Souris à pattes blanches

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La souris à pattes blanches (Peromyscus leucopus) est un petit rongeur granivore d'Amérique du Nord.

Comme tous les rongeurs, cette souris peut être parasitée (jusqu'à 270 tiques trouvées sur une seule souris). On a montré (en laboratoire, par des inoculations expérimentales[1] et dans la nature) dans les années 1980-1990 qu'elle est un réservoir pour la bactérie responsable de la maladie de Lyme en forte extension aux États-Unis[2],[3],[4],[5]. Elle est soupçonnée de jouer un rôle majeur dans l'extension de l'épidémie de Maladie de Lyme en tant que porteur sain[6] et pourrait être impliquée dans la diffusion d'autres maladies graves.

Habitat, répartition[modifier | modifier le code]

Spécimen naturalisé
Doté de grands yeux, ce micromammifère est adapté à l'environnement nocturne.

Ce petit rongeur est présent dans les forêts et boisés, parfois très abondant de l'Ontario, au Québec, au Labrador et dans les provinces maritimes (à l'exception de Terre-Neuve) au nord, ainsi que dans le sud-ouest des États-Unis et jusqu'au Mexique[7]. Il est également connu comme le Woodmouse, en particulier au Texas.

Description[modifier | modifier le code]

  • Les adultes mesurent de 90 à 100 millimètres de longueur (sans compter la queue qui mesure de 63 à 97 millimètres.
  • Un jeune adulte pèse en moyenne de 20 à 30 grammes (0,7 à 1,1 oz).
  • Leur durée de vie maximale serait de 96 mois environ, mais l'espérance de vie moyenne des individus de cette espèce est de 45,5 mois pour les femelles et 47,5 pour les mâles. Dans les climats nordiques et en présence de prédateurs naturels plus abondants, l'espérance de vie moyenne est de 12 à 24 mois[8].

On la confond souvent avec la souris sylvestre, Peromyscus maniculatus qui lui ressemble à plusieurs égards.

Rôle écoépidémiologique ?[modifier | modifier le code]

Cette souris est soupçonnée de jouer un rôle majeur d'espèce-réservoir de certains pathogènes pouvant toucher l'Homme et divers animaux domestiques.

Elle pourrait notamment être impliquée dans la diffusion de maladies graves, telles que ;

Peut être à cause du réchauffement climatique, son aire de répartition semble se modifier et remonter vers le nord au détriment de la souris sylvestre (Peromyscus maniculatus),, ce qui pourrait amener de nouvelles maladies zoonotiques au Canada (L'espèce est déjà commune dans le sud du Québec, au sud du Saint-Laurent principalement et tend à remonter vers le nord ; des analyses génétiques permettront de suivre et comprendre son évolution au Canada[9])

Spirochètes et maladie de Lyme[modifier | modifier le code]

En Amérique du Nord, cette espèce semble être ou être récemment devenue un des principaux hôtes, ou «réservoir», de Borrelia burgdorferi parasite spirochète responsable de la maladie de Lyme. Cette bactérie leur est transmise par la tique Ixodes scapularis, notamment dans les forêts écologiquement fragmentées par les routes[10].
Le morcellement des paysages favorise la souris à pattes blanches car plus le paysage est fragmenté par des routes, moins les prédateurs (par exemple les loups, lynx, renards et rapaces) de cette souris sont présents[réf. nécessaire]. En l'absence de prédateurs, les souris les plus infectées et les plus parasitées survivent plus facilement[réf. nécessaire]. Dans les années 1980, des chercheurs ont montré une corrélation entre l'abondance de ces souris l'abondance de tiques infectées par les borrélies[11].

Chez des souris à pattes blanches expérimentalement infectés en laboratoire par Borrelia burgdorferi (par inoculation intrapéritonéale ou sous-cutanée ou par morsure de tique) le taux de bactérie spirochètes a été mesuré dans la vessie, la rate, les reins, le sang et l'urine[12]. C'est dans les tissus de la vessie (mais jamais dans l'urine) que les spirochètes ont été le plus densément trouvés (94%), suivi par le rein (75%), la rate (61%), et le sang (13%). En 1988 alors qu'on ne disposait pas encore de test pour détecter les borrélies, il a été confirmé que la mise en culture de tissus de vessie prélevés sur cette souris est très efficace pour isoler B. burgdorferi et que la culture de cet organe peut être utile pour des recherches de spirochètes chez les rongeurs sauvages[12]

Des variations temporelles de risques ont été liées aux glandaies (cette souris se nourrit notamment de glands et les glandaies favorisent provisoirement leur dynamique de population) [13],[14].

Les souris semblent affectées (arthrites) par la co-infection Borrelia + Babesia[15], mais des souris à pattes blanches expérimentalement infectées (par piqure de tique, de manière à mimer au mieux l'infection naturelle) produisent des anticorps contre B. burgdorferi, mais ne présentent pas un taux plus élevé de globules blancs (par rapport aux souris non-infectées)[6]. Et les souris infectées ne semblent pas affaiblies (dans le test de la course dans une roue), ce qui suggère que l'infection par le spirochète B. burgdorferi a peu d'impact sur la santé de la souris à pattes blanches[6].

Une étude du Cary Institute of Ecosystem Studies de Millbrook (New York) a fait récemment le point sur 16 ans de suivi de souris infestées par des tiques en s'intéressant à l'impact des tiques sur la santé et la survie des souris, à partir de 5.587 historiques de capture de souris à pattes blanches faites de 1995 à 2011. L'étude a conclu que cette espèce de souris tolère remarquablement bien les tiques, qui pourtant sont parfois nombreuses à les infester (jusqu'à 270 tiques). Les souris parasitées survivent paradoxalement aussi longtemps que les autres, peut-être parce que c'est au stade larvaire que les tiques recherchent ces souris, en ne prélevant alors que très peu de sang. Il se pourrait même que la tique ait une relation symbiotique avec la souris à patte blanche dont les mâles fortement parasités survivent mieux que ceux qui ne le sont pas. Parmi les hypothèse explicatives ont été avancées l'idée que les souris infestées de tiques pourraient adopter un comportement qui les protégerait mieux de la prédation (elles prendraient moins de risques), ou il pourrait y avoir un biai d'interprétation : il y aurait simplement moins de prédateurs et donc moins de risque de prédation dans les zones plus infestées, ou ce surparasitage indiquerait que les souris vivent dans des zones plus favorables à la fois aux souris et aux tiques (ex : microhabitats plus enherbés où les souris peuvent mieux se cacher de leurs prédateurs). La taille de l'animal a aussi été évoquée : les souris plus grosses tout en étant plus parasitées auraient néanmoins plus de chances de survie.

On sait que de manière générale et théorique, une réaction immunitaire dirigée vers un parasite vecteur de pathogènes peut dans certains cas fortement diminuer le risque écoépidémiologique (par exemple un lapin souvent piqué par des tiques non infectées y devient hypersensible (allergique), mais a ensuite moins de chance d'être victime d'une tularémie[16]. Des chercheurs se sont demandé si la souris pouvait s'immuniser contre les piqures de tiques Ixodes ou contre leurs effets. Ils ont pour cela comparé l'infectivité de borrélies inoculées par des tiques à des souris à pattes blanches (et chez des souris de laboratoire) préalablement infestées à plusieurs reprises par des tiques non-infectées). Les résultats ont montré que les nymphes de tiques se gorgent facilement de sang sur des souris préalablement exposées à des tiques non-infectées, mais avec un succès d'alimentation qui a progressivement diminué. Cependant cette légère immunisation n'a pas empêché la transmission des spirochètes inoculées par des tiques infectées à des souris préalablement exposées à des tiques non-infectées [17].

Virus[modifier | modifier le code]

Comme une autre souris (Peromyscus maniculatus) qui lui ressemble, cette espèce joue aussi un rôle de «réservoir» d'hantavirus, virus qui cause des maladies graves à mortelles chez l'homme[18].

La fragmentation des forêts par l'Homme favorise en Amérique du Nord cette espèce. Les scientifiques constatent que plus la forêt est fragmentée par des routes, moins les prédateurs des micromammifères sont présents, plus les hommes (chasseurs notamment) pénètrent facilement la forêt et plus ces souris sont nombreuses ; et plus elles sont nombreuses à être infectées par des borrélies ; et plus les tiques portées par les souris sont également nombreuses et plus fréquemment infectées[10], ce qui favorise la diffusion de l'épidémie.
- La reforestation (forêts dites « de transition »), quand elle se fait dans les conditions évoquées ci-dessus (artificielle, avec fragmentation des forêts et absence de grands prédateurs ou pullulation de micromammifères ou de gibier) semble parfois pouvoir favoriser certaines zoonoses, dont la maladie de Lyme[19] ;

Sources[modifier | modifier le code]

Références taxonomiques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Moody KD, Terwilliger GA, Hansen GM & Barthold SW (1994) Experimetnal Borrelia burgdorferi infection in Peromyscus leucopus. J Wildl Dis ; 30:155–161
  2. Levine, JF, Wilson ML & Spielman A (1985) Mice as reservoirs of the Lyme diseasespirochete. Am JTrop Med Hyg ;34:355–360
  3. Donahue JG, Piesman J & Spielman A (1987) Reservoir competence of white-footed mice for Lyme disease spirochetes. Am J Trop Med Hyg ; 36:92–96.
  4. Lindsay LR, Barker IK, Surgeoner GA, McEwan SA & al. (1997) Duration of Borrelia burgdorferi infectivity in white-footed mice for the tick vectors Ixodes scapularis under laboratory and field conditions in Ontario. J Wildl Dis ; 33:766–775
  5. Lane RS, Piesman J, Burgdorfer W (1991) "Lyme borreliosis: relation of its causative agent to its vectors and hosts in North America and Europe". Ann Rev Entomol ; 36:587–609
  6. a, b et c Schwanz LE, Voordouw MJ, Brisson D& Ostfeld RS (2011) Borrelia burgdorferi has minimal impact on the Lyme disease reservoir host Peromyscus leucopus ; Vector-borne and zoonotic diseases, 11(2), 117-124.
  7. Linzey, A.V., Matson, J. & Timm, R. (2008). « Peromyscus leucopus ». IUCN Red List of Threatened Species. Version 2009.2. International Union for Conservation of Nature. Retrieved 05 February 2010.
  8. Mammalian models for research on aging (1981) ISBN 9780309030946
  9. La maladie de Lyme progresse avec les souris à pattes blanches ; 5 décembre 2011
  10. a et b Donahue JG, Piesman J, Spielman A (January 1987). "Reservoir competence of white-footed mice for Lyme disease spirochetes". Am. J. Trop. Med. Hyg. 36 (1): 92–6. PMID : 3812887
  11. Donahue, J.G., Piesman, J., Spielman, A. 1987. Reservoir competence of white-footed mice for Lyme disease spirochetes. Am. J. Trop. Med. Hyg. 36 (1): 92–6. PMID http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/3812887 3812887]
  12. a et b Schwan, TG, Burgdorfer, W, Schrumpf, ME, Karstens, RH. (1988) The urinary bladder, a consistent source of Borrelia burgdorferi in experimentally infected white-footed mice ( Peromyscus leucopus). J Clin Microbiol ; 26:893–895 (PDF, 4 pp).
  13. Jones CG, Ostfeld RS, Richard MP, Schauber EM et al. (1998) Chain reactions linking acorns to gypsy moth outbreaks and Lymedisease risk. Science ; 279:1023–1026
  14. Ostfeld RS, Canham CD, Oggenfuss K, Winchcombe RJ et al. (2006) Climate, deer, rodents, and acorns as determinants of variation in Lyme-disease risk. PLoS Biol ; 4:e145.
  15. Moro, MH, Zegarra-Moro, OL, Bjornsson, J, Hofmeister, EK, et al. (2002) Increased arthritis severity in mice coninfected with Borrelia burgdorferi and Babesia microti. J Infect Dis ; 186:428–431
  16. Bell JF, Stewart SJ & Wikel SK (1979) Resistance to tick-borne Francisella tularensis by tick-sensitized rabbits: allergic klendusity. Am. J. Trop. Med. Hyg. 28:876–880 (résumé PubMed.
  17. Richter D, Spielman A & Matuschka FR (1998) Effect of prior exposure to noninfected ticks on susceptibility of mice to Lyme disease spirochetes. Applied and environmental microbiology, 64(11), 4596-4599
  18. RR5109-Front Cover-Hantavirus, Voir p. 65
  19. Z. Popović, S. Popović, Forest Transition and Zoonoses Risk ; Encyclopedia of Environmental Health Pages 803–811 (Résumé)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Anita Rogic, Nathalie Tessier, Pierre Legendre, François-Joseph Lapointe, Virginie Millien (2013) Genetic structure of the white-footed mouse in the context of the emergence of Lyme disease in southern Québec. Ecology and Evolution 3:7, 2075-2088, mis en ligne 1er juillet 2013 (résumé)
  • Barthold, SW, Persing, DH, Armstrong, AL, Peeples, RA. (1991) Kinetics of Borrelia burgdorferi dissemination and evolution of disease after intradermal inoculation of mice. Am J Pathol ; 139:263–273
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  • Schwan TG, Kime KK, Schrumpf ME, Coe JE et al (1989) Antibody response in white-footed mice (Peromyscus leucopus ) experimental infected with the Lyme disease spirochete (Borrelia burgdorferi). Infect Immunol ; 57:3445–3451
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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