cette croissance risque de mettre une pression considérable sur leur économie traditionnelle. Les terres de leur réserve totalisent plus de 60 000 km²[1] en Arizona et au Nouveau-Mexique, ainsi qu'une petite partie en Utah et au Colorado, ce qui en fait la plus vaste des États-Unis[2]. Les Navajos ont aussi le revenu le plus élevé de tous les peuples amérindiens aux États-Unis. Il est estimé à environ 50 millions de dollars provenant des contrats d'exploitation du pétrole et du gaz aussi bien que des ressources minérales et forestières.

Le gouvernement des États-Unis qui est en litige depuis les années 1960 avec la nation Navajo concernant l'exploitation de ces ressources paye en 2014 une somme de 554 millions de dollars américains pour clôturer celui-ci[3].

Géographie[modifier | modifier le code]

Les frontières de la nation navajo touchent la nation Ute au point de concours de quatre États : Arizona, Utah, Colorado, Nouveau-Mexique en s'étendant à travers le plateau du Colorado. Sur le territoire de la nation navajo se trouvent le Canyon de Chelly, Monument Valley, le pont Arc-en-Ciel, la réserve Hopi et le lieu sacré Shiprock. Le siège du gouvernement de la nation se trouve dans la ville de Windli Rock à l'est de l'Arizona.

Le congrès des États-Unis d'Amérique a établi à l'intérieur du territoire de la nation Navajo une réserve pour la nation Hopi (en navajo Oozéí ou Ayahkinii « le peuple des maisons souterraines ») sur une terre historique de pillage dans Diné.

Dans la culture spirituelle Navajo, le territoire Navajo est en fait délimité par les quatre montagnes sacrées que sont la Montagne Bleue (San Francisco Peak) au SO, la Montagne Turquoise (Mont Taylor) au SE, la Montagne Blanche (Blanca Peak) au NE et Navajo Mountain au NO.

Dans les années 1980 un conflit s'est déclenché à propos des terres communes Navajo/Hopi quand le Département de l'Intérieur des États-Unis a tenté de déplacer les Navajos habitant le territoire commun. Le conflit a été résolu ou, au moins retardé, par l'accord d'une location de 75 ans aux Navajos refusant de quitter le territoire commun. Un autre groupe de Navajos et de Hopis vit sur la réserve tribale de la Colorado River le long du Colorado dans l'ouest de l'Arizona.

Langue[modifier | modifier le code]

Un soldat Navajo chargé des communications cryptées.
Article détaillé : Navajo (langue).

Les membres de la nation sont nommés Navajos, quelquefois écrit Navaho. Les Navajos se nomment eux-mêmes Diné ou Dineh, « le Peuple » dans leur langue. Les Navajos sont étroitement apparentés aux Apaches, et la langue Navajo et les autres langues apaches forment la famille des langues athapascanes.

Leur langue est si particulière qu'elle fut utilisée pendant la Seconde Guerre mondiale dans la guerre du Pacifique : les services secrets américains employèrent des auxiliaires navajos qui traduisirent dans leur langue les messages les plus confidentiels avant qu'ils ne soient cryptés. Cette technique empêcha les services secrets japonais de casser le code américain[4]. De ce fait historique a été tiré le film Windtalkers (2002) de John Woo, ainsi qu'un épisode de la série X-Files.

Personnalités Navajos[modifier | modifier le code]

Prénoms navajos[modifier | modifier le code]

Tout comme l'ensemble des peuples amérindiens, les Navajos ont donné des prénoms qui s'inspirent souvent de la nature qui les entoure, des forces surnaturelles qu'ils perçoivent, des qualités des personnes ou bien d'autres évènements de la vie, souvent liés à la naissance.

  • Doli : prénom qui signifie « oiseau bleu ».
  • Dezba : prénom féminin qui signifie « qui va à la guerre ».
  • Gini : prénom masculin qui signifie « faucon ».

Œuvres ayant des Navajos comme sujet[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 16 millions d'hectares dans Anne Garrait-Bourrier, Monique Vénuat, Les Indiens aux États-Unis : renaissance d’une culture, Paris, Ellipses, 2002, page 101
  2. Atlas des populations amérindiennes, Courrier International, Hors-Série Juin-Juillet-Août 2007, p. 69
  3. (en) Sari Horwitz, « U.S. to pay Navajo Nation $554 million in largest settlement with single Indian tribe », sur The Washington Post,‎ 24 septembre 2014 (consulté le 27 septembre 2014).
  4. Lire par exemple : Sylvie Uderzo, Navajo Code Talkers, 10 octobre 2012

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lori Arviso-Alvord et Elizabeth Cohen Van Pelt, Le scapel et l'ours d'argent : La première femme Navajo à allier chirurgie et médecine traditionnelle [« The Scalpel and the Silver Bear »], Indigene, coll. « Indigene esprit »,‎ 25 avril 2003, broché, 215 p. (ISBN 2911939441 et 978-2911939440)
  • Christophe Magny, La Voie de la Nuit : Cérémonies de guérison des Indiens Navajos, Éditions Alphée, coll. « Sciences Humaines »,‎ 18 septembre 2008, broché, 219 p. (ISBN 2753803293 et 978-2753803299) Récit de multiples voyages chez les Navajos, l'auteur partage leur vie et participe à leurs cérémonies de guérison.
  • Nausica Zaballos, Le système de santé navajo : Savoirs rituels et scientifiques de 1950 à nos jours, Paris, L'Harmattan, coll. « Acteurs de la science »,‎ 14 mai 2009 (1re éd. 2009), broché, 378 p. (ISBN 229607975X et 978-2296079755) Résume de manière claire la spiritualité navajo avec les concepts (hozho-harmonie), les mythes, les rituels de guérison et les traditions sociales. Traite aussi de la relation des navajos traditionnels avec les médecins blancs hostiles aux rituels.
  • Paul G. Zolbrod, Le livre des Indiens navajos : Diné Bahané [« Diné Bahane': The Navajo Creation Story »], Paris, Éditions du Rocher, coll. « Nuage rouge »,‎ 24 octobre 1995, broché, 507 p. (ISBN 226802136X et 978-2268021362)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]