Un chien andalou

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Un chien andalou

Titre original Un chien andalou
Réalisation Luis Buñuel
Scénario Luis Buñuel
Salvador Dalí
Acteurs principaux
Durée 16 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Un chien andalou est un court métrage muet surréaliste en noir et blanc réalisé par Luis Buñuel en 1929 sur un scénario de Luis Buñuel et de Salvador Dalí.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Le film est une succession de scènes ayant pour seuls liens logiques quelques personnages et le décor d'un intérieur parisien qui accueille la plus grande partie de l'histoire. Dans l'ensemble, il s'agit des relations violentes et difficiles entre un homme et une femme dans un appartement. Le fil conducteur serait les tentatives de l'homme poussé par le désir vers la femme, qui, le plus souvent, se défend. Des objets et des personnages inattendus apparaissent et disparaissent, laissant le spectateur libre de leur attribuer une part de réalité, d'imagination, ou de souvenir : objets de l'enfance, fourmis, revolvers, pianos chargés d'ânes morts ; un personnage hermaphrodite qui connaît une fin tragique, un double du héros abattu par le héros lui-même, un boiteux passionné, des séminaristes ligotés.

Le récit est disloqué par des changements subits de lieux (un bois, une plage) et par des intertitres indiquant des sauts temporels de plusieurs années en avant ou en arrière. Le film se conclut sur une plage où les deux personnages principaux, l'homme et la femme, paraissent former un couple heureux, avant d'être « au printemps » à la fois ensablés vivants et la proie des insectes.

L'étrangeté de l'ensemble est délibérément onirique, selon le principe surréaliste défini par André Breton dans son Manifeste du surréalisme. Ainsi, dans Un chien andalou, rêve et réalité sont deux instances complémentaires :

« Je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue, la surréalité […] c'est à sa conquête que je vais[1]. »

Une plongée dans l'univers de Dali[modifier | modifier le code]

L'art de Dali tourne essentiellement autour de lui-même. C'est pourquoi, on retrouve, dans ce court-métrage, les symboles propres à la mythographie du maître du surréalisme.

  • Les fourmis, par exemple, récurrentes dans l’œuvre de Dali, symbolisent la putréfaction. Le fait de vivre sans se poser de question sur la vie, le fait d'agir sans se demander pourquoi cette action, tombée dans la routine, mène immanquablement à la putréfaction. Dans le film, l'homme, en regardant sa main, peut-être trop consacrée à l'onanisme, se rend compte de cette putréfaction et cette prise de conscience déclenche ce besoin de donner une impulsion à sa vie.
  • Les pianos encombrés d'ânes morts rappellent une toile de Dali portant exactement le même sujet. Nombre d'autres peintures comportent des pianos ; l'un des plus célèbres étant Six apparitions de Lénine sur un piano, réponse à la bande des surréalistes qui reprochaient à Dali de ne pas avoir de conscience politique.
  • Le piano symbolise la bourgeoisie, thème également omniprésent chez les surréalistes. Trainer le piano évoque l'ensemble des valeurs de la bourgeoisie qui s'imposent au héros du film et le contraignent dans la séduction. L'ajout de séminaristes à ce piano donne davantage de poids à l'héritage culturel du personnage.
  • Les apparitions d'hermaphrodites, de suicides et a fortiori de morts, d’œufs dont le liquide coule, rappelant d'une part le paradis perdu de la vie intra-utérine, qui se termine violemment et qui oblige à ouvrir les yeux sur le monde, sont encore une fois des références connues du monde très riche de Dali.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Non crédités :

  • Luis Buñuel : l'homme au rasoir
  • Salvador Dalí : un séminariste
  • Jaime Miravilles : un séminariste
  • Marval : un séminariste
  • Fano Messan : l'hermaphrodite

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • Le film a été inspiré par des rêves de Salvador Dalí et de Luis Buñuel, qui raconte :
« En arrivant chez Dalí, à Figueras, invité à passer quelques jours, je lui racontais que j'avais rêvé, peu de temps auparavant, d'un nuage effilé coupant la lune et d'une lame de rasoir fendant un œil. De son côté il me raconta qu'il venait de voir en rêve, la nuit précédente, une main pleine de fourmis. Il ajouta : "et si nous faisions un film, en partant de ça ?" »[2]
On y retrouve des éléments récurrents dans l'œuvre du peintre : âne mort, piano, érotisme, fourmis, la dentelière de Vermeer, etc.
Un chien andalou est le film surréaliste par excellence. Son scénario est écrit en six jours par Buñuel et Dalí qui travaillent sur le mode du cadavre exquis, comme l'a raconté plus tard Luis Buñuel :
« Nous travaillions en accueillant les premières images qui nous venaient à l'esprit et nous rejetions systématiquement tout ce qui pouvait venir de la culture ou l'éducation. Il fallait que ce soient des images qui nous surprennent et qui soient acceptées par tous les deux sans discussion. »[3]
  • Si Un chien andalou est à l'origine un film muet, lors de la première projection en public il fut accompagné d'une sonorisation exécutée par Bunuel lui-même avec des disques : Tristan et Isolde de Wagner, ainsi qu'un tango argentin. En 1961 il en réalise une sonorisation définitive, qu'il dit conforme à celle de la première projection. En 1983 sort une troisième version, dont la musique est cette fois composée spécialement par Mauricio Kagel.
  • Concernant la première projection devant les membres du groupe surréaliste au Studio des Ursulines Bunuel en a lui-même raconté la petite histoire, qu'on peut croire conforme à la réalité : il s'était muni de pierres, autant pour se défendre s'il se trouvait agressé, que pour les jeter sur les spectateurs s'ils venaient à manifester en huant le film[4].
Un chien andalou ouvrit définitivement à Bunuel les portes du groupe surréaliste, mais ce fut au prix d'un procès interne dont la conclusion aurait pu être la destruction du film -chose que Bunuel dit avoir été prêt à accepter- mais le verdict fut favorable[4].
  • Par la suite, Bunuel se refusa à toute explication d'Un chien andalou, se bornant à déclarer : « Il s'agit seulement d'un appel au meurtre[4]. » Parmi les intentions des auteurs, il faut tenir compte d'un désir de provocation. Dali, quant à lui, écrivit ultérieurement : « Un chien andalou était le film de l'adolescence et de la mort que j'allais enfoncer comme un poignard en plein cœur du Paris spirituel et élégant[5]. »
  • Par la force de ses images ce film qui a marqué l'histoire du 7e art est resté un des plus célèbres parmi les avant-gardes du cinéma. Les scènes marquantes, ayant été décrites dans les articles et dans les histoires du cinéma, furent connues par nombre de personnes qui n'avaient jamais vu le film, et ne purent le voir pendant de longues périodes où il n'était plus projeté. Ainsi de celle où le personnage principal doit tirer les deux pianos à queue chargés de la dépouille de deux ânes morts, et plus encore la scène d'ouverture, insoutenable pour bien des spectateurs -et surprenante- dont on dit qu'elle sera retirée des copies dans certains pays : on y voit un homme aiguisant un rasoir, puis avisant pensivement la lune devant laquelle passe un nuage effilé ; l'instant d'après le film montre en gros plan la main de l'homme tenant le visage d'une jeune femme tandis que le rasoir tranche son œil par le long (cette femme sera ensuite le personnage féminin du film - pour ce plan le réalisateur a utilisé un œil de bovin). Bunuel a donné une seule explication de ce plan, purement poétique dit-il : c'est une image visuelle inspirée par la vision de la lune et du nuage. Après quoi bien des interprétations psychologiques ont circulé, toutes inventées, toutes beaucoup trop logiques. Celle de Jean Vigo reste à méditer : Bunuel aurait envoyé là une botte de provocation à l'hypocrisie des hommes qui leur fait accepter toutes les monstruosités de la réalité, mais les fait vibrer d'horreur à la vue d'une image reconstituée[6].
  • Federico García Lorca, ami des deux auteurs du film, crut se reconnaitre dans le titre ce dont il se trouva mal ; selon lui Le chien andalou avait été le surnom moqueur que lui auraient donné Buñuel et Dalí[2].
  • Par la suite Dali tentera de réutiliser certaines des visions du film, notamment pour la scène du rêve de Spellbound. Depuis, la célèbre image d'ouverture a été choisie comme illustration pour la section Film&Video du site UbuWeb qui se consacre aux avant-gardes. L'illustration de la pochette de l’album Lambs Anger de de Mr. Oizo (réalisée par le graphiste français So Me) est directement inspirée de cette scène dans laquelle Simone Mareuil se fait trancher l’œil avec une lame de rasoir. Toutefois, l’actrice est ici remplacé par la marionnette jaune Flat Eric, symbole de Mr. Oizo. C'est également le thème du morceau Debaser des Pixies, paru en 1989 sur l'album Doolittle (« Slicing up eyeballs », « I am un chien "andalusia" » (sic)).
  • Philip Kaufmann qui avait lui-même débuté comme cinéaste underground, a placé dans Henry & June une scène qui se déroule à Paris dans un cinéma lors une projection houleuse de Un chien andalou (probablement le studio 28, où le film sera exploité pendant 8 mois à partir d'octobre 1929).

Références[modifier | modifier le code]

  1. André Breton Manifeste du surréalisme, Éditions du Sagittaire, 1924, réédité en 1929
  2. a et b Luis Buñuel Mon dernier soupir (autobiographie) coécrit avec Jean-Claude Carrière 1982 (ISBN 2-84114-814-9)
  3. Tomas Perez Torrent, Jose de la Colina, Conversations avec Luis Buñuel, ed. Cahiers du cinéma, 1993. (ISBN 2-86642-139-6)
  4. a, b et c Entretien filmé avec Jean-Claude Carrière réalisé par Martine Lefèvre : Petites Confessions filmées (30 min, 1981)
  5. La vie secrète de Salvador Dali (1942), repris dans L'avant-scène Cinéma no 27-28
  6. Jean Vigo dans Vers un cinéma social (1930), repris dans L'avant-scène Cinéma no 27-28

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Tomas Perez Torrent, Jose de la Colina, Conversations avec Luis Buñuel, ed. Cahiers du cinéma, 1993 (ISBN 2-86642-139-6)
  • L'Avant-scène Cinéma - no 27-28 : Un chien andalou - L'Âge d'or - L'Ange exterminateur (1963)
  • Revue belge du cinéma - no 33-34-35 : Un chien andalou : lectures et relectures, études réunies par Philippe Dubois et Edouard Arnoldy, 1993 (ISSN 0774-01-15)

Liens externes[modifier | modifier le code]