Rat-taupe nu
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Heterocephalus glaber
Rat-taupe nu (Heterocephalus glaber)
Heterocephalus glaber
Rüppel, 1848
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LC : Préoccupation mineure
Répartition géographique
L'Hétérocéphale (Heterocephalus glaber), aussi appelé Rat-taupe nu ou Rat-taupe glabre est la seule espèce du genre Heterocephalus et de la sous-famille des Heterocephalinae. C'est un petit rongeur présent en Afrique de l'est (Somalie, Kenya, Éthiopie) et remarquable sur plusieurs points dont son organisation sociale, sa régulation de température limitée, sa capacité de reproduction, sa résistance aux maladies (cancers...) ou encore sa longévité qui peut dépasser 30 ans en captivité.
Sommaire |
Description [modifier]
Le rat-taupe mesure en moyenne de 8 à 10 cm de long et pèse de 30 à 35 g ; les plus gros peuvent peser jusqu'à 80 g.
Les rats-taupes nus ont une tête aux muscles de la mâchoire particulièrement développés, avec de grandes incisives proéminentes qu'ils utilisent pour forer leurs galeries. Une très grande partie de leur cerveau est d'ailleurs dévolue au contrôle et à la sensibilité de la bouche. Leurs yeux sont pratiquement atrophiés, et leurs oreilles minuscules se limitent à une petite ouverture qu'ils peuvent obturer pour éviter que la terre n'y pénètre.
Ils sont pratiquement glabres, à la peau rosée et translucide, à l'exception de la tête et de la queue qui possèdent des vibrisses (longs poils sensitifs), et des pattes qui portent des poils entre les orteils, ce qui leur confère un aspect esthétique assez impressionnant en comparaison avec d'autres espèces de rongeurs.
Adaptés à leur mode de vie souterrain, leurs capacités visuelles sont atrophiées mais leur odorat et audition sont bien développés. Ils sont aussi particulièrement sensibles aux vibrations du sol et aux courants d'air.
Mode de vie [modifier]
Le rat-taupe nu est l'une des deux seules espèces connues de mammifères eusociaux, l'autre étant le Rat-taupe de Damara. Leur système de colonie rappelle celui des insectes sociaux comme les fourmis, les termites et les abeilles : une unique et énorme reine s'occupe de la reproduction, et les autres individus sont répartis en différentes classes, comme les ouvrières, les nourrices, les soldats et le harem de mâles. On appelle ce mode de fonctionnement « eusocialité ». Une colonie comprend de 70 à 300 individus.
Ces animaux sociaux coopèrent pour le forage des galeries et le déblaiement de la terre, avec une répartition précise des rôles et pour certains un système de roulement.
Leur fonctionnement social particulier fait que les individus à l'intérieur d'une colonie sont très proches génétiquement, étant tous issus de la même mère et d'une poignée de mâles reproducteurs.
Ils n'ont que peu de prédateurs (certains serpents) et leur plus grand ennemi reste le froid. En effet ils sont quasiment les seuls mammifères à ne pas réguler leur température (cela n'étant pas nécessaire dans leurs galeries bien isolées), ce qui en fait presque l'équivalent des animaux à sang froid, diminuant ainsi considérablement leurs besoins nutritifs. Pour limiter leur déperdition de chaleur lors des baisses de température, ils se regroupent en masse.
Quand deux colonies viennent à se rencontrer au hasard du forage de leurs galeries, elles se battent jusqu'à ce qu'une des deux reines soit tuée. Après cela, la colonie victorieuse pratique le pillage méthodique des galeries des perdants, puis exécute certains membres (notamment les mâles reproducteurs) et réduit les autres en esclavage. Il s'agit d'un cas unique dans le règne animal[réf. nécessaire].
Insensibilité à la douleur [modifier]
Les rats-taupes nus semblent par ailleurs complètement insensibles à la douleur, ne produisant pas le neurotransmetteur de la douleur appelé « substance P » : les tests réalisés avec des acides, des brûlures ou d'autres types d'agressions n'ont provoqué aucune réaction de fuite chez ces animaux. La douleur peut cependant leur être induite par voie chimique, les rats-taupe produisant des récepteurs fonctionnels à la substance P : il suffit de la leur administrer pour provoquer une réaction de douleur.
Il a été proposé que ce caractère soit relié à l'environnement faible en O2 et riche en CO2 du rat-taupe nu[1]. Ces rongeurs vivent en groupes relativement importants confinés dans des tunnels peu ventilés[2]. Une concentration élevée en CO2 pouvant mener à l'acidose des tissus, certains chercheurs suggèrent que l'insensibilité des nocicepteurs à l'acide leur permette d'éviter les douleurs autrement ainsi engendrées[1].
Cette immunité à la douleur est à relier au fait que ces animaux sont complètement dépourvus d'instinct de survie (à l'exception de la reine), capables de se battre jusqu'à la mort contre un ennemi bien trop fort quand il s'agit de protéger la reine et les petits, comme les insectes eusociaux[réf. nécessaire].
Reproduction [modifier]
La constitution du groupe est remarquable pour un mammifère, une seule femelle, la « reine », étant reproductrice. Elle s'accouple avec un harem de quelques mâles avec lesquels elle entretient des relations stables. Son corps est complètement déformé pour pouvoir accueillir des portées prolifiques : beaucoup plus grosses que les autres membres de la colonie, elle est grabataire pendant ses (fréquentes) grossesses, et sa colonne vertébrale est arquée pour augmenter la capacité de son utérus. Les autres individus de la colonie participent à l'élevage des jeunes, au percement des galeries, à la récolte de nourriture et défendent le système de terriers. Les « soldats », les « ouvriers » et les autres rôles sont morphologiquement distincts (on parle de « polymorphisme social »), cas unique parmi les vertébrés. Les capacités sexuelles des membres non reproducteurs de la colonie sont bloquées par les phéromones, contenues dans l'urine de la reine, et par son agressivité.
La gestation est d'environ 70 jours et la reine peut avoir 5 portées par an. La taille des portées est d'une douzaine de petits mais peut monter jusqu'à 27 (chiffre le plus élevé jamais observé chez des mammifères).
La durée de vie dans la nature est inconnue et est supérieure à 20 ans en captivité (le chiffre de 30 ans est également cité[3]) sans que les limites en soient actuellement connues. Il s'agit d'un record absolu pour un rongeur, à mettre en partie sur le compte de leur métabolisme simple et lent, et de gènes particuliers de résistance au cancer qui intéressent beaucoup les biologistes[4] : ces animaux ne développent aucun cancer, même expérimentalement et même chez les individus âgés[3]. Un gène de résistance plus élaboré que le nôtre en serait la principale cause, ainsi que leur métabolisme très faible, réduisant le stress oxydatif au niveau des cellules.
Alimentation [modifier]
Leur régime alimentaire est végétarien et ils consomment les racines charnues des plantes de savane. Ces racines leur fournissent aussi l'eau dont ils ont besoin, ce qui les dispense de boire (ce qui est exceptionnel chez les vertébrés). Ils peuvent se révéler des ravageurs redoutables si la colonie est installée sous une zone cultivée.
Ils pratiquent la cæcotrophie, comme cela se rencontre chez certaines espèces non ruminantes dont le régime alimentaire est à base de cellulose : pour mieux digérer leur nourriture, ils réabsorbent une partie de leurs déjections, les autres étant nettoyées par des insectes qui vivent en symbiose dans leurs galeries (des carabidés). Ce système leur permet d'optimiser le rendement de leurs apports nutritifs.
Systématique [modifier]
L'espèce a été décrite pour la première fois en 1848 par le naturaliste allemand Wilhelm Peter Eduard Simon Rüppell (1794-1884), quelques années après avoir créé le genre Heterocephalus. Ce n'est qu'en 1957 que Stuart Omer Landry créa à son tour la sous-famille monotypique des Heterocephalinae pour y classer ces deux taxons.
Selon Mammal Species of the World (28 déc. 2012)[5] et ITIS (28 déc. 2012)[6] :
- sous-famille Heterocephalinae Landry], 1957
- genre Heterocephalus Rüppell, 1842
- espèce Heterocephalus glaber Rüppell, 1848
- genre Heterocephalus Rüppell, 1842
Voir aussi [modifier]
Articles connexes [modifier]
- eusocialité, nom donné au mode de vie des rats-taupes nus
Bibliographie [modifier]
- (en) Sherman, P.W., Jarvis, J.U.M., Alexander, R.D., 1991. The Biology of the Naked Mole-Rat. Princeton University Press, Princeton, New Jersey.
- (en) Jennifer U. M. Jarvis et Paul W. Sherman, Heterocephalus glaber dans Mammalian Species no. 706, 26 December 2002. Edition American Society of Mammalogists.
- (en) Eviatar Nevo, « Protein stability and resistance to oxidative stress are determinants of longevity in the longest-living rodent, the naked mole-rat » University of Haifa (Haifa, Israel), January 7, 2009.
- (en) Choi, Charles Q. : « Strange Creature Immune to Pain », for LiveScience, January 28, 2008.
- (en) Bryner, Jeanna : « Naked Mole-rats Hold Clues to Human Aging », for LiveScience, October 9, 2006.
Liens externes [modifier]
Taxinomie [modifier]
- Référence Mammal Species of the World : Heterocephalus glaber Rüppell, 1842 (en) (consulté le 28 déc. 2012)
- Référence Catalogue of Life : Heterocephalus glaber Rüppell, 1842 (en) (consulté le 28 déc. 2012)
- Référence ITIS : Heterocephalus glaber Rüppell, 1842 (fr) ( (en)) (consulté le 28 déc. 2012)
- Référence Animal Diversity Web : Heterocephalus glaber (en) (consulté le 28 déc. 2012)
- Référence NCBI : Heterocephalus glaber (en) (consulté le 28 déc. 2012)
- Référence UICN : espèce Heterocephalus glaber Rüppell, 1842 (en) (consulté le 28 déc. 2012)
- Référence uBio : Heterocephalus glaber Rüppell, 1842 (en) (consulté le 28 déc. 2012)
genre [modifier]
- Référence Mammal Species of the World : Heterocephalus Rüppell, 1842 (en) (consulté le 28 déc. 2012)
- Référence Catalogue of Life : Heterocephalus (en) (consulté le 28 déc. 2012)
- Référence ITIS : Heterocephalus Rüppell, 1842 (fr) ( (en)) (consulté le 28 déc. 2012)
- Référence The Paleobiology Database : Heterocephalus Rüppell 1842 (en) (consulté le 28 déc. 2012)
- Référence Animal Diversity Web : Heterocephalus (en) (consulté le 28 déc. 2012)
- Référence NCBI : Heterocephalus (en) (consulté le 28 déc. 2012)
- Référence UICN : taxon Heterocephalus (en) (consulté le 28 déc. 2012)
- Référence uBio : Heterocephalus Rüppell, 1842 (en) (consulté le 28 déc. 2012)
sous-famille [modifier]
- Référence Mammal Species of the World : Heterocephalinae Landry, 1957 (en) (consulté le 28 déc. 2012)
- Référence ITIS : Heterocephalinae Landry, 1957 (fr) ( (en)) (consulté le 28 déc. 2012)
- Référence Animal Diversity Web : Heterocephalinae (en) (consulté le 28 déc. 2012)
Autres liens externes [modifier]
- (fr) Le rat-taupe glabre sur le site TransAfrica, Extrait du guide animalier Kenya & Tanzanie, Editions Cosmoppole et Editions Marcus.
Notes et références [modifier]
- (en) T.J. Park, Y. Lu, E. St. J. Smith, J. Lu, A. Brand, C. Wetzel, N. Milenkovic, B. Erdmann, P.A. Heppenstall, C.E. Laurito et S.P. Lewin, « Selective Inflammatory Pain Insensitivity in the African Naked Mole-Rat (Heterocephalus glaber). », PLOS Biology, vol. 6, no 1, 2008, p. e13 [texte intégral (page consultée le 18 novembre 2012)]
- (en) C.G. Faulkes et N.C. Bennet, « Family values: group dynamics and social control of reproduction in African mole-rats. », Trends in Ecology and Evolution, vol. 16, no 4, 2001, p. 184-190 [texte intégral (page consultée le 18 novembre 2012)]
- « Les secrets du rat-taupe nu », par Catherine Perrin. Article dans Terre Sauvage n° 278, janvier 2012, p. 4.
- Le séquençage du génome du rat-taupe nu : révélations sur sa longévité et sa physiologie (DOI:10.1038/nature10533)
- Mammal Species of the World, consulté le 28 déc. 2012
- ITIS, consulté le 28 déc. 2012
